Macron : y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

L’histoire récente nous apprend que plus le Français est favorisé par rapport aux pays européens plus il devient contestataire et en demande toujours plus.

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Emmanuel Macron, président de la République by Mutualité Française on Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

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Macron : y a-t-il encore un pilote dans l’avion ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 janvier 2023
- A +

Lorsque M. Macron a été élu en 2017 beaucoup de Français mais aussi d’Allemands, ont pensé que la France allait enfin se réformer. Mais beaucoup ont rapidement déchanté, moi le premier.

Il avait été reçu chez Ethic, le mouvement de Sophie de Menthon, alors qu’il était encore conseiller économique de François Hollande, mais sur le départ et pour cause : sa prestation avait bluffé une grande partie de la centaine de patrons qui l’avaient alors reçu.

 

Un discours enchanteur

Son discours de deux heures avait été convaincant.

Les 35 heures étaient une folie, il fallait libérer l’entreprise française en baissant drastiquement les charges et en supprimant un maximum de contraintes : tout ce qu’un patron espérait entendre depuis une quarantaine d’années.

Il n’avait pas caché que ses relations avec le président de la République s’étaient tendues. Peu de temps après, il démissionnait et envoyait à Sophie un mail qui en gros disait : « Vous allez être contente, je rejoins votre « clan » je vais créer mon entreprise ».

Il a confirmé ce discours à l’occasion d’une interview parue fin août 2014 dans Le Point.

 

Changement de programme

Quelques jours après ce papier, à la demande expresse de Manuel Valls qui fit pression auprès du président, Emmanuel Macron était ministre de l’Économie en remplacement d’Arnaud Montebourg et sa « cuvée du redressement ».

Et là, oh stupeur, son discours opère un virage à 180° : les 35 heures devinrent « pas si mal » et adieu les idées libérales… Pour moi c’en était donc fini de ce personnage. En changeant en quelques jours de convictions il démontra qu’il avait adopté la stratégie d’un vrai politicien. Il est vrai qu’à cette époque il ne détenait pas « les pouvoirs ». Mais c’est le cas aujourd’hui et c’est devenu encore pire. Il a été réélu par défaut par les Français qui ne lui ont pas donné la majorité absolue à l’Assemblée et ça ressemble fort à une Bérézina !

Si jusqu’à ce jour sa gestion de la guerre en Ukraine n’est pas critiquable, en revanche la gestion économique est une suite d’erreurs ou de mesurettes dont l’efficacité ne sera pas au rendez-vous.

 

Crise de l’énergie

Vouloir faire plaisir à une poignée d’écolos afin d’obtenir leurs faveurs a été un très mauvais calcul dont le pays paie les graves conséquences et les paiera encore une bonne décennie, avec de la chance.

Croire les prédictions hallucinantes d’une consommation d’électricité divisée par deux d’ici 2050 en s’engageant parallèlement dans une décarbonation de l’énergie est un manque coupable de réalisme.

Surtout quand le « en même temps » s’accompagne d’une autre décision stupide de réduction drastique de la seule énergie zéro carbone. Il n’était certes pas à l’origine de ce projet mais il a bien signé l’arrêt d’une centrale reconnue par l’Autorité de sûreté nucléaire comme une des plus fiables en France.

Malgré le revirement des écolos, le mal est fait. La note sera démentielle pour le pays car les décisions malheureusement prises trop tardivement d’augmenter sensiblement le nombre de centrales EPR n’auront d’effets qu’à trop long terme.

 

Crise inflationniste

Certes nos présidents successifs ne peuvent être tenus directement responsables de l’inflation. Mais la gouvernance d’Emmanuel Macron a abouti à une envolée non maîtrisée des dépenses. Le niveau de charges liées à un surendettement va rendre la dette française insoutenable avec un coût qui dépassera les 100 milliards d’euros par an.

Le « quoiqu’il en coûte à la française » a été tellement mal calibré qu’il a permis aux Français d’augmenter leur bas de laine de près de 200 milliards d’euros de plus qu’une année normale, tandis que nos voisins ont à l’inverse davantage soutenu leurs entreprises.

 

Retraites et temps de travail

Voici 40 années que les Français prennent leur retraite au minimum cinq ans avant les autres ; 50 années que le taux de chômage français est pratiquement le double de celui des autres pays européens ; que les jours de congés et d’arrêts de travail pour grèves ou maladies placent là encore le pays sur le podium européen.

Résultat : les Français travaillent dans leur vie active 30 % de moins que les Allemands mais ce ne serait pas encore assez, ils en veut encore plus avec le même revenu que nos voisins.

