« Contr’un » de Gaspard Koenig

Le livre de Gaspard Koenig est un récit de campagne, un réquisitoire libéral contre l’élection présidentielle au suffrage universel direct.

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Gaspard Koenig crédits revenu de base (CC BY 2.0)

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« Contr’un » de Gaspard Koenig

Publié le 23 novembre 2022
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Gaspard Koenig a publié un nouvel essai politique : Contr’un, pour en finir avec l’élection présidentielle en France.

Son ouvrage est un récit de campagne, un réquisitoire libéral contre l’élection présidentielle au suffrage universel direct, ainsi qu’un livre de propositions de réformes en faveur d’une conception parlementariste de la vie politique française.

 

La campagne présidentielle en France : exigence d’omniprésence, d’omniscience, d’omnipotence

Il fait d’abord le récit critique de la campagne présidentielle 2022 telle qu’il l’a vécue par un triptyque de mythes de l’omni.

La mystique de la présence impose l’omniprésence au candidat : convaincre suppose ainsi un exercice de démultiplication de soi.

La mystique de l’omniscience : décliner ses convictions dans l’arène publique lors d’une campagne présidentielle structurellement peu propice à l’exposé des idées.

La mystique de l’omnipotence : sa conception libérale classique du pouvoir, de sa conquête, de son exercice, se heurte à la logique institutionnelle de cette campagne fondée sur un chef.

 

La démocratie présidentialiste : un modèle d’exportation français

Gaspard Koenig propose dans une deuxième partie une analyse historique comparative ayant pour objet la mutation progressive au cours des deux derniers siècles du régime politique des démocraties occidentales, puis par contagion des démocraties asiatiques, sud-américaines, africaines et est-européennes naissantes, de systèmes parlementaires strictement législatifs en démocraties présidentielles à exécutif prédominant.

D’après lui, la démocratie présidentielle est devenue majoritaire parmi les nations du monde à partir du coup de force gaulliste de 1962, qui a progressivement transformé la scène géopolitique. Le destin de sept milliards de Terriens est désormais suspendu à quelques dirigeants régulièrement réunis lors de sommets internationaux et bien identifiés par l’opinion publique mondiale.

 

Pour une souveraineté dispersée

La souveraineté dispersée, cœur de son chapitre consacré aux propositions, se décline en trois mesures :

  1. Abolition de l’élection présidentielle au suffrage universel (contre-référendum pour revenir à la Constitution de 1958)
  2. Démocratie locale directe (par la combinaison de la subsidiarité ascendante et du référendum d’initiative citoyenne)
  3. Démocratie délégative au niveau national (avec possibilité d’expérimentation au sein de la Ve République)

 

L’anarchisme démocrate-libéral 

Gaspard Koenig s’en prend sévèrement aux penchants autoritaires du présidentialisme dans le monde.

Or, comment justifier de la sincérité de son indignation face à des dérives graves (les exemples ne manquent pas : invasion de l’Ukraine par la Russie, persécutions des populations autochtones du Brésil, surveillance totalitaire des citoyens en Chine) quand il finit par affirmer :

« Je souhaite un président raisonnable pour être gardien de la Constitution et chef des armées, mais aussi éloigné que possible de la fabrique des lois ».

Un président français chef des armées, quelle position plus tenable encore pour critiquer ensuite le militarisme présidentialiste de Vladimir Poutine, Jair Bolsonaro, Xi Jinping et autres dictateurs ?

On imagine mal Étienne de La Boétie, précurseur intellectuel de l’anarchisme, affirmer dans son essai sur la servitude volontaire, « voir non pas cent, non pas mille hommes, mais cent pays, mille villes, un million d’hommes ne pas assaillir celui qui les traite tous comme autant de serfs et d’esclaves » puis conclure son pamphlet par « je souhaite un roi Henry II raisonnable pour être gardien de la dynastie valoise, chef des armées royales, mais aussi éloigné que possible de la fabrique de nouveaux impôts. »

Dans un précédent ouvrage, Gaspard Koenig disait adopter comme règle de vie le « principe de l’haltère » : plutôt que rechercher le juste milieu, combiner les extrêmes. Ainsi de son positionnement idéologique : un marginal d’extrême-centre.

Gaspard Koenig, Contr’un: Pour en finir avec l’élection présidentielle, L’observatoire, 2022, 237 pages.

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  • D’ordinaire, j’aime bien Koenig. Difficile d’être difficile, tant le nombre de libéraux un peu célèbres et un peu malins est faible en France.
    Mais là, après s’être présenté sans aucun succès à la présidentielle, il donne l’impression de vouloir casser un jouet qu’il n’a pas eu le droit de toucher.
    Et cette idée de supprimer l’élection du PR au SU… Diantre ! Comme on disait du temps de La Boétie.

  • Je ne vois qu’une explication à ce « culte » de l’Homme fort et charismatique que les français plébiscitent de droite et de gauche (y compris parmi certains qui se classent comme libéraux).
    C’est le déficit de pratiques politiques horizontales depuis la guerre de cent ans. Le pouvoir central s’est imposé, préférant l’unité forcée en s’appuyant sur une bureaucratie tentaculaire au consensus des alliances.
    Cela peut avoir des avantages dans certaines situations, cependant sur la durée ce régime politique provoque une méfiance réciproque (pouvoir vs citoyens) avec une tendance aux clivages plutôt qu’à la recherche de consensus et une perte d’adhésion dans la vie politique. On délègue de gré et surtout par désintérêt.
    Alors oui il est peut être temps de supprimer l’élection du PR au suffrage universel et parallèlement d’instiller un peu plus de subsidiarité. Franchement que risquons nous à tenter ?

    • Rien – si ressembler à l’Italie et ses crises politiques n’est rien – mais on ne le fera pas.
      Parce que ceux qui concourent et gagnent n’ont nulle envie de se transformer en potiche.
      Parce que ceux qui votent ne veulent pas être dépossédés d’un pouvoir qu’ils estiment important.
      Parce que, à tort ou raison, nous estimons que l’exercice de la démocratie passe par le SU.
      Voilà pourquoi si Koenig est un fin philosophe il est un piètre politicien.
      Je l’apprécie quand il veut récrire nos lois et normes, en les simplifiant. Pas quand il s’empare d’un sujet, qui, même « gadget », est hautement inflammable.

      -1
      • Le sujet n’est pas koenig !
        Je le trouve lucide et pour reprendre la célèbre formule d’un piètre PR, la maison brûle et tout le monde regarde ailleurs.
        Alors continuons à ce que les rameurs se querellent vainement tandis que le barreur donne l’illusion d’avancer.

  • Les commentaires sont fermés.

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