In defense of monopoly : éloge des monopoles privés

Les monopoles sont souvent décriés et évités par des lois de la concurrence. Pourtant, les monopoles ne sont pas nécessairement nuisibles.
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In defense of monopoly : éloge des monopoles privés

Publié le 22 mars 2013
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Les monopoles ont rarement la faveur des économistes et leur émergence est empêchée par des lois de la concurrence. Pourtant, les monopoles ne sont pas nécessairement nuisibles, au contraire.

Par Geoffroy Helgé.

Un article de l’Institut Coppet.

Recension de In Defense of Monopoly, how market power fosters creative production (The University of Michigan Press, 2008, 297 pages). Auteurs : Richard B. McKenzie et Dwight R. Lee.

Les monopoles n’ont pas bonne réputation auprès des économistes. Selon la théorie économique traditionnelle, celle des manuels de microéconomie, les monopoles sont socialement nuisibles. Le pouvoir de marché qu’ils exercent (c’est-à-dire la capacité qu’ils ont à contrôler les prix de vente) leur permet de produire une quantité moindre de biens et services, tout en faisant payer aux consommateurs un prix plus élevé que le prix concurrentiel. La conséquence de l’exercice de ce pouvoir de monopole est un manque à gagner de bien-être (une « perte sèche ») : certains consommateurs ne sont pas servis, bien qu’ils soient disposés à payer un prix supérieur au coût marginal de production du bien. Pour éviter cette perte sèche, les autorités publiques ont le devoir de s’attaquer aux monopoles en utilisant les outils de la politique de la concurrence.

Dans  In Defense of Monopoly, Richard McKenzie et Dwight Lee s’attaquent à cette conception traditionnelle du monopole. Selon eux, cette conception est trop statique et ne permet pas de rendre compte des effets réels des monopoles. Leur thèse est qu’en réalité, les monopoles (et leurs corollaires, les barrières à l’entrée et les rentes de monopole) ne sont pas socialement nuisibles, bien au contraire. Dans la lignée de la pensée de Joseph Schumpeter, les auteurs soutiennent que les monopoles sont indispensables au développement économique, qu’ils sont source d’innovation et de progrès. Leur objectif est de remettre en cause la validité de l’argument [néoclassique],  en mettant en avant que les barrières à l’entrée, lorsqu’elles sont érigées par des moyens privés, peuvent être indispensables au développement des marchés, et à l’amélioration du niveau de vie à long terme. (p. 34)

Quels arguments les auteurs apportent-ils pour soutenir cette thèse iconoclaste ? L’idée centrale de l’ouvrage est que le profit de monopole est l’aiguillon de l’activité économique. C’est la perspective de profit qui incite les entrepreneurs à créer et à innover. Un entrepreneur ne supporterait pas les coûts fixes de développement d’un projet s’il n’anticipait pas un retour sur investissement. En l’absence de barrière à l’entrée protégeant de la concurrence et garantissant (du moins à court terme) une rente de monopole, aucun produit ne serait créé. En effet,

si les barrières à l’entrée sont trop coûteuses à développer, comme c’est le cas en situation de concurrence parfaite, les entrepreneurs n’ont absolument aucune raison de s’engager dans un projet de création d’entreprise. Ils anticipent à juste titre que, dans ce cas, ils ne pourront pas en tirer de profit. Car une fois le produit créé, d’autres entreprises pourront entrer sur le marché, copier ce produit, et faire tomber le prix en-dessous du prix nécessaire pour couvrir les coûts de développement du projet initial. (p. 184)

Les barrières à l’entrée qui assurent l’existence des monopoles ne sont pas à blâmer : elles sont source de bien-être pour les consommateurs, au sens économique de « surplus du consommateur », en assurant l’existence d’un flux continu de production.