Aujourd’hui certains veulent faire croire aux Français que nous pouvons nous le permettre, que le prélèvement de 15,45 % du salaire brut (6,9 % charges salariales + 8,55 % charges patronales) est tout à fait raisonnable.

La vérité est que le coût réel pour un salarié est beaucoup plus élevé car il ne prend pas en compte la participation de l’État au financement des retraites par un prélèvement sur son budget ou par la dette.

Pour intégrer cet écart il y a un calcul très simple consistant à utiliser une autre donnée qui est le nombre d’actifs cotisants pour un retraité (c’est le principe de la répartition, les cotisations d’aujourd’hui servent à payer les retraités d’aujourd’hui).

En 2022 ce rapport est de 1,7 actif cotisants pour un retraité (source chiffre clé retraites)

En partant de la retraite moyenne, soit 1500 euros (source ministère des Affaires sociales) nous pouvons certifier que la participation pour un salarié est de 1500 euros : 1,7 = 882 euros si on rapporte ce chiffre au salaire moyen qui est de 2500 euros. Le salarié paie en moyenne 35 % de son salaire, directement et indirectement.

Avec un ratio de 1,2/1 prévision pour 2050 (source carrière et parcours professionnels) ce sera (en euros constants) 1500 euros : 1,2 = 1250 euros soit 50 % de son salaire !

Pourquoi ces chiffres ne sont-ils pas mis en avant ?

 

Pour conclure

Mal maîtriser son sujet est toujours source de contestation.

Les représentants du peuple devraient suivre une formation économique obligatoire en y associant des chefs d’entreprises et mettre en place une Small Business Administration, comme aux États-Unis, qui permet de retoquer une loi préjudiciable à l’entrepreunariat.

Il ne faut plus faire les réformes indispensables par petites étapes car cela multiplie d’autant le nombre de conflits. Si en 2010 l’âge de départ à la retraite était passé de 60 à 65 ans, les conflits qui se préparent et qui risquent de déstabiliser le pays auraient été évités alors que le moment est déjà critique avec les crises à répétition que nous connaissons.

Il faut réglementer les démonstrations comme celle des Gilets jaunes, limiter les lieux de manifestation, prioriser la liberté de travailler sur le droit de grève et rendre son organisateur responsable en cas de débordement.

L’histoire récente nous apprend que plus le Français est favorisé par rapport aux pays européens plus il devient contestataire et en demande toujours plus. Il faut donc rapidement le mettre au niveau de la moyenne européenne.

Le président de la République doit faire preuve de courage.

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  • Est-ce qu’un pilote d’avion pourrait voler en même temps vers l’Ouest et vers l’Est ?
    Macron, élu sans programme uniquement pour contrer Le Pen, n’a jamais eu de ligne directrice, cet opportuniste navigue à vue en achetant des voix à coups de chèques sans provision…
    Notre pays croule sous des services publics bouffis et inefficients, un assistanat systématisé, avec les dettes insensées qui vont avec, une omniprésence de l’étatisme, ce sauveur qui nous tue.
    Mais où sont donc passés les hommes d’État ? Où sont passés les citoyens ?

    17
  • Je n’apprécie pas notre président qui est avant tout socialiste mais jusqu’à l’épisode des gilets jaunes son objectif était le retour à l’équilibre budgétaire. Il y était arrivé ou de peu alors que ca n’était pas arrivé depuis très longtemps.

    Ce qui l’a foutu dedans c’est que justement avec les gilets jaunes il a été trop borné. Il a maintenu pendant longtemps l’augmentation de la taxe carbone et surtout les 80 km h qui ont énervé tous les automobilistes. Il s’est donc cru obligé de devoir compenser par des mesurettes.

    Plus tard c’est avec le covid que tout est parti en vrille. Il est passé d’une position « on s’en fiche des chinois qui ramènent le virus » à on boucle tout le pays et les commerces pendant 2 ans ! Pour compenser il a distribué de l’argent ruinant le pays.

    Le courage il l’a. Trop même. Son problème est qu’il est socialiste et étatiste avant tout.

    -2
  • La raison pour laquelle il ne donne pas le montant de cotisation sur le salaire médian en fonction du nombre de cotisants est simple : au vu de l’état de délabrement de l’éducation nationale, il sait que 80% des français ne comprendraient pas ce calcul. Et n’oubliez jamais que s’il y a un problème, il n’y a qu’à taxer les riches. Donc pas besoin de travailler plus longtemps.

