Éric Zemmour ou le wokisme à la sauce nationale-identitaire

Zemmour crée un nouveau vocabulaire, et veut réveiller les gens… Les conscientiser, autrement dit. Des stratégies issues du wokisme.

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Éric Zemmour ou le wokisme à la sauce nationale-identitaire

Publié le 18 septembre 2022
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Éric Zemmour n’a peut-être qu’un seul et unique sujet politique en tête, à savoir sauver la France de l’effondrement civilisationnel qui la guette du fait de « l’immigration incontrôlée et de l’islam conquérant » ainsi que n’a pas manqué de le rappeler son lieutenant Nicolas Bay le week-end dernier lors de la première université d’été de leur parti Reconquête! Il n’est cependant pas homme à mépriser les bonnes idées d’où qu’elles viennent, surtout si elles peuvent servir ses intentions. Prenez le féminicide, par exemple. Très intéressant, le concept du féminicide.

Alors bien sûr, vous avez certainement entendu l’ancien journaliste du Figaro vitupérer avec force contre les nombreuses « déconstructions » – de l’Histoire, de la famille, du genre – qu’une certaine gauche très « sociétale » cherche à introduire massivement dans le débat public et dans les crânes des Français, y compris jusqu’à imaginer de rendre délictuels certains comportements privés pas assez égalitaires d’un point de vue écoféministe et/ou antiraciste, ou jusqu’à interdire l’accès à certaines conférences ou certains spectacles jugés politiquement incorrects.

Du reste, s’il semble excessivement biaisé de ne s’intéresser à l’école que pour y dénoncer la propagande LGBT qui, à l’entendre, y tiendrait pratiquement lieu de seule et unique instruction, force est de constater qu’à la baisse constante et attestée du niveau des élèves, les ministres successifs depuis dix à quinze ans ont surtout répondu par la mise en place de toutes sortes de « sensibilisations » – sur l’égalité homme femme, sur la lutte contre l’homophobie, contre le racisme, etc. – sans grand rapport avec l’urgentissime remise à l’honneur des savoirs fondamentaux.

Il n’empêche que M. Zemmour n’a pas mis longtemps à comprendre qu’il voulait influencer voire restructurer la société française dans des proportions aussi importantes que le souhaite pour sa part la gauche éco-féministo-mélenchonienne.

Son objectif final est certes radicalement différent, il est même situé à l’exact opposé : là où Sandrine Rousseau rêve de faire la police au sein des couples pour vérifier si le partage des tâches est équitablement réparti, lui voit dans l’opprobre qui s’est abattu sur DSK après ses aventures à New York « un renversement de mille ans de culture royale et patriarcale française […] une castration de tous les hommes français » ; là où la diversité des sexualités est considérée comme un bien en soi par des progressistes aussi béats qu’enragés, lui choisit de faire comme si cela n’existait pas ; là où les mêmes ou d’autres veulent régulariser tous les sans-papiers, lui ne pensent qu’à fermer hermétiquement les frontières. Défense civilisationnelle de la France oblige.

Mais question méthode, il faut bien admettre que les courants politiques de gauche qu’il combat intensément savent s’y prendre – la preuve par le néologisme « féminicide » couramment utilisé dorénavant pour qualifier spécifiquement le meurtre d’une femme par son conjoint ou ex-conjoint. Impeccable définition donnée par Éric Zemmour lui-même lors de son université d’été :

L’assassin ne tue plus par amour, par désespoir, par vengeance mais par haine de la femme. Le meurtre d’une femme par une homme ne doit donc plus relever des conditions particulières du crime mais du rapport ancestral de domination des hommes sur les femmes.

Non pas que lui personnellement adhère nécessairement à la grille de lecture véhiculée par ce terme, mais disons qu’il lui trouve l’avantage prodigieusement intéressant de mettre en avant la composante éminemment politique, éminemment structurelle d’un tel crime, et ce d’autant plus qu’elle est maintenant reprise partout comme si l’affaire était définitivement entendue. Finis, les crimes passionnels occasionnels perdus au milieu des autres homicides ; bonjour la violence intrinsèque du patriarcat.

D’où sa nouvelle trouvaille, directement inspirée de ce qui précède mais appliquée à ses propres impératifs politiques, autrement dit le « francocide » :

Le tabassage, le viol, le meurtre, l’attaque au couteau d’un Français ou d’une Française par un immigré n’est pas un fait divers. C’est un fait politique que j’appellerai désormais francocide.

Inutile de vous dire que ni le concept de « féminicide » – qui revient à mettre en accusation non pas un homme particulier à un moment particulier de l’histoire, mais tous les hommes, éternellement, par construction – ni celui de « francocide » – qui revient à mettre en accusation tous les immigrés, éternellement, par construction – n’appartiennent au champ de la réflexion libérale.

Pour cette dernière, la limite absolue formée par l’atteinte aux biens et aux personnes est parfaitement universelle et s’applique avec la même sévérité et la même équité quelles que soient les caractéristiques du coupable et celles de sa victime. Le juge tiendra éventuellement compte de circonstances atténuantes ou au contraire aggravantes, mais toujours en relation avec un événement particulier commis par une personne particulière sur une autre personne particulière, sans se référer à une classe d’assassins (les hommes, les immigrés) ni à une classe de victimes (les femmes, les Français). On appelle cela l’État de droit, et ce serait plutôt à son renforcement qu’il faudrait s’atteler.

