Grenelle des violences conjugales : le « féminicide » politise la souffrance des victimes

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La violence conjugale existe. Mais parler de « féminicide » est-il vraiment pertinent ?

Par Élodie Messéant.

L’événement ne pouvait pas mieux tomber pour Emmanuel Macron qui n’a cessé, depuis le début de son mandat, de se démarquer par son talent à porter atteinte aux libertés individuelles. Sous la pression d’un collectif de proches et familles des victimes, le gouvernement s’est emparé d’un sujet particulièrement délicat : les violences conjugales. L’occasion est parfaite pour améliorer son image, et se refaire ainsi une santé médiatique.

L’inscription du « féminicide » dans le Code pénal est aujourd’hui revendiquée par de nombreux collectifs féministes. Le principal argument en faveur de cette incrimination renvoie à la spécificité d’un meurtre commis en raison de l’identité sexuelle de la victime. Il s’agit ici de discuter de la pertinence du vocabulaire employé, ayant pour but d’influencer notre perception du crime.

Un qualificatif politique et non juridique

Deux constats s’imposent. Tout d’abord, dans l’état actuel de notre législation, le meurtre d’un conjoint constitue déjà une circonstance aggravante. Or, la création d’une infraction à part entière aura pour effet de retirer ce caractère aggravant… dans le but de conférer davantange de visibilité à une catégorie de victimes de meurtre.

Ensuite, la particularité du « féminicide » renvoie à une intention profonde de l’auteur, qui serait de nature sexiste. Si le sexisme n’est certainement pas orthogonal aux violences conjugales, la preuve de ce motif semble quasiment impossible. Or, comment dissocier les infractions qui en relèvent et celles qui n’en relèvent pas ? Cela revient, ni plus ni moins, à poser une présomption qui se déduirait automatiquement de l’acte.

Sans cohérence juridique, une telle incrimination traduit une vision collectiviste des rapports humains ; où le groupe auquel on appartient primerait sur notre individualité ; où un sexisme endémique serait présumé du seul fait de l’identité sexuelle de l’auteur et de la victime. Cette incrimination se situe dans la continuité d’un militantisme qui transforme progressivement notre droit pénal en outil de lutte féministe… sans atteindre l’objectif d’aider les victimes de violences.

Une fausse analyse d’un vrai problème

Les partisans de ce nouvel arsenal législatif ne semblent pas réaliser que leur vocabulaire cloisonne, enferme, réduit les femmes à une identité commune et pour le moins obscure ; considérées comme une catégorie à part dans la société, et victimes d’une domination structurelle où la violence à leur encontre serait de nature politique. Or, une telle vision des rapports sociaux (le sexisme structurel) ne peut être sérieusement défendue après la mise en perspective d’études à la fois historiques, anthropologiques, biologiques et psychologiques sur les hommes et les femmes.

Sans nier l’existence du sexisme – fruit d’une certaine pauvreté intellectuelle –, le constat de différences sexuées ne résulte pas nécessairement d’une action unilatérale d’un groupe sur un autre ; où les uns n’auraient aucune influence, ni aucune emprise sur l’organisation de la société et les normes sociétales ; où les uns seraient nécessairement plus violents et agressifs que les autres.

Un solution casuistique et non collective

En un mot, le « féminicide » relève d’un problème sémantique, et traduit une vision profondément biaisée des rapports humains. Il fait obstacle à la diversité et la complexité des situations individuelles, qui ne peuvent être réduites à un seul et même filtre. Il ne permet ni d’analyser, ni de traiter le problème des violences conjugales de manière éclairée et efficace.

En réalité, la réponse à ces violences ne peut satisfaire un gouvernement avant tout soucieux de son agenda politique. La solution, strictement casuistique et non collective, exige d’appliquer le droit existant dans le respect des libertés fondamentales. À savoir, l’une des fonctions régaliennes les plus élémentaires.

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