Réforme de l’État : le modèle suisse

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Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

Par Pierre Chappaz.

Je suis né dans un pays devenu l’un des plus collectivistes du monde occidental : la France (voir le tableau ci-dessous). Et j’ai choisi de vivre dans un pays plutôt libéral : la Suisse. Cela me permet de faire quelques comparaisons intéressantes…

Le constat : l’État-Providence est au bout du rouleau

Comme je l’expliquais récemment ici, la politique d’incitation au crédit des principaux gouvernements et des banques centrales est à l’origine de la crise.

En France, l’État-Providence accumule les dettes depuis 38 ans (1974). En 2013 encore, le gouvernement prévoit de dépenser 20% de plus que le montant de ses recettes. La Suisse a évité cette dérive du crédit, en inventant la « règle d’or » d’équilibre budgétaire en 2002. Le pays n’a que très peu de dette (tableau ci-dessous).

La France est une société malheureuse, qui n’a plus confiance dans l’avenir. Le modèle de croissance à crédit est épuisé. En Suisse, la société, libérale sur le plan économique comme sur le plan social, fonctionne bien. Nulle trace de la déprime qui règne dans l’hexagone.

La solution : faire maigrir l’État et libérer les initiatives. Ça s’appelle le Libéralisme !

Les très grands écarts constatés entre les pays les plus et les moins collectivistes montrent bien que nos sociétés n’ont pas besoin d’un État obèse pour fonctionner.

Vouloir un État « fit » est un choix politique.

Source: administration fédérale des finances

Revoir les missions de l’État

En France il y a 34 ministres, en Suisse 7. Combien de ministères français pourraient être supprimés sans dommage ? Certainement la majorité. Il y a peu de missions pour lesquelles l’État est indispensable : la sécurité, l’administration de la justice, le soutien des personnes incapables de subvenir à leurs besoins, la défense et les relations internationales.

Il faudrait ajouter l’enseignement, mais le « mammouth » aurait besoin d’une sérieuse réforme. L’enseignement privé, qui fonctionne mieux que le public, ne coûte-t-il pas moins cher ?

Et l’économie ? Moi qui suis chef d’entreprise, je ne vois pas la nécessité de ce ministère, qui dépense l’argent public de manière inopportune en cherchant à prolonger la survie d’industries condamnées, ou en lançant des projets sans avenir.

La question de la protection sociale

En Suisse, l’assurance-maladie est privée. Elle n’accumule pas les déficits. Et croyez-moi la santé est tout aussi bien assurée en Suisse.

L’assurance-chômage est particulièrement coûteuse en France, sans parler du RSA et des autres dispositifs. Ici en Suisse il y a moins de « protection sociale » mais quasiment pas de chômage (3,7%) : quand on perd son emploi, on se bouge et on en retrouve un très vite. L’école forme les jeunes en tenant le plus grand compte des besoins de l’économie, le code du travail ne fait pas 3000 pages, les gens ont envie de travailler et les entreprises sont extrêmement compétitives (malgré le haut niveau du Franc suisse).

Logiquement, en Suisse les charges sociales sur les salaires sont beaucoup plus faibles : 6,25% pour les salariés et l’employeur, plus une cotisation maladie de 7 à 18%. En France c’est 25% pour le salarié et 50% pour l’employeur.

La Suisse, un État fit

La Confédération helvétique est un État fit. Léger. Très décentralisé : les cantons décident presque tout à leur niveau, sans pour autant être atteints de folie des grandeurs comme les régions et départements français. En Suisse, l’État a une influence limitée : les citoyens ont toujours le dernier mot grâce aux referendums d’initiative populaire, organisés au niveau fédéral, cantonal et communal.

L’État consomme 35% de la richesse produite en Suisse. En France c’est 56%. Qu’est-ce que l’État Français fait de plus avec ses dépenses supplémentaires ?

Rien.

En Suisse, les transports fonctionnent, la sécurité est bien assurée, la population est davantage connectée à Internet qu’en France, l’industrie a bien mieux résisté, le chômage est à 3,7%, et j’ai déjà dit qu’il y a peu de dette.

C’est un exemple de pays libéral, certes imparfait : l’impôt sur le revenu atteint le niveau élevé de 45%, il y a un ISF à 1%. Mais pas de CSG ou d’impôt sur les plus-values, et le taux de TVA est la moitié du taux français. Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

La société suisse a établi un consensus sur la nécessité de travailler beaucoup, on l’a vu avec l’échec du récent referendum qui proposait de passer de 4 à 6 semaines de vacances. Ici les entrepreneurs se sentent encouragés.

Si l’économie suisse marche, c’est parce qu’elle est libérale

Je sais que les Français ont un complexe de supériorité face à la Suisse. Et une excuse: « si ça marche, c’est parce que c’est un petit pays ! »

La vérité, c’est que si ça marche, c’est parce que c’est libéral. Quand les socialistes français auront échoué comme c’est prévisible, la France aura une opportunité de prendre enfin la direction du libéralisme.

Mais en en aura-t-elle le courage ?

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