Sur les réglementations : Give Me A Break par John Stossel

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Ces dernières décennies ont été marquées par une croissance exponentielle des réglementations aux États-Unis. Est-ce que cela a permis de mieux protéger la population ? Pour Stossel, la réponse est non ! L’intervention accrue du gouvernement et la croissance de la règlementation n’ont fait que faire augmenter les coûts pour les consommateurs et mettre des bâtons dans les roues des entrepreneurs. revue de l’ouvrage de John Stossel, “Give Me a Break”.

Ces dernières décennies ont été marquées par une croissance exponentielle des réglementations aux États-Unis. Est-ce que cela a permis de mieux protéger la population ? Pour Stossel, la réponse est non ! L’intervention accrue du gouvernement et la croissance de la règlementation n’ont fait que faire augmenter les coûts pour les consommateurs et mettre des bâtons dans les roues des entrepreneurs. Revue de l’ouvrage de John Stossel, “Give Me a Break”.

Par le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.

John Stossel est un journaliste et animateur de télévision qui a débuté sa carrière au bas de l’échelle, en tant que journaliste sur les questions de consommation. Il s’est taillé une solide réputation en dénonçant les fraudeurs et les tricheurs ainsi qu’en défendant les gens qui se sont fait avoir. Son succès fut retentissant ; tel que démontré par la croissance de son auditoire et par les nombreux prix qu’il a remportés (19 Emmy Awards, récompenses de la télévision américaine).

Au fil du temps, parfois en réaction à certains de ses reportages percutants, le gouvernement a augmenté ses activités de protection du consommateur. Ces dernières décennies ont été marquées par une croissance exponentielle de la réglementation aux États-Unis. Est-ce que cela a permis de mieux protéger la population ? Pour Stossel, la réponse est non ! L’intervention accrue du gouvernement et la croissance de la règlementation n’ont fait que faire augmenter les coûts pour les consommateurs et mettre des bâtons dans les roues des entrepreneurs. En effet, pour Stossel :

Toute règlementation semble avoir des conséquences inattendues. L’argent des contribuables finit dans les poches des riches plutôt que des pauvres. Des règlementations bien intentionnées visant à protéger les consommateurs font plutôt en sorte de leur nuire en faisant augmenter les prix et en réduisant leurs choix de consommation.

Stossel a alors commencé à critiquer les gouvernements et à dénoncer leurs abus. C’est à ce moment qu’il s’est fait beaucoup d’ennemis, dont notamment le démocrate Ralph Nader. Dans un des chapitres, Stossel s’insurge d’ailleurs contre ce qu’il appelle la « gauche totalitaire », des individus qui non seulement désapprouvent ses idées libertariennes, mais qui en plus n’hésitent pas à utiliser la violence pour le faire taire. Pour ces gens, la liberté d’expression ne s’applique pas aux gens qui ne pensent pas comme eux.

Le principe de précaution, une manne pour les avocats procéduriers ?

Au fil du livre, Stossel relate les histoires les plus intéressantes qui ont marqué sa carrière. Par exemple, il a enquêté sur la fameuse histoire d’Erin Brockovich [NDLR : qui a inspiré un long métrage à succès avec notamment Julia Roberts dans le rôle-titre]. Il note qu’il n’a jamais été démontré que l’entreprise d’électricité en question a rendu quiconque malade. L’entreprise a semblé coupable simplement parce qu’elle a fait ce que les entreprises font généralement dans ces cas : régler à l’amiable pour éviter les frais légaux et la mauvaise presse. L’EPA [NDLR : l’Agence américaine de Protection de l’Environnement] affirme qu’aucune donnée ne démontre que le chromium cause le cancer. Le California Cancer Registry a analysé les statistiques de cancer de la région et des employés de l’entreprise (50 000 sujets) et a relevé que ces gens étaient en meilleure santé que la moyenne. L’histoire d’Erin Brockovich n’est qu’une fable cinématographique. Cette histoire démontre bien l’un des points principaux de Stossel dans ce livre : les avocats ont beaucoup trop de pouvoir aux États-Unis. Même s’ils ont tort, les avocats peuvent soutirer beaucoup d’argent aux entreprises (et donc aux consommateurs puisque celles-ci répercutent ces amendes sur leurs prix). Stossel dénonce d’ailleurs le fait qu’aux États-Unis, si vous poursuivez quelqu’un et que vous perdez, vous n’avez pas à payer les frais de défense de l’autre partie. Selon Stossel, les poursuites nuisent à l’innovation car elles exposent les inventeurs à des conséquences légales désastreuses. Elles découragent la prise de risque qui précède généralement les grandes innovations.

