La France Potemkine

Plus ça va et plus la potemkinisation du pays devient apparente, sans que la course au pouvoir ne s’en voit le moins du monde modifiée.

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Comédie française credits gamebouille (CC BY-NC 2.0)

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La France Potemkine

Publié le 17 juin 2022
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Le niveau des élèves français est réellement stupéfiant : bien qu’apparemment un peu en dessous de celui de certains Ukrainiens, le baccalauréat est maintenant décroché par plus de 90 % d’entre eux, sous les applaudissements de la foule et notamment des enseignants, de plus en plus ravis de faire le plus beau métier du monde.

Ou presque.

Il apparaît en effet que certains de ces professeurs – des ronchons, sans doute – se plaignent de voir autoritairement relevées les notes qu’ils attribuent aux copies qu’ils ont eu à déchiffrer noter lors de l’épreuve du bac 2022. La polémique enfle : ayant noté une moyenne de copies, voilà qu’ils constatent que cette moyenne a été relevée, parfois de plusieurs points, et notamment pour les notes plus faibles.

Comment est-ce possible ? Entre la plateforme numérique sur laquelle sont saisies ces notes, les rectorats et toutes les petites mains administratives qui se battent tous pour l’excellence de nos chères têtes blondes, le mystère reste entier même si certains soupçonnent que l’idée générale d’une certaine « harmonisation » des notes ne suffirait pas à expliquer leur glissement (toujours constaté à la hausse).

Les autorités seraient-elles en train de maquiller les notations pour les améliorer, et camoufler ainsi le niveau médiocre des élèves ?

Vous n’y pensez pas ! Il serait inconcevable qu’on joue ainsi avec des chiffres pour brosser dans le sens du poil des élèves, des parents (qui sont des électeurs de façon indirecte) voire des autorités politiques, et d’autant plus qu’il ne fait en réalité aucun doute que les élèves français maîtrisent à l’évidence les arcanes de leur langue comme en témoigne le questionnement sur l’un des sujets de philosophie pour savoir si ludique n’était pas un mot trop compliqué dans l’intitulé.

Non, décidément, cette histoire de notes du bac mystérieusement relevées ne tient pas debout.

Ce serait… Ce serait… Ce serait comme insister sur l’existence de plusieurs dizaines de milliers de faux billets distribués lors du match Liverpool et Madrid à la Finale de la Ligue des Champions disputée au Stade de France fin mai dernier : on sentirait de trop loin le gros bobard mal torché.

Cela n’empêchera pas Didier Lallement, préfet de police de Paris, d’utiliser cette fine excuse pour expliquer la petite bousculade qui eut lieu aux alentours du stade lors de cette rencontre internationale par ailleurs très bien planifiée, organisée et gérée par l’ensemble des autorités en responsabilité.

Le retour à la réalité (2800 faux billets constatés) n’aura fort heureusement entraîné aucune sanction, aucune mise à pied ni prise de conscience pour notre élite dirigeante qui, en responsabilité toujours, a misé sur l’incident diplomatique avec le Royaume Uni plutôt qu’avec la Seine-Saint-Denis.

Gentils décalages de notes au bac, petits pipeaux pieux pour le Stade de France, tout se déroule comme si notre administration et nos dirigeants n’étaient plus exactement en phase avec les chiffres réels et leur préféraient ceux qu’ils avaient méticuleusement concoctés : ces derniers ont l’avantage d’aider à venir peindre une réalité différente, plus facile à appréhender et pour laquelle les problèmes (de niveau d’éducation, de criminalité, d’image de marque…) s’évaporent miraculeusement.

C’est un peu comme cette inflation dont l’INSEE s’empare fébrilement chaque trimestre pour élaborer une quintessence de calcul irréprochable et systématiquement en décalage avec la réalité, décalage favorable avec le pouvoir ce qui est à la fois un hasard commode et une propriété presque inhérente à la façon de mener le calcul (ça tombe bien).

