Ukraine : la communication remplace la diplomatie et la stratégie

Lors du conflit Ukraine-Russie, nous assistons à un remplacement de la diplomatie par la communication publique. Une tendance qui est problématique dans la bonne conduite stratégique.

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Emmanuel Macron by Mutualité Française (CC BY-NC-ND 2.0)

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Ukraine : la communication remplace la diplomatie et la stratégie

Publié le 8 juillet 2022
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La publication d’une partie d’un entretien entre Macron et Poutine au grand public n’a pas plu à Moscou. Sergueï Lavrov, ministre des Affaires étrangères russes, a parlé d’un manquement à l’étiquette diplomatique. Cet incident diplomatique met en lumière un problème dans la stratégie des dirigeants européens lors du conflit Ukraine-Russie : un remplacement de la diplomatie par la communication publique.

Une tendance qui est problématique dans la bonne conduite stratégique.

 

De la diplomatie entre dirigeants à la communication au grand public en Ukraine

La diplomatie a longtemps été l’affaire des cabinets politiques, des diplomates et des dirigeants. Celle-ci se faisait avec une grande discrétion. La dimension quasiment secrète des discussions et d’un certain nombre d’actions dominait.

Des aspects particulièrement vrais en temps de crise. Afin d’éviter l’escalade et une excitation de l’opinion publique, il était souvent nécessaire d’agir dans l’ombre.

Avec la guerre en Ukraine, nous assistons à une domination de la communication publique chez les dirigeants européens. Si celle-ci est nécessaire dans nos sociétés démocratiques à des fins de transparence, elle a revêtu dans le conflit actuel une posture maladroite.

 

Certaines choses ne doivent pas être révélées

Le meilleur exemple de cette maladresse est le discours sur la livraison d’armes à l’Ukraine. Il est habituel que des pays ne voulant pas entrer en guerre envoient des armes aux camps qu’ils veulent aider. Néanmoins, dans le passé, ces actions étaient menées avec la plus grande discrétion et inconnues du public.

En effet, les révéler c’est donner du renseignement à l’adversaire, sans compter que le fournisseur d’armes expose au grand jour ses intentions. C’est malheureusement ce qu’ont fait les Européens en annonçant la livraison d’armes mais aussi en dévoilant quel type d’armes : de l’artillerie Caesar pour la France, des blindés anti-aériens pour l’Allemagne.

Cette communication publique autour de la livraison a même abouti à un cafouillage sur la possible livraison d’avion polonais à l’Ukraine début mars.

En l’espèce, elle permet à la Russie de connaître le type d’armement qui va arriver en Ukraine et donc de s’adapter voire de frapper des zones probables où l’armement de l’OTAN est livré : les frappes à l’ouest de l’Ukraine étaient potentiellement dans ce but. Cette posture européenne est contraire à un certain bon sens stratégique qui implique l’imprévisibilité. Au final, l’Europe n’aide pas l’Ukraine en agissant comme cela. Certes, il s’agit de répondre aux demandes d’aide du président ukrainien Zelenski qui joue sur la médiatisation. Mais le bon sens stratégique doit revenir.

 

Une communication de réaction plutôt qu’une stratégie diplomatique sur le moyen et long terme

La communication des dirigeants européens sur l’Ukraine apparait comme une réaction aux évènements. Il s’agit de donner un discours à l’opinion publique. Le problème est que l’impression donnée est celle d’une Europe qui subit. Alors que pour tendre vers une résolution efficace du conflit, il s’agirait d’établir une stratégie sur le moyen et long terme.

Si les Européens ne veulent pas que le sort du continent soit uniquement décidé par les stratèges de Washington et de Moscou, ils doivent retrouver le goût de la stratégie et de la diplomatie.

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  • Au chaud dans les palais dorés de la République, les technocrates ne connaissent pas l’action, l’ENA leur a uniquement appris à communiquer, c’est-à-dire à justifier tout et son contraire : c’est le triomphe du en même temps !
    Nous n’avons plus de politiques, seulement de médiocres gestionnaires très intelligents qui ruinent le pays, tout nos indicateurs sont dans le rouge et apparemment la diplomatie vient rejoindre l’éducation, la santé etc.

  • De manière plus générale, qu’il s’agisse de politique, d’économie, de justice, d’instruction, de science, de sécurité ou de défense, on voit bien que désormais la compétence a cédé la place au bavardage.

  • Les « dirigeants » européens ont pour mission d’être la courroie de transmission des Américains, la stratégie et la diplomatie ne font pas partie des compétences qui leur sont demandées.
    Les décisions de santé publique se font sous le secret défense, par contre les discussions diplomatiques sont mises sur la place publique et, disons-le, les premières intéressent bien plus la population que les secondes. Cherchez la malveillance ….
    Et si on ne garantit plus la confidentialité à ses contacts étrangers, on ne reçoit plus aucune confidence et on doit décider à l’aveugle ….

  • la Diplomatie demande de l’intelligence…

  • moi je dirais surtout que ce qui est bizarre c’est la demi guerre…

    nous ne sommes PAS en guerre…il faut le rappeler..

  • Les commentaires sont fermés.

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