L’impossible libéralisme français

Le libéralisme est bien présent en France, mais sous forme d’idéal, de symbole, de slogan.

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L’impossible libéralisme français

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 15 août 2022
- A +

Il est communément dit qu’en France, le libéralisme n’aurait aucun ancrage populaire, aucune existence politique, aucun passé et donc par voie de conséquence, aucun avenir.

On est en droit de se poser la question de savoir si c’est une réalité ou un mythe savamment entretenu à la fois par les libéraux désespérés du niveau de collectivisme du pays et par les collectivistes habitués à prendre leurs vues pour des réalités.

Si cela était vrai, pourquoi entendons-nous parler tout le temps de libéralisme ?

Certes, c’est principalement pour lui attribuer tous les malheurs du monde, mais cette pirouette rhétorique ne trompe personne : ce n’est jamais ou presque jamais de libéralisme dont on parle, mais d’un homme de paille inventé pour l’occasion afin de développer ses propres arguments.

 

L’argument libéral

On aurait tort de penser que les Français seraient viscéralement anti-libéraux. Majoritairement, ils se plient aux normes et recopient bêtement des choses, surtout lorsqu’ils n’ont pas envie d’essayer de comprendre ou que ça ne les intéresse pas.

En France, se dire antilibéral, c’est tout d’abord une norme sociale.

Se dire anti-libéral, c’est le meilleur moyen d’éviter les ennuis et de se fondre dans la masse, tout comme on se fond dans la masse en se disant respectueux de l’environnement, respectueux des diversités, des différences, des autres, de soi… On évite ainsi facilement la désapprobation. En étant suffisamment hypocrite et menteur, on peut même rapidement en tirer quelques avantages.

En fait, puisque quasiment personne ne comprend ce qu’est le libéralisme et que cela arrange pas mal quelques petits malins d’entretenir en permanence la confusion, il convient juste d’admettre que d’après leurs affirmations on ne peut clairement pas déterminer quelle fraction de la population pourrait être considérée comme libérale ou pas.

Quand on entend des arguments du genre « Il faut arrêter cette doctrine ultra libérale qui ne fait qu’augmenter les taxes et les interdictions », on se dit que soit la bêtise n’a pas de limite, soit les gens répètent juste ce que d’autres ont répété avant eux, par conformisme, pour ne pas choquer, ne pas déplaire, ne pas se faire remarquer.

Le positionnement soi-disant antilibéral s’appuie en fait sur un précepte tout ce qu’il y a de plus libéral : le respect des opinions des autres.

 

Que ferait un libéral dans l’État français ?

Un autre argument que l’on entend très souvent, et qui est sensé fournir une preuve irréfutable de l’absence de libéralisme en France, serait qu’il n’existe aucun parti libéral dans le paysage politique du pays.

Mais enfin ! La République française est un régime centralisé incroyablement administré. L’État a envahi les moindre recoins de la société. La justice ne dispose que de moyens misérables. Les copinages, privilèges, voire la corruption ont grippé les moindre rouages.

Participer à cette grande orgie d’argent public et de paperasserie est une perspective pour le moins pas du tout attrayante. Quel libéral aurait assez d’abnégation pour revêtir chaque matin le costume à étoile rouge du commissaire politique pour aller servir le Léviathan ? Sachant en plus pertinemment que son quotidien consisterait à s’écraser contre la ligne Maginot des corporatismes et à gérer un gigantesque héritage de compromissions et de petits arrangements.

Vous ne trouvez pas qu’il y a quand même pas mal d’autres choses plus intéressantes à faire ?

Rendons hommage aux quelques inconscients idéalistes qui osent s’atteler à pareille tâche titanesque (cela dit sans aucune ironie) et prions surtout pour qu’ils ne perdent pas leur âme au passage, comme cela arrive malheureusement trop souvent.

