Économie et politique avec un regard de couteau 

Étonnamment, ce couteau de poche peut nous en apprendre beaucoup sur l’économie et la  politique,

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Crédits Rainer Fassnacht

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Économie et politique avec un regard de couteau 

Publié le 9 octobre 2022
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L’illustration de cet article montre un couteau de poche qui fait partie des couteaux régionaux français  classiques. Ils sont connus sous l’appellation de Coursolle ou de couteau à sujet. Les figures sur  l’exemplaire illustré montrent les semailles et la récolte, respectivement un homme en train de  répandre la semence d’un côté, et tenant une faux de l’autre côté du manche.

Il existe une multitude de motifs, par exemple du monde du travail ou du sport, des voitures et des  animaux, mais aussi différentes allégories. Il existe en outre de nombreuses variantes d’équipement.  Certains n’ont qu’une seule lame, d’autres disposent d’outils supplémentaires comme un tire-bouchon,  un poinçon ou autre. Le mode de fabrication, le choix des sujets et également le prix avantageux ont  contribué à une grande diffusion de ces couteaux en France et au-delà.

Étonnamment, ce couteau de poche peut nous en apprendre beaucoup sur l’économie et la politique, commençons par le plus évident.

 

Le couteau est un bien économique

Dans la vie quotidienne, nous parlons généralement d’un bien lorsque quelque chose peut être acheté ou vendu contre de l’argent. Il y a plus de 150 ans, Carl Menger a donné une définition  économique plus précise dans Principes d’économie politique, l’ouvrage de référence de l’école autrichienne.

Pour qu’une chose devienne un bien, ou en d’autres termes, pour qu’elle acquiert la qualité de bien, quatre conditions suivantes doivent être réunies :

  1. Besoin humain
  2. Aptitude à satisfaire ce besoin
  3. Reconnaissance de cette relation causale par les hommes
  4. Disponibilité pour la satisfaction de ce besoin.

 

Une chose n’est donc pas un bien en soi, mais le devient par l’appréciation humaine. Si de plus, le bien est rare, il s’agit d’un bien économique. C’est le cas des couteaux, qui ne tombent pas du ciel ou ne poussent pas comme de la mauvaise herbe à chaque coin de rue.

En fait, les véritables biens non rares le sont extrêmement. Souvent, l’intervention politique fait croire que ces biens sont gratuits. Par exemple, les jardins d’enfants ou les transports en commun semblent être des biens gratuits, alors qu’en réalité, ils sont rares.

Cette fausse idée a pour conséquence la contrainte, le gaspillage, la perte de liberté et de bien-être.  Contrainte, parce que le financement est assuré par les impôts et la redistribution ; gaspillage, parce  que l’absence de signal de prix entraîne une demande excessive et que la bureaucratie génère des coûts ; perte de liberté et de prospérité, parce que cela est inévitable (en raison de l’impossibilité d’un calcul économique correct) si le marché est totalement ou partiellement mis de côté et remplacé par  une économie planifiée.

L’histoire de ce couteau montre que l’esprit d’entreprise et la production capitaliste créent la prospérité.

Les couteaux à sujet étaient déjà très appréciés aux XVIIe et XVIIIe siècles – mais seuls les nobles fortunés pouvaient s’en offrir un. Les motifs étaient alors sculptés dans l’ivoire au cours d’un travail manuel complexe. De tels couteaux étaient donc rares et chers.

Cela a changé grâce à Léon Coursolle, un entrepreneur qui a d’abord travaillé dans le commerce du  textile avant de se lancer dans la production de couteaux. Il eut l’idée de fabriquer un poinçon en  bronze à partir du motif en question et de l’estamper ensuite dans une plaque de laiton. Depuis 1902, les couteaux à sujet pouvaient ainsi être produits à moindre coût et en plus grande quantité, et étaient désormais accessibles aux personnes les plus pauvres.

Ce que l’on voit ici à travers l’exemple du couteau s’applique de manière générale : l’entrepreneuriat et la production capitaliste créent la prospérité. Mais qu’est-ce qui caractérise les entrepreneurs, quelles sont leurs motivations ? Nous nous rapprochons de la réponse en nous penchant sur la fonction ou la mission des entrepreneurs.

Ludwig Mises a écrit à ce sujet dans L’action humaine, traité d’économie :

Seul peut devenir et rester entrepreneur celui qui fait quotidiennement ses preuves en tant  qu’exécutant le plus parfait des ordres des consommateurs. Celui qui ne réussit pas cette  épreuve subit des pertes […] La nécessité de réaliser des bénéfices oblige l’entrepreneur à  s’adapter le plus rapidement et le plus parfaitement possible aux désirs des  consommateurs exprimés sur le marché.

