Retour vers le futur : la crise du marché automobile s’accélère

Malgré les estimations des syndicalistes et l’optimisme du gouvernement, les constructeurs automobiles ne vendent plus et les constructeurs vont devoir licencier. La crise n’est pas derrière nous ; retour vers le futur.

Par Baptiste Créteur.

Les ventes d’automobiles diminuent. Les chiffres des immatriculations parlent d’eux-mêmes : dans la plupart des pays européens, elles chutent, même par rapport à une année 2012 déjà morose. La fin de la crise annoncée, avec inversion de la courbe du chômage et prospérité dans la zone euro, les Français auront sans doute du mal à comprendre pourquoi le chômage continue d’augmenter – et attribueront sans peine l’absence de croissance à l’inéluctable réduction des dépenses publiques, grâce aux discours ravageurs de leurs représentants.

La France sera donc bien solidaire de la Grèce et a d’ores et déjà commencé à s’en rapprocher dangereusement. En Grèce aussi, les immatriculations ralentissent, la croissance n’est pas prête de repartir et ce, d’autant moins que la dette ne diminue pas malgré l’aide d’autres pays. L’assainissement des finances publiques et de l’économie prendra longtemps en France comme en Grèce, et les dommages collatéraux d’années d’interventionnisme se feront sentir avec une violence palpable qu’on redoute à l’Intérieur et qu’on aimerait légitimer au Sénat.

Inutile de mentionner que les constructeurs français sont en difficulté : les immatriculations reculent de 5,6% chez Renault malgré les bonnes performances de Dacia et PSA Peugeot Citroën perd 16,3%.

Des chiffres qui donnent raison à Bob Shanks, le directeur financier de Ford, qui a prédit en janvier un avenir sombre pour le secteur sur le Vieux Continent. «Il est possible de restructurer le secteur en Europe, mais cela nécessitera probablement de réduire le nombre d’employés, car il y a des capacités de production excessives», expliquait-il, en déplorant le manque d’équilibre «entre la production et la vraie demande». De fait, les dirigeants des groupes automobiles tablent tous sur un marché européen en berne ces prochains trimestres. «La machine est cassée», a ainsi jugé le directeur général de Fiat Sergio Marchionne, lors du récent salon automobile de Detroit.

La machine est cassée, au sens propre comme au figuré, et il ne faut pas attendre d’un technicien magique qu’il la répare – les dernières tentatives du gouvernement n’étant pas à proprement parler empreintes de bon sens ni couronnées de succès. Les capacités de production en excès devront être assainies, de même que la dette des États et l’ensemble des économies en Europe. Cet ajustement douloureux est non seulement inéluctable, il est aussi nécessaire pour pouvoir espérer le retour de la prospérité et de la croissance et s’estimer sain d’esprit.

Malheureusement, ce n’est pas l’opinion majoritaire en France ; les discours des représentants du peuple ont convaincu les citoyens que le retour de la croissance passerait par des politiques de relance plus ou moins ciblées et que l’austérité serait un cercle vicieux inextricable. La seule certitude qu’on puisse avoir, c’est que la dette pèse de tout son poids sur l’économie et qu’elle ne pourra pas repartir sur des bases saines tant que les individus n’auront pas la possibilité d’exprimer librement leurs préférences et de collaborer, échanger, créer et produire.

L’incertitude, c’est de savoir si la France – mais la question se pose aussi pour d’autres pays en Europe – s’enfoncera dans le totalitarisme en comptant sur l’État pour résoudre les problèmes qu’il a créés ou pour en atténuer les conséquences, ou si elle prendra la voie de la liberté – qui devra, quoi qu’il en soit, être préparée. Une autre incertitude existe, celle de savoir si, quelle que soit la voie choisie, elle sera suivie sans heurts, ce que l’évolution des mouvements sociaux et leur progressive radicalisation rend de plus en plus improbable. Les Français devraient donc s’attendre à une violence croissante, faute d’avoir su remettre en question assez tôt un modèle voué à l’échec.