Plusieurs tentatives d’associations politiques libérales ont bien été lancées. Il s’est toujours produit la même chose : elles ont aussitôt attiré tout un essaim de parasites socialistes trop mauvais pour évoluer dans leur environnement naturel et qui n’ont eu de cesse de prêcher le compromis. Ils ont surtout profité de la moindre faille pour pousser leur agenda et leur ego.

L’absence de libéraux du paysage politique est en fait tout à fait compréhensible. Le monde politique et les institutions politiques sont tout simplement un gigantesque repoussoir pour tout libéral. L’État français est structurellement socialiste. Les partis politiques et les médias font intégralement partie de cette machine.

N’est-ce pas d’ailleurs ce que disent une énorme majorité de gens qui expriment quotidiennement leur dégoût de ce système politico-médiatique consanguin ?

 

Pourquoi ne pas utiliser l’État ?

Le dernier argument repose sur la gloutonnerie des Français envers le système public. L’obésité de l’État serait la preuve ultime du rejet des préceptes libéraux.

Nous avons l’État le plus cher du monde et pourtant tout dysfonctionne. Alors, pourquoi ne pas demander que celui-ci aille mieux ? Cela semble une demande plus que légitime.

On peut chercher des milliers de raisons pour expliquer cette obésité de l’État et son dysfonctionnement chronique. Il en existe une seule qui n’excuserait pas tel ou tel personne ou telle ou telle organisation : l’État est une grande fiction où chacun vit aux dépens des autres.

Et donc, pourquoi se gêner ? C’est permis et même promis par l’État. Les politiciens nous répètent en boucle que le collectif réglera les problèmes de chacun. Pourquoi donc ne pas utiliser l’État ? Est-ce que cela fait de vous un soutien inconditionnel de l’État ? Absolument pas, bien au contraire. Si les Français voyaient l’État autrement que comme une immense pompe à fric et à privilèges, pillable et corvéable à merci, ils n’agiraient pas comme ils le font.

L’État français est obèse et dysfonctionnel, parce qu’une énorme majorité de Français n’ont aucun respect pour l’État et cette tendance est en constante augmentation.

 

Le socialisme libéral à la française

Le libéralisme est bien présent en France, mais sous forme d’idéal, de symbole, de slogan.

Combien de fois, une fois reprises par le système constitutionnel et institutionnel, les idées libérales ont été traduites par une inflation d’interdictions, d’obligations, de taxes et de subventions ?

La sécurité, parce que nous sommes tous Charlie. La santé, parce que nous sommes tous solidaires. L’éducation, pour que tous les enfants puissent librement choisir leur avenir… Ces prétendus progrès, ces prétendues réformes présentées comme libérales ont en leur temps déclenché d’énormes soutiens populaires. La gauche a abusé de ce stratagème pour pousser son agenda sociologique et utopique ; la droite pour développer son agenda romantique et sécuritaire.

Combien de réformes proprement liberticides ont utilisé le mot Liberté comme caution, comme prétexte et se sont finalement concrétisées en des usines à gaz mêlant financements publics, capitalisme de connivence et argumentation électoraliste ?

Quasiment toutes, sinon toutes.

L’État a mis la main sur tout. Il a allégrement traversé la frontière vie privée/vie publique et la limite propriété/collectivité. Il a grignoté progressivement toutes les libertés pour lesquelles il s’est empressé de légiférer, fiscaliser, codifier. Tout cela au nom de la Liberté.

Malgré cela, les gens y croient encore. Le mot Liberté est toujours inscrit au sommet des frontons.

 

Pour un libéralisme français

Mais alors, qu’est-ce qui nous amène au constat que les Français seraient un peuple furieusement opposé au libéralisme ? Où chercher cette déconfiture libérale ?

La réponse est sans doute bien plus historique que politique.

La République française a été rebâtie en 1945 sur les cendres d’un État français totalement discrédité. Afin d’éviter des années de guerre civile et une prise en étau entre les futurs ennemis de la guerre froide, la France s’est construit un compromis, un rêve utopique d’une France unifiée, pacifiée et retrouvant sa grandeur : le programme politique du CNR.

