Comment faire gagner le libéralisme en France

Nous avons tout à y gagner : diffuser nos idées et convertir quelques pauvres pécheurs étatistes au bonheur de la liberté et de la décision individuelle.

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Comment faire gagner le libéralisme en France

Publié le 25 février 2023
- A +

Plusieurs points de vue (POV comme disent les jeunes sur TikTok) glanés ici et là.

Le nihiliste

C’est mort, la France est un pays communiste. La preuve, Macron est président.

Le défaitiste

Essayez toujours les gars mais c’est perdu d’avance. Les Français ne sont pas libéraux, ils aiment trop l’assistanat et les subventions.

La preuve par l’exemple

Vous avez vu les scores électoraux des dernières tentatives libérales ? La dernière élection n’a même pas eu de candidat faute d’obtenir les 500 signatures.

Le refus de l’obstacle

Les libéraux sont peu nombreux, ils ne forment pas un groupe politique à part entière. Tu te rends compte du boulot que ça représente de lancer un parti, fédérer les gens, trouver les financements… La liste des justifications pour ne pas agir est sûrement plus longue mais je n’écoute déjà plus.

Le stratège politique

Il nous faut une tête d’affiche connue, des relais politiques locaux, des élus de proximité, un parti…

Le ministre des finances

Il faut des dizaines de millions pour financer une campagne, on va les trouver où ?

 

Changer de logiciel

Évidemment, toutes ces objections sont vraies : la tendance est plutôt au centralisme, l’argent est le nerf de la guerre d’une bonne campagne, le libéralisme en France est embryonnaire, si nous voulons rester mesurés dans nos propos…

Mais cette vision pose un problème majeur : elle est cadrée par l’organisation habituelle : un parti, des militants, une structure, un programme… Cette vision est perpétuée depuis une centaine d’années par tous les partis politiques qui participent à la comédie de la vie démocratique française.

Une entreprise est confrontée au même dilemme. Elle a rarement tous les atouts en main. Elle dispose d’un ou deux avantages concurrentiels par rapport à ses concurrents et réfléchit à les mettre en avant en construisant une offre innovante qui séduira les clients.

Cette innovation peut permettre de conquérir un marché totalement saturé : les colas régionaux, Nespresso, le réseau de boulangeries Bannette.

Le produit peut même être affublé d’un handicap : Toblerone et sa forme bizarre, la pulpe de l’Orangina ou le pétillant du Perrier et quand même réussir à percer sur le marché et maintenir un succès durable.

La politique est un marché comme les autres au sein duquel un certain nombre de clients, que nous appellerons « électeurs » par convention, sont manipulés et choisissent librement l’offre politique qui correspond à leurs attentes. Ce marché n’a pas connu d’innovations majeures depuis longtemps, les clients étant réputés acheteurs toujours du même produit : un centre gauche vaguement libéral mais arborant fièrement la couleur rouge agrémentée d’une pointe de vert ; tant que ce vert n’empêche pas l’achat du dernier SUV à la mode.

Mais ce marché a une particularité qu’il partage avec le marché du livre : un très fort pourcentage des clients potentiels ne sont pas/plus acheteurs du produit.

La plupart des gens savent lire, le prix d’un livre d’occasion est dérisoire. Pourtant le pourcentage de personnes déclarant lire régulièrement reste très faible surtout en enlevant du calcul bandes dessinées et mangas. Lire n’intéresse plus pour plein de bonnes et de mauvaises raisons.

La situation politique est très comparable : la plupart des gens savent mettre un bulletin dans une urne et pourtant ne votent pas car l’offre proposée ne leur correspond pas. Ou parce qu’ils pensent que leur votre n’aura aucun impact.

Donc face à un vieux marché peuplé de produits qui se ressemblent tous avec des clients blasés qui achètent par défaut faute de mieux ou restent chez eux pour éviter de perdre leur temps, un pessimiste vous dira d’aller voir ailleurs. Un optimiste y verra là une opportunité incroyable de bousculer le marché.

