Mario Draghi, un Bernanke à l’européenne?

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Mario Draghi, un Bernanke à l’européenne?

Publié le 11 novembre 2011
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Mario Draghi a pris ses fonctions, le 1er novembre dernier, de président de la Banque centrale européenne (BCE). Dès sa première conférence de presse, le nouveau directeur a annoncé une baisse des taux directeurs et s’est démarqué de son prédécesseur Jean-Claude Trichet.

Article publié en collaboration avec In Eco Veritas

Tout bon marin vous le dira, mieux vaut attendre le retour du beau temps pour partir en mer. Surtout, lorsque l’on vient de prendre ses fonctions en tant que capitaine de navire. Force est de constater que Mario Draghi, le nouveau « pacha » du paquebot BCE, n’a pas pris la mer dans les meilleures conditions. On peut même dire qu’il s’est jeté à l’eau dans la pire tempête qu’a connu la zone euro depuis sa création. Le 1er novembre dernier, l’Italien a succédé à Jean-Claude Trichet qui occupait le poste de président de la Banque centrale européenne depuis huit années et qui a tenu la barre tant bien que mal depuis le début de la crise des dettes souveraines.

À 64 ans, Mario Draghi est devenu le troisième président de la BCE après le Néerlandais Wim Duisenberg (1998-2003) et le Français Jean-Claude Trichet (2003-2011). Fils de banquier, diplômé de l’université de la Sapienza à Rome en 1970, il a obtenu un PhD en économie au Massachusetts Institute of Technology (MIT) de Boston en 1976, et il a occupé nombre de postes prestigieux : la Banque mondiale, la direction du Trésor, la banque d’Italie à partir de 2006 et le Conseil de stabilité financière en 2009.

Si Mario Draghi semble avoir réalisé un parcours sans faute, son passage par la sulfureuse banque Goldman Sachs de 2002 à 2005 a toutefois soulevé un certain nombre de questions et de critiques. Comme l’écrit Marc Roche, correspondant à Londres du journal Le Monde :

La nature des fonctions de Mario Draghi chez Goldman Sachs entre 2002 et 2005 constitue la grande zone d’ombre (…). En particulier, son rôle dans l’affaire du maquillage des comptes de la Grèce reste un mystère. L’intéressé affirme qu’étant entré en fonctions en 2002, il n’a rien eu à voir avec le maquillage orchestré deux ans plus tôt par la banque. […] Reste que, entre ces deux dates, M. Draghi est associé de Goldman Sachs, « vice-président pour l’Europe-Goldman Sachs International, entreprises et dette souveraine », un intitulé du poste qui laisse supposer que M. Draghi a assuré le suivi du contrat grec.

Changement de style ou continuité ?

Sur la forme, le nouveau président tranche singulièrement avec le style de son prédécesseur. Sa maîtrise parfaite de l’anglais et son élocution énergique est venue mettre un terme aux traditionnelles conférence de presse de Jean-Claude Trichet, dont l’accent anglais si français et le ton monotone étaient devenus légendaires. Une fois n’est pas coutume, l’ancien président s’était emporté en septembre dernier après une question concernant les critiques allemandes sur sa politique de rachat d’obligations. La BCE a conduit sa politique « impeccablement, impeccablement », avait-t-il martelé.

À la surprise générale, celui que l’on surnomme « Super Mario » n’a pas tardé à marquer également sa différence sur le fond avec son prédécesseur. Alors que Jean-Claude Trichet aimait à préparer très en amont la publication de nouvelles décisions, le nouveau président a annoncé dès sa première conférence de presse, le jeudi 3 novembre, une baisse des taux directeurs de la BCE de 1,5% à 1,25%, afin de soutenir les économies européennes, durement malmenées par la crise. Une volte-face, cinq mois après que ce taux a été relevé sous la direction de Jean-Claude Trichet. Cette décision, prise à l’unanimité des gouverneurs, a été accueillie favorablement par les marchés qui ont enregistré une reprise soudaine, immédiatement après l’annonce. Toutefois, la BCE s’est une nouvelle fois refusée à jouer les remparts contre la contagion de la crise de la dette dans la zone euro.

« Je pense que Mario Draghi va poursuivre la politique de son prédécesseur Jean-Claude Trichet », a estimé Giovanni Barone-Adesi, ancien condisciple de Mario Draghi et professeur à l’Université de Lugano, lors d’une interview accordée au site swissinfo.ch. Un certain nombre de signe laisse cependant à penser qu’un changement de style profond est en train de s’opérer à la tête de la BCE. Certains analystes ont fait le parallèle entre le discours de Mario Draghi et celui de son homologue américain, le président de la Fed Ben Bernanke, basé sur l’idée que la banque centrale doit soutenir l’économie par une politique de stimulation de la demande et de création monétaire. Si la mission de la BCE, héritée du modèle allemand, est traditionnellement limitée à la lutte contre l’inflation, la Réserve fédérale américaine peut également intervenir sur l’économie pour lutter contre le chômage et de soutenir la croissance.

Peu probable, la BCE est indépendante et attachée au contrôle de l’inflation, diront certains. Et pourtant, il faut se souvenir que l’Italien a bénéficié du retrait de l’ex président de la Bundesbank allemande Axel Weber, en février dernier, pour cause de désaccord avec la politique de rachat d’obligations européennes par la BCE. Si le très conservateur président de la banque centrale allemande était pourtant favori du gouvernement d’Angela Merkel, il suscitait en revanche l’hostilité des autres membres de la zone euro : trop rigide, trop orthodoxe, trop indépendant estimait-on à l’époque, notamment au sein du gouvernement français.

