Espace : l’Europe fait le jeu des États-Unis et des Russes

Le 14 juillet l’Agence spatiale européenne a mis un terme définitif à sa coopération avec Moscou. Le 15 juillet, la NASA et Roscosmos (l’agence spatiale russe) ont décidé de continuer à coopérer.

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GPM Core Observatory By: NASA Goddard Space Flight Center - CC BY 2.0

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Espace : l’Europe fait le jeu des États-Unis et des Russes

Publié le 25 juillet 2022
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Le 14 juillet l’Agence spatiale européenne (ESA)1 a mis un terme définitif à sa coopération avec Moscou. C’est encore une décision politique stupide dans un domaine, la science, où la politique ne devrait pas interférer.

La coopération entre l’ESA et la Russie était déjà suspendue depuis l’entrée en guerre de la Russie contre l’Ukraine. Cette nouvelle décision fondée sur la poursuite des combats en Ukraine irrite fortement la Russie mais c’est également un très mauvais coup porté à l’activité européenne dans l’espace.

Rappelons à ce sujet que l’ESA devait lancer avec une fusée russe sa mission robotique d’exploration de Mars « ExoMars » pendant la fenêtre de tirs de juillet 2020. Cette mission, envisagée dès l’an 2000, avait été inscrite en 2005 comme mission majeure du programme d’exploration Aurora de l’ESA. Elle était effectivement très importante, aussi bien sur le plan scientifique (forages profonds dans le sol pour accéder à la zone non irradiée et peut-être à des traces de vie) et technologique (opération d’un rover en surface, ce qui aurait été nouveau pour l’ESA). En raison de l’incertitude sur la capacité des parachutes à assurer l’atterrissage sur Mars et surtout de la pandémie de covid, elle avait été reportée à la fenêtre de septembre 2022. NB : je rappelle que les départs de fusée vers Mars ne peuvent avoir lieu que tous les 26 mois en raison du déplacement des planètes à une vitesse différente sur des orbites différentes.

En rétorsion la Russie a interdit à l’ESA d’utiliser le nouveau bras robotique « ERA » qu’elle a fourni à la Station Spatiale Internationale (ISS) et qui aurait pu être utilisé pour des opérations de maintenance des modules européens.

En même temps, le 15 juillet, la NASA et Roscosmos (l’agence spatiale russe) ont décidé de continuer à coopérer pour transporter équipages et équipements vers et de l’ISS.

 

Les Européens se tirent une nouvelle fois une balle dans le pied, pour rien

Je rappelle qu’à l’origine, en 2008, l’ESA avait prévu (contracté) de travailler avec la NASA pour cette mission mais qu’en 2011, prétextant les surcoûts du télescope Webb, la NASA s’était retirée. J’écris prétextant car la NASA a mené depuis bien d’autres missions en plus de celle de l’achèvement et du lancement du télescope Webb et qu’elle n’avait pas très envie de se retrouver en auxiliaire des Européens.

L’ESA s’était retournée en 2012 vers un autre partenaire. La justification était l’étalement des coûts. Mais on peut se demander s’il était bien sérieux de choisir la Russie comme partenaire pour lancer et faire atterrir le rover alors que ce pays venait de démontrer l’année précédente la baisse de son niveau technologique en échouant dans l’injection interplanétaire vers Mars de leur mission Phobos-Grunt. Cet échec venait après celui de la mise en service de Beagle 2 au sol en 2003 et avant de rater l’atterrissage de Schiaparelli en 2016. On peut vraiment se demander si pendant tout ce temps l’ESA n’aurait pas pu essayer d’effectuer des lancements et de tenter des atterrissages par elle-même avec son Ariane 6. Ce n’aurait pas pu être pire.

Mais enfin puisque le partenaire Russe avait été choisi, pourquoi ne pas avoir continué alors que rien ne manquait pour le départ ?! La conséquence est très grave. Le rover (nommée Rosalind Franklin, d’après une biochimiste britannique, sans doute pour être à la mode féministe de l’ère du temps) est prêt. Il était prêt pour partir en juillet 2020 alors qu’il aurait dû partir en mai 2018. Il ne partira donc pas plus en septembre 2022.

