Printemps arabe : quel bilan 10 ans après ?

Drapeau Tunisie (Crédits Gwenael Piaser, licence CC-BY-SA 2.0), via Flickr.

Il y a 10 ans, les Printemps arabes commençaient en Tunisie, avant de gagner d’autres pays, puis d’être sévèrement réprimés, sauf en Tunisie. L’occasion de revenir sur leurs racines à l’analyse de leur échec actuel.

Par Yves Montenay.

Ce qui suit est la synthèse de mes voyages et contacts, recoupés par divers témoins de ces printemps. Du plus ancien, Gilles Kepel, un des grands islamologues mondiaux, arabophone et capable d’identifier l’origine de chaque interlocuteur suivant son accent et son parler, au plus récent, Olivier Poivre d’Arvor, ancien ambassadeur de France en Tunisie, qui a donné une conférence sur le sujet le 10 novembre pour « Géostratégies » et « Sciences-po défense », à laquelle j’ai assisté.

Je vais commencer par le pays où tout a commencé : la Tunisie.

Le Printemps arabe en Tunisie

Une histoire particulière qui explique son rôle déclencheur

Je connais bien la Tunisie. Mes premiers séjours datent d’avant l’indépendance, pour des raisons familiales, puis en entreprise et enfin à titre universitaire.

Pour les Tunisiens, Bourguiba est le grand homme, tant pour son rôle dans l’indépendance que par le « règne » qui a suivi.

Vu de France, il s’est fait remarquer par sa déclaration « Le français n’est pas une langue étrangère » et par son soin initial à ne pas casser l’économie tunisienne en évitant de chasser des cadres étrangers, Français et Italiens principalement.

Il s’est fait également remarquer par sa laïcité, forcément relative, avec le meilleur statut de la femme du monde arabe et un célèbre verre d’eau bu à la télévision en période de Ramadan, pour montrer que la priorité devait aller au développement du pays plutôt qu’au respect des dogmes.

Cette ouverture tunisienne sur le monde non musulman, passé et présent, est illustrée dans mon esprit par les devoirs de lycéennes tunisiennes expliquant en français le rôle de Carthage dans leur histoire et leur impression de la visite des ruines de cette ville.

Mais, toujours vu de France, Bourguiba a commis deux péchés d’orgueil. Il a voulu avoir la gloire de « récupérer les terres coloniales » et d’avoir « la pleine souveraineté sur le pays » en voulant prendre possession de Bizerte peu de temps avant la fin du bail qui mettait cette base militaire à disposition de la France.

Alors que ces deux questions auraient pu se traiter à l’amiable avec De Gaulle avec qui il semblait bien s’entendre, il a voulu avoir la gloire de prendre des décisions unilatérales sans concertation. Supposer que De Gaulle se laisserait faire était bien sûr une erreur qui s’est dramatiquement terminée. Erreur qui a coulé la Tunisie pour au moins 10 ans, avec le départ précipité non seulement des étrangers, mais aussi de la communauté juive.

Étant resté au pouvoir malgré son vieillissement, il s’en fait écarter par Ben Ali pour des « raisons médicales ». Ce dernier, devenu président, a d’une part mis en place un état policier proclamé anti-islamiste, mais en fait dirigé contre toutes les oppositions, et d’autre part laissé se développer une corruption familiale au bénéfice du « clan Trabelsi » de sa femme.

Les élections étaient ainsi particulièrement « prévisibles» : je me souviens qu’étant en Tunisie un dimanche soir de vote, j’attendais avec curiosité le résultat des législatives. Rien ! Rien non plus le lundi et mardi suivants. Le mercredi, enfin un entrefilet dans la presse francophone : « le parti (du président) a remporté tous les sièges ». Il a fallu plus tard en réserver quelques-uns à une opposition très polie pour ne pas avoir l’air ridicule…

Par contre, cette stabilité politique a permis un net développement économique avec des investissements étrangers, notamment français et une politique de tourisme de masse à prix bas. Comme l’Égypte, mais sans avoir les mêmes atouts archéologiques.

