Législatives 2022 : l’impossible majorité

Dans les pays qui y sont habitués, la constitution des coalitions de gouvernement met en général entre un et trois mois. Qu’en sera-t-il de la France ?

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Législatives 2022 : l’impossible majorité

Publié le 24 juin 2022
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53,7 % de Français ont refusé de participer au second tour des législatives. Le message est on ne peut plus clair et limpide : 53,7 % des Français ne s’intéressent pas à la désignation du pouvoir.

On pouvait donc penser que le message soit entendu, que le pouvoir fasse preuve d’humilité, réfléchisse, se remette en question… Que nenni ! À peine le chiffre a-t-il été constaté qu’aussitôt, la fureur politicienne a repris le haut de l’affiche.

Il vient pourtant de se prendre une sacré claque, le « en même temps », le « dire une chose et faire son contraire », le billard à trois bandes, la combine, l’entourloupe : le machiavélisme assumé et sans aucune morale dont le président réélu a fait sa doxa.

Quelle claque, quelle débandade ! Abstention record et pas de majorité.

Hé ben non ! Sitôt les urnes rangées au placard, le spectacle est reparti de plus belle et les manœuvres politiciennes s’étalent de nouveau sans honte aucune au plein jour.

Petit feuilleton des derniers jours, début du premier acte quelques minutes à peine après les premières estimations officielles.

 

Acte 1 : les regards se tournent vers LR

  • Dimanche 19 juin 20:27 : l’ancien patron des LR, Jean-François Coppé, lance l’idée d’une coalition autour d’un pacte de gouvernement entre Macron et LR.
  • Dimanche 19 juin 20:50 : Jordan Bardella fâche tout rouge Rachida Dati en lui disant que LR sera la béquille du gouvernement.
  • Dimanche 19 juin 22:19 : Christian Jacob siffle la fin de la récré et officialise la position LR : « Nous sommes dans l’opposition et nous resterons dans l’opposition »
  • Lundi 20 juin dès potron-minet : les cadres LR font le tour des plateaux radio et TV pour corriger la gaffe Coppé : pas question de transformer LR en béquille ou en « roue de secours de la Macronie »

 

LR semble s’être rendu compte très vite que la quasi-totalité de ses députés présents au second tour ont été élus (64 sur 75 LR+UDI) et que ce sont majoritairement des jeunes totalement hermétiques au socialisme et à l’autoritarisme à peine cachés d’Emmanuel Macron.

Hors de question pour eux de monter sur le radeau de fortune composé des débris encore flottants du naufrage de la Macronie. Fin du premier acte qui se concrétise par l’élection d’Olivier Marleix, auteur d’un brûlot au vitriol sur Emmanuel Macron (ainsi que sur la classe politique française sans distinction depuis mai 1981, y compris Chirac et Sarkozy) et qui s’était entre autres choses fait remarquer par sa ferme opposition au passe vaccinal et sa dénonciation de la gestion du dossier Alsthom.

Coté LR, c’est le village gaulois, avec en réserve le peloton libéral-conservateur : Lisnard, Retailleau, Bellamy (c’est-à-dire l’association des maires de France, le Sénat et le Parlement européen), qui attendent tranquillement bien au chaud que les pitreries s’achèvent et que le « en-même temps » finisse de se noyer dans son océan de vacuité et de ridicule.

 

Acte 2 : NUPES explose en plein vol

N’ayant vraisemblablement pas suivi la claque que vient de prendre la tentative de bricolage à droite, la France Insoumise s’engouffre dans ce qu’elle pense bien être une brèche ouverte par Jordan Bardella.

Ayant pendant 3 semaines péroré partout avec fierté le succès de leurs propres magouilles d’appareil et encensé la coalition de circonstance appelée NUPES, ils croyaient pourtant bien faire un coup d’éclat en dénonçant l’ignoble magouille d’appareil et la ridicule coalition de circonstance que serait l’union Ensemble + LR.

  • Lundi 20 juin 11:06 : forte de ses 141 sièges, la NUPES annonce officiellement vouloir déposer une motion de censure contre le gouvernement.
  • Lundi 20 juin 11:07 : la NUPES n’existe plus. La France Insoumise se retrouve deuxième force d’opposition, à quasi-égalité de siège avec LR.

 

Ayant sans doute eu le temps de prétendre s’intéresser à ce qu’il s’était passé chez LR, les 25 députés écologistes, les 25 députés socialistes et les 12 députés communistes, élus grâce à l’arnaque à électeur bisounours (AEB, alias NUPES), quittent le train en marche et refusent la constitution d’un groupe parlementaire unique.

Rapide calcul : 246 ensemble + 13 socialistes élus hors AEB + 25 socialistes élus via AEB + 5 centristes = 289. Exactement la majorité absolue ! En y ajoutant les 25 écologistes, on élimine la marge d’erreur.

  • Mardi 21 juin 9:00 : Élizabeth Borne présente sa démission à Emmanuel Macron, qui la refuse aussitôt. On aura confirmation plus tard que le président de la République lui confie la tâche de débaucher du monde pour former une majorité et tenter de sauver son poste.

