Rapport sur la lutte contre le téléchargement illégal : qu’en penser ?

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Le rapport de Mireille Imbert-Quaretta sur les moyens de lutte contre le streaming et le téléchargement n’apas attiré l’attention de la presse. A tort.

Le rapport de Mireille Imbert-Quaretta sur les moyens de lutte contre le streaming et le téléchargement n’a pas attiré l’attention de la presse. À tort.

Par Roseline Letteron.

Le 25 février 2013, Mireille Imbert-Quaretta, membre de la Commission de protection des droits de la Hadopi, a remis son rapport sur les moyens de lutte contre le streaming et le téléchargement direct de contenus illicites. Il lui avait été commandé par le Président de la Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (HADOPI). Observons d’emblée que ce document n’a guère suscité l’intérêt des médias, même spécialisés. Sans doute sont ils davantage attentifs aux bruits annonçant la disparition pure et simple d’Hadopi, d’ailleurs relayés par Madame Imbert-Quaretta elle-même.

Le téléchargement direct et le streaming ont en commun de permettre aux internautes d’accéder à des œuvres protégées par les droits de la propriété intellectuelle, sans l’autorisation des titulaires de ces droits. Concrètement, ces œuvres sont stockées sur des sites, et il est possible d’y accéder, soit de manière durable par téléchargement direct, soit par un simple visionnage des contenus (streaming). Ces technologies succèdent peu à peu aux anciens systèmes « de pair à pair » (peer to peer), dans lesquels les ordinateurs des internautes se connectaient à un serveur central permettant de rechercher des fichiers stockés sur les disques durs des utilisateurs.

Les limites de la répression pénale

La sanction pénale est, depuis longtemps, au cœur du dispositif de lutte contre ces pratiques. Celle-ci a d’ailleurs été renforcée par la loi du 1er août 2006, qui crée un nouvel article L 335-2-1 du code de la propriété intellectuelle, sanctionnant les personnes fournissant des logiciels destinés à permettre la contrefaçon et celles qui incitent à leur usage. En même temps, s’est développée une approche pénale spécifique, permettant de sanctionner avec davantage de rigueur la contrefaçon, lorsqu’elle est liée à la criminalité organisée.

Le rapport met en lumière les limites de cette répression pénale, qui ne donne lieu qu’à très peu de poursuites judiciaires et à des condamnations relativement modestes. C’est ainsi que les créateurs du site Radioblog, qui enregistrait jusqu’à 800 000 visites par jour, ont été condamnés à neuf mois d’emprisonnement avec sursis et 10 000 € d’amende, sanction confirmée par la Cour de cassation le 25 septembre 2012. Le rapport des sénateurs Béteille et Yung, publié en février 2011, remarque à ce propos que les victimes de contrefaçon s’adressent à 75 % à la juridiction civile, sans doute précisément parce que les sanctions pénales sont trop légères. Enfin, les procédures de notification et les demandes de retrait de contenu adressées aux hébergeurs de ces sites sont assez largement dépourvues d’efficacité.

Ce constat ne prête pas vraiment à contestation, mais les conséquences qu’en tire le rapport Imbert-Quaretta témoignent d’une réelle incertitude sur la voie qui doit être suivie.

Un écosystème

Le rapport Imbert-Quaretta envisage l’ensemble des technologies de streaming et de téléchargement illégal comme un « éco-système », de plus en plus dominé par des opérateurs professionnels qui créent des sites permettant une contrefaçon à grande échelle. Interviennent aussi des moteurs de recherche qui orientent l’internaute vers les sites, des fournisseurs d’instruments de paiement et des fournisseurs de contenu publicitaire. Cette vision englobante conduit le rapport à préconiser une certaine forme d’autorégulation par les professionnels du secteur. On connait bien cette démarche qui privilégie les codes de conduite et les normes déontologiques, parfois au détriment de la sanction juridique.

Entre la sanction pénale et les codes de conduite, le rapport ne choisit pas. Il préfère affirmer qu' »il n’y a pas de solution unique », mais une multitude de choix possibles, allant de l’accroissement de la répression, à la mise en œuvre de politiques publiques favorisant notamment « l’implication des intermédiaires dans la prévention » des infractions. On imagine assez mal l’impact d’une telle politique de sensibilisation à l’égard d’entreprises bien souvent liées à la criminalité organisée et domiciliées en Russie. A cet égard, le rapport ne témoigne guère d’une politique volontariste. Il est plutôt le révélateur d’un certain sentiment d’impuissance des pouvoirs publics


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