L’élection française est mûre pour une révolution de son organisation comme l’ont connu d’autres marchés avant elle.

 

Que pourraient faire les libéraux dans cette galère ?

Quand vous faites de l’innovation vous cherchez à proposer l’offre à laquelle vos concurrents ne pensent pas. Un des moyens d’y parvenir est de travailler sur ses faiblesses pour en faire des forces.

Les faiblesses nous les avons citées en haut de ce texte :

  • pas de relais,
  • pas de structure politique,
  • pas de structure administrative,
  • pas d’argent,
  • pas de réseau.

 

Contrairement à ce que l’on peut penser, ces faiblesses ne doivent pas être nécessairement réduites ou combattues. Pour deux raisons.

La première : combien de temps et d’énergie allons-nous consacrer à construire un parti politique traditionnel ? Combien de temps et d’énergie allons-nous déployer pour y arriver ? Avons-nous ce temps et cette énergie ?

Pendant que nous dépensons tout ce temps et cette énergie à convaincre des élus, chercher des donateurs, organiser puis gérer au quotidien un réseau, nous ne nous occupons pas de l’essentiel : séduire nos clients.

Convaincre les électeurs, ramener à l’élection ceux qui ne votent plus, expliquer notre programme et convaincre les citoyens que c’est ce qui est le mieux pour eux. Tout ce temps précieux et indispensable que les autres passent à gérer ressources humaines et problèmes de trahison.

La seconde : ces caractéristiques peuvent être un avantage.

Nous n’avons pas d’argent ? Très bien, construisons une structure et une organisation qui ne coûte rien. Trouvons un moyen de diffuser nos idées gratuitement. Les Gilets jaunes l’ont fait, pourquoi pas nous ? Partons du principe que l’argent n’est plus un paramètre pour faire de la politique. Ça tombe bien ce sera aussi un des points clés du futur programme : la réduction, voire la suppression du foutoir des campagnes électorales et la suppression des subventions étatiques aux partis.

Et puis sérieusement : est-ce bien libéral de monter une structure pyramidale chargée de construire les éléments de langage qui seront bêtement répétés par des clowns clones ?

Nous n’avons pas d’élus ni de relais politiques ? Ça tombe bien, nous n’en voulons pas. Nous ne sommes pas une formation politique, nous n’avons rien à faire avec tous ces professionnels de la politique qui sont tous sauf des libéraux malgré les postures de circonstances. Nous voulons le changement ? Alors nous le ferons avec de nouvelles personnes. J’ai presque envie d’ajouter « c’est notre projeeeeeeeet » mais ce serait déplacé.

Nous n’avons pas de structure ? Parfait, la structure est par définition totalitaire et coûteuse. Inventons quelque chose de nouveau. Une organisation politique agile. Libérée sur le modèle de l’entreprise libérée.Inspirons-nous de  L’entreprise libérée par le petit patron naïf et paresseux de Jean-François Zobrist. Une organisation libre, autonome où chacun vient apporter ce qu’il a.

 

Un troisième point

Voulons-nous prendre le pouvoir ? Ou voulons-nous que nos idées changent la France ?

Si la réponse est contenue dans la deuxième affirmation alors il nous reste à diffuser nos idées, être pédagogues. Sortons de notre zone de confort, cessons les discussions en cercles fermés qui ne convainquent que des personnes déjà convaincues et allons chercher ceux qui pensent qu’un pays ne peut être que dirigiste.

Vous verrez, il n’est pas très difficile de faire douter ces gens-là.

Les politiciens sont devenus tellement inutiles qu’ils sont incapables d’inventer une nouvelle direction pour la société. Celle-ci avance et les politiques essaient de raccrocher les wagons. La société est en fait déjà fondamentalement libérale dans le sens où ce sont les personnes concernées par un problème qui le résolvent elles-mêmes. Ce sont ceux qui inventent les nouvelles tendances et les nouveaux usages, les politiques ne pouvant qu’essayer de ne pas disparaître. Ils vont « accompagner » comme ils disent. Montrez tout cela à des convaincus du dirigisme et vous les ferez douter très vite.

