Et maintenant, ne passons pas aux choses sérieuses

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Le mois d’avril s’achève sur les mêmes médiocrités qui l’ont ouvert.

Et c’est donc de la même façon qu’avril à commencé que le mois s’achève : les cataractes de médiocrité politique continuent de se déverser dans les médias français qui s’empressent de les relayer au bon peuple qui n’en peut plus d’une campagne présidentielle où tout s’assemble pour descendre encore plus bas que les précédentes éditions, pourtant déjà catastrophiques…

On se souvient que la présidentielle de 2007 avait déjà été d’assez piètre qualité : les thèmes, unilatéralement choisis par la classe politicienne dans une courte liste tendue par les médias, n’avaient qu’en partie intéressé le peuple lui-même. Certes, il s’était laissé bercer par le petit air de flutiau sécuritaire sarkozyste, mais ce même peuple avait réussi le tour de force de propulser en challenger une politicienne dont tout indiquait qu’elle ne maîtrisait absolument pas ses dossiers.

Mais une chose est certaine : les deux candidats n’ont pas réussi à laisser derrière eux un souvenir impérissable de leur performance de campagne. Le débat, s’il a bien contenu une ou deux petites phrases préparées, n’en a laissé qu’un goût neutre très vite oublié. L’inculture, le manque de prestance et de hauteur des deux chiffonniers ont ajouté au tableau général d’insignifiance des joutes verbales.

Le débat entre Hollande et Sarkozy n’a pas encore eu lieu, et j’y reviendrai probablement dans un court billet, mais sauf à être témoin d’une empoignade vigoureuse entre les deux candidats avec échange de bourre-pifs bien assénés, on peut déjà parier sur des échanges de délicatesses soigneusement calculées et un peu de rhétorique bon marché. Tout cela ne fera varier le vote au mieux que d’une poignée de citoyen indécis qui, de toute façon, ne modifieront pas l’issue du scrutin.

En effet, il y a fort peu de chance que le débat porte sur des questions essentielles. Je ne veux pas parler ici d’insécurité ou d’immigration (thèmes goulument embrassés par une droite en mode panique), ni sur le vote des étrangers, le mariage gay ou l’euthanasie (thèmes délicieusement évoqués par une gauche sirupeuse à l’idée de détenir le pouvoir et enfin d’avoir sa propre omni-présidence) ; ces thèmes, relativement anecdotiques, seront évidemment balancés comme autant de coups dans un débat par ailleurs déjà calibré.

Si je dis « relativement anecdotique », c’est parce que, même s’ils promettent, en fonction des orientations choisies, de façonner la société sur les prochaines générations, ils n’en sont pas moins utilisés par les deux camps pour détourner les yeux des Français des énormes problèmes qui, eux, ne reçoivent quasiment aucun écho dans la campagne.

J’y reviens régulièrement, mais ces thèmes sont essentiels puisqu’ils vont directement impacter les 60 millions de Français. Tous ne sont pas concernés, loin s’en faut, par un mariage gay, une euthanasie, des problèmes d’immigration ou de sécurité. Ces thèmes ont une importance, certes, mais en revanche, tous les Français sont, tous les jours, confrontés à une réalité qu’on aura refusé obstinément de mettre sur la table.

Chaque Français va devoir, dans les prochains mois, faire des choix, conscients ou non, pour organiser son budget, ses dépenses, ses moyens de subsistance, en fonction de paramètres dont aucun de ces politiciens ne veut discuter.

Chaque Français va, dans les prochains mois, constater qu’un euro achète de moins en moins de pain, de viande, de patates et de lait, que son salaire n’augmente pas, que les prestations sociales se dégradent, que les conditions de paiement des entreprises d’états continueront à se détériorer, que le crédit des banques se renchérira, que la croissance va dégringoler.

Dans les prochaines semaines, une fois le président élu, chaque Français recommencera à entendre les nouvelles du monde, et de ces pays qui n’embauchent plus. Chaque Français constatera, directement, que les ponctions augmentent dans des proportions qu’il croyait pourtant d’un autre temps, et ce, quel que soit le président qui aura été choisi.

Les signaux sont pourtant clairs dans les autres pays.

Aux Pays-Bas, les atermoiements interrompus, un plan de rigueur a été voté par une majorité des parlementaires. Rassurez-vous : en France, aucun vote ne sera pris en ce sens, mais le résultat sera exactement le même. Au passage, notez que l’immobilier, là-bas, est au plus mal.

Inflation : the insidious way to increase taxes

En Roumanie, le gouvernement a été renversé, suite aux tensions économiques qui traversent le pays. Tout comme la Grande-Bretagne, à nouveau en récession (et dont le marché de l’immobilier commence, lui aussi, à marquer le pas), il semble que la Roumanie ne se porte pas encore suffisamment bien pour déclarer la crise passée.

En Espagne, on parle quasiment de catastrophe économique avec un taux de chômage de la jeunesse qui dépasse les 40% et frôle les 50%. Comme par hasard, c’est le secteur immobilier qui aura été le plus sinistré dans ce pays et qui continue de montrer des signes angoissants : non seulement, ça baisse, mais il semble que ce ne soit pas terminé. Le phénomène est identique aux États-Unis où manifestement, l’accès à la propriété tente toujours moins de personnes.

En France, la consommation marque déjà les premiers signes de ralentissement clair : en pratique, depuis le début de la crise, le pays se maintient dans une sorte de lévitation artificielle essentiellement alimentée par une dette qui aura galopé à des niveaux stratosphériques.

Mais pas de de doute, pour s’en sortir, il faudra une récession. Maintenant, on peut choisir de la préparer, et en ménager ses effets en s’y prenant suffisamment tôt. Pour cela, il faut un peuple en face de ses responsabilités, et une classe politique en phase avec ses devoirs.

En France, on a choisi la procrastination, l’oubli, le déni. Ce ne sera donc pas une récession, mais une dépression.

Bon courage à tous.
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