La grande inconnue des relations entre Pékin et Moscou

Moscou semble s’être mise en position de faiblesse en envahissant l’Ukraine. Cette faiblesse peut-elle être compensée par une véritable alliance avec Pékin ?

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Russia-India-China trilateral meeting between Prime Minister, President of Russia Vladimir Putin and President of China Xi Jinping on the sidelines of G20 Summit 2019 in Osaka, Japan (June 28, 2019) by MEAphotogallery (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0)
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La grande inconnue des relations entre Pékin et Moscou

Publié le 1 avril 2022
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Moscou semble s’être mis en position de faiblesse en envahissant Ukraine. Cette faiblesse peut-elle être compensée par une véritable alliance avec Pékin ? Aujourd’hui, on ne le sait toujours pas.

Rappelons d’abord les racines historiques des rapports sino-russes.

Racines historiques des relations sino-russes depuis 1945

Remontons jusqu’en 1945. Le Japon est sous le choc des deux bombes atomiques et capitule face aux États-Unis.

L’URSS se dépêche de lui déclarer la guerre et de lui prendre des territoires : le sud de la grande île de Sakhaline et les îles Kouriles, ce qui lui permet de menacer un Japon alors démilitarisé.

Simultanément, l’armée soviétique lance ses parachutistes sur la Mandchourie « intérieure », partie « chinoise « de cette région longtemps disputée entre la Chine et la Russie, qui avait été annexée par le Japon. Les Mandchous ne sont pas des Chinois, et la dynastie mandchoue au pouvoir en Chine jusqu’à la révolution de 1912 travaillait dans cette langue et non en mandarin.

La Chine récupère la « Mandchourie intérieure » en 1948, l’autre partie restant russe.

La sinisation y a commencé bien avant avec des agriculteurs chinois, et a été renforcée par l’arrivée de la main-d’œuvre industrielle chinoise.

C’est toujours aujourd’hui une grande base de l’industrie lourde, en général publique, par opposition aux industries modernes et souvent privées du sud de la Chine.

Les communistes chinois prennent le pouvoir en 1949, sauf à Taïwan. Staline et Mao signent un pacte d’alliance à connotation antiaméricaine dès le 14 févriers 1950.

Cela n’empêche pas les conflits frontaliers ni le soutien de l’URSS à l’Inde attaquée par la Chine en 1963.

En 1971, le rival de Mao, Lin Pao, tente de se réfugier en URSS, mais son avion est abattu avant qu’il n’y arrive.

En 1996, la direction des deux pays a changé, l’URSS a été dissoute et son relais est pris par la Russie.

À Moscou, le président Eltsine et le dirigeant Jiang Zemin en Chine concluent un partenariat stratégique et décident de régler le conflit frontalier, ce qui sera finalisé en 2005.

La coopération se fait via le Forum de Shanghai qui devient le 15 juin 2001 l’organisation de coopération de Shanghai. Des exercices militaires conjoints auront lieu en 2005.

Vladimir Poutine continue de renforcer les liens entre les deux pays et notamment soutient le projet chinois des Routes de la Soie.

En 2014 a lieu la première crise ukrainienne, avec l’annexion de la Crimée par la Russie.
La dégradation corrélative des relations russo-américaines donne plus d’importance aux relations de la Russie avec la Chine.

Les données contemporaines du couple Chine – Russie

La Russie a 10 fois moins d’habitants que la Chine, et ils sont presque tous à l’ouest du pays, principalement en Europe. Le long de la frontière chinoise, la Sibérie russe est vide et il paraît logique qu’elle se remplisse de Chinois, d’où la méfiance russe.

Carte Russie - Chine
Carte Russie (vert) et Chine (orange) à l’est de l’Europe.

Chine et Russie sont toutes deux en décroissance démographique, donc cette menace d’invasion pacifique ou militaire s’estompe légèrement.

Il n’en reste pas moins vrai qu’avec une faible partie de la population chinoise on pourrait gommer la plus grande partie de l’Asie russe.

De même en économie : vers 1990 l’économie chinoise était grossièrement de même importance que l’économie russe. Aujourd’hui elle est 10 fois supérieure.

La conclusion à ce stade est que la relation entre la Russie et la Chine est celle du faible et du fort

Néanmoins la Chine a besoin de la Russie pour son projet des Routes de la Soie en Asie centrale, où les pays comme le Kazakhstan et ses voisins faisaient partie de l’URSS et sont toujours sous influence russe.

Moscou et Pékin ont signé en 2019 une déclaration commune « sur le développement du partenariat stratégique général » qui réaffirme les objectifs des années 1990.
Cette déclaration a été renforcée, à l’ouverture des Jeux Olympiques, le 4 février 2022 par la signature de l’accord de Coopération Chine/Russie et un communiqué commun proclamant que « jamais les relations sino-russes n’avaient été aussi bonnes ».

L’invasion de l’Ukraine a mis à l’épreuve ces déclarations.

Neutralité chinoise face l’invasion de l’Ukraine

La Chine a commencé par qualifier de mensonges les avertissements américains disant que les concentrations autour de l’Ukraine annonçaient une invasion prochaine.

Puis la Chine a insisté sur sa neutralité.

