Hommage à Samuel Paty à l’école : mêmes erreurs, mêmes effets

Il est à craindre que la piste choisie par ce gouvernement soit vaine. Le problème se situe au-delà des quatre murs d’une salle de classe.

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Jean-Michel Blanquer by Institut des Amériques(CC BY-ND 2.0)

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Hommage à Samuel Paty à l’école : mêmes erreurs, mêmes effets

Publié le 26 octobre 2020
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Par Margot Arold.

Suite à l’assassinat par décapitation de Samuel Paty, les enseignants « auront un cadrage clair », à la rentrée des vacances de la Toussaint, affirme Jean-Michel Blanquer.

« Une première phase permettra aux enseignants de se préparer, ce qui décalera un peu l’horaire de rentrée des élèves ; un deuxième temps, avec les élèves, sera dédié à la réaffirmation des « principes de l’école et de la République ; et une troisième étape réunira, dans la cour, élèves, professeurs et partenaires de l’école pour une minute de silence et la lecture de la « Lettre aux instituteurs et institutrices » de Jean Jaurès. »

S’il est sans doute attendu par le corps enseignant, ce soutien et ce « cadrage » posent néanmoins quelques questions.

Encore des heures de cours en moins

Car ces « moments » consacrés aux réexplications des « valeurs de la République » seront pris sur du temps d’enseignement. Est-il vraiment à propos, dans cette chaotique année 2020, de sabrer encore des heures de cours pour faire de la pédagogie sur les principes de l’école ?

Quand on en arrive à consacrer « un moment » pour justifier les raisons pour lesquelles « il existe des principes à l’école », on peut dire que l’institution et son rayonnement sont sérieusement ébranlés.

L’école primaire et la maternelle auront droit aussi à un laïus

Jean-Michel Blanquer souhaite que tous les niveaux reçoivent la bonne parole :

« À l’école élémentaire il y aura une minute de silence. À la maternelle il n’y aura pas la minute de silence mais un temps calme ».

Sous prétexte d’affirmer et réaffirmer à tout crin les règles de l’école et les principes de la République, on va donc y mêler des gamins de 3 à 10 ans. Quelle compréhension des événements est-il attendu d’eux et est-il pédagogiquement et éthiquement souhaitable d’imposer ce genre de recueillement à de si jeunes enfants ?

Mêmes causes, mêmes effets !

Car si au collège, certains adolescents n’ont pas eu le niveau intellectuel et culturel suffisant pour comprendre les caricatures de Charlie Hebdo proposées par leur professeur, qu’en sera-t-il pour de très jeunes enfants ? Comment leur seront présentés ces hommages ? Et à leurs parents ?

En suivant les instructions ministérielles, l’école n’est-elle pas en train de répéter exactement la même erreur : toujours faire en sorte que l’actualité fasse irruption dans le quotidien scolaire.

En convoquant sans cesse l’actualité en cours, on se prive d’un avantage énorme en pédagogie : le recul, qui permet d’aborder presque n’importe quel sujet avec sérénité puisqu’il ne nous touche pas directement. Évoquer des faits non contemporains permet de faire des passerelles subtiles avec l’actualité, sans pour autant la mettre au centre de l’enseignement.

Le temps qui passe fait le tri, atténue les tensions. Permettre aujourd’hui de manière presque compulsive de placer « l’actualité » à toutes les sauces dans l’enseignement scolaire (réchauffement climatique, attentats…) ne donne plus la possibilité de prendre du recul, ni d’être détaché de toute réaction émotionnelle.

Qu’attendre de ce « moment » du 2 novembre à l’école ?

Quand la culture générale est d’un niveau médiocre (pour utiliser un doux euphémisme) dans la population adolescente, qu’espère-t-on en lui assénant des principes ? Convaincre ceux qui le sont déjà ? Et quid des autres ? Seront-ils contraints d’écarquiller les yeux, façon Orange Mécanique, afin d’adhérer à des valeurs qu’ils ne comprennent pas ?

