Twitter : le pari libertarien d’Elon Musk

Peut-être sommes-nous en train d’être les témoins des premiers signes d’effritement de l’alliance entre les géants de la tech et de l’establishment progressiste occidental pour contrôler la parole publique.

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elon musk at tesla factory by wired photostream (creative commons) (CC BY-NC 2.0)

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Twitter : le pari libertarien d’Elon Musk

Publié le 27 avril 2022
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Il fait rêver les plus technophiles d’entre nous, manie l’humour grinçant sur Twitter, et maintenant suscite l’espoir des défenseurs de la liberté d’expression exaspérés par les politiques de modération des plateformes.

En rachetant Twitter pour 44 milliards de dollars, Elon Musk promet aux yeux des plus optimistes de transformer un safe space pour progressistes en paradis libertarien où toutes les voix pourront s’exprimer.

L’initative du roi de la tech a d’abord suscité l’effroi du monde politico-médiatique avec plus ou moins de mauvaise foi. Parmi les craintes les plus loufoques, on retrouve les accusations désormais classiques venant des gardes rouges woke. Avec Musk aux manettes, ce sont les minorités qui vont être menacées, le suprémacisme blanc et le patriarcat vont pouvoir pérorer sans crainte.

D’ailleurs, Elon Musk est originaire d’Afrique du Sud, ce qui signifie bien qu’il est raciste-suprémaciste-nostalgique de l’apartheid.

Avant même l’acquisition de Twitter par Elon Musk, les trolls les plus virulents crient au scandale : la liberté d’expression n’est qu’un code pour avancer un agenda politique réactionnaire. Vous avez dit complotistes ?

Musk n’a jamais pris publiquement position politiquement, et est connu pour être donateur pour le parti démocrate comme pour le parti républicain. Contrairement à un Peter Thiel, il ne s’est jamais déclaré ouvertement libertarien. Mais peut-être que les dernières années, particulièrement riches en politiques autoritaires, ont convaincu le milliardaire de défendre franchement la liberté ?

Le « danger » du pluralisme

Parmi les voix les plus liberticides, c’est le retour du pluralisme politique qui fait peur. La première déclaration d’Elon Musk sur les réseaux après le rachat de Twitter est une vibrante apologie de la liberté d’expression : « La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l’avenir de l’humanité ».

Cela pourrait donc signifier une visibilité accrue pour les conservateurs, les hétérodoxes et les radicaux. On sait qu’Elon Musk n’aime pas beaucoup la censure, les wokes, qu’il s’agace de l’unanimisme porté par les réseaux, que ce soit sur la crise sanitaire, la guerre en Ukraine, la cancel culture ou même… la démographie.

Ceux qui s’alarment de voir réapparaître des discours qui à leurs yeux sont condamnés par l’Histoire, la Marche du monde, la « science » ou la morale publique dictée par les CSP+ de la Silicon Valley ont depuis longtemps condamné le débat démocratique lui-même. Déjà les comptes mainstream s’affolent du retour de Donald Trump, ou de la contestation de l’orthodoxie sanitaire par des hordes d' »antivax » déchaînés.

Parmi les voix critiques les plus sérieuses, ce sont les déstabilisations politico-idéologiques qui pourraient provenir des réseaux qui sont à craindre, parce que Twitter pourrait s’éloigner des institutions politiques organisées. Jonathan Haidt l’observait récemment dans un article de The Atlantic : la fragmentation culturelle poussée par les réseaux sociaux, plus encore que la polarisation politique, fait tanguer la démocratie libérale.

Les étatistes ont tous en tête l’élection de Donald Trump, que certains ont accusé d’avoir été porté au pouvoir par des réseaux charriant les discours les plus extrémistes et les fake news. L’ancien président, exclu au moment de la prise d’assaut du Capitole, va-t-il voir son compte rétabli ? Plus généralement, certains craignent à la fois les opérations de déstabilisation de l’opinion publique à grande échelle si Twitter se transforme en open space, d’autres voient d’un mauvais œil que la principale « place publique » du numérique soit sous protectorat d’un milliardaire.