Si le monde de la concurrence parfaite (où les profits économiques sont nuls) venait à se concrétiser, l’activité entrepreneuriale et les innovations disparaitraient. Un Richard Arkwright, un André Michelin, un Cornelius Vanderbilt, n’auraient pas été concevables dans un monde sans différenciation des produits, sans barrières à l’entrée, sans rivalité entrepreneuriale et sans profit. Poser en idéal le monde de la concurrence parfaite conduit à exagérer les pertes allocatives statiques générées par les monopoles et à en négliger les gains dynamiques. Or, ces gains dynamiques surpassent largement les pertes statiques : on leur doit les progrès du capitalisme depuis 200 ans.

L’absurdité de la théorie traditionnelle du monopole apparaît lorsque l’on considère le cas des artistes (p. 35). L’application stricte de cette théorie conduirait à condamner Picasso d’avoir exercé un pouvoir de monopole sur le marché de ses œuvres et d’avoir causé du tort aux consommateurs. Or, tous les amateurs d’arts reconnaîtront qu’une telle position est intenable. Le paysage artistique occidental aurait été bien plus pauvre si Picasso n’avaient pas eu la volonté de se différencier de ses concurrents et de produire une œuvre unique. Or, il n’existe aucune différence de nature entre le marché de l’art et le marché des produits industriels. Les industriels, comme les artistes, sont des créateurs.

Il est vrai qu’en général, les monopoles privés ne survivent pas sur le long terme sans le soutien de l’État. La concurrence tend spontanément à laminer les positions de monopole. Mais même si un monopole parvient  à se maintenir sur le long terme sans l’aide de l’État, les auteurs soutiennent qu’il ne faudrait pas conclure à sa nocivité. Son existence même est motivante pour les autres entrepreneurs : elle les pousse à créer de nouveaux produits dans le but de remplacer l’entreprise en place ou de la faire racheter par le monopoleur.

L’existence des grandes entreprises, qui sont disposées à racheter les jeunes entreprises innovantes ayant rencontré le succès pour un prix supérieur au prix concurrentiel (du fait de leur pouvoir de monopole), encourage l’activité entrepreneuriale auprès des firmes de plus petites tailles et des nouveaux entrants sur le marché. (p. 21)

Cela conduit les auteurs à énoncer une proposition qui peut sembler paradoxale : l’existence de monopole est une condition essentielle de la concurrence.

La conception dynamique du monopole développée dans ce livre se rapproche à certains égards de la conception d’Israël Kirzner. Selon Kirzner, le monopole, au sens néoclassique (c’est-à-dire l’entreprise faisant face à une courbe de demande au moins légèrement décroissante) n’est pas incompatible avec la concurrence, conçue comme un processus de rivalité entre les entreprises pour accaparer les parts de marché. Dans Concurrence et Esprit d’entreprise (Economica, 2005, pp. 17-18), Kirzner affirme que « les profits réalisés par le producteur qui, dans le court terme, semblent être une rente de monopole attribuable à la ressource monopolisée, se révèlent sur le long terme être les profits d’une activité entrepreneuriale concurrentielle » et que cette intuition est « d’une grande utilité pour l’analyse normative des situations de monopole. »

McKenzie et Lee s’attaquent également à l’autre face de la théorie du monopole, à savoir la théorie du monopsone (pp. 126-142). Un marché est en situation de monopsone lorsqu’il est caractérisé par l’existence d’un acheteur unique. Cet acheteur unique peut exercer un pouvoir de marché : il peut payer aux vendeurs un prix inférieur au prix concurrentiel, et être à l’origine de « pertes sèches » de bien-être. Il est souvent reproché aux entreprises en monopole sur le marché des biens et services d’être en monopsone sur le marché du travail, de payer aux travailleurs des salaires inférieurs aux salaires concurrentiels (c’est-à-dire des salaires inférieurs à la productivité marginale des travailleurs).