Il faut maintenant trouver un nouveau partenaire et par la force des choses, ce ne peut être que la NASA. La configuration du lanceur ayant changé et l’atterrisseur étant différent, il faudra aussi changer toutes sortes d’attaches ou d’interfaces entre le rover et son porteur et on n’envisage maintenant qu’un lancement en 2028. De ce fait, les coûts continuent et continueront d’augmenter car non seulement il faudra adapter la mission à ce nouveau lanceur mais il faudra négocier avec la NASA qui voudra certainement tirer profit de cette situation, en demandant par exemple une place pour des instruments qu’elle n’a pas pu envoyer précédemment. Pendant tout ce temps il faut payer les équipes qui continuent à s’occuper de la mission et maintiennent en état le rover, sans compter celles qui devaient s’occuper du rover une fois opérationnel sur Mars. On était parti de 690 millions en 2006, on était à 1,2 milliard en 2012 et on sera sans doute beaucoup plus haut en 2028.

Pendant tout ce temps, l’ESA, donc principalement l’Europe, a dépensé beaucoup d’argent, occupé des scientifiques et des ingénieurs pour rien. In fine elle prive la communauté scientifique mondiale et d’abord en premier lieu la sienne, d’un instrument scientifique extraordinaire pour des motifs irrationnels. Il s’agit un peu d’une punition comme les enfants peuvent en appliquer à des petits camarades qui ne leur plaisent pas. Je veux dire que la réflexion est extrêmement limitée un peu comme celle qui a conduit aux sanctions économiques anti-russes. Les premiers à en souffrir sont ceux qui les décident. Et le gagnant en sont les États-Unis qui continuent à mener leur politique spatiale comme ils l’entendent.

Du début à la fin, c’est une organisation de gribouilles pour lesquels l’argent ne compte pas.

  1. L’ESA n’est pas tout à fait l’Union européenne. Elle comprend 22 membres : Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande,  France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal,  Roumanie, Royaume-Uni, Suède, République Tchèque et Suisse. Le Canada est « membre associé ».
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  • Merci de nous informer de ce nouvel exemple de la stupidité des pays européens comparée au réalisme – d’aucuns emploieraient le terme cynisme – des États-Unis.
    Bien évidemment, l’existence du conflit russo-ukrainien ne doit pas empêcher la poursuite des relations et coopérations dans les domaines artistiques ou scientifiques. Il se trouve que le spatial est un des domaines dans lesquels la coopération entre Européens, de l’Atlantique à l’Oural, est cruciale et fructueuse, bénéficiant à chaque partie, tant les complémentarités sont évidentes et considérables.
    Mais non : pour « fayoter » avec les États-Unis (lesquels n’en ont cure, comme d’habitude) et faire plaisir à M. Zelinsky et aux bonnes âmes moralisatrices, les pays européens nuisent une fois de plus à leurs intérêts fondamentaux et se font les complices objectifs de la domination des États-Unis dans le domaine du spatial.
    En repensant à un récent article d’Yves Montenay paru dans Contrepoints, à savoir « L’Occident est-il en déclin ? », je pense de plus en plus qu’on ne peut donner de réponse valable pour l’ « Occident » car c’est une « ensemble » trop disparate. En revanche, on peut avoir une opinion en ce qui concerne la « sous-catégorie » des pays européens, hors Russie : oui, ils sont en déclin et même en décadence, voire en déliquescence. On a rarement vu en Histoire des pays pratiquer avec autant d’obstination butée une politique contraire à leurs intérêts fondamentaux dans différents domaines : cette navrante affaire spatiale n’en est que l’exemple le plus récent.

  • PS : au fait, comment précisément une décision de cette gravité est-elle prise ? Ne faut-il pas un accord exprès préalable (à la majorité ou à l’unanimité) des 22 États membres dont 3 (Norvège, Royaume-Uni et Suisse) n’appartiennent pas à l’UE ?
    Ou bien les dirigeants de cette agence peuvent-ils prendre par eux-mêmes, sans instructions ni validation préalable expresse des États membres, de telles décisions dont les conséquences sont très lourdes pour leur industrie aérospatiale ?

  • Les technocrates idéologues sont à l’oeuvre…. bien évidement ça continue

  • Il est dommage que l’auteur ne se soit pas suffisamment documenté sur ce dont il parle.
    En vertu de la seconde loi de la thermodynamique, un vide d’air ne peut pas jouxter un volume de haute pression sans une barrière physique entre les deux. Or les agences spatiales prétendent que le vide intersidéral jouxte l’atmosphère terrestre qui est un volume de haute pression sans barrière physique entre les deux : ce qui est strictement impossible. D’ailleurs aucune expérience n’a montré que c’était possible. Dès lors l’espace n’existe pas car il ne peut pas exister en vertu même des lois de la physique. Dès lors il faut conclure que les agences spatiales ne font qu’inventer des contes de fées pour justifier leur pillage fiscal. Inutile de dire qu’on ne sait pas où va véritablement l’argent qu’elles perçoivent.

