La fin de Mitterrand et ses conséquences actuelles

La situation actuelle s’explique par le rêve socialiste brisé par les deux présidences de François Mitterrand de 1981 à 1995.

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François Mitterrand en 1991 by Roland Godefroy-CC BY-3.0-Wikipedia

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La fin de Mitterrand et ses conséquences actuelles

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 26 août 2022
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La vie politique française n’oppose plus la droite et la gauche. Emmanuel Macron se réclame « en même temps » de la droite et de la gauche. Il innove ainsi du point du vue du jeu politicien, mais certainement pas du point du vue de l’histoire politique. Il y aura toujours des progressistes et des conservateurs.

Pourquoi alors ne sont-ils plus regroupés en deux camps se réclamant de deux visions différentes de l’avenir ? Pourquoi trois pôles, le centrisme, la droite radicale et la gauche radicale se partagent-ils désormais l’essentiel des voix des électeurs ?

 

Les réalisations de la gauche au pouvoir sont des échecs

La réponse est complexe mais réside essentiellement dans le rêve socialiste brisé par les deux présidences de François Mitterrand de 1981 à 1995. On le sait, les politiciens font rêver les électeurs pour les attirer. L’avenir proposé par les programmes politiques de gauche est donc toujours infiniment souhaitable pour ses destinataires. La déception est d’autant plus rude au moment de l’exercice du pouvoir et l’échec des principales réalisations mitterrandiennes le prouve.

  • Les nationalisations : une grande partie des secteurs industriels et bancaires est nationalisée par une loi du 11 février 1982. Tout sera à nouveau privatisé et souvent par des gouvernements de gauche.
  • La retraite à 60 ans dans le secteur privé : les lois Auroux de 1982 abaissent l’âge de départ à la retraite à 60 ans, à taux plein, dans le secteur privé. Il aurait fallu, bien au contraire, faire passer de 60 à 65 ans l’âge de départ dans le secteur public pour tenir compte de l’augmentation considérable de l’espérance de vie. Depuis cette date, les gouvernants cherchent à aller dans cette direction, mais nous en sommes encore loin quarante ans après. Les déficits s’accumulent.
  • En 1982, la durée hebdomadaire du travail est fixée à 39 heures sans perte de salaire. Le gouvernement Jospin la réduira à 35 heures à partir de 2002. Nous passions à cette époque de la domination à la compétition économique avec le reste du monde et en particulier avec les pays émergents. Aucun autre pays occidental n’a pratiqué une telle politique de réduction du temps de travail. Il s’agit depuis de finasser avec cette législation uniforme et très contraignante.
  • La politique de relance keynésienne mise en vigueur en 1981 par le gouvernement de Pierre Mauroy devra être remplacée par une politique de rigueur dès 1983 sous l’impulsion de Jacques Delors, car le franc dévissait sur le marché des changes et le risque d’intervention du FMI avait été évoqué. C’est le « tournant de la rigueur ».

 

Le rêve brisé

Le rêve socialiste s’est donc brisé très vite sur la réalité économique et démographique. Mais peu de socialistes reconnaissent les erreurs majeures de François Mitterrand. Le grand homme étant devenu une icône pour le peuple de gauche, il est encore impossible de dire la vérité dans les partis de gauche.

Peut-on « changer la vie » ou même la société par décret ? La politique a-t-elle ce pouvoir de faire des miracles ? Bien évidemment non. Les femmes et les hommes construisent leur existence dans un cadre qui ne peut pas être bouleversé en quelques années par l’adoption de quelques lois nouvelles. Le bouleversement politique véritable, c’est la révolution et elle conduit toujours à la dictature.

Le suicide de Pierre Bérégovoy le 1er mai 1993 marque la fin du règne mitterrandien. Ce fils d’ouvrier, profondément honnête, qui a réussi par la politique jusqu’à devenir Premier ministre de 1992 à 1993, ne supporte pas les insinuations de certains médias portant atteinte à son honorabilité. Mais il considère aussi comme un échec l’abandon des grandes ambitions socialistes de 1981. Son suicide constitue l’acte symbolique le plus fort de la fin de la période Mitterrand.

 

Comment redonner de l’espoir ?

La suite de l’histoire fait apparaître le désamour des Français pour les leaders politiques. Le socialiste Lionel Jospin, qui croyait gagner la présidentielle de 2002, est éliminé par Jean-Marie Le Pen. Pour la première fois, l’extrême droite est au second tour de la présidentielle. Pour la seconde fois, la gauche n’y est pas (en 1969, le centriste Alain Poher était opposé à Georges Pompidou).

La versatilité électorale et la montée du populisme deviennent les éléments structurels de la vie politique. Le dernier président représentant l’opposition traditionnelle droite-gauche fut Jacques Chirac (1995-2007). Par la suite, les candidats ont dû tenir compte du vote populiste pour être élus. Nicolas Sarkozy l’a fait en mordant sur l’électorat du Front national, François Hollande en captant une partie de l’électorat de la gauche radicale de Mélenchon. Dans les deux cas, les mensonges de la campagne, indispensables pour élargir la base électorale, n’ont pas été oubliés par les électeurs. Les deux hommes n’ont pas été réélus.

Emmanuel Macron a choisi une autre voie lui permettant de ne pas faire les yeux doux aux populistes pendant la campagne électorale. En fédérant un centre très large, il obtient une majorité tout en laissant les populistes de gauche ou de droite dans l’opposition. Comme l’étymologie l’indique, le populisme reflète les égarements du peuple, exploités à outrance par des leaders démagogues comme Marine Le Pen, Éric Zemmour ou Jean-Luc Mélenchon dans le cas français. Tactiquement, la question de fond est la suivante : comment écarter les tribuns de la plèbe, comment gouverner une démocratie sans sombrer dans le populisme ?

