Les limites de la social-démocratie

Y a-t-il un niveau d’interventionnisme qu’il ne faut pas dépasser ? Alors que les États les plus pragmatiques font le choix d’évoluer, la pensée dominante depuis l’après guerre atteint ses limites.

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Les limites de la social-démocratie

Publié le 2 mai 2012
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Le modèle social-démocrate est aujourd’hui à bout de souffle : échec des politiques keynésiennes de croissance, échec des régulations financières, crises de l’endettement public, faillite de l’État-providence… Y a-t-il un niveau d’interventionnisme qu’il ne faut pas dépasser ? Alors que les États les plus pragmatiques font le choix d’évoluer, la pensée dominante depuis l’après guerre atteint ses limites.

Par Vladimir Vodarevski 

En France, les media traitent finalement assez peu de la politique étrangère. Les exemples étrangers sont peu connus. Pourtant, ils seraient riches d’enseignements. Comme celui de la Suède. C’est un pays symbole de l’État providence qui s’est profondément réformé. Ce qui signifie que la social-démocratie se pose des questions. Et la Suède n’est pas le seul pays européen dans ce cas.

La Suède a connu une grave crise économique au début des années 1990. Pourtant, le pays menait toutes les politiques préconisées pour relancer la croissance. Le déficit budgétaire a dépassé les 10% du PIB, les dépenses publiques étaient proche de 70% du PIB. Une crise financière sévissait également, provoquée par un assouplissement des possibilités de crédit afin de relancer l’économie. Toutes les recettes néo-keynésiennes et apparentées.

Depuis, le pays mène une politique de rigueur très stricte. La politique budgétaire est définie sur trois ans, avec un plafond de dépense à ne pas dépasser. S’il y a trop de dépenses une année, il faut faire des économies une autre. La dépense publique est redescendue à 53% du PIB. Le système de retraite a été totalement refondu. Les retraites dépendent, entre autre, de l’espérance de vie, et de la croissance. Une part de capitalisation a été introduite. Par ailleurs, de nombreux services ont été privatisés : la poste, les transports ferroviaires par exemple. Même le système scolaire privé est développé, par le système inspiré des vouchers de Milton Friedman : les parents ont le choix de l’école, à qui est attribué un financement pour chaque élève. La Suède a d’autre part supprimé la taxe sur les transactions financières qu’elle avait instaurée. Elle a ainsi abordé la crise en situation d’équilibre budgétaire, et pense le rétablir bientôt.

L’évolution de la Suède pose la question du rôle de l’État dans l’économie, et de l’interventionnisme en général. Peut-il vraiment stimuler l’activité, par l’expansion du crédit ou la dépense publique ? Y a-t-il un niveau d’interventionnisme qu’il ne faut pas dépasser ? L’idée que la rigueur budgétaire est mauvaise pour la croissance est aussi remise en cause, puisque l’économie suédoise s’est rétablie après ce traitement. Elle est même ressortie plus rapidement de la crise financière.

Cette évolution amène par ricochet des interrogations sur la social-démocratie, dont la Suède est un symbole. Les économies socialistes se sont effondrées dans le sillage du Mur de Berlin. Avec la Suède, c’est au tour de la social-démocratie d’être forcée d’évoluer. Jusqu’à quel point devra-t-elle être remise en question ?

L’Allemagne, un autre symbole de la social-démocratie, avec notamment la cogestion, a également évolué. Par exemple, les caisse d’assurance maladie ont été mises en concurrence. Le Royaume Uni, durant la seconde partie du mandat de Tony Blair, et avec Gordon Brown, était reparti dans une spirale de dépenses. Le Royaume Uni étant un symbole de socialisme, avant Margaret Thatcher. Ce pays dispose toujours d’un système de santé étatisé, financé par l’impôt, et dispense une aide social importante. David Cameron a été élu en promettant d’inverser le mouvement, avec un projet de Big Society, qui est une vaste réforme du système social.

