Comment baisser le coût du travail ?

Il y a deux façons de réduire le coût du travail. Le gouvernement se focalise sur la mauvaise.

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Comment baisser le coût du travail ?

Publié le 2 juin 2013
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L’accord est quasi unanime : le manque de compétitivité de la France tient pour une part importante à un coût du travail globalement trop élevé. La question est donc : quelle politique mener pour faire baisser ce coût ? Deux réponses sont en compétition.

La première, qui occupe 95 % de l’espace médiatique, est la baisse des « charges patronales », dont l’État devrait se débrouiller. L’OCDE vient encore d’abonder dans ce sens. En France, c’était la position du MEDEF de Laurence Parisot. Les déclarations et articles allant dans ce sens qui émanent de chefs d’entreprises ou d’économistes plutôt libéraux de réputation sont innombrables. Pourtant, je n’hésite pas à le dire : cette tentative de solution est d’inspiration typiquement dirigiste.

Pourquoi ? Parce qu’elle remet le soin de régler le problème à l’État, non au marché du travail. La confrontation de l’offre de travail (qui émane des ménages) et de la demande de travail salarié (qui provient des entreprises et des administrations) est pourtant, en théorie, le moyen d’arriver à un prix d’équilibre. Alors, où est le bug ?

Il est énorme, si enveloppant, si familier, que quasiment personne ne le repère : tout simplement, il n’existe pas sur ce marché de prix commun aux acheteurs (les employeurs) et aux vendeurs (les travailleurs et candidats à un emploi). Les contrats de travail fixent le salaire brut, mais cette grandeur factice n’a aucun sens, ni pour le travailleur ni pour l’employeur. Ce dernier paye le salaire super-brut, c’est-à-dire cotisations patronales incluses. Les salariés, eux, s’intéressent au salaire net, plus les droits sociaux liés à leur emploi. Ce n’est pas la même chose. C’est d’autant moins la même chose que nous n’avons plus d’assurances sociales, mais un État providence qui a transformé les cotisations en une variété d’impôt.

La seconde réponse découle de cette analyse. Il nous faut un prix du travail pour que la confrontation de l’offre et de la demande soit efficace. Or le flou n’est pas du côté de l’employeur : celui-ci débourse le salaire super-brut. Le problème se situe du côté du travailleur, qui reçoit le salaire net plus des droits dont la relation avec les cotisations sociales et la CSG est passablement floue. De ce constat résultent les grandes lignes d’une solution libérale : remplacer les cotisations patronales par des cotisations salariales, et transformer notre sécurité sociale étatisée en de véritables assurances sociales qui vendent les droits à pension et les différents éléments de couverture contre les risques sociaux.

La première réforme requise pour disposer d’un marché du travail a déjà été exposée dans ces colonnes (« pour une fiche de paie vérité », mars 2012). Rappelons simplement que toute cotisation patronale peut être remplacée par une cotisation salariale sans modifier ni le salaire net, ni le coût pour l’employeur, ni les recettes de l’organisme de protection sociale concerné. L’aboutissement de cette réforme serait d’ailleurs le versement sur le compte du salarié de la totalité du salaire super-brut, charge à lui de payer ses cotisations d’assurances sociales comme il paye ses abonnements à divers fournisseurs (communications électroniques, électricité, gaz, loyer, etc.).

La seconde réforme nécessaire est plus délicate, puisqu’il s’agit d’une destruction créatrice de grande ampleur, que l’on pourrait intituler : « Adieu l’État providence, bonjour les assurances sociales ». Le député Arnaud Robinet et l’auteur de ces lignes exposent les enjeux d’une telle mutation, et la façon de la réaliser, dans un ouvrage qui paraîtra à la rentrée aux éditions Manitoba les Belles Lettres. En schématisant, il s’agit que chaque assuré social en ait pour son argent, comme s’il s’adressait à une compagnie d’assurance, à cette différence près que, pour l’assurance maladie et pour les différents dispositifs d’assistance, le pacte républicain engage chacun à payer une couverture donnée plus cher s’il est riche que s’il est pauvre.

Cette double réforme ferait du salaire super-brut le salaire « tout court », la véritable rémunération du salarié, à l’aide de laquelle se procurer aussi bien les services relevant des assurances sociales que le pain quotidien, le logement, le transport, et tutti quanti.

Sur ce marché du travail enfin muni d’un prix commun aux acheteurs et aux vendeurs, l’entrepreneur pourrait jouer pleinement son rôle : négocier avec ses fournisseurs de travail comme avec ses fournisseurs de matériel, de biens intermédiaires ou de divers services. Il resterait, certes, le problème du prix plancher – le SMIC – qui requiert que l’on s’en occupe, mais à ceci près (qui n’est pas négligeable) les entrepreneurs deviendraient complètement responsables de trouver du personnel compétent à des prix leur permettant d’être compétitifs.

Un tel challenge n’est-il pas autrement plus stimulant que d’aller discuter avec des hauts fonctionnaires et des politiciens comment et dans quelle mesure diminuer subrepticement le salaire super-brut au détriment du pouvoir d’achat des salariés en remplaçant des cotisations patronales par des impôts (TVA, CSG ou autres) ? Que les organisations patronales en viennent à confier aux pouvoirs publics le soin de diminuer la rémunération en moyenne trop élevée des travailleurs français, ne serait-ce pas de leur part faire allégeance à « ce pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort », comme disait Tocqueville ?

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  • en versant un salaire complet, dans un premier temps, il n’y a aucune baisse du cout du travail…

    Sachant que l’employeur a lui aussi une part de responsabilité dans les dépenses de santé et d’assurance « perte d’emploi » , qu’il doit assumer.