Et lorsque certains, hardis (et un peu foufous, soyons honnêtes) se demandent si ce chiffre n’est pas un peu sous-estimé, une fine analyse sera rapidement poussée pour conclure à une « divergence méthodologique » qui, rassurez-vous, ne change rien : oui, certes, l’immobilier et l’énergie sont complètement sous-cotés dans l’indice officiel mais c’est parce que Raisons A, B et C et tubulures chromées X, Y et Z et à la fin, hop, petit chiffre ici, soustraction là, voyez m’ame Ginette pas de quoi s’affoler : 3 %, c’est vraiment tranquillou, respirez m’ame Ginette.

C’est un peu comme la dette. À 2800 milliards d’euros, on ne compte plus au milliard près, tout ceci serait mesquin. Et si l’on peut, là encore, s’arranger avec la réalité, on n’hésitera pas à le faire comme le président Hollande le fit à son tour sans la moindre vergogne. À la fin, la réalité finira toujours par cogner, mais au moins peut-on présenter temporairement, comme pour le bac, comme pour les exactions au Stade de France, comme pour l’inflation, des chiffres contrôlés et un narratif sinon séduisant au moins pas catastrophique, presque sympathique.

En somme, on habille, on nettoie, on accommode, on arrange, on ripoline vite fait, on embellit. On pose un décor dont l’épaisseur et la coloration du carton-pâte varie… mais qui reste un décor et progressivement, l’État français ne propose plus qu’un bac Potemkine, qu’une éducation Potemkine, qu’une sécurité Potemkine ou qu’un service public Potemkine en général.

Et ce n’est pas nouveau, c’est même devenu extrêmement tendance ces dernières années avec toute la compagnie de clowns et d’histrions bariolés qui occupent le pouvoir actuellement.

Est-il utile de revenir sur les stocks (de masques, de vaccins, de lits et j’en passe) dans notre système de soins ? À chaque fois, les gouvernants ont feint la surprise en découvrant – toujours trop tard – que les chiffres annoncés étaient fantaisistes et les stocks largement fantasmés ?

Du reste, tout le système est une magnifique illustration de cette potemkinisation : la façade montre un personnel mobilisé, des équipements modernes et des services au taquet pour assurer une qualité de soins irréprochables aux patients et à ceux qui payent, contribuables et assurés. L’envers du décor montre des services désorganisés, un personnel épuisé, démotivé et débordé et des urgences qui ne sont plus assurées.

Le pays Potemkine a probablement commencé à mesure que le décalage entre le discours politique et la réalité s’est fait trop violent pour être admis par le pouvoir en place, directement responsable de la dérive. On se souvient ainsi des voyants qui se remettaient tous tranquillement au vert de Mauroy dans les années 1980, tout comme ce « sentiment d’insécurité » qui doit nous faire oublier les exactions de plus en plus nombreuses et violentes dont sont victimes les Français.

À présent, il n’est plus un domaine dont l’État s’est emparé qui ne se soit pas accablé de cet écart consternant entre sa devanture, vantée par toute la clique au pouvoir quel qu’en soit le bord politique, et les coulisses rafistolées aux indicateurs bricolés sans honte pour afficher une santé, des performances ou des caractéristiques de plus en plus irréelles.

Même si, maintenant, une majorité de Français semble avoir compris qu’ils se déplacent dans ce décor de carton-pâte, ce qui la pousse à marquer une pause dans sa participation au théâtre, un nombre considérable d’entre eux refuse encore de regarder la réalité en face : il n’est qu’à voir le nombre de citoyens prêts pour le marché de Nupes ou à remettre une couche de Renuisance pour comprendre que ceux-là se satisfont très bien de ce décor et de ces faux-semblants tant qu’ils en profitent.

Les législatives Potemkine vont donc se dérouler sans accrocs, et le Parlement Potemkine, fraîchement élu, fera semblant d’exercer le pouvoir législatif.

Ce pays Potemkine est foutu.


