Anonymat sur les réseaux sociaux : le faux débat

L’anonymat sur la toile n’étant majoritairement qu’une Arlésienne, longue vie au PseudoAnonymat et fin de ce faux débat.

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Anonymous by anon atlas (creative commons) (CC BY-ND 2.0)

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Anonymat sur les réseaux sociaux : le faux débat

Publié le 15 août 2022
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Par Yannick Chatelain.

« Pour moi l’anonymat pratiqué sur les réseaux sociaux est une régression » déclarait Emmanuel de Wasqueriel, sur France Inter, précisant « qu’une démocratie, c’est avancer à visage découvert… » et « plutôt que de restreindre la liberté d’expression sur les réseaux sociaux, il faudrait obliger à la suppression de l’anonymat » ajoutant ainsi sa voix à un faux débat régulièrement relancé : la fin de l’usage du pseudonyme.

Pour rappel, cette thématique avait resurgi en octobre 2020  portée par des élus de premier plan dont Xavier Bertrand et Valérie Pécresse suite au tragique assassinat du professeur Samuel Paty.

La fin des pseudos : la porte ouverte à l’autocensure

Pour que ce genre de faux débat prenne fin, encore faudrait-il que ceux qui s’expriment sur le sujet intègrent une bonne fois pour toutes que l’anonymat sur les réseaux sociaux n’existe pas, à moins de faire partie de l’élite hacker et de disposer de compétence technologique hors norme rendant le traçage de l’émetteur particulièrement complexe, voire quasi-impossible.

La liberté d’expression a des limites et elle est d’ores et déjà encadrée en France par la loi. Dans la réalité du net, si une plainte est déposée derrière un pseudonyme, les forces de l’ordre disposent de tous les moyens nécessaires pour remonter à la source. Il serait d’ailleurs à ce titre plus juste de parler de PseudoAnonyme que de pseudonyme et de vulgariser cette appellation. Ce faux débat serait alors peut-être définitivement clos.

Ceux qui militent pour la levée de ce PseudoAnonymat le font peut-être par ignorance technologique. S’ils se pensent de bonne foi, il ne peut dès lors leur en être tenu rigueur. Ils pourront alors éventuellement repenser leur position antérieure. A contrario si tel n’est pas le cas, si ce combat est mené en connaissance, alors il s’agit d’un argument fallacieux utilisé de façon délibérée pour justifier l’interventionnisme de l’État et un encadrement potentiellement outrancier de la liberté d’expression en postulant la méconnaissance technologique d’une partie de la population.

La fin de ce PseudoAnonymat serait la porte ouverte à l’autocensure. Le mal serait, in fine, bien pire que le bien supposé apporté à notre démocratie. La fin de ce PseudoAnonymat porterait insidieusement un coup fatal à la libre expression de chacun…

Que dire alors et qu’écrire ? Hormis exprimer des platitudes insipides s’inscrivant dans telle ou telle pensée dominante pour ne surtout pas prendre le risque de tomber dans ce qui peut rapidement se révéler être une effroyable machine à broyer des vies.

 

Le PseudoAnonyme est avant tout une protection de l’usager et de sa libre expression

Comme évoqué précédemment, l’anonymat sur Internet est parfaitement relatif lorsque les autorités compétentes sont mandatées par les autorités judiciaires pour remonter à l’émetteur. Ces dernières disposent des outils et des savoir-faire et elles le trouvent.

A contrario un usager lambda contrarié par un propos, une idée, et souhaitant en découdre aura beaucoup plus de difficulté à remonter à la source pour régler ses comptes.

Dès lors que le propos ne tombe pas sous le coup de la loi, l’usage de pseudonymes – contrairement à ce qu’avance l’historien Emmanuel de Wasqueriel et d’autres qui partagent son avis –  c’est avant tout la garantie pour chacun d’exercer son droit à une libre parole sans crainte de représailles disproportionnées, sans avoir à redouter  – si le propos ne convient pas à d’autres usagers – que la machine à détruire ne s’emballe.