Ce genre de film (i.e. Erin Brockovich) contribue aussi à colporter le mythe voulant que l’environnement se détériore. Pourtant, depuis 1976, les émissions de dioxyde de souffre ont diminué de 67%, celles de dioxide d’azote de 42%, celles de monoxyde de carbone de 73%, celles de plomb de 97% et les smogs sont en baisse d’environ un tiers. Stossel se souvient d’une entrevue avec Patrick Moore, ancien directeur de Greenpeace, qui a quitté cette organisation parce qu’il affirme qu’elle a été corrompue par des activistes politiques qui l’utilisent pour amasser des fonds en exploitant la peur. Ces gens distordent la science pour pousser leur agenda anti-capitaliste ce qui n’a aucun rapport avec la protection de l’environnement.

Stossel s’est aussi intéressé au cas de l’amiante. Les avocats ont poursuivi toutes les entreprises reliées de près ou de loin à l’amiante, soit plus de 6000. Les coûts engendrés par ces poursuites auraient détruit plus de 60 000 emplois. C’est d’ailleurs avec cette cause que l’avocat Peter Angelos a pu générer assez d’honoraires pour acheter l’équipe de baseball des Orioles de Baltimore. Quant au règlement sur les fabriquant de cigarettes, Stossel le décrit comme la plus grande arnaque de tous les temps. Les dédommagements ont fini en majeure partie dans les poches des avocats et les producteurs de cigarettes les ont payés en augmentant les prix des cigarettes ! Les avocats se sont donc enrichis sur le dos des fumeurs, d’ailleurs sur-représentés dans les classes sociales les plus pauvres.

Pour Stossel, le monde est devenu excessivement opposé au risque. Il a déjà posé la question suivante à un de ses auditoires : supposons que j’invente un nouveau type de carburant pour concurrencer le pétrole. Celui-ci est cependant très explosif, invisible, inodore et toxique. Par ailleurs, il tuerait en moyenne 400 Américains par année suite à des accidents. Est-ce que vous l’adopteriez ? La foule répondait alors unanimement non. Pourtant, le carburant décrit par Stossel était nul autre que le gaz naturel, utilisé par tous les américains depuis longtemps. Selon Stossel, les Américains acceptent ce carburant simplement parce qu’il a été adopté avant que nous devenions si réfractaire au risque.

Les médias font en sorte que nous surestimions certains risques, notamment les crimes violents, les attaques de requin et les accidents d’avion. Cette mauvaise perception mène à de mauvaises décisions. En 2001, la recherche sur le VIH a reçu $4439 de subventions par patient, le cancer du sein $290 et le parkinson $175. Le diabète, qui tue plus de gens que le VIH, n’a reçu que $41, alors que les maladies les plus meurtrières de toutes, les maladies cardiovasculaires, n’ont reçu que $58 par patient.

Au sujet des pesticides, les recherches de Stossel démontrent que 99% des pesticides que nous ingérons sont naturellement produits par les plantes. Bien entendu, les aliments de l’agriculture biologique sont moins exposés aux pesticides synthétiques, mais en revanche, ils sont davantage exposés aux bactéries puisque les agriculteurs bio utilisent le fumier comme fertilisant plutôt que l’azote. Ces bactéries (dont la E-coli) font pourtant bien plus de victimes que les pesticides. Par ailleurs, les aliments bio ne sont pas plus nutritifs, ils coûtent beaucoup plus cher et nuisent à l’environnement (puisque en raison des rendements plus faibles, les agriculteurs bio ont besoin de plus de territoire pour générer la même quantité de nourriture).