Sur les côtes touristiques, la population était moins nombreuse que les touristes. Il est donc possible que leur genre de vie ait influencé les employés tunisiens, d’autant qu’une partie des touristes était francophone ou issue de la bourgeoisie algérienne en quête d’une relative liberté. Comme par ailleurs les élites françaises et tunisiennes s’interpénètrent tant à Paris qu’à Tunis, il y a là deux contributions à l’ouverture tunisienne.

Avec ma casquette de démographe, j’ajoute que la Tunisie a proclamé et réussi une politique de limitation des naissances qui a ramené sa fécondité au niveau français depuis plusieurs décennies, d’où un rapprochement supplémentaire de modes de vie.

Cette histoire explique à mon avis un terrain favorable aux idées occidentales, du moins par rapport à d’autres pays musulmans, et donc à la naissance du Printemps.

Le Printemps tunisien

La presse nous rappelle l’incident déclencheur du 17 décembre 2010, le suicide par le feu d’un jeune marchand ambulant pressé par la police, et les péripéties politiques qui ont suivi en commençant par la fuite de Ben Ali.

Personnellement j’en retiens le ras-le-bol de la population envers l’État policier et la corruption au sommet.

Naturellement, les islamistes du parti Ennahdha, profitent de cette chute du régime policier et de l’instauration de la démocratie pour prendre ou partager (je n’entre pas dans le détail de l’évolution politique) le pouvoir. On les accuse d’en avoir profité pour lancer un recrutement clientéliste massif de fonctionnaires, ce qui pèse aujourd’hui très lourd dans le budget de l’État tunisien.

Il faut rappeler que ces islamistes tunisiens sont relativement modérés, non seulement du fait des données historiques ci-dessus, mais également pour éviter les répressions sanglantes qui ont frappé leurs partis frères avant comme après les Printemps dans les pays arabes situés plus à l’est. De ce fait, une frange islamiste violente s’est créée en dehors d’eux.

Les acquis démocratiques du printemps ont été en gros conservés, notamment les élections libres et largement débattues.

Un de ces acquis démocratiques les plus remarqués est le droit qu’ont acquis les Tunisiennes de se marier à des non-musulmans. Dans tous les autres pays musulmans, le mariage avec non musulman n’est toujours pas autorisé.

Par contre l’évolution économique a beaucoup déçu. Les attentats islamistes puis le virus ont notamment ruiné le tourisme. Et certains regrettent l’époque de Ben Ali où l’on avait : « moins de liberté, mais la prospérité ».

Revenons en 2011 : les Printemps arabes sont lancés, et gagnent un pays phare du monde arabe, l’Égypte.

Le Printemps arabe en Égypte

L’Égypte et les racines coupées du Printemps

L’Égypte avec sa centaine de millions d’habitants et son université Al Azhar, référence pour le monde musulman, même concurrencée par la montée de l’Arabie Saoudite, était sous la coupe d’une dictature militaire créée par Nasser et dirigée alors par le président Hosni Moubarak.

L’histoire égyptienne, avec une certaine occidentalisation depuis plus de deux siècles, aurait pu déclencher une évolution à la tunisienne.

Malheureusement les racines en ont été coupées par Nasser et l’expédition franco-britannique de Suez en 1956, une énorme erreur du gouvernement français de l’époque, conduite par le socialiste Guy Mollet.

En effet les Français avaient un rôle très important en Égypte depuis Napoléon. Certes, ce fut l’Angleterre qui réussit à en devenir la puissance coloniale. Mais elle se fit détester, ce qui exonéra la France du « péché colonial ».

Dans les années 1930, on voyait le moment arriver où le français serait la deuxième langue du pays après l’arabe. Cela non seulement du fait de son influence culturelle mais par la participation active à l’économie de francophones très variés, notamment libanais.

Un mouvement anti-élite se développait souterrainement, visible à partir des années 1920, avec d’une part des officiers de la classe moyenne, dont Nasser, et les Frères musulmans d’autre part. Ces derniers avaient lancé en 1928 un parti politique de masse sur le modèle des partis communistes et nazis.