Couperier-Coursolle fabrique encore aujourd’hui des couteaux à sujet bon marché. Les motifs en relief se sont adaptés aux souhaits changeants des clients et aux thèmes actuels – on a même vu le Titanic sur un manche. Le développement technique ne s’est pas non plus arrêté là. Outre les variantes simples disponibles sans changement, il existe aujourd’hui des modèles plus larges, plus lourds et plus chers, sur lesquels les platines, le ressort du dos et le dos de la lame sont guillochés à la main de manière très élaborée.

Seuls les entrepreneurs dont la valeur des biens créés pour le client est supérieure au coût des facteurs de production font des bénéfices. Ceux qui n’y parviennent pas disparaissent du marché – à  moins que la politique n’intervienne.

Les interventions politiques, par exemple sous la forme de subventions ou d’interdictions, permettent aux entreprises non rentables ou destructrices de valeur de survivre. Il est difficile à croire, mais réel, que l’argent des contribuables collecté par la force soit utilisé pour maintenir les zombies en vie et par conséquent, nuire à la société.

Ceux qui affirment que la politique peut fournir de meilleurs résultats que le marché libre devraient  prendre conscience de la prétention au savoir qui en découle. Hayek a soulevé en 1945 dans « The  Use of Knowledge in Society » la question appropriée (traduite ici) :

… comment la combinaison de fragments de connaissances présents dans différents esprits  peut-elle produire des résultats qui, s’ils devaient être provoqués intentionnellement,  exigeraient de la part de l’esprit directeur une connaissance qu’aucune personne  individuelle ne peut posséder ?

La combinaison de fragments de connaissances présents dans différents esprits conduit à des ordres spontanés qui résultent de l’action humaine mais ne sont pas le produit d’une planification centrale. Le marché est une telle institution naturelle.

 

Les interventions politiques existent aussi avec le couteau

Les interventions étatiques ou politiques se retrouvent même dans le couteau, le plus vieil outil de  l’humanité.

La législation allemande sur les couteaux est un exemple particulièrement extrême  d’irrationalité. Les restrictions sont justifiées par le risque que représenteraient les couteaux. Presque par réflexe, les attaques au couteau conduisent à réclamer de nouvelles restrictions.

Actuellement, en Allemagne, les couteaux fixes dont la lame mesure moins de 12 cm peuvent être  portés en public. Les couteaux pliants peuvent être portés à condition qu’ils ne soient pas munis d’un  cran d’arrêt ou qu’ils ne puissent pas être ouverts d’une seule main.

Cette réglementation est illogique pour deux raisons.

Premièrement, des couteaux comparables ne présentant que peu de différences sont tantôt autorisés, tantôt interdits. Un couteau avec une lame de 15 cm peut être porté en public en tant que couteau de poche, mais pas en tant que couteau à lame fixe. Un couteau de poche dont le manche et la lame sont de longueur identique ne peut pas être porté en public s’il est équipé d’un cran d’arrêt et d’une ouverture assistée, mais si l’un des deux manque, il est autorisé.

Deuxièmement, une mini-lame, une fourchette ou une boucle de ceinture pourraient également causer de graves blessures. Le risque ne provient pas de l’outil, mais de ceux qui utilisent un objet pour blesser d’autres personnes. Si l’on veut réduire les délits commis avec des couteaux, il faut donc déterminer si les auteurs présentent des caractéristiques particulières et agir en conséquence. La réglementation autrichienne prouve qu’il est possible de faire autrement.

 

En Allemagne, l’industrie de la coutellerie a un chiffre d’affaires de près de 1,5 milliard d’euros, crée de nombreux emplois et produit des outils absolument indispensables. Les mesures gouvernementales liées au covid ainsi que les augmentations des coûts et les problèmes d’approvisionnement provoqués par les interventions internationales et la transformation voulue par les politiques pèsent déjà sur les marges. Si d’autres « interventions au couteau » de l’État viennent s’y ajouter, cette intervention de l’économie planifiée s’accompagnera elle aussi d’une perte de liberté et de prospérité.

Il existe d’ailleurs un couteau de poche français dont le manche figuratif illustre ce lien. Produit dans  les années 1930 à des fins publicitaires du parti communiste, il combine une lame avec un manche  composé d’un marteau, d’une faucille et d’une étoile rouge. Cette combinaison symbolise  (involontairement) le lien entre le socialisme et les grandes coupures.

