Réforme de l’État : le modèle suisse

Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

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Réforme de l’État : le modèle suisse

Publié le 3 octobre 2012
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Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

Par Pierre Chappaz.

Je suis né dans un pays devenu l’un des plus collectivistes du monde occidental : la France (voir le tableau ci-dessous). Et j’ai choisi de vivre dans un pays plutôt libéral : la Suisse. Cela me permet de faire quelques comparaisons intéressantes…

Le constat : l’État-Providence est au bout du rouleau

Comme je l’expliquais récemment ici, la politique d’incitation au crédit des principaux gouvernements et des banques centrales est à l’origine de la crise.

En France, l’État-Providence accumule les dettes depuis 38 ans (1974). En 2013 encore, le gouvernement prévoit de dépenser 20% de plus que le montant de ses recettes. La Suisse a évité cette dérive du crédit, en inventant la « règle d’or » d’équilibre budgétaire en 2002. Le pays n’a que très peu de dette (tableau ci-dessous).

La France est une société malheureuse, qui n’a plus confiance dans l’avenir. Le modèle de croissance à crédit est épuisé. En Suisse, la société, libérale sur le plan économique comme sur le plan social, fonctionne bien. Nulle trace de la déprime qui règne dans l’hexagone.

La solution : faire maigrir l’État et libérer les initiatives. Ça s’appelle le Libéralisme !

Les très grands écarts constatés entre les pays les plus et les moins collectivistes montrent bien que nos sociétés n’ont pas besoin d’un État obèse pour fonctionner.

Vouloir un État « fit » est un choix politique.

Source: administration fédérale des finances

Revoir les missions de l’État

En France il y a 34 ministres, en Suisse 7. Combien de ministères français pourraient être supprimés sans dommage ? Certainement la majorité. Il y a peu de missions pour lesquelles l’État est indispensable : la sécurité, l’administration de la justice, le soutien des personnes incapables de subvenir à leurs besoins, la défense et les relations internationales.

Il faudrait ajouter l’enseignement, mais le « mammouth » aurait besoin d’une sérieuse réforme. L’enseignement privé, qui fonctionne mieux que le public, ne coûte-t-il pas moins cher ?

Et l’économie ? Moi qui suis chef d’entreprise, je ne vois pas la nécessité de ce ministère, qui dépense l’argent public de manière inopportune en cherchant à prolonger la survie d’industries condamnées, ou en lançant des projets sans avenir.

La question de la protection sociale

En Suisse, l’assurance-maladie est privée. Elle n’accumule pas les déficits. Et croyez-moi la santé est tout aussi bien assurée en Suisse.

L’assurance-chômage est particulièrement coûteuse en France, sans parler du RSA et des autres dispositifs. Ici en Suisse il y a moins de « protection sociale » mais quasiment pas de chômage (3,7%) : quand on perd son emploi, on se bouge et on en retrouve un très vite. L’école forme les jeunes en tenant le plus grand compte des besoins de l’économie, le code du travail ne fait pas 3000 pages, les gens ont envie de travailler et les entreprises sont extrêmement compétitives (malgré le haut niveau du Franc suisse).

Logiquement, en Suisse les charges sociales sur les salaires sont beaucoup plus faibles : 6,25% pour les salariés et l’employeur, plus une cotisation maladie de 7 à 18%. En France c’est 25% pour le salarié et 50% pour l’employeur.

La Suisse, un État fit

La Confédération helvétique est un État fit. Léger. Très décentralisé : les cantons décident presque tout à leur niveau, sans pour autant être atteints de folie des grandeurs comme les régions et départements français. En Suisse, l’État a une influence limitée : les citoyens ont toujours le dernier mot grâce aux referendums d’initiative populaire, organisés au niveau fédéral, cantonal et communal.

L’État consomme 35% de la richesse produite en Suisse. En France c’est 56%. Qu’est-ce que l’État Français fait de plus avec ses dépenses supplémentaires ?

Rien.