Nasser arriva au pouvoir en 1952 avec le soutien des Frères, puis en envoya beaucoup à la potence et diminua l’influence de l’élite francophone, notamment par de nombreuses nationalisations.

À mon avis, cela n’a justifié en rien le débarquement franco-britannique de 1956 sur le canal de Suez, alors que Nasser, comme Bourguiba, avait voulu se donner la gloire du récupérer ce canal avant la fin de son bail à une entreprise privée franco-britannique.

L’entreprise française Suez, aujourd’hui un grand de l’environnement, s’est d’ailleurs constituée à partir de l’indemnité reçue du gouvernement égyptien à la suite de la nationalisation du canal.

L’alliance de la France avec le colonisateur et l’ennemi israélien, illustration d’une dramatique incompétence historique de Guy Mollet, obligea les francophones à partir dans les 48 heures. Cette disparition d’une grande partie de l’élite moderniste, réfugiée notamment en France, a coupé une grande partie des racines du futur printemps.

Le Printemps égyptien

Comme en Tunisie, ce printemps fut mené par la frange plus ou moins occidentalisée de la population égyptienne, frange très diminuée depuis les événements de 1956. À la surprise générale, le président Moubarak démissionna.

Antoine Sfeir avec qui je travaillais à l’époque m’avait pourtant dit quelques jours plus tôt que c’était impossible…

En effet, il savait que l’armée tenait vigoureusement le pays, contrairement à la Tunisie où elle n’avait pas d’activité politique, Ben Ali étant soutenu par la police.

Le lâchage de Moubarak par l’armée aurait été dû au fait que le président souhaitait avoir son fils comme successeur, alors que ce dernier n’était pas militaire. Le Printemps semblait donc avoir triomphé d’une dictature militaire, alors qu’en fait il n’a triomphé que du président.

Je me souviens d’un entretien avec un général égyptien parfaitement francophone : « Le peuple décidera ce qu’il voudra, mais s’il choisit les Frères musulmans, nous serons très attentifs et reprendrons la main s’ils se conduisent mal ».

Effectivement, les Frères gagnèrent les élections, mais ils se firent vite détester par leur incompétence et leur intolérance.

Les militaires reprirent alors le pouvoir à la grande satisfaction des démocrates (!) et firent valider leur coup d’Etat par l’élection du général Sissi à la présidence.

Mais les démocrates furent ensuite fort déçus, et leurs militants sont aujourd’hui en prison, tandis que les Frères continuent à être pendus par centaines.

L’impact de la démographie

Si l’Égypte avait théoriquement lancé une politique de contrôle des naissances dès avant la Deuxième Guerre mondiale, elle ne la mit jamais véritablement en pratique et les villes égyptiennes croulent sous l’exode rural.

Personne ne connaît le nombre d’habitants du Caire : 15 millions ? 20 millions ? Davantage ? Avec une centaine de millions d’habitants aujourd’hui, on est loin des 2,5 millions constatés par le premier recensement organisé par Napoléon !

D’où une dégradation générale, notamment de l’enseignement, qui, contrairement à la Tunisie relativement francophone, est uniquement arabophone (à part quelques élites dans les écoles privées francophones et anglophones), assez largement sous l’influence des Frères musulmans et de leur pédagogie du « par cœur » et fermé aux valeurs occidentales.

Un printemps syrien vite dévié

Contrairement au Liban, sous mandat français comme elle, la Syrie échappa rapidement à l’influence culturelle française en passant sous le contrôle des Alaouites, et notamment du clan Assad anglophone. Le régime était réputé pour sa férocité, avec ses innombrables arrestations arbitraires, suivies de torture et souvent de disparition. Il est possible que, rapporté à la population, on ait dépassé les pires heures de la répression stalinienne.

Lorsque les démocrates syriens lancèrent le printemps, ils eurent droit à de bonnes paroles de la part des Occidentaux. En face, le clan Assad criait à l’attaque par les Frères musulmans. Ces derniers s’étaient déjà révoltés en 1982 et avait été massacrés (10 à 25 000 morts ?) par le père de l’actuel président, lequel expliqua qu’il « fallait donc recommencer » la lutte contre ces rebelles. Il envoya les élites chrétiennes proclamer dans les médias français que le régime, officiellement laïque, était la meilleure protection possible pour les chrétiens.