Mario Draghi, jugé progressiste par les Italiens, classé au centre gauche, a sans doute su séduire en se présentant comme plus pragmatique et plus sujet au compromis. Le Romain a donc dû donner des gages d’orthodoxie pour balayer les critiques de ses détracteurs et convaincre les réticentes de l’Allemagne. Alors que le journal allemand Bild publiait un article dénonçant l’horreur de sa candidature, il a finalement étouffé les critiques en approuvant la ligne dure de l’Allemagne sur l’inflation.

De l’inflation à la croissance

« C’est un soulagement que la BCE semble avoir laissé tomber ses inquiétudes sur des pseudo pressions inflationnistes », a toutefois commenté Jennifer McKeown, économiste chez Capital Economics, à l’AFP après l’annonce d’abaissement du taux directeur de la BCE. Là pourrait résider le principal changement de style de l’ère Draghi : une attention plus grande portée à la croissance, plutôt qu’à la limitation de l’inflation, mission pourtant traditionnelle de la BCE. Et l’annonce de la diminution des taux directeurs a été faite, alors même que l’inflation pointe à 3% en zone euro, bien au-delà de l’objectif d’une hausse des prix sous la barre des 2% à moyen terme fixé par les institutions européennes.

« Mario Draghi  va utiliser très probablement la même méthode que Monsieur Bernanke, c’est à dire la monétisation à mort, je ne crois pas à cette solution, c’est rajouter de la dette à de la dette, et ça n’a jamais été une solution », estimait pour sa part Olivier Delamarche, associé-gérant chez Platinium Gestion, lors d’une interview sur la chaine BFM Business. Mais peut-être est-ce finalement la raison qui a permis à Mario Draghi d’accéder à la tête de la BCE : sa nature plus malléable et moins indépendante que celle de son prédécesseur vis-à-vis des exigences des gouvernements ?

 

 

En la matière, hélas, l’histoire montre que la création monétaire et la politique des taux artificiellement bas a rarement donné de bons résultats. En dépit de taux directeurs fixés à 0% par la Fed et d’une utilisation massive de la planche à billet, l’économie américaine reste en berne. Les décideurs européens devraient ne pas l’oublier, au risque d’aggraver encore plus la crise qui frappe la zone euro. « En substance, les commentaires Draghi étaient très semblables à ceux de son prédécesseur, et la réduction du taux directeur reflète probablement les changements rapides dans le contexte économique et politique plutôt que le changement de président », estimait cependant Jennifer McKeown. Reste donc à savoir quelle sera la politique de Mario Draghi sur le long terme : un Bernanke à l’européenne ou un Trichet II ? Au vu des résultats du premier, la solution d’un Trichet II serait sans doute la moins mauvaise des solutions.

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  • Opposer la lutte contre l’inflation à la croissance et l’emploi relève d’une vision keynésienne de la politique monétaire et de l’Economie. Malheureusement, les politiques, les médias et finalement le grand public répètent çà inlassablement. C’est absurde. La lutte contre l’inflation est un vecteur de la croissance et de l’emploi. C’est bien parce que l’on fait du stop and go monétaire partout dans le monde (FED, BCE et BOJ) depuis des années avec une tendance lourde à baisser les taux directeurs à la moindre petite baisse du rythme de croissance que l’on provoque bulles, inflation et crises. Les gouvernements ne savent qu’empiler les dettes inutiles (i.e qui n’améliorent pas la croissance) et veulent les rembourser en dépréciant la monnaie (inflation), c’est-à dire en spoliant les moins endettés, en particulier, les épargnants.

  • Super, on va augmenter la valeur de la dette (en pleine crise de la dette) ! En voilà une riche idée !

  • Glass Steagall act
    27 novembre 2011 at 21 h 44 min

    La Fed appartient à un cartel de banques privées depuis 1913 : depuis cette date les USA empruntent à des banques privées qui créent donc de l’argent ,et ce sont les contribuables qui vont payer l’addition de 98 ans de délire monétaire. Remarquez que la France a fait mieux: en 38 ans seulement (depuis 1973) on arrive à la même impasse de la dette: personne ne paiera aucune de ces dettes ,tout le monde le sait ,un économiste pourrait-il calculer combien en tout nos états ont déjà payé d’intérêts aux banques,cela restera dans l’histoire comme le casse du siècle (Maurice Allais). Enfin, votre idéologie n’a plus que quelques semaines ou mois à vivre ,comme le dit bien Delamarche nous allons dans le mur à 300 à l’heure…..profitez bien des derniers jours, et après enfin le Glass Steagall act plus un Sherman act pour tous que Hollande, Merkel et Obama seront obligés de mettre en place,
    http://minuit-1.blogspot.com/2011/02/videos-olivier-delamarche-sur-bfm.html

    • Vous n’avez rien compris à la façon dont la fed fonctionne. C’est effectivement une institution de droit privé, mais c’est bel et bien un instrument de la politique monétariste keynésienne du gouvernement américain.

      Et l’Epic Fail auquel on va assister sera celui de la sociale démocratie, et du socialisme en général. Le simple fait de confondre le libéralisme (qui réclame la faillite comme principe même de sain fonctionnement) avec ce crony-capitalism et cette collectivisation des pertes typique d’un socialisme camouflé est symptomatique d’une méconnaissance crasse et complète de l’économie en général et des mécanismes monétaires en particulier.

    • « personne ne paiera aucune de ces dettes ,tout le monde le sait ». Bien sûr que si et tout le monde le sait justement : il faudra payer quoi qu’il arrive par la déflation brutale de tous les actifs (défaut), par la monétisation (défaut lent et décalé dans le temps) ou par la baisse des dépenses publiques (déflation des seuls actifs publics). Contrairement à vos fantasmes, il n’y a pas d’alternative, l’élection éventuelle de Babar étant sans aucune incidence sur les événements. Profitez bien des derniers jours de rentes publiques gratuites.

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