À l’ONU elle ne condamne pas l’agression russe, « regrette profondément » le conflit, « accorde une extrême attention aux préjudices subis par les civils », et appelle les deux pays à « résoudre le problème par la négociation ».

Le 2 mars, elle s’abstient lors du vote de la résolution exigeant « que la Russie cesse immédiatement de recourir à la force contre l’Ukraine ».

Que fait matériellement la Chine pour aider la Russie ?

Au-delà des proclamations, le fait important est que la Chine a décidé de ne pas s’associer aux sanctions, ce qui la place de facto dans le camp russe.

Ira-t-elle plus loin ? Sera-t-elle l’intermédiaire permettant à la Russie de limiter les effets des sanctions, voire de devenir « le client de secours » pour la Russie ?

Probablement, mais sur le deuxième point, il y a des limitations physiques et de toutes façons la Chine ne peut pas absorber autant d’hydrocarbures et de blé russe que l’Europe.

Et, à part le pétrole et le gaz, les deux économies n’échangent pas grand-chose, exceptées les exportations russes d’armes modernes vers la Chine.

Sur le plan des règlements internationaux, la Chine propose son système CPIS (système de paiement interbancaire transfrontalier) aux banques russes exclues début mars du système Swift de messagerie interbancaire.

Ce système chinois lancé en 2015 est principalement utilisé pour régler les crédits internationaux en yuans, dont les échanges liés à l’initiative « Belt and Road »(ou Routes de la Soie).

Remarquons que Sberbank, la plus grande banque de Russie, utilisée pour le paiement des importations européennes des hydrocarbures russes est restée chez Swift et que la Russie a exigé le paiement de ses hydrocarbures en roubles, ce qui a été refusé par les importateurs occidentaux.

Ces perturbations dans le système international de paiement ont visiblement créé une grande confusion dans la presse économique. Personne ne sait ce qui se passera concrètement dans les semaines à venir.

Les limites de l’aide chinoise

Privée des technologies occidentales, la Russie leur trouverait-elle un remplacement en Chine ?

En tout cas, ce ne sera pas possible pour les pièces détachées de sa flotte aérienne, ce qui est en train de la paralyser. La Chine vient de le refuser ce 10 mars, car beaucoup de pièces d’aviation sont également américaines en Chine, et cette dernière craint des représailles américaines.

Quant aux compagnies pétrolières chinoises, qui seraient certainement très heureuses de remplacer les Occidentaux, et notamment Total, elles n’ont pas une technologie du même niveau.

La Chine donne l’impression d’hésiter sur la conduite à adopter, prise entre deux feux :

  • stratégiquement elle se pense dans le même camp anti-occidental que Moscou et diffuse les infox de cette dernière.
  • elle est un membre très actif de la mondialisation, et donc sensible à toute sanction ou punition qu’elle pourrait subir en aidant la Russie plus qu’elle ne le fait actuellement.

 

Par ailleurs, elle observe la situation commerciale russe en pensant aux sanctions qu’elle subirait elle-même si l’idée lui venait d’attaquer Taïwan.

Et la situation militaire de Moscou semble la surprendre par son relatif échec face à la résistance ukrainienne. Se pose-t-elle des questions sur une éventuelle résistance analogue de Taïwan ?

Enfin, l’Ukraine est un fournisseur important de blé pour la Chine, et une porte d’entrée pour les produits chinois en Europe. Les salaires en Ukraine étant beaucoup plus bas que dans l’Union européenne, beaucoup d’entreprises chinoises y ont investi pour exporter vers l’Europe.

La Chine souhaite donc que la guerre prenne fin pour pouvoir sauvegarder cette source de nourriture (depuis des siècles, le souci prioritaire de la Chine) et ces investissements.

Pour la Chine ce qui compte, c’est ce qui servira ses intérêts

Bref, la Chine observe la situation et espère tirer des marrons du feu. Opportuniste, ce qui l’intéresse dans ce conflit est ce qui pourra servir ses intérêts.

  • elle essaye de détacher l’Europe de l’influence américaine, en disant que l’Union européenne supporte le coût des sanctions et la charge des réfugiés ukrainiens, alors que les États-Unis sont à l’abri, à bonne distance.
  • elle espère aussi qu’en contrepartie d’une aide, la Russie lui donnera accès aux ports de l’Arctique, qui sont en train de se libérer des glaces avec le réchauffement climatique.
  • elle espère enfin que la Russie lui donnera accès à sa technologie en matière d’armes nucléaires.

 

Bref, les enjeux sont importants pour la Chine et donc pour le monde entier.

Mais je note une incertitude supplémentaire : vous avez remarqué que j’évoque souvent Pékin et  Moscou, et non la Chine et la Russie. Car la gouvernance de ces deux pays semble être entièrement entre les mains de deux personnes, Poutine et Xi, et peut donc changer si l’un des deux disparaît.

Le sort de Poutine est de plus en plus souvent évoqué.

Quant à celui de Xi, le renouvellement de son mandat dépend des réunions politiques de cet automne, alors qu’il s’est exposé personnellement en proclamant un mois avant l’invasion « que l’amitié entre les deux États n’avait pas de limite ».

En principe, toutes les précautions sont prises pour donner un nouveau mandat au président actuel, en violation des traditions depuis la disparition de Mao. Mais tant que ce n’est pas fait…

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