« Mais ce ne sont pas des islamistes, ce sont des démocrates » se récrièrent un temps les Occidentaux. Cela ne dura pas, car il fallait aux insurgés de l’argent et les armes. N’en obtenant pas des Occidentaux, ils rallièrent l’Arabie, qui leur en fournissait, et passèrent dans un des camps islamistes, les autres étant Les Frères, Al Qaïda et l’État islamique. La guerre civile était autant entre ces camps qu’avec le régime Assad.

On vit le moment où ce régime allait s’effondrer, mais l’appui de l’armée iranienne et de l’aviation russe renversa le cours de la guerre, qui a fait des centaines de milliers de morts et un nombre inconnu de prisonniers torturés.

Aujourd’hui, les Occidentaux sont davantage préoccupés par le devenir des quelques trois millions de Syriens réfugiés en Turquie que par l’avenir du régime Assad.

Ces réfugiés connaissent le sort qui les attend s’ils rentrent en Syrie, et veulent gagner l’Europe où un million d’entre eux ont été acceptés en 2015 par l’Allemagne. L’Union européenne a payé 3 milliards d’euros et en a promis 3 supplémentaires à la Turquie pour les retenir sur place.

Le Printemps a finalement totalement détruit le pays, y compris la ville romaine de Palmyre et le résultat final a été l’implantation en Syrie de l’Iran et de la Russie.

Au Maroc des réformes au lieu du Printemps

Au Maroc, le roi prit habilement l’initiative en lançant des réformes, coupant ainsi l’élan du Printemps local.

Il promit notamment de prendre systématiquement le Premier ministre dans le parti qui aurait le plus de sièges, donc les islamistes du fait de la multiplication des partis. Émotion dans la bourgeoisie francophone !

Mais de toute façon pour avoir une majorité à la chambre, il fallait une coalition. Par ailleurs le parti islamiste « légal » (il y en a un autre, non reconnu et plus agressif) respecte le roi en tant que « commandeur des croyants » descendant du prophète.

Bref c’était une façon de montrer que les islamistes ne feraient pas de miracle, mais sans prendre de risque.

Avec le recul, le roi apparaît clairement ne pas avoir perdu beaucoup de pouvoir.

Pas de Printemps arabe en Algérie mais l’Hirak en 2019

Les racines lointaines d’un printemps ont été en partie coupées par le départ d’une bonne partie de l’élite, musulmane ou non. Mais les relations familiales et culturelles avec la France et le monde francophone ont joué en sens inverse.

L’Algérie de 2010 n’a pas participé au printemps, probablement parce que le peuple avait été « sonné » par la guerre civile de 1990 au début des années 2000 entre l’armée et les islamistes. Après peut-être 200 000 morts, personne n’avait envie en 2010 de se lancer dans une nouvelle aventure.

Mais les problèmes s’étant aggravés depuis, 2019 a vu la naissance de l’Hirak, une série de manifestations massives.

Un peu comme en Égypte, elles ont d’abord abouti au départ du président Bouteflika pour le moins très affaibli. Mais ensuite ce fut le retour du pouvoir militaire qui a organisé l’élection du président Tebboune, actuellement en soins intensifs en Allemagne pour cause de virus…

Le nouveau pouvoir est répressif, toujours comme en Égypte, mais beaucoup moins : si des dizaines d’arrestations et une presse moins libre sont un résultat piteux, on est loin de la répression massive et des exécutions du Caire. Et le parti démocratique que je connais plus particulièrement, Jil Jadil, dirigée par Soufiane Djilali poursuit ses activités.

Et la situation économique continue de se dégrader rapidement.

La question de fond est toujours la même : la rente pétrolière est en partie détournée et pour le reste soutient artificiellement la consommation, la production étant bridée par le pouvoir qui « gagne sa vie » sur les importations. Or la rente est en voie d’extinction

Le Printemps arabe en Libye

On oublie que c’est grâce au printemps libyen que la dictature militaire de Kadhafi s’est effondrée.