De là est née toute une légende selon laquelle la France aurait une place à part, celle de l’une des 5 grandes puissances mondiales. Et donc, pour prouver la légitimité de cette place, pour montrer que l’on ne la devait pas uniquement aux GI qui ont débarqué sur Omaha Beach, comme le dit Jean-François Revel, la politique tout entière en France se résume à l’antiaméricanisme.

Manque de chance, dans l’univers onirique français, le libéralisme, c’est comme les hamburgers : c’est américain. La France a beau être un des pays au monde où on en mange le plus, ça reste de la mauvaise nourriture, un plaisir coupable et inavoué.

Pour le libéralisme, c’est pareil.

Le libéralisme rappelle aux Français tout ce qu’ils ont raté : le multiculturalisme, les grandes entreprises multinationales, les milliardaires qui ont commencé comme vendeurs de journaux dans la rue, Elvis Presley, la dernière séance et Clint Eastwood. Le libéralisme, c’est comme Amazon, Google, Microsoft, Facebook, Instagram, Snapchat ou Apple : tout le monde trouve ça génial, tout le monde les utilise, mais ça reste mauvais, parce que c’est américain et parce qu’en France, nous avons le meilleur système social que le monde entier nous envie. Fin de la discussion.

Tant et si bien que lorsqu’au détour d’une conversation, on émet l’idée qu’aucune organisation ne devrait avoir le droit de dicter sa loi aux individus, que les conflits devraient toujours se régler dans l’échange et non dans le conflit, que le respect mutuel est plus important que les opinions des uns et des autres… on a vite fait de vous expliquer que toutes ces choses sont malheureusement devenues impossibles de nos jours… à cause de ce fichu libéralisme.

C’est toujours la faute du libéralisme !

Il n’y a que deux options pour sortir de cette impasse : soit faire exploser le système social actuel, soit le transformer en autre chose. De toute façon, nous ne tarderons pas à être fixés, celui-ci est clairement au bout du rouleau.

 

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  • Avatar
    jacques lemiere
    15 août 2022 at 9 h 02 min

    Problème éducatif…. problème médiatique et désormais problème scientifique.

  • Certains n’ont pas attendu l’explosion du système ( qui se fait un peu trop attendre, vous ne trouvez pas?), ce sont les marginaux qui essaient de vivre « sous le radar », en autarcie, sans rien demander à l’Etat et qui jouissent ainsi d’une certaine forme de liberté! Mais comme pour tous les marginaux, humains ( ou animaux de la biodiversité), leur espace de vie se restreint comme peau de chagrin et cette « liberté » se paie de plus en plus cher!
    Et comme le système semble irréformable, la seule solution restera bientôt l’expatriation sous des cieux moins formatés, moins administrés, mais pas forcément moins sûrs que la France d’aujourd’hui dans ses quartiers émotifs!
    Mais comme Jacques Lemière, je placerai le problème éducatif en tête de liste des chose à remettre à plat en priorité!