 

Remember Justine Sacco

Le lynchage en ligne peut toucher tout le monde. Nul n’est à l’abri de voir sa vie ruinée pour quelques mots très maladroits comme le révèle le cas de Justine Sacco dont j’avais fait l’analyse.

En 2013 et cette professionnelle de la communication avait eu la bien mauvaise idée de tweeter à ses 170 abonnées :

« Going to Africa. Hope I don’t get AIDS. Just kidding. I’m white ! »

Il y avait deux façons d’interpréter ce tweet ambigu : soit une dénonciation d’une prise en charge du Sida non équitable en Afrique du Sud selon sa couleur de peau,  soit un racisme des plus arrogants. Le réseau aura interprété le tweet de la jeune femme comme un tweet raciste. Il aura alors suffi de onze heures de vol pour que la jeune femme voie sa vie ruinée, la toile étant remplie de justiciers auto-proclamés qui se font ainsi des bourreaux plus cruels que les cibles qu’ils clouent au pilori de l’internet.

Pensez-vous qu’il en aurait été de même du destin de cette jeune femme si elle avait tweeté sous un pseudonyme ? Ce tweet aurait tout simplement pu être signalé par les utilisateurs en ayant eu une lecture raciste… des plaintes déposées… et la jeune femme aurait alors, éventuellement, eu à en répondre à la justice de son pays qui aurait alors tranché.

En tout état de cause elle ne serait pas devenue une cible à abattre ni la victime d’un massacre en bande de lâches organisés. Un massacre intégrant des tweets, eux, sans la moindre ambiguïté et passibles de poursuites.

 

Pour conclure ce faux débat de l’anonymat

Au temps de la cancel culture, les réseaux et les hommes étant ce qu’ils sont, parfois moins sophistiqués que les machines qu’ils inventent et utilisent, le PseudoAnonymat est indispensable pour permettre à chacun de pouvoir s’exprimer librement sur la toile sans risquer des représailles qui peuvent se révéler totalement disproportionnées.

Ce PseudoAnonymat – s’il est nécessaire de le réécrire – n’empêchant nullement la justice, la vraie –  pas celle d’une meute – de faire son travail s’il y a lieu. S’exprimer librement est un droit constitutionnel reconnu à tout citoyen français. Dans son article 10, la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen ne précise-t-elle pas :

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

Dans son article 11, cette même déclaration n’insiste-t-elle pas :

« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

L’anonymat sur la toile n’étant majoritairement qu’une Arlésienne, longue vie au PseudoAnonymat et fin de ce faux débat.

« Parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre. » George Orwell

 

Article publié initialement le 19 janvier 2021

 

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  • Pour paraphraser la célèbre citation sur les armes :
    Lorsque l’anonymat sera hors-la-loi, seuls les hors-la-loi seront anonymes.

  • prochain  » enjeu majeur  » de macron : lutter contre le complotisme amplifié par les réseaux sociaux via l’anonymat des complotistes en question ; c’est vrai qu’il n’y a pas d’autres enjeu majeur en France que ça ; pauvre France va ;

  • Oui mais… certes cela se conçoit bien pour des commentateurs lambdas comme moi ici-même. Mais quid par exemple des politiques qui s’exprimeraient anonymement en sortant des infos sensibles (mais légales) ? Quid de chefs d’entreprise ou salariés qui feraient de la manipulation de cours borderline ? Quid des chercheurs présentant plein de données et travaux mais de manière anonyme et en étant payés par des sociétés ou lobbys (privés ou de consommateurs) ? Quid d’auteurs sur des médias qui abuseraient de leur anonymat pour travestir la réalité et nourrir quelques complots tout en restant dans la légalité ?

    • Lisez l’article, il vous répond : l’anonymat n’existe pas.
      Quid de Mila ?