    Baisser le cout du travail, cela se joue aussi sur le reste ….
    – suppression du cout administratif, supporté pour le compte d’autrui ( statistiques diverses, collecte de cotisation, répartition des collectes, etc…)
    – sécurisation judiciaire

    • « en versant un salaire complet, dans un premier temps, il n’y a aucune baisse du cout du travail… »

      Moi, j’avais compris que le salaire se négociait entre l’employeur et le salarié, pas qu’un salaire brut passé était censé servir de minimum ad aeternam…

    • ça ne baissera pas le coût du travail tout de suite mais cela rendra plus clair les relations employeurs/employés et surtout cela permettra de trouver très vite des solutions au problème des retraites et de l’assurance maladie parce que les salariés vont se rendre compte immédiatement des coûts et il y aura rapidement une pression très forte pour trouver les solutions

  • Sauf que depuis le 19-04-01, les ordonnances abrogeant de fait le monopole de la Sécurité Sociale ont été prises par le Gvt Jospin. Elles permettent de s’assurer pour la maladie ou bon nous semble en Europe, en remplacement de la SS, et a des tarifs infiniment plus competitits.

    • Tu peux t’assurer où tu veux si ça te chante et renoncer à te faire rembourser tes soins par la sécurité sociale mais, résidant en France, tu dois continuer à payer l’assurance maladie de l’ensemble des Français,et ta renonciation ne te donne droit à aucune ristourne de cotisation

  • Je suis parfaitement d’accord avec les propositions mais la « baisse » du coût du travail qui en résulterait resterait a mon avis insuffisante.

    Comme le dit M Madelin, le problème n’est pas le coût du travail, mais la qualité du travail. Sortons du problème de la compétitivité par le haut, en ayant une formation plus efficace, une innovation facilitée et des capacités pour trouver des capitaux augmentées.

  • Le jour où les salariés devront faire eux-mêmes, chaque mois, le chèque du coût complet de la sécu, il y aura des émeutes exigeant la fin du monopole et la tête des responsables de la gabegie.

    Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les réactions scandalisées des jeunes qui découvrent leur première fiche de paye. Sous le choc de l’invraisemblable spoliation, les illusions socialistes s’évanouissent en un instant pour la plupart d’entre eux.

    • Et je rajouterai un autre scandale (pour lequel j’ai déjà envoyé un courrier à mon député).
      Les dysfonctionnements et carences de la securité sociale pour renouveler les cartes vitales.
      Sachant que ce sont les mêmes entreprises qui fabriquent les cartes bancaires et les cartes vitales.
      Pourquoi le client d’une banque obtient-il une CB en 3 semaines alors que la Sécu vous demande un délai de 4 à 5 mois pour vous envoyer une carte vitale !

    • @Cavaignac
      « Le jour où les salariés devront faire eux-mêmes, chaque mois, le chèque du coût complet de la sécu »

      Sacré Cavaignac !
      Il proteste contre la « vilaine » assurance maladie qui lui prend sa cotisation sociale directement sur sa feuille de salaire, mais en bon consommateur discipliné, il accepte que son fournisseur d’ accés internet ou de teléphonie mobile « se serve » directement sur son compte bancaire pour se payer tous les mois !.
      Cavaignac , on t’attend pour mener la lutte et faire respecter la loi obligeant Free, SFR , Bouygues et autres requins des télécoms à accepter le mode de paiement par chéques.

  • ou comment baisser le revenu des auto entrepreneurs artisans ; au dernières nouvelles , le plafond serait de 10 000 euros annuel brut , soit 833 euros mensuel , moins 26%de charges soit 616 euros net par mois ; donc salaire en dessous du seuil de pauvreté , donc pour certains , appel à l’état providence pour avoir une aide via le rsa , car sur les 616 euros net il y a bien sur les frais proféssionnel qui se grèvent dessus notament en éssence ; les socialos veulent donc bien maintenir les auto entrepreneurs en état de pauvreté ; j’en fais parti de ces chomeurs qui crée leur emploi , il ne faut pas se laisser faire ;

    • ton action est louable, malheureusement tout les gens comme toi vont rester dans leurs coin à gueuler, et par usure se soumettre aux nouvelles directives parcequ’en bon peuple de gouvernement totalitaire, on se la ferme.

  • j’ai envie d’ajouter deux voies non explorées ici :

    – la suppression du « travail inutile », càd les taches redondantes, peu ou pas utile au succès du produit fini. les procédures et les exigences qualités dictées par des col blancs à cents lieux des marchés qu’ils administrent y contribuent grandement.

    – faire confiance aux talents et aux vocations, si tant est que le système scolaire ne les ait pas neutralisé…

  • Cerise sur le gateau : en étant assuré par ex pour la maladie chez Amariz (en UK) ou en Allemagne (DKV) etc…, on devient également exonéré de CRDS et prélèvement sociaux sur ses revenus du PATRIMOINE (cf. jugement TGI Clermont-Ferrand du 27-03-07).

    Il est également possible de substituer au système de Ponzi de la retraite par répartition un contrat d’assurance-vie EUROPEEN (= pas français)

    Dans un article du 30 mai sur un site concurrent, M. Bichot traite ceux qui veulent abandonner le radeau de la méduse de « salauds »…..L’Assurance Maladie, comme son nom l’indique est une assurance. La santé ne doit pas être un produit de luxe. Que dirait on si on nous obligeait à payer 30% de notre salaire pour une assurance Auto ?

    La « solidarité » doit être assurée par l’impôt et non par des cotisation sociales maladie déplafonnées sur le fiche de paye.

    • je ne remet pas du tout en cause ce que tu dis, j’y connais rien, je te crois donc.

      ton discours semble indiquer que dans certains domaine, l’état se sabote tout seul ?
      le but est de couler le navire ?

  • Les commentaires sont fermés.

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