Placarder du Charlie Hebdo sur les façades d’immeubles pour porter en étendard nos valeurs ? En sommes-nous donc réduits à cela ? La liberté d’expression se réduirait à des caricatures religieuses alors qu’elle est loin de n’être que cela, et nos valeurs se résumeraient au droit de choquer publiquement, érigé tout à coup en obligation d’ingurgiter des dessins jusqu’à la nausée ? C’est la technique du camp de rééducation…

Il est à craindre que la piste choisie par ce gouvernement soit vaine. Le problème se situe au-delà des quatre murs d’une salle de classe, dans une société où la culture de l’excuse et l’égalitarisme ont conduit à cette situation : l’école n’est plus l’institution qui permet d’entrer dans la société et d’y réussir, c’est la société qui entre dans l’école et la vide de sa raison d’être.

Pour Jean-Michel Blanquer : « Le problème vient aussi parfois des familles. Il faut donc retrouver cette règle d’airain : les parents ne se mêlent pas de pédagogie. »

Ce serait peut-être souhaitable si l’école se contentait d’enseigner ce qui relève du  raisonnable : lire, écrire, compter, et de la culture générale -pour dire les choses de manière très résumée-. Dès l’instant où elle sort de ce cadre-là, elle s’expose -et expose ses enseignants- à une confrontation avec le milieu familial.

La phrase du ministre rappelle la lubie d’un autre ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon, qui en 2013 voulait « arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… ». On dirait bien que les méthodes socialistes pour fabriquer une société plus inclusive n’ont pas donné le résultat escompté.

Que l’école se contente d’être un lieu d’instruction et laisse donc les parents s’occuper du reste.

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  • si  » les valeurs de la république  » n’ont pas été assimilé par certaines familles depuis des décennies , il n’y a pas de raisons qu’elles le soient en quelques minutes dans les écoles ;

    • Le traitement de la situation doit être d’une toute autre méthode, et d’une efficacité absolue. Ou tu t’adaptes ou tu repart !
      Le rappel a l’école reste toutefois utile et indispensable pour faire un premier dénombrements des cas a traiter.

    • Quid des professeurs musulmans ?
      Vont-ils se servir des caricatures pour enseigner la laïcité ? L’EN n’en parle pas….

      • Peillon, Blanquer et leurs affidés suivent la piste Vladimir Ilitch Lenin issue de ses directives : détruire tous les liens sociaux, par exemple la famille par tous les moyens possibles pour construire un monde nouveau, socialiste celui-là !

  • De doux rêveurs !
    Comment croire qu’expliquer aux élèves les principes de l’école et de la République et faire une minute de silence puisse atteindre ceux qui n’en sont pas déjà convaincus ?
    Honnêtement je n’ai pas la solution sur la manière dont il faudrait procéder mais essayer à nouveau de s’en sortir par des bons mots relève de la pure démagogie.
    Devant la pression il fallait que le ministre agisse mais il nous sort une fois de plus une manière utopique de traiter le problème.
    Ce n’est pas l’école qui va redresser un élève qui arrivé chez lui n’aura plus aucun repère si ce n’est son pote qui lui aussi n’a d’autre repère qu’un autre pote, et ainsi de suite, le problème réside dans l’éducation parentale devant laquelle tant de parents ont baissé les bras.
    Et les enseignant, leur a-t-on seulement demandé leur avis, s’ils approuvaient cette méthode, s’ils en avaient une différente et peut-être mieux adaptée car eux sont sur le terrain et non pas derrière un bureau de ministre complètement déconnecté de la réalité ?

    • C’est plus profond que ça. Le crime de Conflans Sainte Honorine tire son origine dans l’indignation d’un père sur les réseaux sociaux, qui a été reçue par un gosse qui se rêvait en « justicier de sa religion ».
      À ce titre, croire que la solution du problème consiste à expliquer les choses aux élèves ne relève même pas de la naïveté mais du rêve éveillé.

  • Ils sont dingues , que dire d’autre. Associer Charlie et ses caricatures à la république, c’était déjà très très fort en aveuglement mais faire croire à des bambins que pousser au crime est un droit républicain…

  • Le temps consacré à cet hommage dans les classes sera autant de temps en moins consacré à apprendre à lire, écrire ou compter. Or on peut vivre adulte sans avoir compris les hommages auxquels on a été convié collégien, mais pas sans savoir lire, écrire et compter. Bon, c’est une opinion personnelle pour avoir été collégien aux USA à la mort de Kennedy, alors ça vaut ce que valent les impressions personnelles d’un vieux ici…

  • Faut il vraiment mettre en avant Charlie Hebdo et se croire ainsi défenseur de la liberté de tout…? Depuis 50 ans que Charlie Hebdo se fout de tout le monde en se croyant encore en 1968!!!ouais c’est drôle leurs caricatures.. et alors?, 68 c’est du passé. Un concept de vieux post soixante-huitards. On a besoin de se marrer certes et de tourner en dérision les excès. Mais enfin à part hercher à être drôle, à quoi sert Charlie Hebdo? Que proposent ils dans le monde d’aujourd’hui ? Ils vont nous dire que leur seul rôle c’est déjà de dénoncer au nom de la liberté. Je trouve cela un peu court. La presse à la responsabilité d’informer et de faire savoir la réalité. C’est devenu trop facile de se foutre de tout le monde. Et de s’autojustifier ou de se croire justifié par la cohorte de bobos de gauche qui n’ont jamais habités dans les HLM ou dans les banlieues … Que n’inventent ils pas un nouvelle forme d’humour? Une autre manière de faire réfléchir et d’avancer? Ou une autre manière d’expliquer ce qu’ils font au delà de se parer de la seule vertu de « défendre la liberté d’expression « .le monde a changé. Charlie Hebdo devrait évoluer et nous faire bénéficier de sa « pensée «  nouvelle s’il le peut. Voilà une manière nouvelle de s’impliquer dans le changement !! Les fous obscurantistes et rétrogrades de tout poil existent bien et vont continuer à exister pour brimer l’individu. Cela doit bien sûr être combattu.
    Entre des politiciens lâches, aveuglés, qui ne défendent pas la prospérité de leurs concitoyens et des journalistes perroquets qui répètent tous la doxa superficielle, on attend un sursaut d’inventivité de création d’idées et d’actions nouvelles qui ne soient pas de l’idéologie… verte ou autre. Dans ´a France qui se dit pays des lumières il doit bien y avoir des gens qui imaginent un lendemain meilleur et non pas une régression sur tous les plans?
    Charlie Hebdo soyez positifs quelque part , pas seulement négatifs ; aidez ceux qui ont des idées pour nous faire bouger , pour mettre en valeur l’individu libre dans ce qu’il a de meilleur , pas pour continuer à être les valets d’un collectivisme dépassé.
    « C’est dur de trouver comment se faire aimer par les cons et aussi par les pas cons » auriez vous pu écrire….

    • C’est un journal humoristique, pas très fin, ils n’ont pas à faire du journalisme ou de la pensée nouvelle. Ca n’autorise pas des gens à les massacrer. Le pire c’est que s’ils avaient attendus 6 mois le journal aurait fait faillite tout seul.

    • Charlie Hebdo a été un fabuleux révélateur de fascisme et un fabuleux moyen de mettre le nez de la gauche dans son islamocaca.
      .
      Ce journal est aussi dans la droite ligne des fous, amuseurs, acteurs et pamphlétaires irrévérencieux qui existaient déjà chez les Grecs, les Romains et tout au long du moyen-âge et de l’époque moderne.
      Le manque d’auto-dérision est d’ailleurs toujours suspect, les totalitaires n’ont aucun humour et je pense sincèrement que l’acceptation des critiques fait partie de ce qui a fait avancer l’occident.
      .
      Je n’aime pas Charlie Hebdo, je ne l’achète pas et ils ne me dérangent donc pas, mais je défends leur liberté d’expression et je les remercie d’être toujours debout à risquer la mort face au fascisme vert pendant qu’une majorité des « élites » tremble comme des feuilles ou collabore activement, voir très activement, depuis des décennies.

  • Merci pour votre article qui explique parfaitement le problème et résume ce que je pense aussi.

