Démocratie : que se passe-t-il en Tunisie ?

Que se passe-t-il donc en cette Tunisie supposée, depuis peu, acquise à la démocratie ? Y assiste-t-on réellement à la mise à mort d'une démocratie naissante ?
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Drapeau Tunisien à Paris en 2011 lors d'une manifestation (Crédits Gwenael Piaser, licence Creative Commons)

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Démocratie : que se passe-t-il en Tunisie ?

Publié le 8 mars 2023
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Une question légitime au vu de la situation de ce pays qui a pu paraître, pour nombre d’observateurs, comme une exception dans le paysage arabe musulman, réussissant ce qu’on a appelé à tort révolution du prétendu Printemps arabe. Car la situation est bien plus complexe qu’on n’ose l’évoquer et les choses n’y sont pas aussi simples qu’on le dit.

Que se passe-t-il donc en cette Tunisie supposée, depuis peu, acquise à la démocratie ? Y a-t-il eu coup ou coups d’État ? Y assiste-t-on réellement à la mise à mort d’une démocratie naissante ? Et quid du modèle sui generis espéré sur sa terre d’une démocratie islamique ?

 

Un régime traditionnellement autoritaire 

De fait, la Tunisie a souvent constitué un modèle et ce même du temps de la dictature, réputée comme élève studieux et appliqué dans l’apprentissage de la modernité. C’est que le dictateur Ben Ali, déchu en 2011, se réclamait volontiers du legs du premier président de la Tunisie indépendante, Habib Bourguiba.

Certes, il l’avait déposé à la faveur de ce qu’on a appelé coup d’État sanitaire ; or, ce fut en application de la Constitution de l’époque et l’état de santé de Bourguiba, notoirement malade et quasiment inapte à gouverner, pouvait justifier une telle entreprise. Au reste, elle fut saluée par nombre de démocrates comme un acte courageux et salutaire dans l’intérêt bien compris du pays. Au point que pratiquement personne n’a contesté le sort indigne réservé au père de l’indépendance tunisienne, qui a fini sa vie reclus en prisonnier politique dans l’une de ses résidences de luxe.

Il faut dire que le dictateur eut soin de se ménager le soutien de nombreuses figures éminentes de la Tunisie moderne, compagnons de route de Bourguiba, mais aussi opposants illustres à son autoritarisme et au culte entretenu de sa personne. Il a aussi tenu, au début de son règne, à faire des gestes significatifs, quoique simulés, en vue d’un assainissement de la situation politique vers le pluralisme et la démocratie, attendus par tout le peuple.

Au vrai, il n’a fait que louvoyer, simuler et dissimuler, tournant vite sa cuti dès qu’il estima venu le moment de mettre le pays et son peuple jugé par trop turbulent s’il lui arrivait d’avoir ses droits et ses libertés, d’ailleurs jamais acquises même sous Bourguiba, pourtant chantre de la modernité du pays.

Aussi Ben Ali a-t-il été le dictateur affiché que n’était pas Bourguiba, mais qui n’était pas moins un autocrate, éclairé certes, mais guère démocrate, un dictateur caché. Ainsi, le fruit de l’autoritarisme était bien dans le fruit Tunisie et la dictature n’a fait que le rendre visible, l’admettre même pour divers motifs et par nombre de subterfuges, dont les plus sophistiqués. La preuve ? Un arsenal juridique liberticide qui est, au demeurant, toujours en vigueur.

Si Ben Ali n’avait pas les capacités intellectuelles de Bourguiba et encore moins sa vision de la politique et son charisme, il n’était pas moins un pur produit du système sur lequel a été érigée la Tunisie postcoloniale. Celui d’un État jaloux de son pouvoir, y voyant sa nécessaire force, l’exerçant au travers des forces de l’ordre et surtout d’une administration pléthorique, tatillonne dans le formalisme et le service de son magistère assimilé à celui du prestige de l’État. Et peu importe si cela se confond avec la classe au pouvoir ou la personne des gouvernants, fut-il un seul. Ce qui n’est pas seulement une spécificité du pays, mais également une idiosyncrasie culturelle que l’islam, ou du moins l’exégèse qu’on en a faite, a magnifiée en la dotant de ce qui lui manquait : un caractère indu de sacralité.