  • « Il faut réglementer les démonstrations comme celle des Gilets jaunes, limiter les lieux de manifestation »
    Curieuse proposition pour un libéral, vous auriez pu ajouter : il faut interdire aux Français de se déplacer et de travailler en cas d’épidémie.
    Si Macron ne parvient pas à faire sa réforme des retraites, ce n’est pas la faute des Français mais uniquement la sienne. Sa réforme paramétrique n’a plus rien à voir avec celle qu’il proposait auparavant et qui était sur le point de passer avant qu’il ne recule courageusement devant l’obstacle.

  • Merci à l’auteur de nous dire qu’il a fait parti de ces gens qui ont permis à Macron 1er d’être élu… Le pire, c’est qu’il n’avait aucun programme, et qu’apparemment, ça n’a pas plus déranger les gens que ça.
    Et pourtant, Fillon, lui avait un vrai programme qui détonnait pour le coup avec tous les autres programmes et se rapprochait d’un truc un peu plus « libéral » (un peu plus hein…).
    J’espère que l’auteur n’a pas revoté pour lui en 2022 et ne revotera pas pour lui (car ça sera pareil si c’est un autre) en 2027…

  • Vous dites :
    L’histoire récente nous apprend que plus le Français est favorisé par rapport aux pays européens plus il devient contestataire et en demande toujours plus. Il faut donc rapidement le mettre au niveau de la moyenne européenne.
    Vous oubliez juste que le taux de productivité des entreprises françaises est 3 à 5 fois supérieure à la moyenne européenne et même que les USA. Du coup burn out et tout ce qui va avec , c’est trop facile pour les autres de travailler jusqu’à 65 ans molo molo, alors que lorsqu’on voit les fiches de postes à la Prévert des entreprises françaises où un seul bonhomme fait déjà le boulot de 4 voir 5 personnes , sans parler des pressions de plus en plus fortes du management pour toujours plus de productivité. Du coup oui les français veulent souffler plus tôt, oui les jeunes aujourd’hui voyant leurs ainés se tuer au boulot ne veulent plus travailler comme cela.
    Non monsieur les français ne sont pas fainéants, ils sont humains comme vous et moi.

    -2
    • La fabuleuse productivité française baisse en même temps que le chômage pour rejoindre celle de nos voisins
      Par contre les francais sont ceux qui bossent le moins sur toute une vie
      Vous avez du piquer vos arguments chez le merluche pas mal pour un soi disant libéral ……😂😂😂😂😂😂

      • Je maintien qu’un Français travail, durant toute sa vie, 30% de moins qu’un Allemand :
        +il commence à travailler plus tard
        + Il prend sa retraite 3 avant
        + Dans une année il travail 1680 heures contre 1830 en Allemagne
        + Il a plus de jours de vacance
        + Il est plus souvent en arrêt maladie
        + Il est plus souvent en grève
        + Il a des RTT que n’ont pas nos voisins
        + Il est plus longtemps au chômage
        Le total dépasse même les 30% toutes ses informations je les ai déjà donné dans un précédant article et vous pouvez le contrôler sur internet

        • Il faut savoir se garder des comparaisons. Le diable se cache toujours dans les détails…il faut aller plus loin que les chiffres et regarder l’ensemble des réglementations ou conditions de travail.

          Il ne sert à rien de regarder le temps de travail proprement dit. Un indien ou un chinois travaille certainement plus qu’un français. Est ce que ce sont des références pour autant ? Est ce qu’un shaddock qui pompe tout le temps est une référence ?

          Les 35h en France sont un mythe. Le droit du travail est aussi loin d’être respecté. Les entreprises par l’entremise de la sous traitance à outrance déportent leurs obligations. Il n’y a pas de comptage d’heures supplémentaires pour des salariés externes par exemple. Suivant les entreprises les internes non plus. Les entreprises préfèrent payer les congés plutôt que de les accorder. Et encore dans le public, les pompiers, policiers ou infirmières ne sont même pas dédommagés !
          Alors les statistiques il faut s’en méfier. La réalité du terrain n’est pas rose.

    • Waow, pas mal, du coup pourquoi on est pas devant l’Allemagne en classement PIB (voir les USA).
      Soit vos chiffres sont juste faux, soit on est vraiment nul en fait si on travaille 3 à 5 fois plus que les allemands et on arrive pas à dépasser leur PIB… J’espère que c’est la première raison, car sinon votre commentaire nous met plus dans l’embarras qu’autre chose…

  • Le président de la République doit faire preuve de courage.
    Il n’en a pas. Mais si, aux mocassins…

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