On se contentera ici de remarquer que l’existence même de la cancel culture tend à montrer que les vagues de déstabilisation, d’atteintes groupées à la réputation des biens et des personnes, existent déjà, et que comme d’habitude, le secteur privé fait le travail que le secteur public ne fait plus correctement depuis des années.

Un rêve libertarien, un monde étatiste

Si Musk semble faire le pari de la liberté d’expression, n’oublions pas que le monde réel n’est hélas pas libertarien du tout, et que les entraves à la liberté d’expression, comme à la liberté individuelle en général, sont légion. Liz Wolfe note sur Reason.com que si Elon Musk semble assez vocal sur la liberté d’expression, tout semble indiquer qu’il n’a qu’une vague idée de la manière dont celle-ci pourrait s’appliquer concrètement pour Twitter : « Musk ne semble pas avoir une compréhension particulièrement solide du « discours de haine » et de la mesure dans laquelle ce que nous appelons discours de haine est, en fait, protégé par le premier amendement. »

Ajoutons qu’indépendamment des intentions de Musk, Twitter sera également tenu de respecter les contraintes extrêmement restrictives du Digital Service Act européen en matière de discours racistes et xénophobes.

Depuis des années, les États occidentaux externalisent leur censure en la faisant porter par des réseaux sociaux qui se mettent en quatre pour nettoyer les discours jugés inconvenants. À ces problématiques s’ajoutent celles, plus terre à terre, touchant au spamming, comme l’explique encore Liz Wolfe. En d’autres termes, la marge de manœuvre d’Elon Musk semble étroite, et son pari ne sera gagnant qu’à condition de rapporter un peu d’argent.

Ryan McMacken, économiste associé au Mises Institute, rappelle que l’action Twitter en bourse n’a jamais fait d’étincelles :

« L’action de Twitter n’a pratiquement pas évolué au cours de la dernière décennie, le cours ayant démarré entre 40 et 60 dollars fin 2013, et évoluant toujours entre 35 et 55 dollars au cours des six derniers mois. L’action ne verse pas de dividende, et Twitter n’a jamais vraiment compris comment transformer les utilisateurs en dollars publicitaires lucratifs. »

Elon Musk prévoit de faire passer Twitter à un modèle d’abonnement premium pour diminuer la place de la publicité, mais seulement dans l’anglosphère. L’effet d’annonce d’Elon suffira-t-il à faire rebondir Twitter ?

Peut-être sommes-nous en train d’être les témoins des premiers signes d’effritement de l’alliance entre les géants de la tech et de l’establishment progressiste occidental pour contrôler la parole publique.

Peut-être faut-il s’attendre aussi à une réaction des États, qui ne peuvent voir que d’un mauvais œil la sécession numérique d’Elon Musk au nom d’une conception de la liberté d’expression qui leur est devenue étrangère depuis bien trop longtemps.

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  • Si Twitter devient responsable des tweets qu’il laisse trainer, c’est à dire que n’importe qui peut porter plainte contre twitter s’ils laissent de la diffamation ou des appels à la haine, violence…pourquoi pas

    • Pourquoi certains « discours de haine » passent-ils crème en ce moment et d’autres pas ?
      Pourquoi faut-il bannir le « Babylon Bee » pour avoir rappelé que « Rachel » Levine est un homme mais laisser Daesh poster des appels à la décapitation de tous et la destruction d’Israël ? Pourquoi doit on autoriser l’appel au meurtre des russes ou des « whiteys » mais pas des ukrainiens ou des « niggas » ?
      D’autant que la règle actuelle qui s’appliquait sans gêner grand monde à Twitter (et aux autres plateformes) avant que Musk n’arrive c’est que ce sont des « places d’expression » et que les coupables si un viol des lois (scandaleuses et anti-constitutionnelles mais c’est un autre débat) de censure sur les sujets « sensibles » (décrétés arbitrairement) arrive c’est la responsabilité de qui le poste, pas de la plateforme. De même que l’opérateur de téléphone n’a pas à payer d’amende si vous insultez ou diffamez quelqu’un au téléphone, cette personne fut-elle notre président à vie bien aimé ou la banque à subir des poursuites même si vous utilisez ses services pour payer un tueur à gages !