 

Le couteau montre qu’il n’y a pas de récolte sans semis

Le motif du couteau de la couverture donne également une indication sur l’économie et la politique.

Semer et récolter peuvent se rapporter à l’entrepreneur qui utilise des biens dans le processus de  production et les retire ainsi de la consommation.

Les graines que le semeur sème pour la récolte de l’année suivante pourraient aussi être consommées l’année en cours (en renonçant alors au traitement habituel des semences). L’agriculteur est tout autant un entrepreneur que ses collègues d’autres secteurs, il prend une décision risquée quant à l’utilisation des ressources.

Dans la politique actuelle, les agriculteurs ne sont généralement pas perçus comme des entrepreneurs produisant des denrées alimentaires, mais comme des « malfaiteurs écologiques« . De même, la question de la production alimentaire est volontiers discutée politiquement en rapport avec l’autosuffisance nationale, les habitudes alimentaires ou la question de la répartition.

Les déclarations publiques de nombreux hommes politiques sur les entreprises, les entrepreneurs et  l’entrepreneuriat montrent que les idées sur ces sujets sont souvent inexistantes, minimales ou  totalement erronées. Cela s’applique également aux médias et va jusqu’à dire que les criminels sont proportionnellement plus nombreux que les autres à être des  entrepreneurs.

On ne peut redistribuer que ce qui a été gagné auparavant. Si l’agriculteur renonce à semer ou  l’entrepreneur à investir, ou si ces investissements sont réduits à cause de certaines interventions politiques, cela n’est pas sans conséquences.

De plus en plus souvent, ces décisions ne sont pas prises volontairement par les entrepreneurs, mais  imposées par la politique. Lorsque des réglementations étatiques interdisent aux agriculteurs de  transformer des prairies en terres arables ou d’utiliser certaines surfaces à des fins agricoles, il s’agit  tout simplement d’une autre manifestation de l’interventionnisme étatique. Il en va de même lorsque les décisions politiques rendent difficilement calculable le coût de certains postes comme l’énergie.

Le lien entre l’interventionnisme, le gain et sa répartition a été formulé ainsi par Mises dans son livre  Liberalism :

Les partisans de l’égalité dans la répartition des revenus négligent en effet le point le plus  important : à savoir que la somme de ce qui peut être distribué n’est pas indépendante  de la manière dont la distribution est effectuée. […] C’est uniquement parce que notre ordre social connaît l’inégalité de la propriété, uniquement parce qu’il incite chacun à produire autant que possible et au moindre coût, que l’humanité dispose aujourd’hui de la somme de richesses annuelles qu’elle peut  désormais consommer.

Si l’interventionnisme réduit ou supprime l’incitation, la production diminue et la récolte est moindre.

 

Conclusion

Les évolutions historiques – en particulier l’expansion de l’économie de marché – ont contribué à ce  que nous puissions aujourd’hui nous offrir des choses qui n’étaient autrefois accessibles qu’aux  monarques et aux nobles fortunés – les couteaux à sujets en font partie. Les restrictions actuelles de la libre économie de marché érodent les bases de cette histoire à succès. Elles mettent en péril ce qui  a déjà été réalisé et rendent de plus en plus inaccessibles les objectifs visés.

L’exemple du couteau montre l’action des lois économiques mais aussi que celles-ci sont de plus en  plus ignorées, voire méprisées. Les interventions politiques, c’est-à-dire les décisions de pouvoir et  l’économie planifiée, augmentent. Mais nous devrions garder à l’esprit que le marché, la liberté et la  prospérité vont de pair.

La contrainte étatique et l’interventionnisme politique ne sont compatibles ni avec la liberté ni avec la prospérité. En termes imagés et en s’inspirant des couteaux à sujets mentionnés, la conclusion est la suivante : il vaut mieux semer et récolter dans le cadre de l’économie de marché que d’utiliser le  marteau, la faucille et l’étoile rouge de l’économie planifiée.

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  • Il existe une caste de gens qui s’appelle « les politiciens » qui veut faire comme le roi en son temps : s’approprier les richesses du peuple laborieux. Pour cela, la caste doit rester au pouvoir et édictera ses lois liberticides au nom d’un pseudo égalitarisme auquel elle ne croit même pas.

  • « La somme de ce qui peut être distribué dépend de la manière dont la distribution est effectuée ».
    – Oui. Et la pire des manière est de redistribuer « sous condition de ressources ».
    – S’il doit y avoir une redistribution, la somme versée doit être identique pour tous et doit être conçue comme un intéressement de tous à la richesse du pays. Les entrepreneurs sont indispensables, mais l’environnement dans lequel ils opèrent est important aussi.

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