Cette conception du monopsone souffre du même défaut que la conception traditionnelle des monopoles : elle est statique. Elle présuppose l’existence du monopsone et néglige les conditions de son émergence. Or, les monopsones, pas plus que les monopoles, ne tombent du ciel. Pour qu’une entreprise se trouve en situation de monopsone, elle doit auparavant naître et croître. Et pour croître, elle doit embaucher, c’est-à-dire demander du travail et exercer une pression à la hausse sur les salaires. Par ailleurs, le monopsone met à disposition des travailleurs des opportunités d’emplois qui n’auraient pas existé en son absence.

La conception dynamique du monopole et du monopsone permet de jeter un regard nouveau sur la question de la justification morale des profits. Si l’existence d’un profit positif signale que l’entreprise exploite les consommateurs et cause du tort à la société (comme le sous-entend la théorie néoclassique du monopole), le profit est moralement condamnable. En revanche, si le profit résulte d’un effort entrepreneurial visant à créer un nouveau produit et à satisfaire le besoin des consommateurs, alors cette rémunération est méritée. Dans ce cas, aucune raison ne justifie qu’on prive l’entrepreneur du fruit de son effort (par le biais de la politique de la concurrence ou par la fiscalité) (pp. 183-186). Cette idée fait également écho à la pensée de Kirzner.  Selon Kirzner (Concurrence et Esprit d’entreprise, p .193),

une politique sociale qui confisque arbitrairement aux entrepreneurs les positions profitables que leur vigilance entrepreneuriale leur a permis d’acquérir ne peut que décourager cette vigilance à l’avenir. Et comme cette vigilance, même quand elle aboutit à des positions monopolistiques, peut fort bien améliorer la satisfaction des consommateurs, tout ce qui peut la décourager doit être déploré.

Mais cela ne signifie pas que tous les profits de monopoles soient moralement justifiés. Lorsqu’une entreprise obtient une position de monopole grâce à un privilège que l’État lui accorde (le cas du monopole public), la rente qui en résulte n’est pas légitime : elle est rendue possible par l’exploitation des contribuables, et non par les services rendus aux consommateurs. A ce sujet, la position des auteurs est résolument libertarienne :

« Lorsque le profit de monopole est la conséquence de barrières à l’entrée, érigées par l’État, en réponse à une recherche de rente (rent-seeking) menée par des groupes de pression, ce profit de monopole peut être considéré comme un vol, potentiellement aussi nuisible au bien-être social que les cambriolages ou les agressions physiques. » (p. 183).

Le livre n’est pas une n-ième attaque méthodologique contre la théorie microéconomique standard. Ses auteurs critiquent la conception statique du monopole, mais ils ne proposent pas de mettre à bas l’édifice entier de la théorie des prix. La théorie des prix est utile pour répondre à certains problèmes spécifiques, comme  celui de l’impact sur les prix de changements dans les conditions de marché (par exemple de l’introduction d’une taxe ou de changements dans les goûts des consommateurs). En revanche, elle ne doit pas être utilisée pour répondre à des questions pour lesquelles elle n’a pas été conçue. Elle ne doit donc pas être utilisée pour évaluer les effets des monopoles dans le monde réel, dynamique et créatif.

In defense of monopoly est un ouvrage de théorie économique. Comme beaucoup d’ouvrages du même genre, sa lecture est parfois fastidieuse. Davantage d’exemples tirés de l’histoire économique auraient été bienvenus pour la rendre plus vivante. Mais le lecteur disposé à absorber de la théorie pure sortira enrichi de la lecture de cet ouvrage. En particulier, le livre peut servir d’antidote pour les étudiants en économie, nourris à l’approche statique du monopole.

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  • Fort intéressant ! En fait, il faudrait faire la différence entre « monopole »(un droit que s’arroge généralement l’Etat) et le « quasi monopole » qui résultante de la dominance d’un acteur privé.

    On voit alors que ce quasi monipole, en effet, permet d’amortir plus rapidement la recherche et l’installation, mais aussi qu’il évite (et l’article n’en parle pas) de la perte énergétique que suscite la concurrence (espionage, vérification des prix, marketing ruineux… )

    Dans le prix de votre boite de lessive, 50 % c’est de la pub !