La réglementation, un outil utilisé par les gros contre les petits

De nos jours, il existe des milliers d’organismes de réglementation aux États-Unis, que ce soit pour les coiffeurs, les médecins ou les astrologues. Malheureusement, ces organismes n’améliorent pas les choses. Les entrepreneurs les plus riches et avec le meilleur réseau professionnel se paient des avocats pour remplir de la paperasse et répercutent les coûts aux consommateurs. Quant aux plus petites entreprises, elles se font écarter du marché. Pourtant, ce ne sont souvent pas elles qui posent problème. Ces petites entreprises opèrent souvent dans des milieux plus défavorisés et permettent aux plus pauvres d’obtenir des services pour moins cher. En fait, les véritables bénéficiaires de la régulation sont les entreprises établies (et leurs avocats), les syndicats et les bureaucrates-régulateurs eux-mêmes. En 1900, les États-Unis comportaient 6 millions de fermes et le Département de l’Agriculture employait 3000 personnes. Aujourd’hui, il n’existe plus que 2 millions de fermes et le Département emploie 100 000 personnes.

Stossel explique que les règlementations sont si complexes et lourdes qu’elles deviennent ridicules. L’une d’elles est le American Disability Act, qui favorise l’accès au travail à des gens qui souffrent d’une forme d’invalidité. Stossel prend comme exemple le cas d’Exxon et le naufrage de l’Exxon-Valdez : le pilote était un ancien alcoolique qui avait fait une rechute à bord du navire pétrolier pour ensuite confier la barre à un subordonné qui l’a fait échouer, causant ainsi un immense désastre écologique. Selon le ADA, l’alcoolisme est une forme d’invalidité pour laquelle un employeur ne peut discriminer. Donc, en vertu de l’ADA, Exxon n’aurait pas pu rejeter la candidature de Joseph Hazelwood parce qu’il est un ancien alcoolique. En fait, Exxon n’aurait même pas pu lui demander s’il avait des antécédents à cet égard !

De même, Stossel raconte l’histoire de Cornrows, une chaîne de salons de coiffure spécialisée dans les nattes africaines fondée par un couple d’immigrants. Leur succès était tel que certains de leurs 20 000 clients faisaient 6 heures de route pour s’y rendre ! Puis, les autorités ont déclaré l’entreprise illégale car elle n’avait pas de permis. Pour l’obtenir, tous deux auraient dû effectuer une formation de 1000 heures coûtant $5000, qui leur apprendrait à faire des teintures et des permanentes (même si ces services ne sont pas offerts dans leur salon). Cette formation inclut un cours de 125 heures sur le shampoing ! En fait, le régulateur de la coiffure est contrôlé par les grandes chaînes de salon de coiffure qui n’aiment pas la nouvelle concurrence. Et ces bureaucrates doivent justifier leur salaire en harcelant les petits entrepreneurs comme les fondateurs de Cornrows.

À Charlotte en Caroline du Nord, Stossel a interviewé deux vieilles dames qui tricotaient des mitaines et des chandails de laine à la maison. Elles vendaient leurs produits sur un marché local, jusqu’au jour où il leur fut interdit par les « autorités » de travailler à la maison, car leur quartier n’est pas zoné industriel ou manufacturier. À Baltimore, Stossel a fait un reportage sur une dame qui, après avoir perdu son emploi, était déterminée à ne pas être dépendante de l’aide sociale. Elle cuisinait 6 douzaines de muffins par jour et les vendait au porte-à-porte dans son quartier. Les gens adoraient ses muffins maison, mais elle dut arrêter cette pratique car elle ne disposait pas d’une cuisine commerciale certifiée.