Ce sont les pays qui ont été le plus loin dans la social-démocratie ou le socialisme qui se réforment. Le Royaume Uni avait ouvert le bal de la première vague. Il avait reculé. Mais, acculé, il se réforme plus profondément. L’Allemagne et la Suède, deux symboles, se sont également réformés, plus tard, lors d’une sorte de deuxième vague. Il s’agit donc d’une remise en question généralisée du modèle de l’État providence. Sans que les objectifs de protection sociale soient abandonnés. C’est le pouvoir de l’État dans la conduite de l’économie, et dans la gestion des services publics, qui est remis en question dans ces trois pays.

Le monde vit aujourd’hui plusieurs crises conjuguées. Des crises provoquées par un encouragement au crédit aux USA, au Royaume Uni, en Espagne. Une crise de l’endettement, en France, en Grèce. L’échec du keynésianisme, l’échec de la régulation financière, notamment des accords de Bâle, en vigueur depuis 1988. Des crises qui poussent les États pragmatiques à remettre en question la pensée dominante depuis l’après guerre. Cela afin d’atteindre les mêmes objectifs : la croissance et le progrès social.

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  • Pour pousser le prochain président à l’audace, le collectif Roosevelt 2012 : avec Stéphane Hessel, Edgar Morin, Susan George, Michel Rocard, René Passet, Dominique Méda, Lilian Thuram, Robert Castel, Bruno Gaccio, Roland Gori, Gaël Giraud, la Fondation Abbé-Pierre, la Fondation Danielle Mitterrand, la Ligue de l’enseignement, Génération précaire et bien d’autres, notre objectif est simple : provoquer un sursaut ! Les hommes politiques auraient beaucoup mieux fait de laisser les marchés à leur cours. Le mécanisme des prix dirigé par la sagesse collective de millions d’individus libres comme elle est exprimée dans leurs milliards de choix économiques bien délibérés, aurait mené les marchés à un nouvel équilibre et un niveau de salaires et de prix bien plus stable tout au plus en quelques trimestres. Laurence Reed démontre de façon convaincante que la politique Keynésienne socialiste orientée vers les grands investissements publics n’a pas contribué en la moindre mesure à stimuler l’économie. Les investissements publics à faible productivité absorbaient tellement de ressources qu’ils supplantaient les investissements industriels privés bien plus productifs ainsi que les dépenses privées des ménages. La combinaison très maladroite de politique Keynésienne du « New Deal » avec un dirigisme pointilleux de la «National Recovery Act », n’ont pas contribué en la moindre mesure au rétablissement de la crise. Bien au contraire. La politique keynésienne de Roosevelt a prohibé le rétablissement spontané, et a reporté la reprise définitive jusqu’après la fin de deuxième guerre mondiale. Mais en France beaucoup ne veulent pas voir la réalité.

  • Tout était déjà annoncé dans « La route de la servitude » de F. Hayek.

    • Le système de santé suédois est à la fois par répartition et par capitalisation, un système de point où l’on peut prévoir la mort d’un individus. Mais il a été également le résultat de 10 ans de concertations entre tous les partis politiques du pays, ce n’est pas un résultat du jour au lendemain.
      L’économie suédoise c’est rétablie dans un monde en plein croissance contrairement à aujourd’hui, les marges de manoeuvre n’était pas les même (pour la baisse ou pour la hausse des dépenses), et en attendant la Suède possède l’un des taux d’imposition les plus élevé de l’UE.
      L’Allemagne a profité du fait que les autres dépensaient pour se serrer la ceinture, facile non? En attendant, plus l’Allemagne est forte, plus le peuple Allemand est pauvre (mais oui il a du travail, pas cher payé mais bon). Les salaires Allemand sont passé de 1,5 fois le salaire français à 1 fois (je dois vous avouer que ça a été efficace).
      Quand au Royaume Uni et la baisse de 25% de la valeur de sa monnaie et la finance qui représente 20% de leur PIB, c’est sur que ça été efficace…. Remarquez, ça nous arrange, ils sont parmis nos premiers acheteurs de pays Français.

      Pour finir, la finance a plus été déréglementé que réglementé ces 30 dernières années, avec la création de marché dérivé d’une opacité totale. Sans parler des paris à la baisse (vente à découvert) qui produise l’effet au lieu de le prévoir.

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