Les écologistes contre le pouvoir d’achat

Les critiques écologistes ne sont pas tant animées par le désir de protection environnementale que par la haine récurrente de la “société de consommation”.

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porte-monnaie Diana Rosa's K(CC BY-NC-ND 2.0)

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Les écologistes contre le pouvoir d’achat

Publié le 19 septembre 2022
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Dans un entretien au Nouvelobs, l’économiste Éloi Laurent s’étonne que la défense du pouvoir d’achat fasse consensus à l’heure des crises écologiques qui ne seraient, selon lui, que « le fruit empoisonné de notre pouvoir de tout acheter ». De la même manière, c’est dans une tribune de Reporterre que le pouvoir d’achat est accusé d’être un concept anti-écolo, voire même une forme de réductionnisme stérile pour l’être humain.

Cette vision animiste de la nature couplée à une rhétorique chrétienne culpabilisante n’est pas nouvelle. Dans le passé, les grandes crises ont souvent été accompagnées d’une intensification du phénomène religieux. Ainsi, c’est au XIVe siècle, en pleine peste noire, que le mouvement des flagellants prit de l’ampleur. Face aux maux qui accablaient les populations, des fidèles se flagellaient publiquement en guise d’expiation – persuadés que leur malheur était la conséquence d’un châtiment divin.

Faut-il donc voir les dernières sécheresses, incendies massifs et pénuries d’eau potable en France comme la résurgence du même phénomène ?

En réalité, ces critiques ne sont pas tant animées par le désir de protection environnementale que par la haine récurrente de la société de consommation – notion péjorative pour désigner l’abondance et le confort de vie caractéristique des sociétés occidentales. La conception communément admise consiste simplement à dire que le niveau de revenu moyen est suffisamment élevé pour satisfaire une marge toujours plus grande de besoins – que certains jugeront superflus selon leurs critères subjectifs, à l’instar du philosophe Ivan Illich.

Figure de l’écologie politique, ce dernier fait la promotion de « l’austérité joyeuse » : la paupérisation est jugée davantage souhaitable à un niveau de vie plus élevé dans une société libérale – quitte à ce que les plus démunis meurent de faim. Empreint d’une vision platonicienne à l’image d’une société idéale décrétée par une élite savante, Illich fait preuve d’une prétention toute socialiste à connaître les besoins des individus mieux qu’eux-mêmes, au nom d’un mode de vie qu’il faudrait imposer à tous.

Nous pouvons au moins nous réjouir sur deux points :

Premièrement, une certaine frange des écologistes est de plus en plus honnête sur ses intentions. Si les extrémistes assument leur volonté d’aboutir à une société paupérisée, cela a le mérite de lever le voile hypocrite du souci officiel d’une plus grande protection de la nature. Autrement, il n’y aurait ni cette haine de l’ordre libéral qui caractérise nos sociétés modernes, ni le rejet des solutions qui nous permettent de réduire notre impact environnemental – comme les pesticides, les OGM ou encore l’énergie nucléaire.

Deuxièmement, l’écologie politique conduit systématiquement à la révolte populaire. En effet, ce sont bien les classes les moins favorisées qui s’insurgent le plus contre les politiques décroissantes qui s’attaquent à leur pouvoir d’achat. Ces mouvements de contestation – à l’instar des Gilets jaunes – ont le mérite de mettre en suspens certaines politiques des écologistes. À moins d’avoir déjà fait des ravages humains comme au Sri Lanka, où le pays s’est enfoncé dans la planification du tout bio sous la pression de militants anti OGM… avec des conséquences désastreuses pour la population.

Taxe sur les carburants, interdiction des voitures neuves à moteur thermique, projets d’interdiction des engrais de synthèse vers une agriculture 100 % bio… Le fossé sociologique est tel que le mouvement écologiste souffre autant d’un faible niveau de représentativité politique – 4,63 % de vote aux élections présidentielles de 2022 -, que d’une forte impopularité dans les territoires ruraux – symptomatique d’une incapacité à concilier l’intérêt des citadins conscientisés avec celui des classes populaires.

