Rémunération des patrons : la « mélenchonisation » de Macron

Emmanuel Macron propose de définir à l’échelle européenne des plafonds des rémunérations des grands patrons.

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Rémunération des patrons : la « mélenchonisation » de Macron

Publié le 19 avril 2022
- A +

Le premier tour de l’élection présidentielle a montré que plus de 70 % des électeurs français n’aimaient pas la liberté. Aussi, Emmanuel Macron propose de définir à l’échelle européenne des plafonds contre les rémunérations des grands patrons et d’œuvrer à l’échelle nationale pour un meilleur partage de la valeur ajoutée dans les entreprises. Marine Le Pen le suit de près !

La polémique que suscite l’ampleur de la rémunération (19 millions d’euros au titre de l’exercice 2021, et 66 millions en additionnant les primes et actions) du patron Stellantis, Carlos Tavares n’est pas cantonnée à la France. Il faut dire que ce constructeur automobile rassemble des marques françaises (Peugeot, Citroën), italiennes et américaines (Fiat, Chrysler). Répondant à une question d’un auditeur de France Info le 15 avril, le candidat Emmanuel Macron a jugé « choquant et excessif » le montant « astronomique » du salaire du directeur général du groupe automobile.

Le hasard veut qu’à peu près au même instant, le ministère du Travail annonçait une revalorisation du salaire minimum légal. Du fait de la forte inflation enregistrée depuis novembre, le Smic augmentera automatiquement de 2,65 % le 1er mai. Pour un salarié à temps plein, il s’établira donc à 1645,58 euros brut. En net, il passera de 1269 à 1302,64 euros. Le Smic horaire brut passera de 10,57 à 10,85 euros.

 

Le virage mélenchoniste de Macron

Désireux de rassurer l’électorat de gauche, et notamment celui de Mélenchon, en vue du deuxième tour de l’élection présidentielle, le président sortant a déclaré :

« Il faut se donner des plafonds et avoir une gouvernance pour notre Europe qui rende les choses acceptables sinon la société à un moment donné explose. Il faut mener le combat en Européens pour qu’on ait à un moment donné des rémunérations qui ne peuvent pas être abusives, exactement comme on l’a fait pour lutter contre l’évasion fiscale. Sans l’encadrer dans une fourchette, on doit pouvoir mettre un plafond, si on le fait au niveau européen ça peut marcher. »

Jean-Luc Mélenchon proposait dans son programme de limiter l’écart des salaires en entreprise de un à vingt. Au-delà d’une telle réforme à l’échelle des Vingt-Sept, Emmanuel Macron propose également, à l’échelle nationale, de « complètement changer le pacte de partage de la valeur ajoutée dans l’entreprise » en imposant un « lien obligatoire » entre versement de dividendes aux actionnaires et versement aux salariés d’un intéressement, d’une participation, ou d’une prime de pouvoir d’achat.

 

Le Pen et Macron, bonnet blanc et blanc bonnet

Marine Le Pen aussi a estimé à plusieurs reprises que le montant de la rémunération proposée pour Carlos Tavares était choquant.

Interrogée à ce sujet vendredi sur BFMTV et RMC, la candidate du Rassemblement national a jugé et proposé :

« Un des moyens d’atténuer ces rémunérations qui sont hors de proportion par rapport à la vie économique, c’est peut-être justement de faire entrer les salariés comme actionnaires. Dans des sociétés telles que celle-là, il faut réfléchir à un concept qui serait une sorte de réserve légale de titres, qui serait partagée par tous les salariés à égalité, totalement. Il n’y aurait pas les salariés, les cadres qui auraient plus et puis les salariés qui leur seraient inférieurs qui auraient moins. Tout le monde, tous les salariés seraient propriétaires d’une partie de cette réserve légale de titres. »

 

Est-il indécent que les patrons de grandes entreprises gagnent plusieurs millions par an ?

Force est de constater que si les rémunérations des patrons suscitent la polémique, il n’en est pas de même pour les cachets souvent exorbitants des sportifs ou des stars de la chanson et du cinéma.

