Suisse : une Constitution qui devrait inspirer les Français

Grâce à sa Constitution, la Suisse jouit d’une situation économique, politique et sociale bien meilleure que celle de la France.

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Historic open-air democracy takes place in Swiss canton by AFP agence news youtube https://www.youtube.com/watch?v=Wsqol2CmqKQ

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Suisse : une Constitution qui devrait inspirer les Français

Publié le 29 avril 2022
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À l’époque où très nombreux sont ceux qui se posent des questions sur le fonctionnement de notre démocratie on peut suggérer de regarder comment elle fonctionne ailleurs… même si cette approche va se briser sur l’argument très connu « À quoi bon ? Chez nous c’est différent ! »

C’est bien dommage car l’une des façons les plus simples de réfléchir c’est d’aller voir les pays où ça fonctionne, exercice d’autant plus facile que l’un de ceux qui marche le mieux au monde a des frontières communes avec le nôtre. Il s’agit de la Suisse.

La vigueur de l’économie suisse

La Suisse est le dernier pays où on peut s’attendre à voir des Gilets jaunes sur les ronds-points. L’une des raisons c’est que ce pays fonctionne formidablement bien sur le plan économique et nous a complètement dépassés depuis 50 ans.

Il y a 50 ans, à la mort du président Pompidou, nous avions le même PIB par tête que la Suisse qui est aujourd’hui pratiquement 2,5 fois le nôtre ; le pays s’est endetté, passant de 30 % à 120 % du PIB, alors que la Suisse est restée à 30 % ; elle a des excédents budgétaires et commerciaux, la France a de forts déficits ; l’écart est le plus impressionnant pour le chômage. Il est un cancer pour la société et si pour un pays il y avait un capteur synthétique de l’efficacité du système social, c’est bien lui !

Il est en Suisse de 2,4 %, soit le tiers du chômage français ; en fait le chômage est négatif si on tient compte des frontaliers qui viennent y travailler quotidiennement. Les seuls Français sont 180 000, soit 3,6 % de la population active !

On terminera la comparaison en faisant remarquer que trois des cinq plus grandes entreprises européennes sont suisses alors que ce pays ne représente que 1,5 % de la population du continent européen.

D’où peut donc venir cette énorme différence ?

De l’avis de tous ceux qui ont voyagé dans le monde entier et réfléchi sur le sujet la raison est… la Constitution suisse.

Le rôle de la Constitution suisse

En Suisse, l’État se concentre uniquement sur la défense, la politique étrangère et la monnaie. Les fonctions régaliennes sont décentralisées au niveau des cantons, inclus l’enseignement et la santé. Le troisième étage c’est la ville ; les communes suisses sont en moyenne trois fois plus grandes que les nôtres et le concept d’intercommunalité n’existe tout simplement pas.

Les activités régaliennes représentent en Suisse 20 % du PIB contre 25 % en France. C’est la preuve que l’effet d’échelle ne joue absolument pas dans le domaine régalien, de petites structures pouvant être beaucoup plus efficaces que les grandes.

L’une des raisons de la compétitivité de la sphère publique est la concurrence qui règne entre cantons. Le canton collecte les impôts et paye lui-même directement sa fonction publique, il a son propre compte d’exploitation et son bilan. Les cantons jouent entre eux une saine concurrence qui n’échappe ni aux citoyens ni aux entreprises. Les citoyens suisses sont convaincus que c’est elle qui permet de contrôler les coûts et d’assurer l’excellence opérationnelle.

Le deuxième domaine à étudier de près est l’éducation : les universités sont cantonales, ce qui ne les empêche pas d’être au top mondial. Il est clair que là aussi la concurrence entre cantons joue à fond. Mais la caractéristique originale du système c’est l’apprentissage dit dual, autrement dit en entreprise, vers lequel se dirigent deux enfants sur trois à la fin de la scolarité obligatoire. Pour les Suisses, il s’agit de la vraie filière d’excellence.