En Suisse, les transports fonctionnent, la sécurité est bien assurée, la population est davantage connectée à Internet qu’en France, l’industrie a bien mieux résisté, le chômage est à 3,7%, et j’ai déjà dit qu’il y a peu de dette.

C’est un exemple de pays libéral, certes imparfait : l’impôt sur le revenu atteint le niveau élevé de 45%, il y a un ISF à 1%. Mais pas de CSG ou d’impôt sur les plus-values, et le taux de TVA est la moitié du taux français. Ce n’est pas en Suisse qu’on prendrait des mesures contre les entrepreneurs comme viennent de le faire les socialistes français.

La société suisse a établi un consensus sur la nécessité de travailler beaucoup, on l’a vu avec l’échec du récent referendum qui proposait de passer de 4 à 6 semaines de vacances. Ici les entrepreneurs se sentent encouragés.

Si l’économie suisse marche, c’est parce qu’elle est libérale

Je sais que les Français ont un complexe de supériorité face à la Suisse. Et une excuse: « si ça marche, c’est parce que c’est un petit pays ! »

La vérité, c’est que si ça marche, c’est parce que c’est libéral. Quand les socialistes français auront échoué comme c’est prévisible, la France aura une opportunité de prendre enfin la direction du libéralisme.

Mais en en aura-t-elle le courage ?

—-
Sur le web.

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  • La Suisse est quand même encore loin d’être un modèle de libéralisme, 35% de la richesse pour l’État (avec une bonne partie aussi par certains secteurs privés protégés), cela reste beaucoup! Et on suit gentiment la tendance occidentale du plus d’État partout…

    Concernant les ministres, on en a bien plus que 7 puisque chaque canton a son propre gouvernement. En réalité, la confédération est aux cantons, ce que l’UE est à la France (maintenant dans cette comparaison, on reste alors avec bien moins de ministres)

    L’enseignement est public et coûte toujours plus cher, par contre, comme il est cantonal, il y a quand même une légère concurrence salutaire entre les cantons.

    L’assurance maladie est certes privée, mais il y a un catalogue de prestations obligatoires, qui fait que son coût est toujours plus élevé et devient une sorte d’impôt supplémentaire.

    L’impôt sur le revenu change en fonction des communes et des cantons. Un habitant du canton de Zurich peut par exemple facilement payer 2 à 3 fois moins d’impôts qu’un habitant de Suisse-Romande!!

    Quant au travail, beaucoup de Suisses travaillent à temps partiel. Ce qui permet à chacun de trouver son compte dans le rapport temps / argent, grâce à cette souplesse dans les horaires et également à l’absence de salaire minimal, on peut ainsi facilement travailler en Suisse bien moins de 35 heures pour beaucoup plus que le smic…

  • Sinon, il y a la corée du sud
    Dette publique / PIB (%)
    2009 2010 2011 2012
    33,8 33,4 32,0 30,0

  • Un récapitulatif des caractéristiques suisses : http://www.wikiberal.org/wiki/Suisse

  • Non, les francais sont bien plus malhonnetes que ca vis a vis de la suisse. Ils ne disent pas « si ca marche c’est parce que c’est un « petit pays ». Ils sont bien plus mesquins que ca.

    Les francais (donc les gauchistes, pour faire court), disent que ‘est eux qui font tourner la SUIsse et que celle ci vit de l’evasion fiscale de la richesse qu’on laisse partir de France. En fait les cocos estiment que la suisse est un pays riche, donc c’est un pays de voleurs, donc c’est des salauds qui ne doivent leur succes qu’a deux choses:

    1. »L’argent vole aux juifs pendant la guerre parce que les suisses sont antisemites »
    2. »Le secret bancaire qui permet aux salauds de riches francais de ne pas payer ce qu’ils doivent a la collectivite qui leur a permis de devenir riches parce que sans nous ces salauds n’auraient pas de clients et donc ils nous doivent d’etre nos esclaves ces bandes salauds de riches ».