La politique tunisienne a de la sorte toujours été sans ses lettres de noblesse, quoique la forme y était du temps de Bourguiba, mais non dénuée, au-delà des apparences de la force s’ajoutant à la rouerie de la politique à l’antique. Or, en cela, excellait Ben Ali, le miliaire pur jus. Ainsi, en termes de ruse s’est-il fait servir par des compétences qui se dévouaient, pour nombre d’entre elles, moins pour sa personne qu’à la cause du peuple. C’est un tel désintérêt de la politique chez pas mal de grands commis de l’État qui a assuré le succès tant vanté à l’étranger de la gestion du pays pas son régime autoritaire et ce malgré l’absence de démocratie.

Pareille attitude chez ce personnel dévoué à la chose publique se retrouve être un trait sociopsychologique du peuple tunisien dont la capacité d’adaptation à toutes les situations est phénoménale avec une propension au fatalisme d’avoir des chefs maniant la cravache. Trop libre et même libertaire, le Tunisien accepte de céder sa liberté formellement pour pouvoir, en catimini, à l’ombre des lois répressives, vivre à sa guise son hédonisme, sacrifiant pour cela son droit à la citoyenneté. Ce qui n’était que pain bénit pour la dictature qui a alors su moduler l’usage de la force, parfois par trop sauvage, selon le degré de la gêne trouvée à assouvir sa passion d’abuser à gouverner et le faire, elle aussi, à sa guise.

 

Un coup d’État déguisé en coup du peuple 

C’était, à grand trait brossé, l’état de la Tunisie à la veille de ce qu’on a appelé bien à tort révolution du jasmin et qui ne fut au mieux que ce que j’ai nommé dès le départ, coup du peuple. En fait, il s’agissait d’un coup d’État fomenté par les services américains dans le cadre de leur stratégie géopolitique et en exécution de leurs accointances avec l’islam rigoriste. Un signe qui ne trompe pas : la prétendue fuite de Ben Ali, déshonneur suprême pour un militaire, qui s’est retrouvé retenu en Arabie Saoudite. Ce qui n’aurait pu se faire sans la défection de ses cercles les plus rapprochés au vu de la défiance du peuple à l’égard du régime et son muet rejet.

On a pu dire que Ben Ali n’a récolté que ce qu’il avait semé, n’ayant jamais eu le souci de ce que voulait son peuple : ses droits et ses libertés, en contrepartie du lourd tribut payé à supporter sa dictature et les exactions de sa famille. Or, même en catimini et à bas bruit, le peuple de moins en moins pouvait le faire. Aussi, lui garantir le minimum vital, ce à quoi veillait Ben Ali ne suffisait plus aux yeux des masses démunies de tout, surtout de la dignité de son vouloir être particulier précité.

Or, ce coup d’État dont on ne parle pas est la première turpitude des élites tunisiennes post-dictature, particulièrement celles se prétendant au service des libertés et de la démocratie. La seconde, la plus importante à maints égards, fut évidemment de ne pas satisfaire la cause d’un pareil silence, subterfuge qui était destiné à permettre la réussite d’une transition sans heurts de la dictature à la démocratie, mais une vraie démocratie. Ce qui pouvait se justifier si l’on avait osé satisfaire les attentes populaires en termes de droits et de libertés concrets. Ce qu’on s’est gardé de faire.

Ainsi, plus de dix ans durant, soit de janvier 2011 à juillet 2021, date de ce qu’on a appelé coup de force du président actuel, rien n’a été fait pour abolir la législation scélérate de la dictature. On s’est limité à singer l’Occident en adoptant une Constitution consacrant théoriquement les droits fondamentaux et les libertés privatives, mais avec l’intention délibérée de la garder lettre morte. On l’a même entendu sur les travées de l’Assemblée des représentants du peuple, le Parlement tunisien. Cela s’est vérifié d’abord avec le refus d’instaurer la Cour constitutionnelle, formalité essentielle prévue pourtant par le texte fondamental avec une date butoir à son installation. Et bien évidemment, cela s’est confirmé avec le refus d’abolir les textes les plus perfides de la dictature.

De telles turpitudes ne furent pas de la seule faute des islamistes contrôlant les rouages essentiels de l’État. Pour ce faire, ils avaient besoin des compromissions des supposés modernistes et laïques ; et ils les ont eues. Ces derniers leur ont permis de rester au pouvoir et même après l’arrivée à la magistrature suprême du défunt président Caïd Essebsi, supposé émule de Bourguiba, élu avec les voix des femmes et des jeunes avec la ferme promesse de leur rendre leurs droits et qui ne l’a pas honorée sciemment en pratiquant le mensonge au nom d’une bien vicieuse realpolitik.