      • J’ai lu l’article, merci bien. L’anonymat existe sur Tor et avec un VPN, sauf pour des gens extrêmement motivés et compétents (et encore). Mais pouvez-vous me dire qui je suis ? Je veux dire : sauf si je commets une infraction poussant les autorités à chercher mon identité, je suis anonyme pour vous, pour Contrepoints, pour tous les lecteurs.
        Sur les réseaux sociaux, c’est différent en effet. C’est embêtant de « devoir » faire attention à ce qu’on dit sur un article de trukmuch-média sur FB car mes amis vont être possiblement au courant.
        Pour Mila, je ne connais pas bien l’histoire, mais elle ne s’est pas exprimée anonymement.

        • Justement, qui vous êtes n’a pas d’importance, seul ce que vous dites en a (vous comprenez bien que je ne dis pas que vous, vous n’avez pas d’importance, mais vous en tant que M. Untel).
          Qu’un chercheur sortent des données de manière anonyme en étant payé par un labo, je crois que ça arrive tous les jours. Mais l’importance est dans ce qui est dit, pas dans qui le dit. C’est à celui qui lit de creuser l’info s’il le souhaite, ou s’il s’y connaît de répondre pour démonter ce qui est faux.
          En revanche, en effet, sur les réseaux où nous sommes identifiés (Facebook par ex) nous nous censurons.
          Donc combattre l’anonymat, c’est combattre la liberté d’expression et renforcer la pensée unique. Ce n’est donc pas une bonne chose.

  • bof ce n’est pas l’anonymat..

    il ya un problème d’impunité de diffamer et de calomnier..

    je ne mets même pas le harcèlement ou l’insute, un réseau social ça se quitte.

    donc appliquer la loi, châtier qui diffame ou calomnie…

    problème : les médias diffament en masse.

    le respect de la vie privée ce n’est pas de l’ignorer ou de ne pas en parler..c’est de s’abstenir de contraindre à en changer.

    et meetoo pas de problème?

    • en même temps on trouve que c’est normal de filmer les policiers.. et on aime pas à être entouré d’inconnus au point qu’une conversation civilisée commence par des présentations et une levée de l’anonymat!
      le problème de fond est bel est bien que quand une majorité parle anonymement, c’est qu’une majorité a peur de parler..
      quand ce ne sont plus les criminels qui pratiquent l’anonymat, la société est malade.
      on a plutôt un problème de la criminalisation de la pensée qui semble n’avoir plus de limites.

      • Dans une conversation civilisée on cherche des informations de reconnaissance qui permettent de suivre les interactions et les lier pour en faire une relation : le pseudonyme fonctionne, on ne fait pas (la majorité du temps) une vérification de l’état civil.
        Personnellement en dehors du contexte professionnel, beaucoup de mes connaissances ne connaissent pas mon nom de famille et ne cherchent pas particulièrement à le connaître. Et si la plupart connaissent mon véritable prénom, tous utilisent un surnom, certains n’en connaissant même pas la signification d’origine. Manifestement tout le monde s’y retrouve quand-même.

        • certes mais si ils ne connaissent pas votre nom, vous êtes identifié..

          je persiste à pense que le besoin d’anonymat est le symptôme d’une société malade …

          -2
          • Non, globalement les gens que je côtoient ne m’identifient pas mais me reconnaissent, c’est très différent. Il me semble que s’ils me suivent et me surveillent afin de connaître tous mes mouvements, tous mes comportements etc. afin de m’identifier, je peux les poursuivre pour harcèlement. On ne peut par exemple demander une enquête d’un détective privé que pour un motif juridique et non juste par curiosité.
            De mon côté je persiste à penser que le besoin d’identification est le symptôme d’une société malade, et que l’utilisation libre de pseudonyme est à la fois nécessaire, suffisante et courante pour y répondre.

  • La fin de l’anonymat permettrait enfin de se débarrasser des malpensants, une gigantesque chasse aux sorcières comme en ce moment aux usa .ou comme actuellement dans les médias en France . Il y a des claques qui se perdent.