À Chattanooga au Tennessee, Stossel a rencontré un entrepreneur qui avait voulu démarrer une entreprise de vente de cercueils peu dispendieux. Un cercueil n’est en fait qu’une boîte en bois. Il n’y a pas de raison pour que des familles en deuil doivent payer $3000 pour cela. Cependant, il dut fermer ses portes car il lui était interdit par les autorités de vendre des cercueils sans permis de directeur funéraire. Pour obtenir ce permis, il aurait dû suivre une formation et travailler comme apprenti pendant 2 ans pour apprendre à embaumer des corps et à gérer un salon funéraire, ce que son entreprise ne faisait pas.

Une nouvelle entreprise démarrée par des immigrants a connu un certain succès. À l’aide d’un mini-van, ces gens reproduisaient un service d’autobus en amenant les gens où ils le voulaient pour $1, comparativement à $1.50 pour le service municipal. Les mini-van offraient cependant plus de flexibilité sur les arrêts et les horaires. Un véritable service de transport en commun privé. Il ne fallut pas grand temps à la municipalité pour mettre un terme à cette pratique sous divers prétextes incohérents, sous la pression du syndicat des chauffeurs d’autobus.

À Snowmass au Colorado, Stossel a visité un marché local qui embauchait jadis de jeunes étudiants pour emballer les sacs d’épiceries, pour quelques heures par semaine, les aidant à amasser de l’épargne pour leurs études. Cet épicier a dû les renvoyer car ils contrevenaient à la réglementation sur le travail des enfants. Même chose pour un garçon de 12 ans qui s’amusait comme un fou dans son emploi de préposé aux bâtons (« batboy ») dans une ligue mineure de baseball de sa ville.

Stossel habite la ville de New York, où l’un des problèmes de longue date est le manque de toilettes publiques décentes. Dans les années 1980, la firme française JC Decaux a soumis un modèle de toilette auto-nettoyantes à la ville. Elle dut obtenir l’approbation de 13 différentes agences de réglementation. Après plus d’un an de négociations, les bureaucrates ont finalement accepté de faire un essai de quatre mois. Les toilettes de DeCaux connurent un immense succès et ne coûtèrent rien à la ville puisque la firme les rentabiliserait en y affichant de la publicité. Cependant, le gouvernement fédéral a déclaré que le projet n’était pas conforme avec l’American Disability Act car il n’y avait pas d’accès pour les fauteuils roulants. Decaux avait expérimenté un modèle pour fauteuils roulants à Londres et cela n’avait pas bien fonctionné. Les bureaucrates ne voulurent rien entendre. Ainsi, les toilettes d’essai furent détruites, les trottoirs refaits. Les New-Yorkais continuent d’uriner sur les murs et dans les ruelles.

À Jersey City, le service d’aqueduc était médiocre. L’eau qui s’écoulait sentait mauvais et les tests de potabilité échouaient parfois. Les fonctionnaires en charge affirmaient qu’ils ne pouvaient rien faire sauf si les tarifs étaient augmentés pour investir dans le réseau. C’est alors que le maire a décidé de sous-traiter le service d’aqueduc à des entreprises privées. En quelques mois, l’entreprise ayant remporté le contrat a réparé le réseau. L’eau de Jersey City est conforme aux les standards les plus élevés et la municipalité économise $35 million en dépenses.

Le rôle des agences fédérales de réglementations

La Food and Drug Administration (FDA) est l’un des organismes de règlementation attaqué par Stossel. Lorsque la FDA annonce fièrement aux médias qu’un nouveau médicament qu’elle vient d’approuver pourra permettre de sauver 14 000 vies par année, cela ne signifie-t-il pas qu’en prenant deux ans de trop pour l’approuver, la FDA a laissé mourir 28 000 personnes ? Stossel a interviewé une jeune fille atteinte d’une rare forme de cancer qui l’aurait tuée avant l’âge adulte car aucun traitement n’existait à l’époque. Ses parents voulaient qu’elle bénéficie d’un nouveau traitement développé par un médecin du Texas, mais la FDA a refusé car ce traitement n’avait pas été approuvé par l’agence.