      • Il n’y a pas, en effet, à porter plainte contre la plateforme à moins qu’elle ne protège indûment l’anonymat du fautif.

  • Une extraordinaire nouvelle pour la liberté d’expression: Musk = le contraire des Zuckerberg, Gates, Bezos, Jobb et leurs successeurs. Lui va permettre de rééquilibrer le débat d’idées. Musk n’est pas trop LGBTQI+, ni transhumaniste, ni woke ! Enfin une news ultra positive.

    • Il n’y a aucune avancée pour la liberté d’expression dans cette nouvelle. Il y a un génie des affaires qui se pose en défenseur de la liberté, et les gogos qui l’acclament simplement et uniquement parce que c’est ce qu’ils avaient envie d’entendre. Grandissez un peu ! Comme je le rappelle plus haut, l’oiseau bleu est un conte de fées pour enfants de moins de 12 ans. Et je vous rappelle aussi la morale d’une autre histoire d’oiseau et de génie des affaires : Apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.

      -2
      • En tout cas, j’ai bien rigolé, car le robot de modération de notre Contrepoints, lui, a retenu quelque temps le commentaire ci-dessus…

  • Qui peut être contre la liberté d expression ?
    Aucune personne sensée.
    Chacun peut avoir un pensée bonne ou mauvaise qui a le droit de juger?
    L être humain dans sa diversité d opinion fait progresser la société
    Au pire si une loi prévoit des sanctions pour certains sujets c’est à l état de droit de faire respecter la loi et non plateformes numériques.
    Nous voyons se profiler derrière cette joute sur la liberté d’expression l’affaiblissement de l état de droit .
    Il est plus facile de promulguer une loi (digital service act) qui permet de mettre tout le monde sous contrôle
    Tiberle contra….

    • En fait quasi tout le monde est contre la liberté d’expression (des autres)…
      En général on aime pouvoir dire ce que l’on souhaite et entendre ce qu’on aime. Donc on veut pouvoir parler sans restrictions et que ceux qui ne pensent pas comme nous se taisent. Bien sûr l’approche libérale c’est de se dire qu’on souhaite pouvoir tout dire et donc que les autres aussi devraient pouvoir tout dire, même et surtout si ça nous déplaît… au pire on n’écoute pas.
      Contrairement à beaucoup aujourd’hui je ne suis pas gêné le moins du monde que Poutine, Le Pen, Daesh, des néo-nazis (des vrais), des trotskistes, des « platistes » ou anti-vaxx ou que sais-je puissent s’exprimer et s’exprimer de façon audible, dans des médias grand publique à grosse audiance, je n’ai rien contre le fait que des étatistes, socialistes constructivistes passent à la télé au 20H… Je pense que la faiblesse de leurs arguments suffit à les « vaincre ».

      Mais hélas, beaucoup de gens ne pensent pas comme ça. Peut-être sentent-ils inconsciemment que leurs idées sont bien fragiles et ne tiennent pas vraiment la route ? Peut-être méprisent-ils royalement « le peuple » qu’ils pensent facile à berner ? En tout cas, ils pullulent ceux qui veulent empêcher l’expression des « discours de haine », des « mauvaises idées », du « complotisme » et autres « fake news »…

      • Les gens qui crient « On ne devrait pas avoir le droit de dire ça » sont faciles à contrer. Plus délicat est le problème de ceux qui rendent inaudible ce qui ne leur plaît pas en le noyant derrière des flots d’articles partisans qui épuisent la disponibilité du lecteur. Même chose quand il s’agit de faire paraître unanimes et allant de soi des informations tendancieuses ou partisanes, voire des rumeurs calculées pour faire, par exemple, monter ou descendre un cours de bourse sur l’évolution duquel ils auront spéculé.

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