Chaque canton dispose de sa propre Constitution et de son Parlement (de 50 à deux 250 députés ayant la caractéristique unique de garder leur travail et de consacrer une partie de leur temps (pour lequel ils sont payés) au Parlement local. Seuls les fonctionnaires sont obligés de choisir entre leur mandat et leur poste dans la fonction publique.

En pratique, il n’y a pas de fonctionnaires au Parlement. Les Suisses voient un énorme avantage à ne pas avoir de politiciens de métier, ils pensent que cela permet de mettre en poste des personnes qui connaissent le terrain, ce qui force à la promulgation de lois simples et compréhensibles par tout un chacun. Plus généralement, les Suisses valorisent l’engagement milicien, il est à leurs yeux un service que le citoyen rend à la société. Les citoyens sont réputés responsables et prennent eux-mêmes les décisions qui gouvernent leur vie quotidienne. Ce n’est qu’en dernier recours que l’on se tourne vers une autorité supérieure. L’un des mots-clés pour décoder la Suisse est la subsidiarité.

L’autre mot clé est le consensus. On demande aux députés de prendre de la distance par rapport à leur parti et leur responsabilité consiste à faire tourner le Parlement en parvenant à des compromis intelligents avec leurs concurrents politiques.

La souplesse du système suisse

Dans le domaine social les différences sont fortes également : le coût de la sphère sociale en Suisse est de 20 % du PIB contre 32 % en France ; l’une des raisons est le recours à des assurances privées et à des retraites par capitalisation. L’autre raison est un droit du travail dont le code ne comporte pas plus de 30 pages. Un employeur n’a pas à justifier un licenciement, il doit simplement payer l’indemnité prévue par la loi qui est d’un mois de salaire par année d’ancienneté, le tout limité à 24 mois. Il va sans dire qu’un licenciement n’est jamais un drame en Suisse, car les salariés se recasent instantanément dans un pays de plein emploi.

Il faut évidemment évoquer la pratique du référendum populaire aussi bien au niveau fédéral qu’au niveau du canton et même de la ville. Le système est huilé et rappelle en permanence que le président c’est le citoyen. Nous avons là un modèle de démocratie participative.

Les immigrés y sont beaucoup plus nombreux qu’en France mais ils ne rencontrent en rien nos problèmes. Nous serions bien inspirés de les imiter, ils ne recherchent pas une assimilation mais une intégration. Le processus de naturalisation dure 10 ans et permet de vérifier que la connaissance des langues est à un niveau suffisant, que le niveau d’éducation permet au candidat de se débrouiller dans un pays sophistiqué et qu’il existe suffisamment de preuves d’intégration dans son environnement local.

PS : un article ne peut que donner l’envie de creuser le sujet. Pour ceux qui sont intéressés on peut recommander le chapitre sur la Suisse de « Pourquoi pas nous ? ». Pour ceux qui veulent aller au fond des choses il est impératif de lire Le modèle Suisse de François Garçon.

Voir les commentaires (17)

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Créer un compte Tous les commentaires (17)
  • Comme quoi sans atteindre la perfection , nous pourrions l’approcher en nous inspirant du modèl Suisse

  • Oui le modèle suisse est un intéressant. Personnellement je me sens plus proche de ce modèle que du modèle français. C’est la verticalité du pouvoir contre l’horizontalité. Cependant dans ce qui semble un choix sur des valeurs de nos jours, j’y vois un déterminisme géographique et historique. La France fut une construction puis un pays conquérant et la Suisse une alliance défensive. J’observe que les pays conquérants ont une tendance marquée pour un pouvoir verticalisé (ou qui se verticalise), celle du chef de guerre, à l’image des Romains de l’antiquité.
    Même si j’ai un rêve, ce sera très difficile pour la France de sortir de son adn, le culte du chef, de l’Etat, du centralisme. Mais impossible n’est pas français !!

  • D’accord à 100% et pourtant cela me semble irréaliste : il n’y a pas que que le « c’est différent en France » : en France une grosse portion de la population veux de l’état / régulation partout tout en critiquant à chaque fois que c’est fait = c’est un devenu une idéologique qu’on pourrait presque comparer à l’inquisition (j’exagère mais l’idée est la..).