—-
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  • Merci H16, j’ai appris un nouveau mot : Potemkine ! (je connaissais « Ludique » hein 😉 )

    • Allons allons, le ministre Potemkine de Catherine II, le célèbre escalier d’Odessa du film d’Eisenstein et son landeau.

  • Ce n’est pas parce qu’il y a 90% de bacheliers qu’ils sont nécessairement mauvais, ça ce serait une approche pour faire plaisir aux boomers. Il est clair que cette augmentation de réussite au baccalauréat coïncide avec une perte de performance internationale… en France. Mais j’ai l’impression que sous l’impact d’une démocratisation de l’instruction sur nos appareils hiérarchiques, nous avons inconsciemment choisi de la saboter pour protéger ces derniers. A noter que l’atteinte de niveaux de démocratisation de l’instruction impacte tous les pays et que tous ne répondent pas de la même façon ; en la matière au moins la France semble plus suivre les dynamiques de pays historiquement autoritaires plutôt que celles de pays historiquement libéraux (même si c’est toujours en effet en faisant des manières, en se faisant croire le contraire).

    -2
    • Pastiche de la Novlangue de l’Agit·Prop·Nationale?
      Bien réussi…

      • Qu’est-ce qui vous fait penser à de la novlangue ? J’essaie au contraire de dessiner avec mon commentaire une ligne de clivage, il me semble que l’idée de novlangue est de supprimer toute dialectique et nuance.
        Il est vrai que dans ce commentaire je ne prends pas une position claire sur cette ligne de clivage (on ne la devine pas ?) : je le fais un peu plus dans un autre commentaire.

    • Avatar
      jacques lemiere
      19 juin 2022 at 7 h 45 min

      personne ne dit qu’ils sont « mauvais »…

      le baccalauréat n’est en somme qu’un examen qui vérifie i si l’éléve a acquis un certain nombre de connaissances et aptitudes supposées necessaires.. qui dans la poursuite des études, qui dans la vie qui dans le vie professionnelle..

      le sujet devrait être mais diable , qui décide de cet ensemble de connaissances??? et quelle procédures utilisent ils pour vérifier que cet ensemble est pertinent???

      la baisse de niveau des élèves français est en fait pour moi relativement insignifiante..

      En premier lieu, nous sommes dans un système hallucinant où les parents sont dépossédés de leur droit le plus strict, pour des raisons diverses et variées que je trouve bancale;.
      Tout les défenseurs de l’ed nat sont constructivistes.. mais surtout personne ne veut débattre sur ce qui est construit…
      la prospérité du pays je m’en fous.. le niveau des élèves je m’en fous, son économie je m’en fous..en ce sens que je m’interdis de forcer les gens à être plus prospère ou plus bosseurs à l’école..

      Les citoyens d’un pays libre sont supposés avant tout faire comprendre les valeurs libérales à leurs enfants enfant et les raisons d’un état de droit…la limité de l’exercice de la liberté, la liberté d’expression, la condamnation sur preuve.. etc…pour le reste…les gens sont libres..

      ce qui est enseigné est l’étatisme… les critiques ,en général des gens qui on réussi à avoir un statut via ce système , ne souhaitent pas la fin de l’étatisme.. ( ça serait délégitimer leur statut) mais la maitrise de l’état.. parce que. il faut plus d’industrie, d’ingénieurs, plus de ceci ou cela.. parce qu’ils ont une idée d’un pays prospère…

      non…le bac n’illustre que le grotesque et l’hypocrisie et l’arbitraire…

      la réalité est qu’une bonne éducation se résume en fait à la capacité à interagir et communiquer « paisiblement » avec les autres..être civilisé…

      pour le reste…le mondé économique et technique évolue..certes lentement en général… le système éducatif se met dans le situation du planificateur communiste… le monde de demain sera « comme ça »..à peu près pareil donc on va enseigner à peu près la même chose que la génération précédente.. mais pour la partie qui va changer?????? il ya une formation connaitre l’avenir? sans le déterminer de force?

      et on s’etonne de ne pas avoir de bill gates…

      il faut commencer par remettre les diplômes à leur place..