    D’uatres quasi monipoles reposent sur une rélle supériorité : on l’a vu avec la condamnation de Microsoft, contraint de ne plus équiper ses PC
    de son excellent « outlook express » et de devoir le remplacer par des produits très inférieurs.

    Ou encre avec la multiplication des opérateurs GSM, pls pressés de récupérer leurs milliards d’euros de droit d’entrée, que de se livre la saine et joyeuse concurrence-miracle qui allait faire baisser les coûts.

  • « Lorsqu’une entreprise obtient une position de monopole grâce à un privilège que l’État lui accorde  » : n’est-ce pas systématiquement le cas ?

    Il serait intéressant de citer un seul exemple de monopole privé, ou même d’un oligopole, qui n’ait jamais bénéficié d’un coup de pouce étatique, d’une façon ou d’une autre. Même les monopoles dits « naturels » sont imposés par l’Etat.

    Les monopoles privés, on en parle beaucoup, mais on ne les voit pas souvent. Cela fait de belles théories économiques, de jolies constructions intellectuelles, ça fait vendre du papier, mais ces théories ne sont pas très performantes pour décrire la réalité du monde.

    • Microsoft ?
      Facebook ?
      Anyone ?

      • Microsoft, Facebook en monopole ? Monopole de quoi et quand ? Révisez votre définition du monopole !

        • Ce sont des quasi-monopole de fait, mais pas de droit. Facebook est de très loin le premier réseau social au monde, que ce soit quantitativement, ou bien en terme d’image, d’influence sur la société, etc… Idem pour Microsoft, qui est très loin devant Apple et Linux, qui sont ses concurrents directs et qui, pour survivre au géant de Bill Gates, ont choisis de bien se différencier sur les publics visés et les produits proposés. On pourrait encore citer Google, qu’est pas en monopole mais qui reste aussi en position bine-dominante sur le marché, et qui, pour pas se faire piquer sa place, montre à ses utilisateurs qu’il cherche toujours à faire mieux en rajoutant régulièrement des nouvelles fonctions.

          Il faut condamner les monopoles de droit, mais ceux de fait, s’ils veulent le rester, devront jouer la concurrence avec leurs outsiders:
          – s’ils le font, ils s’améliorent sans cesse. dans ce cas là, leur situation de monopole permet de soutenir une activité de R&D très lourde et vite
          – s’il ne le font pas, les outsiders leurs bouffent les parts de marchés une par une en faisant mieux pour moins cher.

        • Microsoft, monopole du traitement de texte.

          Microsoft, monopole du système d’exploitation sur les PC.

          • Très bonnes illustrations : aucun de ces deux cas ne correspond à la définition d’un monopole, comme chacun peut à l’évidence le constater. Crosoft ne détient aucun monopole.

            Il faut bien comprendre que la principale caractéristique d’un monopole n’est pas une quelconque position dominante temporaire dans la production d’un bien mais le pouvoir d’empêcher les concurrents d’apparaître et d’agir pour produire un bien rendant un service similaire.

            Or, ce pouvoir ne peut jamais être obtenu qu’avec la complicité active de l’Etat.

          • @ Cavaignac
            Le pouvoir de d’empêcher les concurrents d’apparaitre n’est pas dans la définition du monopole, c’est juste une conséquence, qui en fait n’est présente que dans le cas du monopole de droit et non de fait.
            Vous semblez vouloir confondre la définition de monopole et celle de monopole de droit (de jure pour pédantiser). Ce dernier est effectivement forcément une créature de l’Etat et nuit quasi automatiquement à la richesse totale. Les monopoles de fait sont la raison de l’innovation (je crée un nouveau produit pour être le seul à le proposer et donc disposer d’un pouvoir de marché me permettant d’en tirer une « rente de monopole » -récompense de mon innovation, et donc en fait prix payé volontairement pour mon surplus de valeur offert.) La « rente » en question n’en n’est pas et il n’y a pas réellement de contrainte dans le cas de ces monopoles de fait (rien ne m’empêche d’utiliser autre chose ou rien du tout, et si un concurrent apparaissait je pourrais sans problème le choisir) alors que dans les monopoles de jure il y a forcément contrainte (si je décide de prendre une assurance chômage indépendante et de dire m*# » aux assedic je risque d’avoir quelques problèmes).