    -5
    • Commentaire original mais complètement délirant.

      Vous avez probablement mal lu une définition de la deuxième loi de la thermodynamique dans votre dictionnaire encyclopédique (car la présentation que vous en faite est pour le moins « bizarre »).

      Vous devriez aller consulter également les rubriques qui concernent la gravité. Vous y verriez (1) que toute masse génère une gravité; (2) que dans le milieu protoplanétaire de notre système solaire (c’est aussi vrai pour les autres systèmes stellaires) les agglomérations de matière à partir des tourbillons primordiaux résultant de la concentration de matière en son centre devenu étoile, ont permis à cette masse d’accréter par gravité aussi des gaz; (3) que ces gaz ont constitué l’atmosphère des planètes (étant moins denses, les matières en phase gazeuse ont tendance à se localiser à l’extérieur des matières en phase solide); (4) que dans le même temps, l’espace intermédiaire aux astres en formation s’est vidé de ses poussières et de ses gaz (retenus/concentrés par la gravité des planètes dans un volume beaucoup plus petit); (5) que de ce fait, le vide (densité quasiment nulle de matière) s’est généralisé entre les masses des astres (Soleil, planètes, astéroïdes).
      NB: en l’occurrence vous devriez parler de « vide interplanétaire » pas de « vide intersidéral »; vous situez le « phénomène » que vous décrivez juste en dehors de l’atmosphère terrestre!

    • La gravité maintient l’air sur Terre, normalement vos pieds aussi, mais à vous lire, j’ai l’impression que vous planez…

  • Ces missions, dont les noms d’origine sont Exomars 2016 et Exomars 2018. Exomars est bien arrivé sur Mars, un peu trop vite. Exomars 2018, a, étonnamment, changé de nom, pour un raccourcissement en « Exomars ». Après un ratage technique, un ratage politique…
    De toute façon, ces missions sont gérées contre le bon sens, avec des objectifs politiques (« coopération », « partage des contrats industriels », « répartition des fonds par pays » etc) qui sont beaucoup plus importants que les objectifs scientifiques. Les plus petites missions moins couteuses, qui n’attirent pas le politique, sont bien mieux gérées.
    Enfin, je ne comprends pas pourquoi l’Europe persiste à vouloir faire ce qui a déjà été fait.

    • Evidemment il ne faut pas confondre ExoMars-2016 avec cette seconde mission ExoMars (anciennement ExoMars-2018). La partie orbiteur d’ExoMars-2016, le TGO (Trace Gas Orbiter), a été un plein succès et c’est tant mieux. Mais ExoMars-2016 avait aussi pour objet de démontrer que l’ESA était capable de faire atterrir une charge-utile sur Mars sans qu’elle s’écrase et cela a été un échec complet. L’atterrisseur Schiaparelli est bien arrivé sur le sol de Mars mais il est en miettes.
      ExoMars-2018 (donc « ExoMars »), objet de cet article (et du report à 2028), est beaucoup plus ambitieux puisqu’il s’agit non seulement de faire descendre une charge-utile sur Mars sans qu’elle s’écrase mais ensuite de la faire fonctionner. Et il s’agit de quelque chose de beaucoup plus lourd et de plus complexe que l’atterrisseur Schiaparelli (qui ne comportait pratiquement pas de charge scientifique) puisqu’il s’agit d’un laboratoire mobile (rover). L’ESA est très loin de savoir le faire comme le font les Américains régulièrement et comme les Chinois ont prouvé qu’ils savaient le faire.

      Je ne suis pas d’accord avec vous quand vous écrivez « je ne comprends pas pourquoi l’Europe persiste à vouloir faire ce qui a déjà été fait ». En effet le rover européen doit apporter une sonde capable de forer jusqu’à 2 mètres de profondeur et d’accéder ainsi au sous-sol protégé des radiations cosmiques (par cette épaisseur). Cela devrait permettre de découvrir d’éventuelles molécules prébiotiques non détruites par ces radiations. Ce n’est pas rien…encore faut-il arriver sur Mars. Mais si on ajoute à la difficulté technique la prise en compte de considérations complètement hors sujet (comme vous le dites), ce n’est pas pour demain!

  • On peut monter un partenariat avec la Chine désormais ! 😀

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