Sans la FDA, serions-nous victimes de fraudeurs sans scrupule ? Peut-être, mais même avec la FDA, ces fraudeurs n’ont jamais été aussi actifs, vendant des remèdes bidon contre la perte de cheveux, pour le grossissement de la poitrine ou pour faire maigrir. La FDA ne réussit pas à protéger la population de ces escrocs. Tout ce qu’elle a réussi à faire de manière certaine, c’est à mettre des bâtons dans les roues de l’innovation médicale.

Cependant, la FDA est loin d’être la seule agence gouvernementale américaine à présenter un bilan aussi médiocre et coûteux. Stossel mentionne l’exemple du scandale  d’Enron. Ce ne sont pas les régulateurs du gouvernement qui ont décelé l’anomalie comptable. Ce sont des analystes et des investisseurs de firmes privées. Le Département  de l’Agriculture a des inspecteurs dans chaque usine de transformation de poulets. Chaque inspecteur examine les poulets visuellement alors qu’ils défilent sur un tapis roulant. Selon l’épidémiologue Glenn Moris, les bactéries susceptibles de rendre les gens malades sont invisibles à l’œil nu. En fait, les entreprises aiment bien ces inspecteurs car ceux-ci leur offrent gratuitement un service de contrôle de qualité aux frais des contribuables, sans pour autant protéger la population de la salmonelle ou d’autres microbes.

L’autre agence écorchée par Stossel est l’Occupational Safety and Health Administration (OSHA), qui coûte si cher à tant d’entreprises aux États-Unis, prescrivant de manière très précise comment chaque travailleur doit faire ses tâches pour « être en sécurité ». Beaucoup de petites entreprises n’ont pas les moyens d’encourir les frais légaux nécessaires à contester les ordonnances farfelues de l’OSHA.

Qui bénéficie des largesses de l’État, qui innove ?

Stossel consacre ensuite un chapitre aux riches qui bénéficient des largesses de l’État. Il prend comme exemple les amphithéâtres de sport professionnel, qui sont souvent subventionnés par les gouvernements. Les subventions pour le stade de baseball de Cleveland ont coûté $170000 par emploi créé. En fait, ces subventions ne font que permettre à de riches propriétaires d’équipes sportives de financer leurs entreprises sur le dos des contribuables. Stossel dénonce aussi le fameux National Flood Insurance Program, qui assure les propriétés côtières pour une valeur de $640 milliards. En fait, le NFIP est devenu le plus gros assureur des États-Unis ! Cette subvention ne bénéficie pratiquement qu’aux riches puisque ce sont eux qui sont les propriétaires de ces résidences cossues en bord de mer.

Une autre section du livre est dédiée aux entrepreneurs créateurs de richesse, en commençant par les fameux « robber barons » américains. Pour lui, ceux-ci n’étaient pas des voleurs (robbers) parce qu’ils n’ont rien pris à personne de force et n’étaient pas non plus des barons, puisqu’ils étaient nés pauvres. Vanderbilt s’est enrichi parce qu’il a réussi à réduire les coûts de voyage et d’expédition. Ses navires plus gros et plus rapides ont permis de réduire le coût d’un voyage New York – Hartford de $8 à $1. Rockefeller a réussi dans l’industrie pétrolière parce qu’il a abaissé ses coûts, ce qui lui a permis de réduire drastiquement le prix du pétrole. En fait le surnom de « robber baron » ne leur a pas été attribué par les consommateurs mais bien par leurs concurrents qui eux n’appréciaient pas ces baisses de prix qui faisaient baisser leurs profits.

