Viktor Orban : du libéralisme au conservatisme illibéral

Retour sur l’évolution du Premier ministre hongrois Viktor Orban, passé de l’icône du libéralisme de Hongrie à modèle de l’illibéralisme en Occident.

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Viktor Orbán by European People's Party (Creative Commons CC BY 2.0)

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Viktor Orban : du libéralisme au conservatisme illibéral

Publié le 4 avril 2022
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Hier ont eu lieu les élections législatives en Hongrie. Le Premier ministre sortant Viktor Orban et son parti le Fidesz ont fait face à une opposition réunie en un seul parti. Il a pourtant réussi à remporter les élections et rester au pouvoir.

Viktor Orban fait souvent parler de lui dans la presse occidentale. Se présentant comme un dirigeant illibéral depuis son retour au pouvoir en 2010, il est devenu très critique envers la démocratie libérale. Mais ça n’a pas toujours été le cas. Retour sur son parcours politique.

 

Le Viktor Orban des années 1990 : un libéral pro-occidental

Viktor Orban a commencé sa carrière politique en tant que libéral classique fermement pro-occidental. À partir d’avril 1988, il a occupé un poste d’assistant de recherche à la Fondation Soros, dirigée par le milliardaire d’origine hongroise George Soros, dans le groupe de recherche sur l’Europe centrale. En 1989, la Fondation lui octroie une bourse pour étudier l’histoire de la philosophie politique libérale au Pembroke College à Oxford. Le même Georges Soros qui deviendra son ennemi politique 20 ans plus tard.

En 1989, de retour en Hongrie, le jeune libéral Orban a donné un discours le 16 juin de la même année, à l’occasion d’un hommage solennel rendu à Imre Nagy, martyr de l’Insurrection de Budapest de 1958 au cours duquel il demande des élections libres et le retrait des forces soviétiques. Cet hommage avait réuni 250 000 personnes.

Durant la même période, il a été l’un des fondateurs du Fidesz, dont il deviendra président quelques années plus tard. Initialement le Fidesz était résolument libéral et l’un des deux partis libéraux de Hongrie avec le SZDSZ lors des élections de 1990. Néanmoins Orban est élu député, mais le parti ne n’obtient que 5 % des voix. Cet échec politique va pousser Orban à droitiser le parti.

 

De la social-démocratie atlantiste du début des années 2000 au conservatisme illibéral depuis 2010 : la droitisation d’Orban

Durant les années 1990, Orban va progressivement transformer le Fidesz en parti chrétien-démocrate de centre droit, le but étant de gagner les élections et de supplanter les forces de droite. Ce choix va lui permettre de gagner les élections de 1998 et de devenir Premier ministre grâce à un gouvernement de coalition.

Sous son premier mandat de Premier ministre, Viktor Orban accompagne l’entrée de la Hongrie dans l’OTAN en 1999. À cette occasion, lors d’une réunion de l’Organisation le 16 mars 1999, il déclare :

« Pendant toutes ces années, nous, les Hongrois, avons ressenti de l’insécurité. Certes, en 1991, lorsque les militaires d’occupation ont quitté le sol hongrois, nous sommes devenus libres. Libres, mais laissés à nous-mêmes. La menace était que, sans liens clairs, au milieu des diverses forces de traction et d’attraction, la Hongrie deviendrait un pays de ferry-boat permanent. Nous avons maintenant enfin ancré notre pays sur la côte ouest. »

Cette approche atlantiste n’est pas sans faire penser à la position de la CDU-CSU allemande et de nombreux autres chrétiens-démocrates européens. Si la politique de l’époque du Fidesz était de centre-droite voire plutôt libérale économiquement, on assiste à un début de nationalisme avec la volonté de protéger les minorités hongroises dans les autres pays européens.

Néanmoins, Orban perdra les élections de 2002. Cette nouvelle défaite va s’accompagner d’une droitisation accrue du parti. Viktor Orban redevient Premier ministre en 2010 dans un contexte de crise économique mondiale. Il obtient une majorité lui permettant de changer la Constitution, ce qu’il fera en 2011. Cette dernière est plus conservatrice et soutient les valeurs traditionnelles.

Le 26 juillet 2014, Viktor Orban expose sa doctrine de la démocratie illibérale qu’il décrit de la manière suivante :

« Le nouvel État que nous construisons est un État illibéral, un État non libéral. Il ne nie pas les valeurs fondatrices du libéralisme, comme la liberté, etc. Il ne fait pas de cette idéologie un élément central de l’organisation étatique, mais applique à sa place une approche spécifique, nationale, particulière. »

L’universalisme libéral laisse place à des spécificités hongroises, qui dans l’esprit d’Orban sont liées au conservatisme.

C’est désormais cette doctrine qui est en vigueur.

 

Pourquoi ce changement de politique et quelles leçons les libéraux doivent en tirer

Deux éléments sont souvent cités comme étant à l’origine du basculement d’Orban.

Le premier est l’attrait et la pratique du pouvoir. Le Fidesz libéral peinait à dépasser les 5 %. Le Fidesz conservateur illibéral de 2022 fait 50 % et fait face à une opposition dirigée par Péter Márki-Zay, lui aussi conservateur. Gagner avec des positions libérales n’est possible que dans une société qui partage les valeurs libérales. Ce qui montre la difficulté d’avoir un candidat libéral en Hongrie… ou en France.

