Antiislam, quelles propositions?

Minaret d'une mosquée en Tunisie (Crédits Kouks licence Creative Commons)

Le libéralisme n’est pas une baguette magique mais c’est un bon point de départ pour répondre intelligemment aux défis que peut poser l’Islam

Par Alexis Vintray

Minaret d'une mosquée en Tunisie (Crédits Kouks licence Creative Commons)
Minaret d’une mosquée en Tunisie (Crédits Kouks licence Creative Commons)

L’effroi et la consternation face aux attaques d’Oslo et d’Utoya commencent à peine à retomber, plus d’une semaine après qu’Anders Behring Breivik a assassiné plus de 75 personnes. Chacun tente de mettre la responsabilité des événements sur le compte de ses ennemis, criant qui au fondamentaliste chrétien, qui au franc-maçon, qui à l’extrême-droite, qui à l’ultralibéral (sic), etc. Malgré la confusion qui règne encore sur les motivations exactes du tueur, il est temps de réfléchir aujourd’hui au développement de l’islamophobie dans le monde occidental, dont Breivik peut être vu comme un épiphénomène.

Certes, le terme est très polémique, laissant penser qu’il ne peut y avoir d’autre critique de l’Islam que haineuse ou guidée par une peur panique. Mais, peu importe la qualification exacte que l’on choisisse, ces idées se portent bien dans le monde occidental. Quel pays n’a pas aujourd’hui son parti spécialisé sur le créneau, ses sites internet dédiés ou ses penseurs médiatiques? La France a son Fdesouche, ses apéro « saucisson pinard », ses Malika Sorel, Christine Tasin, Riposte Laïque, Enquête et débat, etc. Les républicains américains surfent régulièrement sur la menace fantôme de voir la charia imposée aux États-Unis, tandis que, cette semaine en Italie, c’est un parlementaire de la Ligue du Nord qui a fait la une après avoir déclaré que les idées de Breivik étaient « bonnes » voir « excellentes ».

Un point en commun, le rejet de l’Islam, jugé incompatible avec les valeurs occidentales ou la République. La civilisation telle que nous la connaissons serait menacée dans ses fondements. Loin d’être cantonnée à ceux qui en font leur fonds de commerce, cette opinion se diffuse dans l’électorat, tant à droite qu’à gauche d’ailleurs, et pas uniquement aux extrêmes de l’échiquier politique.

Le risque aujourd’hui ne vient pas tant des « islamophobes » cependant que de la réaction des politiques. Les actes ignobles d’Anders Behring Breivik pousseront-ils le politiquement correct à diaboliser plus encore ces opinions et à en empêcher toute expression dans le débat public? Elles connaîtraient en réaction une diffusion souterraine, sans être jamais exposées à la lumière crue du débat public.  Comme diraient certain, « on ne diminue pas l’ébullition en couvrant la casserole et en diabolisant l’eau ». La discussion libre et le débat public sont seuls en mesure d’apporter des réponses aux questions que peuvent poser les « islamophobes ». La diabolisation n’aboutirait qu’à renforcer les extrémistes, jamais contredits, et à valider leurs réponses, laissées seules en lice.

Pourtant, il ne faut pas être grand clerc pour voir l’échec programmé d’un discours dont les seules propositions sont le rejet pur et simple. À l’inverse, les idées libérales, nées pour partie en réponse aux guerres de religion, sont en mesure d’apporter de bien meilleures réponses que la peur panique propagée par certains.

C’est la société ouverte des libéraux, contre la société close. La première est la seule voie qui fonctionne, établie sur le respect strict de la Rule of Law (État de droit); comme le défendit Locke, liberté religieuse et neutralité du pouvoir politique, sans négliger la liberté et la responsabilité individuelle. Cela ne signifie pas que la solution soit parfaite et que le débat sur le fondamentalisme religieux ne doive pas avoir lieu. Le libéralisme n’est pas une baguette magique mais, comparé au repli sur un monde fermé que proposent certains, c’est un bien meilleur point de départ pour répondre intelligemment aux défis que peut poser à nos sociétés le développement de l’Islam.

À lire aussi: