Pourquoi le gouvernement ne craint plus les Gilets jaunes

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Le contexte actuel évite un retour majeur des Gilets jaunes offrant au gouvernement peu de craintes en la matière.

Par Samir Ayoub et Luc Meunier.

Le prix du carburant a atteint un niveau record à la pompe dépassant ainsi celui de 2018, qui avait déclenché le mouvement des gilets jaunes. Or, malgré les récents appels des leaders historiques pour reprendre le mouvement et une forte activité sur les réseaux sociaux, le bilan des premières mobilisations reste relativement mitigé.

Parallèlement, le gouvernement vient d’annoncer « une indemnité inflation » de 100 euros par personne gagnant moins de 2000 euros nets par mois.

Cette indemnité est supposée compenser une hausse du prix des carburants et de certaines denrées alimentaires. Cette mesure à 3,8 milliards d’euros est à caractère non immédiat, puisque le public ciblé n’en bénéficiera au plus tôt que fin décembre.

C’est une mesure forte en symboles d’un gouvernement en apparence confiant, certainement rassuré par la faible mobilisation des Gilets jaunes. Il y a fort à parier qu’une attitude si bravache n’aurait pas été adoptée si le mouvement avait réellement été de nature à impacter le cours de la campagne présidentielle.

Alors pourquoi la mobilisation des Gilets jaunes peine-t-elle à reprendre ? En sera-t-il ainsi jusqu’à la fin de l’année ? Deux explications peuvent être avancées, une première d’ordre économique et une seconde d’ordre psychologique.

Un contexte économique plus rassurant  

La première explication est d’ordre économique. Avec une croissance annoncée de 6 % et un taux de chômage au plus bas, le contexte économique national est plutôt favorable. Le pouvoir d’achat des Français se porte d’ailleurs mieux qu’en 2018, malgré une perception inverse. Selon l’Insee, il est supérieur de 1,4 % à son niveau d’avant la crise économique.

De la suppression de la taxe d’habitation aux mesures de soutien aux entreprises pendant la crise covid, en passant par le bouclier tarifaire sur le prix de l’énergie, le gouvernement a œuvré concrètement en faveur du pouvoir d’achat. De plus, le « quoi qu’il en coûte » a montré aux Français que l’argent est disponible et facile d’accès.

Ensuite, les Français n’ont jamais autant épargné. Pendant la crise sanitaire ils ont épargnés plus de 150 milliards d’euros. Il s’agit bien entendu d’une épargne forcée due aux confinements successifs et d’une épargne de précaution.

Il n’en reste pas moins que cette épargne est disponible car majoritairement orientée vers les comptes courants et les livrets d’épargne. Ce bas de laine agit comme un airbag face à la hausse du prix des carburants.

Enfin, la possibilité du recours au télétravail et l’acculturation progressive des entreprises à cette pratique atténuent l’effet de la hausse du prix des carburants.

Nouvelle normalité et moral en hausse

Le second facteur pouvant expliquer que le mouvement des Gilets jaunes n’ait pas repris est psychologique. La crise du covid n’est pas encore derrière nous. Ce contexte d’incertitude et de peur est malheureusement devenu la norme et le nouveau point de référence pour beaucoup de Français.

Comme le soutiennent la plupart des modèles économiques comportementaux – dont la théorie des perspectives qui a valu un prix Nobel à son auteur Daniel Kahneman– les comportements des consommateurs dépendent très fortement du point de référence. C’est à celui-ci que vont être comparées les nouvelles situations, les perspectives.

Qu’on le veuille ou non, cette normalité et donc ce point de référence ont été bouleversés sur les deux dernières années.

Dans cette « nouvelle normalité » que nous vivons aujourd’hui, une augmentation du prix de l’essence apparaît relativement bénigne à l’aune de la crise du covid, ses 118 000 morts et ses impacts durables sur toute la société.

Notons à ce titre que selon les derniers chiffres de l’INSEE, le moral des Français est en hausse en septembre. Preuve que les ménages se montrent plus confiants sur leur niveau de vie et la situation économique du pays à venir sur les douze prochains mois. Ce fait suffisamment rare pour être signalé.

Dans ce contexte d’optimisme, alors que 94 % des Français se disent favorables à la baisse des taxes, le gouvernement opte pour une « indemnité inflation ». Les autorités font donc un pari politique et écartent pour le moment l’idée de réformes de fond en termes de taxation.

Cette solution, certainement plus facile à mettre en place qu’un « chèque carburant », enjoint les bénéficiaires à patienter jusqu’à la fin de l’année alors que les spécialistes s’accordent à dire que le prix des énergies et des matières premières continuera à progresser.

Une fois encore, le « quoi qu’il en coûte » est à la manœuvre : seulement un milliard sur les 3,8 que coûtera cette mesure sera financé par l’excédent de taxe récupéré grâce à la TVA sur le prix des carburants. Le reste de la mesure devrait être financé par la croissance.

Un deuxième pari que fait le gouvernement sur l’avenir et une énième perfusion qui semble parfaitement assumée avant l’année électorale à venir.

Les Gilets jaunes ont-ils pour autant dit leur dernier mot ? Rien n’est moins sûr. L’hiver arrivant avec son lot de factures de chauffage, concomitantes aux fêtes de fin d’année et à la surconsommation qu’elles entraînent traditionnellement y compris pour les ménages les moins aisés, de nouveaux ralliements au mouvement ne sont pas à écarter.

 

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