L’usage s’est répandu d’en accuser la France. Certes cette dernière a évité le massacre de Benghazi en clouant sur place par son aviation les colonnes de l’armée, et Gilles Kepel, passé peu après, a recueilli des témoignages reconnaissants.

Mais cette action visible a fait oublier que la France agissait de concert avec la Grande-Bretagne et les États-Unis mandatés par l’ONU.

Il est donc un peu rapide de rendre la France responsable des guerres civiles actuellement en cours dans ce pays, guerres qui permettent d’alimenter en armes les islamistes du Sahel.

En fait la plus grande partie de la population, à l’exception bien sûr de la tribu des Khadafa, celle de Kadhafi qui la favorisait, était excédée par cette dictature.

Il faut rappeler que la Lybie était jusqu’au jusqu’en 1912 une province de l’Empire Ottoman, donc est aujourd’hui considérée par Erdogan comme un champ d’action légitime. Sous l’Empire, les tribus arabes et berbères avaient gardé leur indépendance de fait. La colonisation italienne, puis le roi Idris, puis Kadhafi, prolongèrent difficilement cette unité artificielle sans aucun sentiment national. Le pays n’attendait qu’une occasion de ré-éclater entre tribus rivales.

Aujourd’hui ce sont de nouveau des militaires qui sont au pouvoir, soit localement dans des milices d’idéologies très variées, islamistes ou pas, soit dans l’est du pays avec le général Aftar appuyé par les Égyptiens et les Russes, soit dans l’ouest avec un gouvernement théoriquement central appuyé par les Turcs.

Printemps arabes à Bahreïn, au Yemen et au Soudan

Rappelons très rapidement le Printemps de Bahreïn, écrasé par l’armée saoudienne, qui a consolidé le pouvoir de la dynastie sunnite sur une population majoritairement chiite, et celui du Yémen où la guerre civile dure toujours en ravageant la très ancienne civilisation locale.

Le Printemps du Soudan, lui, n’a commencé qu’en 2019.

Il est pour l’instant dans sa première phase : le renvoi d’une dictature policière et islamiste par des manifestations civiles appuyées par l’armée.

L’avenir dira si l’équilibre entre ces deux forces se maintiendra…

L’échec final des Printemps arabes

On voit dans l’ensemble, que dans un premier temps, les démocrates ébranlent le pouvoir et que les islamistes en profitent car ils ne peuvent être accusés d’erreurs ou de corruption du fait qu’ils étaient jusque-là dans l’opposition.

Ce « moment islamiste » fut la grande époque de la chaîne arabe internationale Al-Jazira du Qatar, base des Frères musulmans. Mais peu à peu les opinions publiques s’aperçurent du biais frèriste des informations.

Dans un deuxième temps, les islamistes ont déçu et les pouvoirs autoritaires se sont réinstallés.

Cette réaction autoritaire, bien qu’anti-islamiste, a amené les dirigeants à donner une plus large place à l’islam pour se légitimer, mais cela ne fait que discréditer les cadres religieux. Si la foi reste profonde, elle est concurrencée par le désir de liberté des jeunes.

En géopolitique, le poids de la Turquie et des pays de la péninsule arabique a augmenté et le problème palestinien est devenu accessoire.

En économie le chômage et la pauvreté ont continué à s’aggraver du fait d’abord du désintérêt ou de l’incompétence de la plupart des gouvernements pour ces questions, auxquelles s’ajoutent les guerres civiles et la pandémie.

Bref, comme le Printemps des peuples de 1848, les Printemps arabes se terminent très mal. Mais les générations qui l’ont connu n’ont pas disparu tandis que les contacts continuent avec l’Occident, du moins pour les élites anglophones et francophones.

On peut aussi bien aller vers de nouveaux Printemps que vers une fracture des sociétés arabes, chassant leurs élites accusées d’occidentalisation, ce qui accentuerait encore la catastrophe économique.

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