      • Avatar
        jacques lemiere
        19 juin 2022 at 7 h 56 min

        il faut un marché de l’enseignement avec une offre diversifiée.. ce qui implique des choix à faire pour les parents.. mais en même temps casser le mythe du diplôme..comme la seul clef du succès..

        l’ ed nat , comme le communisme, n’a pas « failli  » ( à quoi???? ) car les gens qui en ont la charge sont incompétents..
        l’ed nat forme d’abord à faire perdurer l’autorité de led nat.. empêcher la concurrence est ce qui fédère ses membres.. non au privé…

        il faut regarder ce que font le gens pour contourner le système.. les cours privés par exemple.. mais on peut espérer des diplômes privés…un bac privé…

        • @jacques lemiere
          Ceux qui nous gouvernent ont bien failli par rapport à ce qu’ils ont annoncé, ce qui est systématique quand les gens de gouvernement annoncent quoi que ce soit. D’accord sur le reste.

        • Excellent ! Merci h16.

      • Oui, notre système éducatif suit un objectif d’usinage des individus, à la base pour servir une armée et une industrie structurée de manière militaire. On se retrouve à former des gens dociles et à faire une sélection des plus conformistes. Je pense que nous sommes relativement d’accord.

        Pour autant si je suis d’accord sur l’inopérance du diplôme en matière de sélection, il y a parfois une critique des diplômes qui me semble en fait vouloir mettre en cause l’idée que la formation initiale permet d’acquérir certaines compétences cognitives (voire l’existence même de ces compétences) qui, aujourd’hui en tous cas, ne font plus vraiment l’objet d’effort d’acquisition dans l’entreprise et la formation professionnelle ; il y aurait aussi à dire là-dessus : nous faisons système, et la plupart de nos entreprises me semble tout à fait à la hauteur de notre système d’instruction.
        Vous prenez l’exemple de Bill Gates… la France forme bel et bien des personnes compétentes dans le secteur de la technologie. Mais les entreprises elles-mêmes valorisent les compétences de profils de gestionnaires et d’administrateurs (pas uniquement au niveau du salaire, mais aussi socialement au sein de l’entreprise), la valorisation d’autres compétences de français bien formés se fait… dans d’autres pays.

  • On se moque parfois des belges, mais leur blague sur notre emblème, le coq est fort pertinente : les pattes dans le fumier en faisant cocorico……….

    • @nanard
      Bonsoir,
      J’en ai entendu une bonne blague belge :
      Comment un belge devient riche ? Il achète un français à sa valeur et le revend à ce qu’il croit valoir.

  • Tout ça à cause du libéralisme, de l’excés de libertés individuelles, de la mondialisation et des anti-vax…

    C’est en tout cas ce que croit l’immense majorité des français.

    CPEF

    • Au moins « l’immense majorité des français » croira qu’elle ne mourra pas d’une forme grave du COVID 😉
      La mort est toujours plus agréable quand on est bardé de certitude.

  • En cas de naufrage on pense toujours aux bateaux mais toutes les sociétés finissent par faire naufrage… Surtout quand on leur tire en dessous de la ligne de flottaison ou qu’on introduit le cheval de Troie… Macron, un sacré canasson 😁

  • CPEF, l’Euro avec 🙁

  • « La couche de Renuisance » et « le marché de Nupes » : quel bonheur de commencer la journée en vous lisant cher h16 ! Vos billets sont un antidote à la morosité ambiante…

  • « progressivement, l’État français ne propose plus qu’un bac Potemkine, qu’une éducation Potemkine, qu’une sécurité Potemkine ou qu’un service public Potemkine en général. » Un pays Potemkine est l’enfant naturel, bien qu’illégitime, de toute dictature, en particulier marxiste. Ca tombe bien, on y est en plein.

  • 👍marché des Nupes… ou Renuisance!!!! Hélas.

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