Pétrole russe : la géopolitique prime sur l’idéologie

L’accord sur l’embargo du pétrole russe révèle des divisions. L’Europe est en train de redécouvrir que la géopolitique prime sur les discours.

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Vladimir Poutine 2 (Crédits World Economic Forum, licence Creative Commons)

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Pétrole russe : la géopolitique prime sur l’idéologie

Publié le 2 juin 2022
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L’Union européenne (UE) est parvenue à un accord sur l’embargo du pétrole russe. Ce sujet qui avait occupé les discussions au sein de l’UE depuis des semaines débouche sur un résultat concret.

En effet, une interdiction d’importation touche le pétrole qui arrive par voie maritime — environ les deux tiers des importations — mais pas le pétrole par oléoduc. De plus, la Pologne et l’Allemagne se sont également engagées à mettre fin aux importations par pipeline, ce qui signifie que 90 % du pétrole russe sera bloqué.

La Hongrie a beaucoup fait parler d’elle pour son opposition à l’embargo sur les hydrocarbures russes. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, est de plus perçu comme proche de Poutine, ce qui a concentré les critiques à son encontre. Toutefois, il n’a pas été le seul à s’être opposé aux sanctions sur le pétrole. La République tchèque et la Slovaquie ont aussi été critiques.

Le résultat est que ces trois pays vont pouvoir continuer d’importer le pétrole russe grâce aux oléoducs.

En effet, les hydrocarbures sont un sujet sensible pour certains pays européens dans le contexte d’une forte inflation et de dépendance envers la Russie de pays. C’est le cas de l’Allemagne, mais aussi des pays d’Europe centrale. Cette situation montre que la géopolitique prime sur l’idéologie.

 

La République tchèque et la Hongrie : des positions opposées sur la Russie

Le fait de voir la République tchèque et la Slovaquie alignées sur la Hongrie peut surprendre politiquement. Si ces trois pays font partie avec la Pologne du groupe de Visegrad, des divergences ont été mises en avant ces derniers mois. Une réunion entre les ministres de la Défense du groupe a été annulée du fait des oppositions sur la politique ukrainienne entre la Hongrie et les trois autres pays.

La Hongrie ne souhaite pas apporter une aide militaire à l’Ukraine afin de rester la plus éloignée possible des tensions avec Moscou qu’elle considère comme un partenaire économique. Un son de cloche différent de celui qui règne à Varsovie et à Prague où les Premiers ministres sont allés rapidement en Ukraine rencontrer le président Zelensky afin de l’assurer de leur soutien.

Rien de surprenant : le gouvernement social conservateur polonais et la coalition dirigeante libérale-conservatrice tchèque n’ont jamais caché leur attachement à l’OTAN et aux États-Unis, se positionnant avec les pays baltes comme les pays les plus atlantistes d’Europe.

 

La réalité économique rattrape les pays d’Europe centrale

Néanmoins, malgré une politique hostile à Moscou, l’économie tchèque et slovaque reste encore dépendante de l’énergie russe. C’est une conséquence de l’absence de consensus sur la Russie de la classe politique, les gouvernements précédents étant plus favorables à un rapprochement avec Moscou.

Cette situation contraste avec la Pologne qui a cherché à réduire sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie avec des projets comme l’Initiative des trois mers  qui vise, entre autres, à créer des routes de gaz naturel liquéfié. Bien que ce projet soit poussé par le gouvernement polonais, l’ensemble des pays d’Europe centrale dont les pays du groupe de Visegrad en font partie.

L’embargo sur le pétrole russe est ainsi une menace pour les économies hongroises, slovaques et tchèques, mais aussi une opportunité pour la Pologne.

 

Une mauvaise évaluation des risques énergétiques et l’absence de géopolitique

Cette situation en Europe centrale est aussi révélatrice des erreurs faites dans le passé.

