Le PS ou le Double langage comme Art de s’opposer

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Le PS ou le Double langage comme Art de s’opposer

Publié le 7 février 2012
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Le Parti Socialiste a érigé l’art de l’hypocrisie en méthode d’opposition. Passage en revue de quelques moments saillants récents.

Par Fabio Rafael Fiallo

S’il fallait reconnaître au Parti socialiste français un atout, c’est bien celui de dire une chose et son contraire, de fustiger une mesure gouvernementale après s’y être lui-même essayé dans le passé, puis de prétendre qu’il y a cohérence dans ses différents positionnements. C’est, en somme, l’art d’ériger l’hypocrisie en méthode d’opposition. Quelques moments saillants du parcours récent de ce parti servent à prouver le bien-fondé de cette assertion.

Remontons à l’été 2010. À l’affaire dite des Roms. Souvenons-nous des mots on ne peut plus durs à propos des mesures d’expulsion prises par l’actuel gouvernement à l’encontre, non pas des Roms spécifiquement, mais des occupations illégales de lieux publics en général. « Été de honte », proféra en ce moment la première secrétaire de ce parti.

Sauf que, à peine quelques jours avant les mesures décriées, la même première secrétaire, portant cette fois la casquette de maire de Lille, avait ordonné l’expulsion des Roms qui s’étaient installés dans sa ville.

Quelques mois plus tard, la réforme des retraites entreprise par Nicolas Sarkozy fournit au PS une nouvelle opportunité de montrer son art d’exceller dans l’art du double langage.

En effet, plusieurs tenants du PS avaient par le passé reconnu la nécessité de repousser l’âge de la retraite. Ce fut le cas, entre autres, de sa première secrétaire, qui avait déclaré : « Je pense qu’on doit aller, qu’on va aller très certainement, vers 61 ou 62 ans ». Or, il aura suffi que le président Sarkozy ait le toupet d’ouvrir ce périlleux chantier, et que tous les corporatismes de France et de Navarre occupent la rue et les raffineries de pétrole dans le but d’obliger le gouvernement à rebrousser chemin, pour que le PS annonce en fanfare qu’il reviendra à la retraite à 60 ans si le peuple lui octroie sa faveur lors des élections du printemps 2012.

Puis, afin de contourner les tactiques employées par le PS français pour retarder l’adoption de la réforme en question, le Sénat, ayant alors une majorité de droite, fait recours à la procédure, parfaitement constitutionnelle, dite du vote bloqué. Les socialistes crient au scandale, avec leur première secrétaire employant le terme de « coup de force permanent ». Agissant de la sorte, les socialistes semblaient avoir perdu la mémoire, car ils avaient, eux, utilisé cette même procédure une vingtaine de fois quand ils étaient au pouvoir.

Ils oubliaient en outre que le gouvernement Mauroy était allé plus loin encore, puisqu’il légiféra par le système d’ordonnances – méthode plus expéditive que celle du vote bloqué – pour imposer la réduction du travail hebdomadaire de 40 à 39 heures, la cinquième semaine de congés payés, la création du chèque-vacances ainsi que, ironie de l’histoire… la retraite à 60 ans !

On arrive à l’actuelle période électorale. Et avec elle aux faux-fuyants à répétition. À trois petits mois avant le premier tour, le PS et son candidat se livrent toujours au jeu des imprécisions faciles, des contradictions incessantes, des lettres qui ne disent rien, ou si peu, des discours incantatoires. Le nucléaire, le quotient familial, la création de 60 000 postes à l’Éducation nationale, la réforme des retraites, tout est matière à cafouillage au sein de la gauche, les uns disant une chose, les autres le contraire – avec François Hollande sortant à chaque fois pour prétendre qu’en fait, il n’y a qu’une seule ligne, la sienne, une ligne qui dans une large mesure reste pourtant dans le flou, en consonance d’ailleurs avec l’image d’homme de synthèse qu’il a toujours cultivée, assumée et même chérie.

Par-dessus ce lamentable capharnaüm de propositions disparates et concurrentes, se dresse une posture à propos de laquelle on doit humblement tirer son chapeau au PS français et à son candidat, tellement ils ont fait fort. Il s’agit de leur façon d’essayer de tirer profit de l’abaissement d’un cran de la note de la France par une des trois grandes agences de notation.

Voilà un PS et un candidat qui, des semaines durant, s’étaient évertués à dénoncer une soi-disant soumission de l’Élysée aux agences de notation, un PS et un candidat qui avaient refusé d’adopter la règle d’or sur la discipline budgétaire, mais qui, le moment venu, se servent de l’abaissement de la note de la France pour déclarer que c’est une politique, celle du président Sarkozy, qui a été « dégradée » par l’agence de notation en question.

La contradiction est flagrante. Si, comme l’avaient martelé le PS et son candidat, il faut faire fi des jugements des agences de notation, pourquoi, alors, ce même candidat reconnaît-il à l’une de ces agences la capacité, et donc l’autorité, de « dégrader » une quelconque politique gouvernementale ?

Nouvelle passe d’armes : le dimanche 29 janvier le président Sarkozy annonce des mesures visant à alléger les charges qui pèsent sur le travail. Le candidat Hollande s’oppose aussitôt à de tels allègements bien que lui-même eût plaidé en faveur de ce genre de mesures lors d’un discours prononcé à Limoges six mois auparavant.

Interrogé à propos de cette contradiction époustouflante dans une interview réalisée pour l’émission C’est dans l’air du 31 janvier (de la chaîne TV5), le chef de campagne du candidat du PS, l’énarque Pierre Moscovici, ne trouva rien de mieux pour répondre que six mois s’étaient écoulés depuis le discours de Limoges, avant d’ajouter sans rougir : « On a passé de François Hollande candidat aux primaires et réfléchissant à son projet à François Hollande candidat à la présidence de la République et posant son projet » [1]. Piètre explication !

Après un tel déploiement de double langage, comment pourrait-on croire à une seule promesse électorale du PS français ?

—-
Note :
[1] Cf. « Reportages – Sarko-Merkel : le Pacs électoral » (min. 5’17 à min. 5’57), france5.fr.

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