          • @Franz et les autres : je partage sans réserve vos explications distinguant monopole de fait et de droit.

            Donnez-moi simplement un seul exemple crédible, sans aucune intervention étatique, de monopole de fait ! J’affirme qu’il n’y a en a aucun. Mieux, j’affirme qu’un monopole de fait, ou même un oligopole, ne peut pas exister parce qu’aucun monopole (oligopole) ne peut apparaître et se maintenir dans la durée sans une décision politique.

            J’assume pleinement la confusion entre monopole et monopole de droit. En pratique, seuls les monopoles de droits existent. Jamais personne n’a été capable d’observer objectivement un monopole de fait. Jusqu’à preuve du contraire, les « monopoles de fait » n’existent qu’en théorie. Ce sont des constructions intellectuelles, des modèles économiques satisfaisants pour comprendre le cadre théorique de la concurrence, qui n’existent pas dans le monde réel.

            Un dernier mot à propos de cette phrase : « Le pouvoir d’empêcher les concurrents d’apparaitre n’est pas dans la définition du monopole ». Certes, la définition théorique d’un monopole se limite à l’unicité du producteur d’un bien. Toutefois, elle n’est pas satisfaisante car il est évident que l’interdiction de la concurrence n’a rien de secondaire. C’est au contraire l’objectif ultime de n’importe quel monopole qui est nécessairement de droit.

          • @Cavaignac
            Des monopoles de fait il y en a plein, mais restreints à un produit, qui souvent a des équivalents fonctionnels. C’est d’ailleurs la base de notre économie de la différenciation et du marketing que d’insister sur l’unicité et d’oublier la substituabilité partielle. Toutefois, elle ne reste souvent que partielle.
            Par exemple Microsoft détient un monopole de fait sur Excel (on peut trouver des trucs qui y ressemblent, mais seul MS vend Excel). Ou plus justement, Samsung détient un monopole de fait sur les écrans AMOLED / SuperAMOLED (et quelques autres formes d’écrans plats). Intel a le monopole du processeur Core i7, etc. etc.
            Si vous voulez acheter un Scénic, c’est un Renault et un Renault seulement que vous pourrez avoir. Alors certes un C4 picasso peut faire la même chose, mais ce n’est pas exactement un Scénic. Et la théorie classique de la concurrence repose sur une offre atomistique de produit parfaitement substituables. On a donc, en fait, des kyrielles de monopoles de fait et pratiquement aucun cas de marchés en CPP.

          • Franz, franchement, vous vous égarez et perdez votre temps. Si on vous suit, chaque producteur serait un monopoleur et le marché la juxtaposition de monopoles. Absurde ! Votre raisonnement est inopérant pour rendre compte d’un marché et étudier utilement la concurrence.