 

L’occasion ratée d’un contrecoup du peuple 

On l’a dit supra, le peuple arrivait de moins en moins à vivre à sa guise bien qu’en cachette, ce qui était une forme de dignité à ses yeux ; il en venait aussi de plus en plus ouvertement à rejeter ce qu’on avait appelé dictature souriante. Le Tunisien commençait même à muer psychologiquement, loin de l’archétype habituel de personne souriante, ouverte à l’altérité, car il supportait de moins en moins sa vie de claustration dans un pays devenu une réserve alors qu’il a dans le sang le besoin de bouger, circuler librement.

C’est ce qui explique la terrible vision, au lendemain de la chute de la dictature, des multitudes de la jeunesse tunisienne se ruant sur les plages désertées par les forces de l’ordre pour « brûler » comme on dit populairement, faire la traversée de la Méditerranée vers les îles italiennes proches. On était pourtant à l’orée d’une aube nouvelle mais ces jeunes de Tunisie rêvaient d’autre chose : leur liberté chérie, comme s’ils savaient à l’avance qu’elle n’aurait pas droit de cité encore dans le pays. Car c’est pour elle qu’ils ont fait le coup de feu contre les sbires du dictateur et que nombreux parmi eux ont payé de leur vie sous les coups des snipers stipendiés, semble-t-il, par les forces occultes agissant à la chute de la dictature populairement honnie.

Effectivement, la situation du peuple ne varia pas d’un iota puisque la législation de la dictature est restée en vigueur ; et elle l’est toujours même si le président actuel ne cesse de claironner son intention de rétablir sa souveraineté dans le pays. Pire, il n’arrête pas dans le même temps de réclamer son souci d’être juste, assurant que la loi est à appliquer à tous, sans distinction ; or, la loi elle-même, bien que légale, est déjà injuste car scélérate, ayant servi au maintien de la dictature ; elle est donc illégitime. Car il ne faut pas oublier que les textes liberticides du droit positif en Tunisie sont non seulement ceux de la dictature (dont la honteuse loi 52 réprimant sauvagement le cannabis et martyrisant les jeunes), mais aussi un héritage de la colonisation (dont le fameux article 33 du Code pénal réprimant l’homosexualité qui n’a jamais constitué un péché en Islam pur).

Aussi le coup de force du 25 juillet 2021 fut-il salué par le peuple comme une délivrance. On se remit à espérer que ce qui ne fut pas fait en 2011 le sera. Et on faisait confiance à son auteur qui avait été porté au pouvoir par une majorité écrasante et qui avait la réputation d’honnêteté et dont les mains étaient propres en un pays mité par la corruption. Une bonne partie de la classe politique a aussi salué l’entreprise, entamée au demeurant en conformité avec la Constitution.

Toutefois, ce qui ne manque pas de surprendre, c’est que personne n’a réclamé l’abolition de la législation qui brimait et brime le peuple ou à tout le moins demandé l’adoption d’un moratoire à l’application de ses plus perfides dispositions dans l’attente de voter des textes de substitution. Il faut croire que les opposants au président Saïed étaient et restent trop obnubilés par le pouvoir et ses aficionados par leurs règlement de comptes avec les islamistes pour se soucier de ce que réclame le peuple : ses droits au quotidien et ses libertés privatives, intimes y compris. Pour les premiers, c’est d’autant plus incompréhensible que de telles lois scélérates sont appliquées pour harceler tant le peuple que la classe politique qui crie à la dictature de Saïed. Pour les seconds, une telle pulsion de vengeance d’ennemis politiques dénote leur degré d’adhésion à une vraie démocratie.

Aussi, le retournement tragicomique de l’histoire a voulu que l’ennemi des uns et le héros des autres n’a fait qu’appliquer des lois que les anciens politiques au pouvoir ont tout fait pour garder en vigueur ; ce faisant il n’a fait qu’emboîter le pas à ceux qu’il dénonçait et punissait. Ainsi, le premier coup d’État, qui a trahi sa justification, a généré un autre n’en étant pas le contrecoup du peuple espéré, perdant de la sorte sa légitimité populaire avérée à son occurrence, tout comme pour le premier.

