L’écroulement

On assiste, en direct, à l’effondrement de la sociale-démocratie. Fini, l’argent gratuit des autres.

L’écroulement

Au plan économique et financier, la semaine qui s’annonce promet d’être rock’n’roll. Il va y avoir une avalanche de nouvelles et je n’aurai probablement pas le temps de les traiter les unes après les autres. C’est pourquoi, ce dimanche, j’ai choisi de prendre un peu de recul et de faire une petite synthèse. Et cette semaine, nous pourrons parler futilités, campagne présidentielle ou tout autre sujet débile qui ne mobilise pas trop l’attention …

La semaine qui vient de s’achever aura été rude pour les opérateurs sur les marchés boursiers ; les dégringolades des indices et les annonces ridicules de Merkozy ont savamment entretenu le parfum de panique qui s’est emparé des marchés au début du mois d’août.

Au passage, on notera que la bourse a d’habitude le bon goût d’attendre Septembre pour faire des hoquets ; le fait que les turbulences interviennent beaucoup plus tôt montre que la pression était trop forte pour être jugulée un mois de plus.

Tout va bien.

En pratique, tout plein d’experts se relaient sur les antennes officielles pour expliquer que tout ceci n’est pas similaire à 2008. À l’époque, expliquent-ils, c’est la chute de Lehman qui avait rendu les institutions financières particulièrement nerveuses, ce qui avait entraîné une crise de liquidité. Aujourd’hui, c’est complètement différent voyez-vous, puisqu’il s’agit d’une nervosité liée à la dette des États.

Moui.

Sauf qu’en y réfléchissant bien, c’est exactement pareil : les banques ne se prêtent plus entre elles.

Elles sont, maintenant, dans la même situation qu’en 2008 : la prise de risque inhérente d’un prêt interbancaire est devenue, très rapidement, trop importante pour certains établissements qui ne trouvent plus un rond sur les marchés et sont obligés d’aller en quémander discrètement à la banque centrale. Notez que la devise est le dollar, ici.

Seulement, ça finit par se savoir, puisque le bilan est publié chaque semaine (ici). Quand on regarde le bilan de la Fed américaine, lui aussi publié régulièrement, on apprend que de semblables mouvements de fonds ont lieu, de façon assez nerveuse, entre les banques européennes et la réserve fédérale, mouvements qui montrent essentiellement que ces banques n’ont guère de fonds et qu’elles préfèrent nettement le dollar à l’euro.

Voilà qui est très rassurant. Tout va bien.

Surtout lorsqu’on voit la solution proposée par nos abrutis élites dirigeantes : donner enfin la capacité à la BCE, avec les Eurobonds, de faire elle-même ses dettes, histoire de faciliter encore un peu plus l’incontinence générale qui règne sur le vieux continent.

Les États ont choisi, connement, de sauver les banques qui méritaient de tomber. Pourtant, il existait des moyens simples de protéger les déposants et de sanctionner les institutions qui avaient fait n’importe quoi. Vincent Bénard le détaille dans deux billets, ici et , que je vous invite à lire. Cela vous permettra de comprendre que si, laisser tomber les banques était possible, souhaitable, et bien meilleur pour tout le monde, sans argent du contribuable et sans ruiner les déposants.

Ensuite, Les États ont, très connement, choisi d’accroître encore leurs dettes : ils ont laissé filer de façon purement démagogique leurs déficits à des niveaux records. Logiquement, le risque s’est accru sur la capacité de ces États à rembourser leurs emprunts. La Grèce, puis bientôt l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, l’Italie et maintenant la France ont vu exploser les primes d’assurance sur leur risque souverain.

Tout va bien.

Il est très intéressant, maintenant, de suivre les pérégrinations des monnaies dans le monde : tout montre que l’Euro n’est plus en odeur de sainteté, que le Dollar rassure très moyennement, et que le Franc Suisse attire beaucoup trop, au point de placer le Suisse (méchant Suisse !) en situation de nouveau bouc émissaire après les Chinois.

De leur côté, les individus ont tous, globalement, bien compris que tout ceci ne sentait pas bon et que les gesticulations de leurs dirigeants n’arrangeaient rien, au contraire. Dans la plupart des pays, on assiste ainsi à une diminution continue des crédits contractés. Les particuliers et les entreprises, quand elles le peuvent, remboursent. L’analyse des différents cas prendrait un peu trop de place, mais les chiffres disponibles dans l’étude de la Banque de France montrent bien l’évolution des mentalités dans les différents pays. Plus la morsure de la crise y est importante, plus les changements de comportement y sont notables.

Jean-Claude s'amuse avec son Epson Stylus

Au final, cette disparition massive de crédits oblige à l’impression psychopathe de monnaie à un rythme soutenu : Ben Bernanke d’un côté et Jean-Claude de l’autre tentent le tout pour le tout et mouillent la chemise pendant le week-end pour faire parler la poudre tourner les rotatives. Ne vous étonnez pas de les voir un jour les mains pleines d’encre…

Les conclusions de tous ces éléments sont les suivantes :
– l’or va continuer de monter. Ou plutôt, les petits bouts de papier et de coton richement imprimés qu’on s’échange dans des transactions vont perdre de plus en plus de valeur. L’illusion s’estompe.
– conformément à la prédiction prudente du PDG de la Société Générale, on peut s’attendre à quelques chahuts sur les valeurs boursières prochainement. Pour ma part, je ne serai pas étonné qu’une grande banque européenne carafe.
– nos élites sont, comme d’habitude, parfaitement larguées. Elles ne sont plus qu’un point sur l’horizon, dont les hurlements censés nous rassurer ne nous parviennent qu’en petits chuintements ridicules. Vous pouvez avoir confiance dans leur parfaite inutilité.

Enfin, il ne faut pas se leurrer plus longtemps : le système basé sur l’endettement perpétuel est à bout de souffle. Il est, sous nos yeux, en train de s’effondrer. Certains marxistes poussiéreux y voient la chute tant attendue du capitalisme, refusant de constater qu’il s’agit de l’effondrement complet de la sociale-démocratie, de la fin de l’argent gratuit des autres.

Bah, qu’ils se fassent une raison : par les temps qui courent, mieux vaut prêter à rire qu’à l’État.

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