  • Je ne comprends pas en quoi le monopole peut être source de recherche et de développement. Je pense au contraire que c’est le point le plus faible de la situation de monopole ou de quasi monopole. Dès lors qu’il se trouve conforté dans une situation qui lui assure une rentabilité sans avoir besoin d’amélioration de performances, l’établissement monopolistique va optimiser le rapport et freiner les investissements. Il ne risque d’être mis en situation de perte de marché.
    C’est bel et bien la situation de concurrence qui pousse un acteur économique à rechercher des solutions plus performantes, moins onéreuses ou plus conformes aux attentes des clients et donc à investir dans la recherche ou dans l’acquisition de concurrents disposant de savoir faire. Le monopole endort.
    Sur l’argument de la copie, du plagiat, de la concurrence « déloyale » évoqué par les auteurs de cette théorie, je dirai que le système des brevets, licences et autres propriétés industrielles ne sont pas un si mauvais système que cela. Ils permettent la rentabilisation d’investissements en R&D; même de la part de concurrents exploitant le résultat de l’investissement. D’autant qu’ils se lèvent après un certain temps.
    Enfin, (je n’ai pas lu le livre et ne me réfère qu’à l’article ci dessus), je ne perçois pas la distinction (contenue mais non évoquée comme telle dans un commentaire) entre l’infrastructure, la structure et la superstructure. Autant il me semble inconcevable que dans le domaine de l’infra (pour les raisons évoquées plus haut), nous puissions être en situation monopolistique, autant nous imaginons que dans l’immense majorité des cas l’univers de la superstructure ne se conçoit qu’en situation concurrentielle, autant le monopole en terme structurel n’est pas complètement stupide. Un monopole propriétaire du réseau ferré qui loue l’accès à des sociétés qui l’exploite est certainement plus rationnel que dix sociétés qui investissent dans dix lignes parallèles sur le même parcours. Un seul réseau 4G sur l’ensemble de la France qui loue son accès à différents opérateurs permettrait certainement une couverture plus rapide, plus complète et moins onéreuse que trois opérateurs qui multiplient les antennes sur les mêmes zones couvrant 80% de la population…

    • L’idée du monopole comme incitation à la recherche est que si je suis en situation de monopole je peux fixer le prix que je souhaite et dégager des marges (choses impossibles à l’équilibre en situation de CPP). Je souhaite donc me maintenir en situation de monopole sur le plus de produits possibles, et je dispose d’un moyen pour celà : l’innovation. Et mieux encore, du fait de ma situation de monopole sur certains produits, j’ai les moyens de financer la recherche de cette innovation. L’exemple parfait est Google. Ils sont en situation de quasi monopole (monopole de fait) sur la recherche en ligne, mais exploitent la rente qu’ils en retirent au niveau pub pour proposer sans cesse de nouveaux produits qui maintiennent leur monopole. S’ils arrêtaient, rapidement leurs surplus disparaîtraient car des concurrent apparaîtraient qui détruiraient leur pouvoir de marché.

      • Donc effectivement comme précisé dans ce livre, les bénéfices du monopole viennent (indirectement ou directement) du « pouvoir de la concurrence ». C’est donc les monopoles qui se créent sans intervention de l’Etat et en situation de concurrence qui contribuent réellement à croissance. Les autres disparaissent d’eux même très vite, sauf à ce que la loi et les magouilles les gardent en vie tels des zombies détruisant l’économie.

  • Le principe de la concurrence libre, c’est la liberté de choisir ce qui nous convient le mieux.
    Si une entreprise prend toutes les PDM, c’est qu’elle a été la meilleure à satisfaire l’offre. Une intervention pour casser ce « monopole » est finalement la violation des droits du consommateur en faveur de concurrents moins compétents. Un problème dans ce motive ce genre d’intervention est qu’on tend à décréter arbitrairement les faits qui déterminent la valeur de cette offre et à en ignorer les autre, souvent en ne la limitant qu’à des choses purement techniques.
    De plus, il faut relativiser ce qu’on appelle monopole de fait. Il y a d’autres limites que les concurrents directs. Une boulangerie qui augmente ses prix aura comme limite les couts que représentent le fait d’aller à la boulangerie du village voisin et s’il y en a pas, le cout que représente le fait de faire son propre pain ou tout simplement le fait de se passer de pain.

  • « Or, il n’existe aucune différence de nature entre le marché de l’art et le marché des produits industriels. Les industriels, comme les artistes, sont des créateurs. »

    C’est à cause de bêtises comme celles-ci que le bon sens du libéralisme se transforme en délire logique, et que tant de gens méprisent les libéraux.

    • Et une justification pour votre affirmation?

      Qu’elle est donc cette fameuse différence entre un tableau et un mixeur?