Les déclarations des dirigeants européens et de l’UE dénotent un discours clairement opposé à la Russie. Toutefois, ces volontés politiques ne peuvent faire fi des questions géoéconomiques. Il est difficile de balayer en quelques mois une stratégie énergétique établie sur plusieurs décennies.

Le principal vecteur de la puissance russe en Europe est ses hydrocarbures, et non pas sa force militaire, ni son soft power politique. Ce point a été mal assimilé par les Européens qui se sont rendus dépendants des énergies russes tout en tenant un discours politique inaudible vis-à-vis de Moscou. Les pays européens, tout comme l’UE, ont eu depuis des années (et surtout depuis la guerre au Donbass en 2014) une position ambiguë vis-à-vis de la Russie considérée à la fois comme un partenaire, et une menace.

Une politique des Européens cohérente ne reposant ni sur l’hostilité ni sur une dépendance économique aurait permis un partenariat plus sain avec la Russie. Alors qu’en l’état actuel, les dirigeants russes voient l’Europe comme un vassal américain, mais dépendante des ressources russes, une position qui ne traduit pas une logique de puissance.

La prudence aurait incité à trouver des alternatives aux hydrocarbures russes et se donner les moyens pour diversifier l’approvisionnement. Il y a certes eu le projet Nabucco, devant créer un gazoduc entre l’UE et la Turquie. Mais il a été un échec.

Au final, l’Europe a du mal à gérer cette crise, car mal préparée. La doctrine de l’UE reposant sur la puissance normative rencontre de sérieuses limites. Face à un Vladimir Poutine qui voit le monde d’un point de vue géopolitique, une approche juridique et normative n’a que peu d’effet. Il manque aux Européens une approche géopolitique. Nul doute que ce potentiel existe en Europe, mais il est temps de le laisser fructifier. Faute de quoi il sera capté par Washington qui a bien une vision géopolitique globale, et surtout des intellectuels pour la développer.

Voir les commentaires (13)

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  • Avatar
    jacques lemiere
    2 juin 2022 at 7 h 45 min

    quand l’allemagne arrête l’electronucleaire mais importe de l’electrricité française…j’appelle ça du foutage de gueule..

    si le pétrole russe est inacceptable, ce qui est fabriqué ailleurs qu’en europe avec du pétrole russe devrait être AUSSI inacceptable.

    ce qu’on observe ressemble surtout à une crise liée à une réorganisation des flux..

    je doute fort que nous allons nous interdire tout ce qui est fait avec du pétrole ou du gaz russe…

    la durée de la guerre, sinon bien sur son issue, en regard des temps caractéristiques et des couts de la réorganisation des flux est cruciale..

    les clients pour les fossiles ne manquent pas!!!! les promesses climatiques sont essentiellement bidon..

    10
  • L’Europe va abandonner le pétrole russe pour acheter du pétrole plus cher, si elle en trouve
    Le pétrole russe, moins cher, ira en Asie
    L’économie européenne, déjà peu compétitive, va en prendre un nouveau coup
    Tout çà pour obéir à Washington, qui a décidé d’en finir avec la Russie, via l’Ukraine comme pion
    L’Europe ce devait être la paix et la prospérité: on aura la pauvreté et la guerre.
    Bravo.

    10
    • La Russie ayant déclenché la guerre en premier, nul doute qu’elle risque de continuer si l’UE la pousse dans ses derniers retranchements par pure idéologie. Le seul avantage, c’est que la pauvreté durera moins longtemps……. pour tout le monde, à l’est comme à l’ouest!
      Je regardais ce matin sur la chaîne Histoire un doc sur la création de l’Etat d’Israël juste après la guerre, et le moins que l’on puisse en dire, c’est que les dirigeants de tous les pays de la planète n’ont absolument rien appris ni tiré les leçons de l’Histoire. On continue de faire les mêmes erreurs géopolitiques en ne regardant pas plus loin que les prochaines élections!