Le pouvoir d’achat ne serait-il donc qu’un « tour de passe-passe idéologique pour domestiquer les classes populaires », comme le prétend l’écologiste Aurélien Berlan ? Ou, au contraire, la condition sine qua non pour leur permettre de s’élever socialement et s’extraire de leur milieu d’origine ? Ce qui est sûr, c’est que son rejet ressemble de plus en plus à un éventail pour la justification des extrémismes.

 

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  • Très juste. Lorsqu’on étudie de près les écolos on voit bien qu’il n’a jamais été question de l’environnement.
    https://seppi.over-blog.com/2019/11/ideologie-verte-il-n-a-jamais-ete-question-de-l-environnement.html

  • « Les critiques écologistes ne sont pas tant animées par le désir de protection environnementale que par la haine récurrente de la “société de consommation”  » : ces deux choses ne sont pas antinomiques. C’est bien l’excès de consommation (par la création ex-nihilo de « besoins de consommation » parfaitement inutiles) qui sont à l’origine des agressions faites à l’environnement. Ce ne sont pas les végétaux et les animaux qui détruisent l’environnement par leurs « activités », bien au contraire, mais les humains, espèce animale parmi la multitude d’autres, avec leurs « activités » trop souvent inutiles et irresponsables. En un mot : débiles !

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    • Les chenilles et autres espèces invasives détruisent l’environnement par leurs activités. A moins que vous n’ayez une autre définition que nous de l’environnement ?

    • Votre vision idyllique est parfaitement compréhensible, mais la vrai nature est implacable et dure. Il suffit de regarder l’histoire de la terre avec la paléontologie pour constater les « dégâts passés » sans responsabilité humaine….. vouloir rendre le monde statique c’est le rendre sans vie. Alors oui tout se transforme avec de l’énergie, c’est la vie au sens large de l’évolution. Un petit rappel du passé : https://www.economie.gouv.fr/facileco/troc-a-largent. Bonne réflexion.

    •  » l’excès de consommation », comme se chauffer l’hiver ?
       » Ce ne sont pas les végétaux et les animaux qui détruisent l’environnement « , tous les organismes vivants modifient leur environnement, c’est le B.a.-ba de la science l’écologie. La notion de bien et de mal est un jugement moral qui n’a pas sa place. Un loup qui dévore une brebis, c’est bien ou c’est mal ? Cela dépend de qui parle, le loup, la brebis ?

      • Et une colonie de castors qui fait un barrage là où l’UE interdit les retenues d’eau, faut-il les mettre à l’amende ?

        • Et qui a donné les permis de construire ? c’est mère nature contre l’avis des écolos…

          • L’argument des écolos est que les barrages empêchent les poissons migrateurs de remonter les fleuves. Rappel : un poisson migrateur est un poisson dont les nageoires trop courtes ne lui permettent de se gratter que la moitié du dos.

    • @delor : la nature n’est pas « Disney » et est au contraire profondément hostile à l’homme si elle n’est pas domestiquée.
      Mais ce n’est pas un citadin « bobo » qui peut s’en rendre compte dans son univers de béton.

    • Les tremblements de terre,les cyclones,les éruptions volcaniques au cours des siècles cet aussi la faute de l homme.
      La nature est imprévisible nous ne pouvons prévoir les catastrophes exceptionnelles.
      Un exemple l éruption du salmalas en 1257 et 1259 à eu des répercussions sur la terre entière ( famines en Europe entre autre)
      Les spécialistes appellent d ailleurs cette époque « petit âge glaciaire »

  • Ce qui sauve l’Humanité des délires écologistes, parfois par le gong, c’est leur profonde bêtise, technique, politique.
    Il n’y a que sa constance qui force l’admiration.

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