      • « L’application stricte de cette théorie conduirait à condamner Picasso d’avoir exercé un pouvoir de monopole sur le marché de ses œuvres et d’avoir causé du tort aux consommateurs »

        Pas du tout, Picasso n’a exercé aucun pouvoir, il a simplement produit en quantité limitée de quelque chose de très demandé. Il est, par définition, IMPOSSIBLE de faire autrement que d’accepter le nombre de production qu’un artiste puisse faire. Ainsi, comparer ensuite le système industriel à l’art sur ce tour de passe passe est absurde. Le système industriel lui EST CAPABLE de produire un très grand nombre de biens si la demande est là.

        Ce tour de passe passe, permet à l’auteur de dire que « Or, il n’existe aucune différence de nature entre le marché de l’art et le marché des produits industriels » ce qui, comme Robert Marchenoir le rappel, est donc une bêtise pure et simple.

      • le mixeur sert à quelqu’un pour satisfaire un besoin/désir. Le tableau sert à quelqu’un pour satisfaire un besoin/désir. Mais c’est pas pareil. Ou plutôt c’est plus pareil. Parce que c’est de l’ART ! Et qu’il faut donc subventionner.

  • J’espère que le livre ne se limite pas à cela.

    La théorie néo-classique décrit comment un marché évolue vers la destruction du profit, elle est fondamentalement dynamique. Dès les premiers modèles néoclassiques de production enseignés, apparaît une distinction entre le court terme et le long terme.

    La théorie néoclassique ne dit rien d’autre que, a posteriori, la concurrence est optimale. Mais les néoclassiques sont d’accord pour dire que ce qui motive a priori c’est le profit, et ne conteste pas les brevets et cie. Schumpeter, qui est la référence sur le sujet, considérait bien Walras comme le plus grand.

    Par ailleurs, là où le néo-classicisme devrait attaquer cet article de toutes ses forces, c’est lorsqu’il prétend d’un ton keynésien que le monopole créée des emplois. Il faut arrêter de vouloir créer des emplois, le marché à l’équilibre ne connait que du chômage frictionnel, et ça c’est un résultat fondamental que ne remet pas en cause la dynamique monopolistique. Cet argument est de mauvaise qualité.

    Il faut arrêter de voir du libertarianisme partout aussi. Condamner le rent-seeking n’est pas libertarien, je doute que les keynésiens y soient favorables !

    • « La théorie néoclassique ne dit rien d’autre que, a posteriori, la concurrence est optimale. »

      Qu’entendez-vous par « concurrence » ? Et par « optimale » ? La théorie libertarienne montre qu’aucun de ces termes ne peut recevoir de définition cohérente susceptible de justifier un « droit » de l’antitrust.

      Pour le reste, d’accord pour ce qui concerne la « création d’emplois ».

      • Encore que, dans le cadre de l’analyse des critiques dirigées contre les « monopsones », il n’est pas absurde de souligner que l’entreprise en monopole peut créer des emplois spécifiques qui n’auraient pas existé en son absence : un travailleur spécialisé X ne peut se plaindre que le monopsone lui paie moins que sa productivité marginale dans la mesure où, sans ce monopsone, l’emploi spécialisé pour lequel il est payé n’aurait peut-être pas existé.

    • « La théorie néo-classique décrit comment un marché évolue vers la destruction du profit, elle est fondamentalement dynamique. Dès les premiers modèles néoclassiques de production enseignés, apparaît une distinction entre le court terme et le long terme. »

      Elle n’est pas dynamique dans le sens où :

      – elle ne semble pas admettre le fait, ou plus exactement, elle ne semble pas tirer les implications qui découlent du fait, que ce « court terme » et ce « long terme » sont essentiellement mouvants.

      – elle présuppose que les modalités de la concurrence à un moment t sont analysables de manière suffisamment objective pour pouvoir donner lieu à une décision de justice respectant la rule of law.