      • « La Russie ayant déclenché la guerre en premier,  » Ouai, enfin, y en a beaucoup qui l’ont bien poussé à le faire…

        • Sans doute, mais ce n’est pas parce que l’on essaie de me pousser à la violence que je vais tirer sur tout ce qui bouge!

  • Il y a une erreur dans le titre : La réalité est celle ci:
    « l’idéologie prime sur la géopolitique »

    • Oui et non;
      On peut comprendre que l’auteur constate que malgré l’idéologie écolo, c’est la géopolitique qui prend le pas. ( puisqu’elle remet en question pas mal de dogmes foireux, politiquement et économiquement)
      A l’inverse, l’Européen lambda peut constater que jusqu’à maintenant, c’est encore l’idéologie qui gouvernait l’UE bien que la prudence et l’intelligence eussent été plus appropriées à cette gouvernance.

      • Oui, cela dit la géopolitique ici relève elle aussi de l’idéologie, Minoritude n’a pas tord non plus!

        • Je n’ai jamais dit qu’il avait tord, juste une petite explication de texte qui s’imposait en fonction du point de vue duquel on observait les choses. Il n’est pas dans mes habitudes de juger les auteurs ou les commentateurs auxquels je laisse leurs opinions, même si je ne les partage pas toujours!

  • L’Europe est avant tout gouvernée par des traîtres qui suivent une géopolitique étrangère dont l’objectif est de nuire à l’Europe:
    – Le but premier des Américains est d’éradiquer toute tentation d’alliance euro-russe car l’association des moyens industrielles des uns au ressource de l’autre serait cataclysmique pour l’hégémonie américaine, but totalement atteint
    – le deuxième but est de briser la Russie pour s’emparer à bon compte de ses ressources, cela risque de rester un rêve
    – le troisième but est d’affaiblir l’Europe pour qu’elle ne devienne pas un concurrent trop puissant, c’est en bonne voie

    A côté de cela la Pologne rêve de réaliser sa république des deux mers de Gdansk à Odessa, le gouvernement traître d’Ukraine l’accueille chaleureusement avec cet accord qui donnera aux Polonais les mêmes droits que les Ukrainiens et leur permettront d’occuper les plus hauts postes du pays.

    Le refus ukrainien d’appliquer les accords de Minsk qui lui laissaient une souveraineté seulement limitée au niveau de la neutralité et du respect des minorités aura pour conséquence qu’elle deviendra une république fantoche de la Russie ou de la Pologne, voire démembrée en deux républiques fantoches

    • oui oui, c’est la faute aux ricains
      bon, cela fait 10 ans que l’on mène une politique globale de désinvestissement dans les fossiles, en France on s’interdit même d’y penser.
      On s’interdit les OGM, les intrants,les pesticides, on agrandit les jachères,
      on resserre en permanence les normes, on abaisse les seuils de tous les résidus »chimiques »,
      on détruit consciensieusement nos industries, la filière auto est en état de mort cérébrale
      tout cela est de la faute des ricains bien sur
      Vive Greta, vive la pauvreté heureuse,on aurait espéré que la crise ukrainienne allait provoquer un réveil salutaire, n’y pensez pas, c’est la faute aux ricains
      pas besoin des ricains pour nous suicider économiquement, on y réussit bien nous même

      • Ils ont liquidé aussi l’industrie de l’énergie! Pour le régalien c’est pas mieux, l’état de l’éducation de l’armée, de la santé… plus rien ne tient debout dans ce pays. On a même plus de politiciens compétant (je veux dire ceux dont le Qi dépasse significativement celui d’un poulet)

        Mais faut reconnaitre qu’avec cette affaire, les ricains nous donnent un sacré coup d’accélérateur.. pour aller s’écraser contre le mur des dettes.

        • Les politiciens sont a l image des franchouillards qui ont toujours peur que le ciel ne leur tombe sur la tête et qui ne demandent qu une chose que le PR vienne les border tous les soirs et leur raconte une belle histoire……😊😊😊

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