À l’inverse, le raisonnement par classe est typique des collectivistes et de leurs répliques diverses et variées chez les idéologues et les constructivistes qui surfent sur une « certaine idée » du monde, de la France, de la société. On savait déjà qu’Éric Zemmour méprisait profondément l’État de droit ; avec son décalque de « féminicide » à « francocide », il nous confirme avec une clarté pratiquement revendiquée qu’on a bien affaire ici à un projet politique collectiviste où l’individu s’efface au profit de la classe et où la segmentation ne tient plus au genre mais à l’origine ethnico-géographique des personnes.

Il nous confirme en outre qu’il est entré de plain-pied dans la création d’un vocabulaire spécifique destiné à servir ses objectifs politiques. N’appelle-t-on pas cela de la novlangue à des fins de propagande ? C’est une caractéristique immuable des collectivistes que de dénoncer ce type de procédés chez les autres, mais de se les approprier à la première occasion.

Ainsi que le souligne l’un de ses soutiens :

Éric Zemmour souhaite construire du vocabulaire pour parler et réveiller les gens.

Nouveau vocabulaire, réveiller les gens… Les conscientiser, autrement dit. Je ne sais pas vous, mais moi, j’appelle cela du wokisme. Du wokisme de droite, du wokisme national-identitaire, mais bel et bien du wokisme. Ça promet.

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  • C’est une posture prise par Zemmour pour montrer le ridicule du wokisme. Ce wokisme par ailleurs crée en droit l’inégalité des individus et est contraire à la Constitution, mais, cette dernière est pilotée uniquement par les idées de gauche : comment peut-on dans la loi introduire la notion de minoration de peine pour des délais commis par des minorités ?

    15
  • Zemmour est une chimère.
    En tant que nationaliste forcené, anti-libéral revendiqué, Zemmour est bel et bien un collectiviste – il l’était bien avant sa trouvaille lexicale. Sur le plan économique, il est un des plus libéraux de nos politiciens.
    Mais woke ? Pas un instant ! On ne vire pas sa cuti en s’appropriant les outils de l’adversaire. Attendons donc de voir Zemmour défiler à la Gay Pride en scandant Black is beautiful…

    -2
    • bien entendu..ce n’est pas ce que dit madame MP.. qui rapproche les méthodes..

      plutôt que woke …je préfère insister sur l’déologie victimaire.. c’est à dire culpabilité de groupe..

      la cassage des œufs pour faire l’omelette..ou le concept de crime d’opinion..

      il ya quand même une véritable question , est ce que les dogmes de l’islam est opposé aux valeurs libérales..et donc essentiellement « anticonstitutionnel. »..
      en se posant la question d’ne façon similaire au procès du catholicisme.. ou de la religion juive..
      l’islma est il intrinsèquement politique ? faut il poser une limite similaire à la séparation de l’eglise catholique et de l’état..???

  • Le monde est gris..

    Zemmour me semble plus « réaliste » qu’une rousseau… en ce sens que le monde que propose zemmour peut fonctionner car il a fonctionné..tandis que le monde de rousseau…

    quand on songe qu’on est même e pas foutu d’avoir un débat posé au sujet de l’avortement.. et qu’on arrive à devoir choisir entre zéro ou neuf mois.
    Il fut un temps où le père avait le droit de vie et de mort …sur son enfant , ce qui est inconcevable aujourd’hui; mais on voit que les parents sont de plus en plus dépossédés des choix éducatifs de leurs enfants..

    la vie doit être. facile sans cas de conscience.
    la majeure partie des règles qui régissent nos vies sont arbitraires..donc discutables..

    12
  • La démarche de Zemmour doit s’analyser dans la solitude de ses buts politiques : redonner une consistance à la communauté nationale républicaine donc unie, soudée et résolument tournée vers la construction d’un avenir serein. C’est le souhait d’une majorité de Français qui n’osent toutefois pas nommer les maux détruisant cette société harmonieuse : immigration non maîtrisée, entraînant rejet de l’assimilation, conduisant à un morcellement en communauté, dont il voit que la mieux organisée, soudée et égocentrique prendra la suprématie. Ceci entraînerait un rejet total justement du libéralisme. Donc la stratégie est d’abord de dénoncer cette situation, de faire prendre conscience. La stratégie politique de Zemmour est, effectivement fondée sur la recherche du ”reveil”, mais comme étape pour lutter contre la tyrannie islamiste qui se prépare et instaurer une société libérale. Non comme le wokisme, allié intersectionnel de l’islamisme, reposant sur la haine du libéralisme.

    12
    • Ca reste du journalisme.
      « Go woke, get broke »
      « The economy, stupid ! »
      Tiens, pourquoi n’y a-t-il pas de traduction française ?

  • Zemmour ce n’est pas le contre -wokisme c’est juste un conservateur politique , un libéral économique (enfin presque ) , un identitaire qui pense que l homme français est le résultat de son histoire ou à tout le moins de l histoire qu’ on lui raconté . Quand les gens adhèrent à ce récit il constitue une grande tribu qui ,dans les moment importants sont solidaires . Donc quand des gens viennent raconter. que tous les malheurs de la terre viennent du vieux mâle blanc , forcement ça coince. A un moment les récits s entrecroisent , que la part des wokiiste augmente ,forcement le en ,même temps du non choix ne marche plus. Enfin croyance pour croyance , pire que le wokisme ( à mes yeux) il y a la religion verte , celle ci risque bien de détruire les pays occidentaux bien avant le wokisme

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