 

Acte 3 : l’impasse

  • Mardi 21 juin 10:00 : Emmanuel Macron reçoit les dirigeants des principaux partis et évoque avec les extrêmes l’hypothèse d’une union sacrée à l’instar de la large coalition de 1914. Les consultations se poursuivent le mercredi matin.

 

LFI rejette aussitôt l’idée de l’union sacrée, ayant de toute évidence mal compris l’allusion et croyant que le président lui demandait de s’allier avec la majorité présidentielle. Le RN est plus mesuré. Aussitôt tout le microcosme se met à phosphorer sur cette éventualité fantaisiste sans vraiment s’intéresser aux autres possibilités.

 

Le moins que l’on puisse comprendre de l’allocution du président de la République, est que sa capacité à nier la réalité et à ne pas prendre de décision sont presque sans limites.

Après avoir pendant 5 ans organisé le chaos, Emmanuel Macron semble ne pas comprendre pourquoi il récolte un pays au bord de l’implosion. Après avoir pendant 5 ans fait tout pour humilier et massacrer les partis politiques capables d’une réelle alternance, il se retrouve subitement isolé et confronté à 5 options possibles :

Payer un prix exorbitant pour obtenir une alliance avec LR

Parce que sans a minima le poste de Premier ministre, le renvoi de tous les transfuges et de tous les ex-PS (ce qui ne laisse plus beaucoup de place), l’adoption du projet LR et un chèque en blanc pour que les députés Ensemble votent tout ce que le gouvernement LR leur dira de voter, il est impensable que LR prenne le risque de tenter de sauver le soldat Macron.

Naviguer à vue, projet après projet

LR a d’ailleurs aussitôt sauté sur cette occasion pour mettre de côté l’option alliance et proposera donc la semaine prochaine un projet pour adresser la problématique du pouvoir d’achat. La découverte de celui-ci (par Emmanuel Macron, François Bayrou, Elizabeth Borne et la presse) risque d’être un grand moment.

Accepter la main tendue des socialistes

Contrairement à LR, ils n’ont rien à perdre. Tout le monde a bien compris que cela signifierait la continuation de la politique des 5 dernières années et qu’un torrent de haine et de colère populaire risque bien d’accompagner ce choix.

Faire émerger une alliance improbable, type RN + LFI

Cette union sacrée produisant (comme dans les pays où elle a émergé) une très rapide et gigantesque catastrophe qui permettrait à Emmanuel Macron de se poser en sauveur par une magnifique dissolution une fois la plaisanterie terminée et les deux partis Yaka Fokon totalement ridiculisés.

Déclencher une crise institutionnelle et s’engager dans une voix constituante 

De toute façon, il faudra bien en arriver là un jour où l’autre. Cela dit, vu l’habitude française de n’agir que dans l’extrême urgence, il est assez peu crédible que cette option voit le jour. On voit surtout mal comment cette réforme pourrait être conduite calmement par une autre force que celle qui se réclame actuellement comme étant l’héritier des fondateurs de la Constitution actuelle, c’est-à-dire par LR.

 

Dans les pays qui y sont habitués, la constitution des coalitions de gouvernement met en général entre un et trois mois. Emmanuel Macron a donné 48 heures aux parlementaires et au gouvernement sans aucune expérience dans l’exercice, ni sans aucune volonté pour la grande majorité, pour trouver LA solution. Rendez-vous donc la semaine prochaine pour le prochain épisode de la déconfiture.

Mais on peut toujours espérer le pire : une France sans gouvernement, sans machine à pondre 4 lois de l’heure, sans conseil de défense, sans ministres en roue libre qui racontent n’importe quoi… pourvu que ça dure !

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  • Un gouvernement faible a tout pour plaire aux libéraux. Tant que le régalien est soutenu. Et pas de majorité pour des lois à la chaine.

    • Avatar
      jacques lemiere
      24 juin 2022 at 7 h 50 min

      je ne dirais pas » faible » .mais sinon c’est même le souhait des libéraux… contentez vous du régalien.. et légifier sur ce qui demande de l’arbitraire.. (plus vous avez de lieux « publics » plus vous avez besoin d’arbitraire pour trancher le fameux interet collectif) ..
      sort de mon hôpital, sort de mon école etc…

  • Tiens tiens! La France découvre en 2022 que la démocratie, c’est un processus compliqué, souvent inconfortable, qui oblige ses acteurs à faire preuve de patience et d’humilité, et qui va même jusqu’à forcer chacun à discuter avec des gens avec qui ils ne sont pas d’accord! Fichtre! Moi qui croyais que les 577 gugusses qui siègent à l’Assemblée Nationale avaient pour seule tâche d’appliquer un coup de tampon sur les projets présentés par le Président.

  •  » 53,7 % des Français ne s’intéressent pas à la désignation du pouvoir »

    ou l’inverse: ils s’y intéressent trop pour se vautrer dans ce sinistre cloaque.

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