  • Souvenons nous de nos européistes prédisant la mort de la Suisse avec la construction de l’Europe et son refus d’y adhérer …. je connais un peu la Suisse, mon mari y est né, y a étudié ses 18 premières années ce qui lui a permis d’intégrer haut la main le nec plus ultra français. A 18 ans, il lui a été demandé (par la Suisse évidemment) de choisir entre la nationalité suisse et française (le droit du sol n’existe pas en Suisse, tiens donc ..), il a choisi la française, à chaque inscription consulaire (française, donc) , les fonctionnaires français se gondolent « -Votre mari est né en Suisse ? -Oui -et il n’est pas Suisse ? -Non il a choisi la France – Ah ah elle est excellente, pas très fute fute votre mari !  » Ceci dit mon mari ne regrette pas , il faut avoir longtemps vécu en Suisse pour le comprendre, demandez au Suisses expats , ils vous le diront.

    • Quelle drôle d’idée il a eu, pourquoi avoir refusé la nationalité suisse ?
      il aurait pu être franco-suisse, comme beaucoup

  • Comme il l’avait promis après la crise des « gilets jaunes », Emmanuel Macron a annoncé le 8 avril 2021 qu’il allait « supprimer l’ENA » pour la remplacer par un « Institut du service public » et réformer la carrière des hauts fonctionnaires, pour un Etat plus ouvert, plus divers et plus agile.
    ……..
    L’ISP, qui devra « sélectionner des profils moins déterminés socialement », intégrera un tronc commun à 13 écoles de service public. Ce sera « une révolution profonde en terme de recrutement », a souligné Emmanuel Macron.
    https://www.lesechos.fr/politique-societe/societe/lena-remplacee-par-un-institut-du-service-public-1306484
    On espère que comme cela nos politiques seront plus intelligents et on espère qu’il y en aura moins de ces professionnels malgré la création d’un tronc commun à 13 écoles de service public

    • 13 écoles de service public ! Ne serait-ce pas un nombre un peu élevé par rapport aux besoins ?

    • Déjà à la base, je ne comprends pas l’idée d’avoir des écoles de services publics.
      Il doit y avoir des écoles qui forment à certaines professions, puis les diplômés créent leur entreprise, vont travailler dans des entreprises publiques ou deviennent fonctionnaires, tout simplement. Ensuite, rien ne les empèche de passer du public au privé ou vice et versa

    • Avatar
      Dr Imperiorzs
      4 mai 2022 at 0 h 32 min

      Vous vous mettez un peu les doigts dans l’œil si vous pensez que Macron a supprimé l’ENA pour améliorer quoique ce soit.
      Ce gouvernement ne pratique que la communication mais aucune reforme de fond.
      Ca me rappelle pour le Numerus clausus en médecine, à grand renfort d’exclamations « nous avons aboli le NC en médecine » sous entendu il y aura plus de médecin. Mais la réalité est toute autre. Il a été remplacé par un Numerus apertus avec exactement le meme nombre d’étudiant et le meme nombre qui passe l’ECN et qui deviennent donc médecin.
      Ce gouvernement est je pense des amateurs complets qui gere la France comme une entreprise qu’elle n’est pas et ne font que lui mettre la tete sous l’eau

  • Le signe infaillible d’un pays bien gouverné : on ne se rappelle pas les noms des gouvernants, comme on ne se rappelle pas le nom du Syndic de son immeuble s’il est bien géré, et, au fond, cela devrait être la même chose. Qui est capable de donner le nom du Président de la Confédération suisse ? Ou d’un des 7 (sept!) membres du conseil fédéral (qui ont les fonctions de ministre). CQFD.
    En France, le graal pour un ministre (et ils sont 20 + 10 secrétaires d’état !) est de donner son nom à une loi…

  • Vous voulez que nos élites s’abaissent à prendre modèle sur la Suisse?
    Vous rêvez. Pays collectiviste héritier de Robespierre et modèle de Lénine, nous voulons le rester.
    Enfin, pour mémoire, Lyon et Genève avaient dans les années soixante, envisagé la création d’un aéroport commun profitable aux deux ville.
    De Gaulle leur a répondu d’un Niet retentissant. Alors….

