Chers électeurs, vous allez bientôt choisir votre nouveau Préfet !

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Apparemment, cela ne choque personne qu’une institution dirigée par des technocrates non élus dispose d’une marge de manœuvre 30 à 50 fois supérieure à celle du gouvernement d’un pays comme la France

Apparemment, cela ne choque personne qu’une institution dirigée par des technocrates non élus dispose d’une marge de manœuvre 30 à 50 fois supérieure à celle du gouvernement d’un pays comme la France, sans aucun dispositif de contrôle réel. Au moment même où les Français sont appelés à élire leur président, cela pose question quant à la qualité de la démocratie en Europe.

Par Loïc Abadie.

Je souhaiterais simplement attirer ici votre attention sur quelques chiffres comparatifs, avec d’un coté le coût des mesures chiffrées dans le programme des principaux candidats à cette élection « préfectorale », et de l’autre la masse d’argent déversée dans notre système par la BCE.

Le programme des candidats

Il ne s’agit pas ici de donner mon opinion sur la qualité de ces programmes, simplement donner des ordres de grandeur de leur coût.

Nicolas Sarkozy : Nous n’avons pour l’instant pas de chiffrage précis de l’ensemble des mesures du programme de l’actuel Président (celui-ci sera prochainement disponible d’après le porte-parole du candidat). De nombreuses mesures ont été proposées, l’ordre de grandeur de chacune d’entre elles va de la centaine de millions d’euros à quelques milliards d’euros. La hausse de 1,6 point de TVA constitue une recette supplémentaire d’environ 11 milliards d’euros, la baisse des charges sociales associée une dépense de 13 milliards. Au vu de ces éléments, on peut avancer un ordre de grandeur pour le programme de Nicolas Sarkozy allant de 20 à 50 milliards d’euros annuels (sans objectif de réduction du poids de l’état dans le PIB, sujet qui ne semble malheureusement intéresser aucun candidat).

François Hollande : Un chiffrage un peu plus précis est disponible pour le candidat socialiste. La fondation Terra Nova (une association satellite du PS qui se définit comme « fondation progressiste ») chiffre le programme à 44,7 milliards d’euros sur son très objectif (!) site de campagne intitulé « débats2012 ». L’institut Montaigne arrive quant à lui à un chiffrage proche de 40 milliards d’euros, donc du même ordre de grandeur pour la comparaison qui va nous intéresser.

Marine le Pen : Le programme de la candidate du FN prévoit des gains budgétaires de 322 milliards d’euros sur 5 ans, soit un peu plus de 60 milliards d’euros par an, et des « dépenses phares » d’un peu plus de 220 milliards d’€ (44 milliards par an). Les partisans de l’euro (lire par exemple l’article du Nouvel-Observateur) voient un impact évidemment fortement négatif de la sortie de l’euro, mais l’objet du débat n’est pas là, il est simplement de donner un ordre de grandeur de l’impact des mesures de chaque candidat.

François Bayrou : Le programme du candidat centriste, cité par Atlantico, prévoit de mobiliser 100 milliards d’euros en trois ans (50 milliards de nouvelles recettes et 50 milliards d’économies), soit un peu plus de 33 milliards d’euros par an.

Vous m’excuserez de ne pas mentionner ici le programme de Jean-Luc Mélenchon… Il se fait tard, et je manque sans doute d’un peu de temps !

La donnée importante qui ressort de ces programmes est qu’ils mobilisent en recettes ou en dépenses nouvelles un ordre de grandeur de quelques dizaines de milliards d’euros par an. C’est ce qui semble définir la marge de manœuvre d’un président de la République aujourd’hui.

D’où vient donc mon appellation de « Préfet » ?

D’un fait bien précis :

La capacité d’intervention de la BCE

La BCE a injecté dans notre système économique, en l’espace de 9 mois, la somme de 1100 milliards d’euros, soit 1450 milliards d’euros en rythme annuel. C’est en effet l’augmentation de la taille de son bilan, réalisée en particulier grâce à ses opérations de prêt à taux cadeau (1%) aux différentes banques européennes appelées « LTRO ».

 

On peut donc dire qu’aujourd’hui, la marge de manœuvre de la BCE, dont les dirigeants n’ont aucun compte à rendre devant un quelconque électeur, atteint 30 à 50 fois celle d’un président français (et de son gouvernement).

Mon appellation de « Préfet » n’est-elle pas justifiée ?

Curieusement, cet énorme pouvoir que détient la BCE, ainsi que le montant de ses dernières interventions, est un thème quasiment absent de notre campagne électorale. Même Jean-Luc Mélenchon, qui aurait pu surfer pour faire plaisir à son électorat sur le thème du cadeau de la BCE aux « méchants financiers » n’en parle pas.

À l’autre bout du spectre politique, Marine le Pen n’en a également quasiment pas parlé (ce qui aurait été pourtant facile et logique pour elle vu son positionnement anti-euro).

Rien non plus du coté de l’UMP, du PS et du Modem.

Apparemment, cela ne choque donc personne qu’une institution dirigée par des technocrates non élus dispose d’une marge de manœuvre 30 à 50 fois supérieure à celle du gouvernement d’un pays comme la France, sans aucun dispositif de contrôle réel (ni même information de la presse généraliste sur ce sujet).

Je ne prétends évidemment pas que nous sommes en dictature (sinon je ne pourrais pas écrire cet article), simplement que notre démocratie aujourd’hui a quand même un très sérieux problème.

Et aussi que les « experts » de la BCE vont aussi devoir rendre des comptes un jour face au retour de boomerang de leur création monétaire, devant des peuples qui seront beaucoup moins indifférents ou compréhensifs qu’aujourd’hui. Parce qu’imprimer du papier n’a jamais produit de richesses réelles sur le long terme, la seule production finale de ce type d’actions est le désordre.

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