En France, depuis 2017, un bloc élitaire centriste s’oppose à deux blocs populaires radicaux. La modération gouverne, l’extrémisme monopolise les oppositions. Par rapport au statu quo ante où la modération de gauche et la modération de droite s’opposaient et alternaient au pouvoir, nous avons changé d’époque. La prise du pouvoir par les radicaux, à quelque bord qu’ils appartiennent, représenterait un risque majeur car la déception populaire serait encore plus grande qu’avec le programme socialo-communiste de 1981.

 

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  • Qui se souvient de ce feuilleton de 1968 que beaucoup attendait et qui commençait par  » En ce temps là, il y avait le ciel, à gauche du ciel, il y avait la planète Shadok, à droite du ciel la planète Gibi …. » Prémonitoire ? En tout cas, on se rappelle de cette phrase concernant les Shadoks : « plus ils pompaient, plus il n’y avait rien… ». que voulaient ils pomper ? (ou plus exactement prendre aux Gibis…)
    réponse le « cosmogol 999 », le carburant que les Gibis recueillaient en travaillant et qui devait leur permettre d’aller sur terre. Autre détail amusant la planète Shadok n’avait pas de forme…. Une satire avant l’heure ?
    (les archives de l’INA sont consultables)

  • Ah les Shadoks! Quelle époque!
    « Il vaut mieux pomper même s’il ne se passe rien que risquer qu’il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas! »
    Tout était déjà dit!
    Je vais réviser mes classiques Shadoks, il n’y a que des perles!

  • Pour supprimer les tribuns populistes, il suffit d’arrêter d’enseigner aux Français dès leur plus jeune âge que le socialisme est la société idéale. Et de leur faire comprendre que sur cette terre, malheureusement, il faut travailler pour se nourrir, s’habiller, se loger et partir en vacances… et s’épanouir.

    • oui, mais aussi en complément : comme l’économie c’est le travail, donc de l’énergie, alors la vie c’est de l’énergie !

  • La fin de l’article nous fait penser que vous plébiscitez Macron face à Mélénchon, Le Pen et Zemmour, appelés « populistes ».
    Moi j’ai du mal à voir en quoi il va nous sortir de l’impasse que nous traversons depuis 40 ans, puisqu’il est la synthèse d’une droite molle, ni libérale, ni ordonnée, et d’une gauche molle, qui se voit limitée dans son avancée vers le communisme par le manque d’argent et qui explore de nouvelles formes de socialisme pour avancer (environnement, sociétal).
    Vous préférez, en somme, le statu quo qui nous met dedans depuis 40 ans. Avec un peu de chance, vous mourrez de votre belle mort avant que la France n’explose ou ne s’appauvrisse pour de bon.
    Les candidats populistes sont là justement pour que les partis centristes se réinventent et proposent de nouveaux horizons (et je ne parle pas d’Edouard Philippe). 2022 est un triste échec puisque aucun candidat n’a proposé de nouveauté : Pécresse incompréhensible, Hidalgo fidèle à elle même, Macron en 2017 bis, Jadot décevant. Zemmour a envoyé un peu de neuf, mais a été trop monothème, puis démago sur la fin de sa campagne.
    Macron avait un boulevard pour réformer le pays, avec 2 oppositions repoussoir. Ca aura été 5 ans de Bullshit…
    A nous aussi de nous investir massivement pour un candidat qui porterait un regard nouveau.

    • « Macron avait un boulevard pour réformer le pays »
      « pour que les partis centristes se réinventent et proposent de nouveaux horizons »
      C’est bien là qu’est l’os! En France on n’a pas de pétrole et on n’a plus d’idées non plus! C’est pas parce que Macron fait son Churchill au petit pied ( en promettant restrictions et privations) que ça va restructurer le système en profondeur! Des paroles tant qu’on en veut, mais des actes réfléchis, des actions efficaces, des résultats évalués, on risque de les attendre longtemps!

    • +1000
      Il faut priver Macron de l’argument « un autre aurait fait encore pire ». Pour cela, cessons de nous focaliser sur les personnes, et investissons nous pour présenter un programme.

  • J’étais à Moscou quelques années avant la chute du bloc Soviétique. La télé diffusait d’innombrables heures de réunion des hauts responsables politiques sur tous les sujets officiellement stratégiques. Jamais un seul responsable n’a dit: attention, nous allons couler très bientôt !

    • Tout pareil que sur le Titanic!
      CPEF

    • @gali tres pertinent . Je viens de lire le dernier « Le Carré » , à un moment un vieux espion du MI6 dit ceci commentant la situation de l’ Angleterre d’aujourd’hui « tu te souviens en Urss à la fin plus rien de marchait et plus rien n’avait de sens , eh bien c’est notre pays aujourd’hui » . Je pense exactement comme lui et comme vous . Le bateau occident talonne et nos dirigeants agitent les voiles et secouent la barre , ça ne suffira pas .

  • Mais Mr Aulnas tout ceci est décrit de manière imagée par nos mythes fondateurs : le récit de la Genèse et en particulier celui de la chute . Croyant ou non , ces récits millénaires sont porteur de sens . Pour moi il était évident que la séduction et le mensonge ne pouvaient mener qu’à la catastrophe.

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