On a parfois l’impression que les riches entrepreneurs s’enrichissent en « prenant une plus grande part de la tarte de richesse ». En fait, ceux-ci « cuisinent une toute nouvelle tarte ». Et pour y arriver, ceux-ci doivent servir les consommateurs mieux que leurs concurrents. Les gouvernements eux n’agrandissent pas la tarte, ils ne font qu’en prendre des morceaux en utilisant la force. Et qu’en est-il des salaires de PDG et des inégalités ? L’entreprise Ben & Jerry a un jour annoncé que son salarié le mieux rémunéré, le PDG, ne gagnerait pas plus de 5 fois le salaire du salarié le moins bien payé, mais cela n’a pas fonctionné car Ben et Jerry n’étaient pas satisfait des candidatures qui leurs ont été soumises. Ils ont fini par payer 14 fois le salaire du bas de l’échelle, mais ce fut un désastre qui conduisit à la vente de l’entreprise. Stossel traite aussi de la lutte contre la pauvreté aux États-Unis. Il estime que l’État-providence a littéralement créé une « industrie de la pauvreté », administrée par les bureaucrates et les organismes sociaux, qui ont intérêt à ce que les pauvres restent dépendants du gouvernement.

Dans un autre chapitre, Stossel se pose une question très controversée : qui a fait une plus grande contribution au monde, Michael Milken (qui a « inventé » les junk-bonds) ou Mère Teresa ? La réponse semble évidente lorsqu’on considère que Milken a été condamné à une peine de prison pour avoir enfreint les lois sur les valeurs mobilières. Cependant, lorsqu’on y pense plus longuement, on réalise que Milken a inventé une nouvelle manière pour des entreprises  qui sont en démarrage ou en difficulté de lever des fonds pour créer ou sauver des millions d’emplois. Milken a notamment aidé MCI (50000 employés) et CNN à démarrer. Il a aussi permis de sauver Mattel, Revlon et Safeway de la faillite. En tout il a financé plus de 3000 entreprises incluant Barnes & Noble, AOL-Time Warner, Comcast, Mellon Bank, Occidental Petroleum, Jeep Eagle, Calvin Klein, Hasbro, Days Inn, 7-Eleven et Computer Associates. En permettant à ces millions de gens d’obtenir ou de conserver un emploi, il a créé bien plus de richesse que Mère Teresa, qui s’est pourtant dévouée à la cause de la pauvreté toute sa vie.

La responsabilité et le droit de disposer de son corps

Stossel consacre finalement un chapitre à la liberté individuelle et au droit que nous avons de disposer de notre corps. Il critique ainsi la criminalisation de la drogue et de la prostitution, entre autres. Il trouve ridicule (avec raison) qu’il soit légal que deux hommes entrent dans un ring de boxe pour se taper dessus pour de l’argent alors qu’il est illégal de donner du plaisir à quelqu’un contre rémunération. Concernant la légalisation des drogues, Stossel raconte l’histoire d’un malade du SIDA qui consommait de la marijuana pour l’aider à tolérer son traitement, ce qui avait été légalisé par l’État de Californie. Les policiers fédéraux l’ont arrêté et traîné en justice pour possession de drogue. Lors de son procès, son avocat n’a pas eu le droit de mentionner qu’il était atteint du SIDA et que la Californie lui permettait de consommer pour raisons médicales. Il fut alors envoyé en prison où on ne lui permettait pas de consommer de la marijuana qui l’aidait pourtant à ne pas vomir son traitement. Sa condition de santé s’est alors détériorée et il en est mort. Une autre victime de la guerre contre la drogue.

En somme, ce livre est très divertissant et fournit toute une panoplie d’exemples, tirés de la réalité, des désastres engendrés par l’interventionnisme du gouvernement et par son empiètement sur les libertés individuelles. L’aspect un peu autobiographique du livre est moins pertinent, mais permet tout de même de bien saisir le cheminement de Stossel, qui ressemble étrangement à celui de la plupart des libertariens. Le livre n’est pas trop long et se lit d’un trait. Je n’hésite pas à le recommander.

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