    • Oui, mais commençons par parler d’enseignement des connaissances et n’attendons pas de celui sur lequel nous bitchons à longueur d’année remette quoi que ce soit à plat, la fabrique de décérébrés fonctionne parfaitement et laisse l’élite se reproduire sans concurrence ou presque, à vos frais et au prix de l’ignorance des masses.
      L’éducation de mes enfants c’est principalement mon taff ( et des adultes que je valide), et la qualité de l’enseignement reçue est de ma responsabilité ( même si ce n’est pas obligatoirement moi qui le dispense ), sinon je n’aurais pas fait de gosse, je ne vois pas l’interêt, bon ok c’est mignon mais c’est pas des chatons non plus, je leur dois beaucoup plus que des câlins, une litière propre, des joujoux et de la nourriture.
      Apprenons aux enfants la liberté ( c’est à dire le bon usage du droit de propriété , pas je fais ce que je veux parce que je le veux )) donc à ne pas à être des petites créatures irresponsables qui chouinent et pleurnichent auprès de leur maître piur s’ils répondent à leurs caprices. Apprenons leur à être des maîtres qui n’ont pas besoin d’esclave.
      Elevons-les.
      Après si ils sont nuls en science, ils seront tout de même libres, respectueux du droit de propriété des autres et ils sauront que la liberté consiste à faire avec ce que l’on veut avec sa propriété, sa tête et ses bras et avec ceux qui le souhaitent et pis c’est tout. Montrons l’exemple.
      Pour illustrer mon propos sur l’éducation des enfants, une anecdote racontée par Christian Michel :
      « Ceux qui ont appris à dépendre d’un maître n’imaginent pas la liberté ; tout juste sont-ils capables de changer de maître.
      Je peux évoquer ici un souvenir personnel. J’ai effectué mon tout premier voyage aux États-Unis au début de l’année 1968, une époque de contestation universitaire et scolaire en France, qui devait déboucher sur les événements de Mai. Avant mon départ, sans doute au mois de février, je passais rue de Grenelle à Paris, quand je fus arrêté par une manifestation de parents d’élèves accompagnées de leurs enfants, qui protestaient contre la surcharge des classes. Dans un chahut vulgaire, ils lançaient des bouteilles d’encre, des œufs pourris, des tomates contre la façade du Ministère de l’Education Nationale. Quelques jours plus tard, je débarquais dans la banlieue de New-York. Les amis qui m’hébergeaient m’avertirent que leur hospitalité serait un peu chaotique. En effet, m’expliquèrent-ils, l’école locale étant surchargée, les élèves ne pouvaient plus suivre sérieusement les cours. Beaucoup de parents avaient retiré leurs enfants. Ils se cotisaient désormais pour salarier un instituteur, et ceux qui avaient un domicile assez grand le mettaient à tour de rôle à disposition pour y faire la classe. Et je me demandais après la coïncidence de ces deux expériences, laquelle était la plus formatrice pour des enfants : le spectacle de leurs parents casseurs et impuissants, attendant tout du bon vouloir d’un ministre, ou celui de parents proactifs, prêt à sacrifier un peu de leur confort pour la scolarité de leur progéniture.
      Je ne suis pas américanophile, loin de là. Mais ceux qui croient, et ce devrait être le cas du personnel enseignant, que l’éducation a un sens, devrait se souvenir de cette leçon là : on peut être éduqué à l’impuissance. »

  • « Il faut arrêter cette doctrine ultra libérale qui ne fait qu’augmenter les taxes et les interdictions »
    Alors ça, je ne l’ai jamais entendu. Mais je n’ai peut-être pas fréquenté les bons imb.ciles.

  • Article dont je partage chaque mot.

    Publié par un média qui publie aussi un paquet d’articles pro-russes. Et on s’étonne encore de ce que le libéralisme ne soit pas compris en France… Balayez devant votre porte, Contrepoints.

    -3
    • « Publié par un média qui publie aussi un paquet d’articles pro-russes.  »
      Les fameux articles auxquels vous faites allusion ne sont que factuels.
      Évidemment, quand ces faits ne collent pas avec le narratif de nos bons médias subventionnés, il est plus simple d’agiter l’anathème de poutinisme ou de pro-russe plutôt que d’argumenter… Peut-être par manque d’arguments?
      Vous allez bien sûr nous ressortir le récent rapport de l’université de Yale voulant démontrer la grande efficacité des sanctions économiques occidentales sur l’économie russe. Outre que ce rapport a doucement fait rigoler, il ne colle pas vraiment avec la plupart des indicateurs économiques montrant un retentissement modéré. Le cours du rouble est d’ailleurs une bonne indication de ce qu’en pensent les marchés.

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Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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