    LLs francais ne VEULENT PAS savoir que la Suisse exporte beaucoup de produits industriels. Les francais ne veulent pas voir que malgre un niveau de vie superieur et une monnaie forte pas du tout favorable a l’export, la Suisse exporte encore ENORMEMENT compare a nous. Les francais ne veulent pas voir que le dumping social de l’asie n’a pas beaucoup touche un pays cmme la suisse en terme de desindustrialisation tout simplement parce que les suisses ne se sont pas tire de balles dans les pieds au niveau industriel. C’est pas qu’ils ne le savent pas: Ils refusent de le voir. Cette realite leur est insupportable parce que la Suisse c’est un peu le bon eleve discret a cote du cancre arrogant qui met ses mauvais resultats sur le dos du prof.

    La seule chose que je reproche a la Suisse: Pas si facile d’y immigrer en bonne condition. Pas si facile d’y trouver un taf quand on n’est pas résident. En meme temps je les comprend. Ils peuvent pas accueillir toute la misere de France.

    • « La seule chose que je reproche a la Suisse: Pas si facile d’y immigrer en bonne condition. Pas si facile d’y trouver un taf quand on n’est pas résident. En meme temps je les comprend. Ils peuvent pas accueillir toute la misere de France. »
      Sans blague… Je viens de commencer un nouveau job en Suisse. J’ai mis presque un an à le trouver.
      Je quitte la France sans regret…

  • Heu permettez-moi de corriger certaines affirmations de l’auteur.
    Il y avait en août un taux de chômage de 2.7% (SECO). Il y a par contre de grandes disparités entre les cantons. Le lecteur ne sera pas surpris d’apprendre que le taux de chômage le plus élevé est dans la république soviétique genevoise (4.8%).
    Concernant l’assurance maladie, elle n’a strictement aucun lien avec l’employeur. Vous avez l’obligation de vous assurer auprès d’une caisse maladie privée et libre à votre employeur de participer à ce financement. Pour vous donner un ordre d’idée l’assurance maladie de base à Genève est de l’ordre de CHF 280.- pour une franchise à 2500.- Ce chiffre signifie qu’à moins qu’ils ne vous arrivent quelques choses de grave, vous payez vous-même votre santé chaque année. Et cette assurance ne couvre ni les soins dentaires ni les lunettes !
    Le plus gros problème, actuellement, est l’envolée des coûts de la santé ce qui fait que près de 35% des Suisses touchent une aide pour payer son assurance maladie.
    Stephane Montabert sur contrepoints l’a déjà très bien expliqué.
    Vous avez raison de souligner le caractère plus libéral de la Suisse mais une étude approfondie de tout ce qui ne marche pas en Suisse montre que c’est parce qu’on a adopté une recette socialiste à un problème.

    • la Suisse doit son taux de chomage faible au fait que bcp de multinationales y sont venues pour des raisons fiscales (je travaille dans l’une d’entre elles). Le jour ou d’autres pays feront pareil, la suisse sera morte et enterrée, parce que niveau cout du travail, la Suisse est loin d’être compétitive.

      • Hélas,

        Cela te fera du bien, vivre à côté d’un pays en misère? Pourquoi? On était des amis depuis toujours, les Français et les Suisses.

        Comme un vieux couplet suisse dit dans son refrain:

        « Quel est la différence entre la Suisse et la France? »
        « Il n’y a pas de différence entre la Suisse et la France! »

        Marguerite de Soleure

      • @ Mick

        2/3 des emplois en Suisse proviennent des PME, il faudra donc bien plus que le départ des multinationales pour enterrer la Suisse.

        Le faible taux de chômage n’est pas une question de compétitivité mais de flexibilité du marché. Plus un marché est flexible, plus les gens peuvent entreprendre et répondre aux besoins infinis des êtres humains. Le chômage n’est que la conséquence de l’interventionnisme, si tous les États appliquaient une politique vraiment libérale, il y aurait du plein emploi partout.

        Quant au coût du travail, si on compte avec les charges de l’employeur, l’employé suisse n’est pas beaucoup plus cher qu’ailleurs… Cela montre aussi clairement que si un pays baissait les charges salariales, l’employeur répercuterait le gain directement sur les salaires, au grand profit de tout le monde, au contraire de la redistribution étatique…

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