  • Ce type de « débat » doit se comprendre par rapport à l’illégitimité économique et technique de l’industrie médiatique traditionnelle.
    Je dirais que peu importe, que ce débat pourra éventuellement être abordé une fois que les fréquences audiovisuelles seront gérées par les FAI, que les exploitations de ces fréquences ne pourront plus être dédiées à des contenus, que les fournisseurs d’accès ne pourront plus se mettre en situation de concurrence de leurs propres clients… etc. et que la liberté de la presse ne sera plus structurée autour d’une corporation mais reconnue à l’échelle individuelle, associative ou pour toute entreprise, et ne sera plus instrumentalisée pour financer des entreprises privées avec de l’argent public.
    C’est ce débat qui doit être mené en priorité. Nous observons tout un tas de velléités de création de licence sur la liberté d’expression. Il y a certes une moraline qui est mise en avant, mais enfin ce sont avant tout des intérêts privés, d’influence politique et économique, qui sont en jeu.

  • Regardez les teneurs des propos dans un RS tel que LinkedIn: c’est essentiellement de la promotion d’une entreprise et/ou de la bien pensance.
    L’autocensure est la règle et rares sont ceux qui expriment une opinion divergente.

  • Je propose à Monsieur Waresquiel de garder son masque à vie, pour montrer l’exemple, et la voie de « l’anonymat » fonction, qu’il remplit à merveille !

  • Tout à fait d’accord avec l’auteur. Et je mets dans un coin de ma mémoire la citation finale, excellente par ce qu’elle illustre.
    Merci.

  • mais justement le problème est la non protection des individus par l’etat..

    • Comment voulez-vous que l’état protège les internautes des insultes des autres internautes ? Ou du licenciement par l’employeur informé des paroles malheureuses (comme Justine Sacco ?)

    • Toute l’idée de l’usage actuel des pseudonymes c’est que l’identification reste possible pour l’état. La non protection des individus par l’état n’est donc pas liée à la pratique actuelle du pseudonymat mais plutôt au fait que l’état s’intéresse à autre chose qu’à notre sécurité (à la sécurité des postes des élus et des intérêts de certains contre d’autres par exemple). L’idée de mettre fin aux pratiques du pseudonymat est notamment liée à l’idée de pouvoir reproduire sur le web les mêmes systèmes d’autorité qu’ailleurs : quand un chevalier de la légion d’honneur, estampillé « copain », passe à la télé il se retrouve avoir le droit d’avoir un comportement agressif envers un quidam qui par contre pourra être accusé de tout ce qu’on voudra. En ce qui me concerne je ne vois pas de comportement sur le web bien différent qu’à la télévision et la presse, il faut dire que l’industrie médiatique traditionnelle, où il n’y a guère d’anonymat, est encore aujourd’hui notre seule école de l’interaction et du débat…

  • Tout le monde n’est pas égal devant l’anonymat.

    J’ai un patronyme très atypique, et n’importe quel quidam à qui mes écrits déplairait aurait tôt fait de me retrouver. Ce n’est pas le cas de ceux qui ont des dizaines d’homonymes, ou encore mieux qui sont homonymes de personnages un minimum connus.

    Que les autorités puissent me retrouver, je sais bien. Mais il faut déjà y aller fort pour risquer cela. La preuve, dans le cadre d’une enquête où j’avais visiblement déplu à sa hiérarchie, le brave policier qui m’interrogeait a répondu : « ne vous inquiétez pas, personne ne va contacter Microsoft ou Facebook pour avoir votre adresse IP. Et de toute façon, j’avais un solide argumentaire à faire valoir si les choses allaient plus loin.

    Par contre être la cible de tout ce que la nature compte comme chauds du bonnet ou détraqués ordinaires, non merci. Surtout vu la qualité de notre système policier et judiciaire, qui ne fait plus peur qu’à l’honnête citoyen et est bien incapable de lui assurer la protection qu’il peut légitimement attendre.

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