 

Une démocratie introuvable

Parler donc de combat pour la démocratie chez les uns et les autres, notamment de la part des opposants au président Saïed, relève moins du sérieux que du subterfuge. Tous luttent pour le pouvoir et rien d’autre. En effet, qu’est-ce qu’une démocratie sinon des lois et des libertés, pas seulement théoriques, inscrites dans des textes jamais appliqués. La dictature n’est pas non plus une opération électorale vidée de tout sens, étant ignorée, sinon boycottée, par les plus larges masses. Ce qui fut le cas des élections législatives, notamment la dernière voulue par M. Saïed, qui prouvent que rien n’a changé encore dans le pays. De fait, une démocratie honnête et véridique en Tunisie consiste à commencer par débarrasser le peuple de tout ce qui l’empêche de vivre paisiblement et dignement sa vie. Outre les lois scélérates de la dictature, cela implique aussi qu’on lui reconnaisse son droit à circuler librement.

Or, que fait M. Saïed ? On le voit certes se soucier de la corruption, cette hydre qu’il n’est pas facile de vaincre et se soucier de ce qui est nettement plus facile à faire, édicter le texte salutaire libérant le peuple de ses chaînes légales ! Bien pis ! involontairement peut-être, il a suscité une bien malheureuse polémique sur la présence des subsahariens en Tunisie. Que n’a-t-il plutôt saisi cette occasion pour être le héraut du droit à circuler librement entre les deux rives de la Méditerranée, cause principale de la venue en Tunisie de ces malheureux subsahariens accusés désormais de tous les maux !

C’est cependant ce qu’on se doit de faire si l’intention affichée par le président Saïed est avérée, à savoir d’être juste de voix et de voie. Et ce d’autant mieux que l’antidote aux problèmes de la migration clandestine et à ses drames existe bel et bien : le visa biométrique de circulation. Outil parfaitement sécurisé, connu dans les chancelleries, il devrait être substitué au visa actuel devenu obsolète étant respectueux des réquisits sécuritaires. Concrètement, il consiste à délivrer gratuitement en contrepartie de la levée des empreintes digitales, suprême concession sans contrepartie, le droit de circuler librement aux ressortissants des pays dits à tort d’émigration, car ils ne deviennent immigrés qu’à cause de l’impossibilité pour eux de circuler librement. Un tel visa de circulation valable un an au moins et renouvelable par tacite reconduction permettra d’entrer en Europe mais avec l’obligation d’en sortir avant trois mois consécutifs de séjour avec toutefois la possibilité d’y revenir aussitôt pour un nouveau séjour de la même période et avec la même exigence durant la validité du visa.

Voilà, entre autres, une recette utile au service du peuple tunisien, de la paix et de la démocratie en Tunisie et en Méditerranée ; et elle traduit une adhésion à l’esprit et à la lettre de la démocratie voulue dans ce pays, un régime de dignité avec des droits et des libertés citoyens et non une fausse et introuvable démocratie. C’est ce dont devraient parler et pour laquelle pourraient agir tant le président Saïed que les cercles de son opposition qui dénoncent sa dictature sans être crédibles, le peuple n’ayant rien vu des deux bords qui soit susceptible de changer sa vie au quotidien, une existence de misère du fait de l’absence de la dignité d’être un peuple vraiment souverain, et non seulement en termes de slogans, étant doté de ses droits basiques et de ses libertés privatives les plus évidentes.

 

L’impératif catégorique de la réforme juridique et religieuse

Que se passe-t-il donc en Tunisie, au final ? Coup d’État de Kaïs Saïed ? Ce ne serait alors que la réplique d’un autre coup d’État tu et qui ont tous les deux eu l’adhésion populaire avant que, pour le premier, la déception ne soit totale et, pour le second, le désenchantement ne soit encore de mise. Pour les deux événements, on a effectivement agi au nom d’un peuple qui en espérait gros pour sa dignité, mais pour finir de ne point satisfaire ses attentes. La preuve ? on l’a dit : le maintien en vigueur encore de la législation qui le brime de la dictature que tout un chacun condamne.

Est-ce que l’homme fort actuel du pays règle ses comptes avec ses opposants ? N’est-il pas plutôt en train d’appliquer la législation liberticide en vigueur que ses opposants, qui étaient bien au pouvoir durant la décennie passée, ont veillé à garder pour se servir et brimer leurs propres opposants ?