  • Rappelons quand même que notre Constitution dit que tout monopole de fait doit devenir la propriété de la collectivité.
    « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité.» (préambule de la constitution du 27 oct 1946 lequel fait partie de notre actuelle constitution)

    Donc par ici la bonne soupe pour l’eau et les autoroutes et toute autre entreprise qui oserait s’y coller.

    • Friedman s’oppose à la nationalisation des monopoles de fait. Car une fois nationalisé, la plus petite chance qu’il existait pour qu’il soit dépassé est perdu. Il dit que les monopoles de fait finissent toujours par s’affaisser avec le temps et que question de gestion, le passage au publique se fera avec une perte d’efficacité et donc que le roulement se fera avec un coût plus élevé.

      • Mais Friedman, ce n’est pas la Constitution, et la Constitution ne demande pas conseil à Friedman mais donne un ordre impératif : « Doit devenir la propriété de la collectivité. »
        Et puis souvenez-vous, « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. » (Art.5 Constitution de 1958)

  • Entièrement d’accord avec l’article et qui va dans le sens des recommandations de Friedman. Le meilleurs moyen de casser des monopoles techniques est ne surtout pas s’en mêler. Toutes les lois qui visent à détruire les monopoles ne sont pas plus efficaces que de ne rien faire du tout. Si une compagnie arrive à un quasi monopole du fait d’un progrès technique qu’il possède, le moteur le plus efficace resterait de laisser le monde trouver quelque chose d’encore plus efficace.
    Mais après, que dire des ententes de cartels et de leurs moyens groupés pour nuire à toute émergence de concurrence. Avons-nous assez confiance dans le génie entrepreneurial et l’innovation mettre à terre Goliath ?
    Qui a des réponses à cela. Car je manque de connaissances. Autant je désapprouve les interventions de l’Etat pour « stimuler » la concurrence, autant j’ai du mal à voir comment un cartel peut être détruit simplement par le marché alors même que ce cartel ne profite d’aucune aide de l’Etat pour subsister.

    • Ah si je me souviens. Friedman dit que les cartels ne tiennent jamais. Car il y en aura toujours un, attiré par plus de profit qui voudra sortir de l’entente. Et donc que le meilleurs moyen de démonter un cartel, est d’attendre que les différents membres de l’entente se bouffent entre eux.

    • D’où, la seule crotte qui embrouille tout le monde, reste, l’intervention étatique, la seule chance de survit à long terme des quasi monopoles et des cartels. D’où la corruption politique. D’où, nous devons limiter constitutionnellement le pouvoir politique car il y aura toujours assez de fric en jeu pour corrompre le politicien le plus endurci. CQFD

  • La situation de concurrence parfaite ne s’applique que lorsqu’il n’y a pas de coût de fixe sur un marché, ie pas d’investissement à faire (entre autre). C’est une idéalisation évidemment, mais dire qu’une situation de concurrence parfaite n’incite pas aux investissement alors que par définition c’est une situation où il n’y a pas d’investissement à faire c’est un peu bizarre.

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Par Pierre Schweitzer.

Les procès à répétition contre les grandes entreprises du numérique, au sens propre comme au figuré, se placent de moins en moins sur le terrain du droit et de plus en plus sur celui de la politique. Une évolution inquiétante pour l'avenir si on tient compte d'une part de l'exagération grossière des maux qu'on cherche à guérir, et l'ignorance des effets pervers d'un tel usage de la puissance publique.

L'assaut contre les GAFAM

Pas une semaine ne se passe sans qu'un organe gouvernemental ou para-gouvernemen... Poursuivre la lecture

Par Patrick de Casanove.

Retrouvez la première partie de cet article expliquant la cause de la pénurie de médicaments, et la seconde partie détaillant les spécificités françaises.

Comme toujours en France les fausses bonnes solutions font appel à davantage d’État.

Baisser encore le prix des médicaments

Alain Michel Ceretti, président de France Assos Santé explique :

Nous demandons aux pouvoirs publics et aux autorités de régulation de faire leur travail, et qu’enfin les politiques publiques soient harmonisées à l’é... Poursuivre la lecture

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