Indemniser les chômeurs est-il équitable ?

Les indemnités versées aux chômeurs lèsent de façon mécanique ceux qui sont en dehors du cercle de l’emploi salarié.

Cette question peut paraître saugrenue ou provocatrice, tant l’État providence nous a appris qu’il était indispensable. Pourtant, les indemnités versées aux chômeurs, qui ne reposent pas sur un véritable système assurantiel, lèsent de façon mécanique ceux qui sont en dehors du cercle de l’emploi salarié.


Par Alain Cohen-Dumouchel

Nicolas Sarkozy persiste dans son idée d’obliger les salariés ayant perdu leur emploi à suivre des formations, puis à accepter le premier emploi correspondant.

Après le service minimum dans les entreprises publiques, cette nouvelle forme de travail obligatoire ne semble pas poser de problèmes éthiques à notre président. La gauche, quant à elle, s’indigne surtout du soupçon de fraude que cette mesure fait peser sur les chômeurs indemnisés et sur les nouvelles contraintes que subiront les demandeurs d’emploi.

Mais l’indemnisation des chômeurs est-elle vraiment équitable ?

Cette question peut paraître saugrenue ou provocatrice, tant l’État providence nous a appris qu’il était indispensable. Et pourtant ! La société dans laquelle nous vivons, incroyablement dirigiste et étatiste, fait intervenir tellement de mécanismes correcteurs et pseudo redistributeurs qu’il est facile de perdre ses repères et de confondre le mal et ses supposés remèdes.

L’honorable AFP, relatant les positions prises par le président a cru bon rappeler : « Le système actuel d’indemnisation du chômage est un système assurantiel : le salarié et son employeur cotisent au régime Unedic, en échange de quoi le salarié perçoit automatiquement une indemnisation s’il perd son emploi ».

Ce constat, en apparence évident, ne nous parait pas conforme à la réalité. En effet, une vraie assurance est un contrat passé entre un assureur et un assuré qui prévoit le versement d’une prime dans le cas de la réalisation d’un risque. Cette prestation est fournie par l’assureur en contrepartie du paiement d’une cotisation par l’assuré. Elle est librement consentie par les deux parties. Pour que l’opération soit bénéfique de part et d’autre il faut que le risque, donc la cotisation, soit faible et que la réalisation du risque cause un préjudice élevé à l’assuré, par exemple l’incendie de sa maison.

L’assurance chômage ne correspond pas à cette définition : le risque, donc la cotisation sont élevés et le préjudice n’est pas flagrant – il n’y a pas destruction d’un bien ni incapacité physique, celui qui a perdu son emploi peut en retrouver un – enfin et surtout, l’assurance chômage n’est pas librement consentie, elle est imposée par les hommes de l’État.

Lorsqu’une assurance résulte d’un simple contrat, elle ne lèse personne. En effet, les cotisations des assurés équilibrent le montant des sinistres augmenté de la marge de l’assureur. Ce dispositif est donc parfaitement neutre pour ceux qui ne sont pas assurés.

Il en va tout autrement de l’assurance chômage qui lèse de façon mécanique ceux qui sont en dehors du cercle de l’emploi salarié. En effet les cotisations chômage renchérissent le coût du travail d’un montant égal aux indemnités versées à tous les chômeurs.

Tout nouvel entrant sur le marché du travail devra donc franchir cette barrière protectionniste entre le monde du chômage et celui de l’emploi. Les indemnités versées aux chômeurs contribuent donc à l’augmentation du chômage.

L’assurance chômage est une mécanique clientéliste – une de plus – imaginée par les hommes de la sociale-démocratie pour se faire bien voir de leurs électeurs. Elle « protège » les salariés en augmentant le seuil de l’exclusion pour les autres. Car ce qui distingue fondamentalement « l’assurance » chômage d’une assurance incendie n’est pas tant le niveau de sinistre – 10% des maisons qui brulent aboutirait juste à des cotisations très élevées – mais la certitude, lorsqu’on assure sa maison contre l’incendie, de ne pas augmenter la probabilité de sinistre des autres habitations.

Donner une prime à ceux qui ont perçu des revenus de leur travail en aggravant la situation de ceux qui n’en ont jamais eu ou de ceux qui n’en auront plus jamais, telle est la réalité de l’assurance chômage. L’appareil social-démocrate, lentement et surement, reconstruit les barrières et les castes de l’ancien régime.

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