    • Merci Mariah,
      Je me sens bien seul parfois à lire la presse dite « de référence «  d’où qu’elle vienne…
      Ce pays a vraiment besoin de repenser et refonder son système de pensée et son système politique et de prendre en compte l’individu d’aujourd’hui.En finir avec le collectivisme , illusion archaïque entretenue par une classe de politiciens privilégiés indûment et de médias pléthoriques éloignés des réalités économiques sociales et démographiques du pays ne vivant la concurrence que comme la recherche du sensationnel pour faire de l’audience….et se croyant en plus investie du role d’être le phare de la bonne pensée. !!!! Au boulot tous ceux là…. sur les chantiers pour voir comment se passe la vraie vie………..!!!

  • « Que l’école se contente d’être un lieu d’instruction et laisse donc les parents s’occuper du reste ». Le problème, en l’espèce, est précisément ces parents qui enseignent à leurs enfants un mode de pensée et d’action qui est en opposition totale avec la Constitution et les lois de la France. Ils doivent ou se soumettre aux lois françaises, ou partir. Il n’y a pas d’alternative.

  • on ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés : depuis combien de temps le ministre est dans le système ?

    et puis, comment peut-on comprendre les « valeurs de la république » quand on ne sait même pas lire ?

    merci madame pour cette article. Comme le disait un conférencier il y a 30 ans : « l’Education nationale n’est pas réformable, il faut la détruire ».
    le fait est que je ne vois pas d’autre solution…

    comme par hasard, le président veut supprimer toute alternative d’instruction (hors contra, en famille)… c’est un signe qui ne trompe pas chez les socialistes (voir Staline et les purges contre les « saboteurs »).

  • Les valeurs de la République, celles qui ont permis le génocide vendéen et donné les pleins pouvoirs à Petain. Beurk.

  • Les romains étaient des cons.
    Il suffisait d’inculquer les valeurs de la république aux barbares et Rome était repartis pour 1500 ans de civilisation non-stop.

  • L’école ne sert pas à instruire mais à former des citoyens libres et éclairés dixit le ministre Blanquer. En France depuis plusieurs années, le tueur n’a pas été correctement formé de toute évidence.

    Je travaille avec les professeurs, dans leurs classes, afin d’apporter une aide à des élèves en difficulté.
    J’ai fréquenté professionnellement près d’une dizaine de professeurs d’Histoire-Géographie. Le cours d’EMC dont est partie la plainte du parent d’élève, est banal bien que je trouve que les professeurs marchent sur des oeufs pour diffuser cette matière : ils ne sont pas professeurs de droit. Quand j’assiste à des cours d’EMC, j’ai les poils qui se hérissent.

    Pour un syndicat d’enseignants, dont je tais le nom car il ne m’importe pas, Samuel Paty est « tombé au champ d’honneur ».
    Pour Blanquer, Samuel Paty « a été tué parce qu’il enseignait et qu’il donnait un cours sur l’un des piliers de notre démocratie : la liberté d’expression. »
    Comment être plus à côté de la plaque ?
    Samuel Paty a été tué parce qu’un gugusse a vu un blasphème (infraction) que ce blasphème était puni de la peine capitale (loi), puis décidé qu’il méritait de mourir (jugement) et lui a donc appliqué son jugement de peine de mort (sentence). [Si ça ce n’est pas « se faire justice » !]
    Son mail au personnel est à en-tête : « Pour l’école de la confiance ». Elle est pas près de revenir la confiance.

    Une minute de silence… elle a été très difficile à faire respecter après Charlie Hebdo, tout autant que pour les attentats de Paris. Les établissements « R.E.P » auront-ils une dérogation les autorisant à ne pas respecter la minute de silence ?

    Comme le dit l’auteure, l’école sert à apprendre à lire, écrire, compter. 50% des élèves de 6ème ne comprennent pas la langue française (beaucoup ne savent pas lire, ils ne lisent pas comme ils le devraient en 6ème, écrivent comme des élèves de début C.P, que ce soit en orthographe ou en graphie) ; 50% (peut-être pas les mêmes) ne savent pas compter (les tables de multiplication sont une étrangeté en 5ème et au-delà). Comment peuvent-ils comprendre ce qu’on veut leur faire ingurgiter ?

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