Quid enfin de la démocratie qu’on bafouerait et du modèle tunisien qu’on tue ? De quelle démocratie parle-t-on ? On l’a vu, le peuple est dans la même situation que sous la dictature car il n’a vu l’adoption, au mieux, que de textes et initiatives de pure forme, les élections libres étant contrôlées par des partis sans programme ni véritable assise populaire en dehors de leurs adhérents, leurs sympathisants et obligés. D’ailleurs, le record historique d’abstention à la dernière manifestation électorale ne vient pas de nulle part, il ne fait que confirmer le désintérêt populaire massif pour la chose publique telle qu’elle a été incarnée la dernière décennie par une classe politicienne qui était en total décalage avec les réalités du pays, coupées du peuple, autiste à ses attentes les plus légitimes.

La responsabilité de ce qui se passe aujourd’hui est donc assumée par toute la classe politique, celle au pouvoir aujourd’hui certes mais surtout celle qui y a été et qui n’a pas su saisir la chance historique qu’elle devait honorer de transformer le pays en une véritable démocratie. Ainsi, le parti islamiste n’a fait que prétendre être une démocratie musulmane ; il a usé et abusé de slogans creux et de faux semblants, sinon de mensonges. Ce faisant, toute son attention allait au maintien au pouvoir afin de servir ses intérêts tant matériels qu’idéologiques. S’il a eu du talent, ce ne fut pas au service du peuple, mais à avoir les soutiens nécessaires, tant à l’étranger que dans le pays, parmi les supposés démocrates qui ont, de même, pratiqué la politique sans nulles lettres de noblesse.

Pourtant les exhortations à cesser de jouer un tel jeu malsain n’ont pas manqué et ce dès l’arrivée des islamistes au pouvoir, les exhortant à assumer leur devoir d’aggiornamento à la fois politique et religieux en s’attelant à l’impératif catégorique de la réforme du pays, notamment sur le plan juridique et religieux. Ils n’y ont point prêté attention, se laissant aller à leur péché mignon qui, il est vrai, ne leur était pas propre, relevant de ce que je nomme « jeu du je », une duplicité assumée en ce qu’ils prenaient pour un théâtre d’ombres, où il est fatal de simuler et de dissimuler, même ce qui relève de l’évidence.

Quel avenir alors pour la Tunisie ?

Assurément le meilleur, sa classe politique ayant atteint le pire, toutes tendances confondues, au même moment où son peuple a retrouvé les automatismes de son esprit de contradiction libertaire. On ne peut donc qu’entrevoir une évolution bien meilleure que les derniers événements, tirant profit des vicissitudes de la décennie ratée en autant d’expériences utiles en vue d’une nouvelle tentative démocratique duodécimale.

Déjà, ce samedi 4 mars 2023, la puissante centrale syndicale a organisé la plus importante manifestation contre le pouvoir en place. D’aucuns y voient un bras de fer entre l’héritière du patriote absolu, amant du peuple que fut Farhat Hached, et le président Saïed dont l’issue sera déterminante pour la démocratie dans le pays. Il faut toutefois se garder de voir les choses en termes de personne, K. Saïed n’étant que le produit du système autoritaire toujours en place qu’on a décrit. Il n’y aura donc de démocratie que le jour où l’on osera réformer ce système en commençant par abolir toutes les lois de la dictature et de la colonisation que les politiques actuels acceptent sans oser les dénoncer.

Si l’on se décide enfin à quitter le clair-obscur entretenu sur la législation scélérate du pays, notamment les aspects présentés comme ayant une connotation morale et/ou religieuse, et sur lesquels l’on se tait pudiquement ou s’interdit de gloser, on fera enfin le pas décisif fatal vers la démocratie. Car, répétons-le, celle-ci n’est que l’octroi de ses droits et libertés au peuple, tous ses droits et toutes ses libertés sans nulle restriction idéologique ou supposée religieuse.

Ce qui impose par la même occasion d’avoir le courage enfin d’ouvrir la voie à une nouvelle exégèse de l’islam afin de renouer avec son esprit et ses visées véritables puisque, dans sa lecture pure, il est une foi de droits et de libertés. D’ailleurs la nouvelle Constitution voulue par M. Kaïs Saïed, encore plus que la précédente, réfère à cette religion du peuple en imposant d’en appliquer les valeurs. Ce qui constitue, par conséquent, le noeud gordien de la moindre réforme dans le pays, non seulement en termes religieux, mais aussi politiques, économiques et juridiques, l’islam n’étant pas qu’une religion, étant tout autant une politique, une philosophie de vie. C’est pour cela qu’il importe de reconnaître cette dimension éminente de l’islam qui est loin d’être pur culte, étant d’abord une culture avant d’être que simples rites.

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