Le second élément qui est parfois cité serait sa déception des libéraux et du modèle occidental. Comme le décrit l’universitaire Ivan Krastev, les pays d’Europe centrale post-URSS ont cherché à imiter le modèle libéral de l’Occident et les États-Unis et ont provoqué quelques déceptions. Il est très probable qu’avec ses conséquences économiques et le rejet croissant du libéralisme en Occident la crise de 2008 ait créé de sérieux doutes en Europe centrale.

Le fait est que l’illibéralisme semble désormais être durablement installé en Hongrie. Et si les pays occidentaux continuent à rejeter leurs valeurs libérales pour davantage d’étatisme et d’interventionnisme, d’autres régimes illibéraux émergeront. Et potentiellement plus durs que celui d’Orban.

 

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  • Sous Orban, une flat tax de 16 % sur les revenus est instituée. Les dépenses de l’Etat sont réduites. Le nombre de fonctionnaires est réduit. Le nombre de députés est réduit. Il instaure des droits d’entrée à l’Université. Conditionne les aides sociales à un travail d’intérêt général. Relève les tarifs de santé pour les diabétiques ne suivant pas leur régime. Flexibilise le temps de travail au profit des employeurs. On peut aussi évoquer les misères faites dans son pays aux socialistes (fondement historique).
    Bref, un programme considéré ici comme parfaitement libéral.
    Orban n’a jamais été illibéral que sur le plan sociétal (droits des LGBT notamment).
    Orban est le parfait exemple du conservateur libéral, jusque dans sa lutte contre l’immigration.
    S’il revendique l’illibéralisme pour l’Etat, c’est probablement qu’il se donne pour définition (erronée) du libéralisme la même qu’un Zemmour par exemple : celle d’un libéralisme qui ne concernerait que les libertés et droits individuels accordés notamment aux gens issus de minorités.
    Orban n’a jamais été la bête noire que des gens de gauche (et des instances européennes).

    • Orban se revendique illibéral parce qu’il s’appuierait sur une conception erronée du libéralisme qui ne concernerait que les libertés et les droits individuel accordés notamment aux gens issus de minorité.
      Je suis d’accord, sa conception du libéralisme est erronée, mais en quoi cette erreur justifie t’elle sa thèse ?

  • En Europe ou en Occident, plus un pays souhaite une souveraineté nationale, plus il est considéré comme « illibéral », « d’extrême droite » (donc facho et xénophobe de fait), « antivax », limite « pro-Poutine ».
    S’en est affligeant de voir ce genre de catégorisation, alors qu’on nous sort un « padamalgame » quand il s’agit d’Islam et terrorisme…
    J’attends avec impatience les analyses des « experts » des plateaux TV qui vont nous sortir que le résultat de ces élections est une manipulation de Poutine.
    Je croise les doigts pour qu’en France ce week end, Macron soit éliminé au premier tour. Pourquoi ? Juste pour me marrer devant la télé avec toutes les explications des « experts » ; dont aucune ne sera qualifiée de « complotiste » 🙂

  • On peut être libéral économiquement sans accepter tout et n’importe quoi en matière de mœurs, ce qui caractérisent une vrai droite conservatrice.
    La gauche inversement se caractérise par la contrainte économique et la liberté pour les mœurs.
    Les libéraux sont pour la liberté des deux.
    Ceci dit, dans la pratique ces définitions ne sont jamais appliquées intégralement.
    En France, la liberté économique est quasi inexistante, l’État se mêlant de tout.
    Quant aux mœurs, ils sont plutôt libres, quitte à être pris en otage par des minorités intolérantes voulant devenir la norme.
    Donc, la France est à gauche. (ce qui n’est pas un scoop)
    Orban peut donc être considéré comme un conservateur de droite.
    Et refuser la propagande des minorités intolérantes ne fait pas de la Hongrie un pays totalitaire en matière de moeurs!

    • Nous partageons la même analyse globale.
      Juste un bémol, la France est un pays plutôt libéral sur le plan économique, moins bien placé que la Hongrie certes (cf plus haut). Et plutôt mieux situé au niveau de l’Indice de démocratie.
      Au delà de certaines positions de Orban qui peuvent séduire les (ultra)conservateurs français (origine chrétienne de l’Europe, position sur l’avortement, misères faites aux LGBT…) n’importe quel libéral ici, même peu porté sur le « progressisme », passerait son temps à critiquer la façon de gouverner de Orban : main-mise sur la liberté de la presse, et une tendance fâcheuse à placer les copains politiques aux meilleurs postes, parmi d’autres. Toutes choses qui a un degré bien moindre dans la France macronienne insupporte déjà pas mal.

  • Apparemment Orban n’est pas anti Européen, il utilise le même principe que les politiciens Français, lorsqu’il y a un cheveu dans la soupe c’est UE, quand il y a de bonnes affaires c’est eux, lorsque les agriculteurs ou autre tombe en faillite évidemment, c’est a cause de la mauvaise concurrence Européenne, ou oublie souvent que ces mêmes paysans ne touche pas un copeck, ce sont les hauts fonctionnaires qui se partage la galette des aides Européennes

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