Il existe quantités de forums dont celui-ci pour discuter. C’est un départ. Mais nous devons arrêter de perdre notre temps à nous convaincre de ce en quoi nous croyons. Allons convaincre les autres.

La question suivante est de savoir comment faire.

Sans structure centralisée et sans moyen, comment faire pour aller développer nos idées auprès du grand public ?

  • harcelons les médias,
  • participons à toutes les discussions possibles sur internet,
  • fabriquons un argumentaire et diffusons-les,
  • sollicitions notre réseau,
  • arrêtons de nous plaindre et de pleurer.

 

Que risquons nous à essayer ? Rien du tout. Nous avons d’ailleurs même tout à y gagner : diffuser nos idées et convertir quelques pauvres pécheurs étatistes au bonheur de la liberté et de la décision individuelle.

Échangez, partagez vos idées, tout ça ne se fera pas en restant sur son canapé. L’exact endroit d’où je rédige ce texte.

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  • Soyons sérieux.
    25% de travailleurs sont fonctionnaires. 7% des travailleurs sont chômeurs de catégorie A. 4% des travailleurs sont chômeurs des autres catégories. Sur 20% de la population est étudiante, 70% veut avoir le bac sans travailler, et rester le plus longtemps possible à la fac (combien y a t il de bac+5 toujours en 1iere année de fac !) – ce 70% provient de l’échec au bac avant 1980, date depuis laquelle le niveau de connaissances n’a cessé de baisser-.
    10% de la population active est au RSA. 20% des salariés du privé sont au SMIC qui est le seul salaire indexé sur l’inflation.
    En dehors des étudiants, on peut considérer qu’une bonne partie de ces personnes est en couple.
    Donc qui parmi ces assistés qui veut voir baisser son assistanat en votant libéral ? À part quelques masochistes, aucun.
    La gauche à verrouillé la population. Seule une crise majeure avec intervention du FMI pourra peut-être faire évoluer.

  • Il y a un autre point de vue, en plus de tous ceux énoncés en début d’article: le pragmatisme. D’un côté, on peut aller au bout de ses idées, et voter pour un candidat libéral pur jus, mais qui n’a aucune chance d’être élu, soyons réaliste. De l’autre, on peut voter pour un Macron, qui est un poil moins communiste qu’un Mélenchon ou une Le Pen, on évitera au moins d’élire un(e) communiste pur jus. Pour beaucoup de sympathisants libéraux, le choix a été assez vite fait. Le système électoral Français à deux tours favorise ce genre de dilemmes en éliminant toutes les idées nouvelles au premier tour.

    • Soyons donc pragmatiques : en dehors du fait qu’une voix assurée d’être minoritaire n’a aucune chance d’influencer le résultat, de quelle manière faire en sorte que cette voix soit le mieux possible prise en compte ? En votant pour le moins éloigné de ses idées et ainsi conforter un candidat non satisfaisant, ou bien joindre son abstention à tous les autres courants minoritaires pour obtenir une majorité d’abstentionnistes semant le doute dans les coulisses du pouvoir ?
      Si l’on est pragmatique alors le choix est vite fait, c’est soit un vote d’adhésion soit l’abstention.

      • Je ne suis pas d’accord avec vous! Même si sur le principe, votre argument est tout à fait recevable, l’expérience des dernières élections a montré que les personnes au pouvoir, et Monsieur Macron en particulier, se moquent de l’abstention comme de leur première chemise. Dire que l’abstention permet de faire entendre sa voix, c’est très beau en théorie, mais on voit que ça n’a aucun effet chez des gens qui ne doutent de rien. Macron a bien déclaré récemment, à propos de la réforme des retraites: « Vous m’avez élu pour ça ».

        • Votre point de vue se tient.
          Je l’ai d’ailleurs adopté en 2017, en laissant à sa candidature le bénéfice du doute.
          Mais pas en 2022.

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