Najat Vallaud-Belkacem, combattante de l’extrême

Najat Vallaud-Belkacem (Crédits Philippe Grangeaud-Parti socialiste, licence Creative Commons).jpg

Najat Vallaud-Belkacem s’interroge sur la responsabilité des politiciens et des médias dans la prolifération des discours de haine. À raison.

Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole du gouvernement, s’interroge sur la responsabilité des politiciens et des médias dans la prolifération des discours de haine. À raison.

Par Baptiste Créteur.

Je ne manifeste pas torse nu, ni à Notre-Dame ni à Rolland-Garros, et je n’ai ni crâne rasé ni t-shirt du Che. Cela étant dit, je n’aime pas qu’on fasse la chasse aux extrémistes.

D’abord parce qu’il n’est pas forcément mauvais d’être extrémiste. On ne peut d’ailleurs qu’être extrémiste, intransigeant, quand on croit en des principes, des valeurs, qu’on refuse le consensus perpétuel et les concessions incessantes. C’est une position difficile à défendre ; avoir des principes, de nos jours, n’est pas recommandé.

Je suis moi-même extrémiste. Ou plutôt, radical. Je défends des principes et valeurs, et ne suis pas prêt à y renoncer ou à agir à leur encontre. Je pense que les individus doivent faire leurs propres choix et en assumer les conséquences ; je pense qu’il est dangereux que l’État décide pour les individus, plus efficace qu’ils décident pour eux-mêmes, et qu’ils sont ainsi plus heureux. Cela n’engage que moi, mais je refuse qu’on m’engage dans autre chose.

C’est pourtant ce que font en permanence, ou tentent de faire, les représentants du peuple français. Personnellement, ils ne me représentent pas ; je n’ai pas voté pour eux, ni pour qui que ce soit d’autre. Je ne veux pas qu’on décide pour moi comment les fruits de mon travail doivent être dépensés, à qui ils doivent bénéficier et quels secteurs stratégiques ou d’avenir doivent être privilégiés en mon nom. Quand j’ai une préférence pour un produit ou un service, quand j’ai une décision à prendre, je fais mes propres choix.

Aucun d’entre eux ne m’a jamais conduit à appeler de mes vœux un État fort, qui me protégerait en même temps qu’il protégerait la veuve et l’orphelin des dangers qui me guettent. Les aliments trop gras, trop sucrés et trop salés, les publicités pour des voitures polluantes dans la nature et les malabars au crâne rasé sont partout, mais ma principale crainte reste qu’on me prive de mes libertés pour me protéger de tout cela.

Il y a quelques jours, un extrémiste a provoqué d’autres extrémistes ; ils se sont battus ; il est mort. C’est évidemment regrettable, mais pas assez pour qu’on censure les extrémistes.

La porte-parole du gouvernement, Najat-Vallaud Belkacem, a pourtant demandé à ce que les discours de haine n’aient plus voix au chapitre. Il serait évidemment plus sain que les discours de haine ne soient jamais proférés, mais l’antifascisme n’a jamais aidé à lutter contre le fascisme. Ce n’est pas en censurant les idées qu’on lutte contre elles ; j’ai tendance à penser qu’on les encourage au contraire.

Les idées nauséabondes ne sont dangereuses qu’en l’absence d’hommes pour en défendre de meilleures. (Ayn Rand)

C’est en défendant de meilleures idées qu’on peut lutter contre les mauvaises, les nauséabondes, les dangereuses. Et ça, Najat Vallaud-Belkacem ne le fait pas.

Les extrémistes des deux camps partagent en réalité le même combat ; ils rêvent d’imposer à tous leur modèle, leur vision de la société, leurs préférences. Il ne faut pas avoir peur de rappeler les origines socialistes du nazisme et du fascisme, pas plus qu’il ne faut craindre de rappeler que, pour les deux camps, il y a de l’autre côté de la barricade le capitalisme et la liberté.

Quand Najat Vallaud-Belkacem tente d’expliquer que la théorie du genre n’existe pas et qu’il n’existe que des études de genre, elle se rend coupable d’une dangereuse pirouette syntaxique. Elle ne lève pas les craintes de ceux qui pensent que l’État tente, via l’Éducation Nationale, d’enseigner aux enfants une morale qui sert de noirs desseins alors que la morale n’est pas du ressort de l’école. Au contraire, elle les renforce ; il serait si simple d’affirmer une conviction, un principe qu’elle n’avoue ici qu’à demi-mot selon lequel filles et garçons sont conditionnés pour être différents. Elle préfère les conditionner différemment.

« Dans plusieurs champs disciplinaires […] vous avez des chercheurs qui s’intéressent à la façon dont la société organise une relation d’inégalités entre les hommes et les femmes. Que des chercheurs étudient les mécanismes à l’œuvre pour nous aider – nous, pouvoirs publics – à les combattre, c’est très bien et moi, je soutiens les études qui portent sur ces sujets. […] Ce que nous voulons introduire à l’école, c’est un apprentissage à l’égalité entre les filles et les garçons. »

Résumons la pensée de la sympathique ministre : pour éviter que la société n’opère un conditionnement sur les enfants les amenant à penser que filles et garçons sont différents, conditionnons les à l’école pour les amener à penser qu’ils sont identiques. Je n’évoquerai pas le caractère fallacieux de la théorie du genre – pardon, de l’ensemble des études de genre dans plusieurs champs disciplinaires, ne tomberai pas dans l’évocation de ses dangers et ne lancerai pas d’attaques ad hominem sur son créateur, qui se faisait également l’avocat de la pédophilie et a cherché à déconditionner des enfants comme la porte-parole du gouvernement le propose aujourd’hui – tout lien de causalité avec le suicide des individus concernés n’étant peut-être pas fortuit.

Au lieu de cela, je me contenterai d’affirmer que la lutte contre les idées nauséabondes ne peut se faire qu’en en défendant de meilleures, ce que nous pouvons tous faire sans pour autant importuner les enfants des autres. D’affirmer également que le seul moyen d’être certain que l’État ne vous imposera pas les préférences des autres est de s’assurer qu’il n’imposera à personne les préférences d’autrui. Et ce, dans tous les domaines, de la diététique à la publicité.

J’affirmerai aussi que les extrémistes de droite ne sont pas pires que les extrémistes de gauche ; ils ont des idées nauséabondes et très proches, et seraient bien en peine de différencier leurs idées autrement qu’à la marge, par des nuances de vocabulaire qui, malheureusement, trompent énormément.

Ce n’est pas en coupant la parole aux extrémistes que vous leur ferez perdre toute crédibilité, mais au contraire en la leur donnant. Les plus influençables tomberont peut-être dans le piège mais, un jour ou l’autre, leurs idées apparaîtront aussi creuses qu’elles sont. Il y a toutefois, c’est vrai, un risque ; qu’elles soient acceptées, embrassées, appliquées, et mènent à la catastrophe que vous déplorez d’avance tout en y précipitant la France.

Je ne peux en effet m’empêcher de constater que cela fait plus de trente ans que les idées socialistes ont cours en France ; qu’elles se font de plus en plus extrêmes ; et ont mené aux résultats qu’on sait d’avance, et que beaucoup sauront bientôt. Je veux bien qu’on lutte contre les extrêmes, mais charité bien ordonnée commence par soi-même.