    • Les élites ??? vous parlez des guignols qui sont théoriquement élus ? 🙂 🙂
      La France, pour un pays qui se dit démocratique et pays des droits de l’homme, pour moi, elle est en très très loin. Le peuple ne vote aucun loi, elles sont imposées par les gouvernements successifs de branquignols

  • aaahhh la Suisse,
    anecdote
    En Belgique, mon père voit arriver le jour de sa retraite, et se lance, sur les conseils d’un ami, 6 mois à l’avance , à la récupération des documents servant à établir un montant de retraite.Bien entendu, le dossier s’enlise, il y a eu plusieurs systèmes, des timbres , des attestations etc.
    Finalement un montant est fixé, suivant un calcul auquel personne ne comprend rien, mais toujours sur les conseils de l’ami, ce montant est accepté(une révision aurait pu mener à … n’importe quoi.Bien entendu, il a déjà dépassé la date du premier versement depuis 6 mois, quand…
    Mon oncle, Suisse, mais n’ayant jamais travaillé en Suisse(c’est d’ailleurs une autre histoire édifiante sur la mentalité suisse, il existe une diaspora suisse mondiale qui n’est pas étrangère à leur réussite économique), arrive à l’âge de la retraite, en Belgique, où il finit sa carrière
    Le jour de ses 65 ans, il reçoit une lettre du consulat suisse l’avertissant que sa retraite de citoyen suisse était à sa disposition, et que même s’il ne faisait pas usage de ce droit, il lui resterait acquis.
    Il a donc reçu son premier versement (2.5 fois celui de mon père)à l’échéance précise de son anniversaire, alors que mon père attendait toujours le sien,
    Décédé, son épouse de solliciter de percevoir la retraite de son défunt mari, mais il lui a étét signifié que cela restait réservé aux citoyens suisses

    • C’est très étonnant qu’il aie reçu une retraite suisse, vous parlez du 1er pilier soit l’AVS ou des 2ème ou 3ème pilier ? Car si il n’a jamais cotisé, il n’y a pas de raison pour qu’il touche quelque chose. A savoir qu’avant, étant suisse, il était possible de cotisé à l’AVS même en travaillant à l’étranger, ce qui pourrait expliquer le cas

  • On fait trop souvent des comparaisons peu appropriées. Il est improbable que ce qui réussit en Suisse réussisse en France. Il y a un rapport de territoires, d’industries, d’imbrications politiques et d’économie sans communes mesures. La population helvète, c’est tout au plus les 2/3 de l’Île-de-France, avec un sentiment national qui a disparu depuis longtemps chez son voisin. Elle peut se permettre d’avoir plusieurs langues courantes officielles sans que les institutions en souffrent et une immigration essentiellement européenne.

    • Bien sur que le système pourrait fonctionner… à tout les niveaux, au niveau des pays, de l’UE. Pour moi, il est plus facile de gouverner suite aux décisions du peuple et non pas imposer des lois par des politocards. De plus gouverner de « petites » entités dans on connait la vie de la tout les jours est aussi bien plus simple que d’imposer des trucs pour tout le monde pareil. Un breton, un marseillais, un parisien n’ont pas le même environnement, donc ne peuvent pas avoir les même trucs

    • Grosse erreur: il n’y a pas d’indemnité de licenciement, c’est au bon vouloir de l’employeur.
      « Un licenciement n’est jamais un drame en Suisse, car les salariés se recasent instantanément dans un pays de plein emploi. » ??? ça, c’était avant l’ouverture des frontières, depuis il y a eu un tsumani d’européens qui sont venus travailler en acceptant des salaires au rabais, il est devenu difficile de trouver/garder au travail avec un salaire correct

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