Il y a plusieurs justifications qui font qu’on paie cher un patron. La relation entre le dirigeant et les actionnaires qui estiment qu’il travaille pour eux. Le fait que, pour en arriver là, il a fait des efforts, des sacrifices. Et puis on paie le prix du marché qui est en tendance haussière car on s’aligne sur le marché américain voire asiatique. Enfin, il y a la performance effective du dirigeant : quels sont les critères d’évaluation de la performance d’un dirigeant ? Une question à laquelle personne ne répond. Pour cela, on a besoin d’experts, de chercheurs. C’est aussi la question de ce qui est moralement acceptable de la part d’un dirigeant.

Ainsi, plafonner les rémunérations des patrons d’entreprises privées n’a pas de sens car il n’y a pas de lien entre les rémunérations des uns et le pouvoir d’achat des autres.

Les vrais sujets sont les suivants :

  • La rémunération des patrons d’entreprises privées doit être essentiellement fixée en fonction des performances de celles-ci. En l’espèce, les excellents résultats de Stellantis en 2021 (13,4 milliards d’euros de bénéfice net, marge opérationnelle courante de 11,8 %) devraient en principe valoir à son directeur général une rémunération exceptionnelle.
  • Il faut clarifier le système de calcul des rémunérations des grands patrons afin de réduire tous fantasmes populistes. Par exemple, il faut définir et rendre publiques les conditions de la rémunération variable des dirigeants en début d’exercice (performances économiques, financières, mais aussi sociales). Également, la composition des comités de rémunération doit être clairement établie afin de limiter les risques de pantouflage où deux dirigeants se tiennent par la barbichette.

 

Si le SMIC a pour conséquence économique de tirer l’ensemble des salaires vers le bas, un plafonnement des salaires en Europe aura pour conséquence une migration des hauts dirigeants vers les États-Unis ou l’Asie…

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  • L’Egalitarisme à la française a encore de beaux jours devant lui….

  • Avatar
    jacques lemiere
    19 avril 2022 at 7 h 33 min

    l’idée est qu’un patron d’une grande entreprise ne sert à rien..n’a aucun talent ou aucune compétence particulière… (et les entreprise d’ailleurs « produisent », les gens consomment.. à la soviétique)…donc l’un ou l’autre se vaut… car sinon…si tel patron ne vaut pas un autre comment faire pour « attirer » le bon dans sa boite..

    n’importe qui peut être patron.. c’est l’idée..

    • Avatar
      jacques lemiere
      19 avril 2022 at 7 h 41 min

      ce qui est amusant est aux alentours de là où j’habite, les maires sont « obligés » de donner des avantages en nature, parfois loufoques, aux médecins pour les attirer; . ils ne font et demandent aux journaux d’ne parler (surtout si ça marche)… mais râlent si les médecins préfèrent aller là ou on leur donne plus… qui est « trop »…

      d’un jour à l’autre vous voyez le maire qui se vantait de faire venir un médecin,  » vous êtes soignés grace à MOI, de plaindre des règles du jeu …

      c’est bien connu le marché « ça ne marche pas »… je voudrais une ferrari.. j’ai besoin d’une ferrari devrais je dire, et je ne peux pas en avoir!!!! crotte de crotte. de zut..

      ils ne comprennent RIEN à l’économie libre.

  • Tout d’abord c’est le montant exorbitant des impôts qui tire les salaires vers le haut, tous les salaires y comprit ceux des cadres supérieurs, sans aller jusqu’à celui des dirigeants. Ensuite c’est avoir construit un système en France où tout est cher. Même si les salaires des dirigeants restent élevés après le rabot fiscal c’est ce montant là qu’il faut regarder. Si on veut s’assurer les services des meilleurs dirigeants pour les entreprises européennes il faut bien les payer sinon ils iront à la concurrence dans le reste du monde. Les décisions énergétiques qui ont été prises depuis la loi climat vont faire exploser le coût de la vie en France.
    Si on prenait des mesures pour baisser le coût de la vie de tout le monde vivrait mieux, et il ne s’agirait même pas de prendre des mesures il suffirait de ne pas prendre celles qui augmentent le coût de la vie.

  • Cela ne me choque absolument pas, il a redressé Peugeot, son groupe après toutes les fusions est en excellente santé, il en a fait un des meilleurs au niveau mondial.
    Pourquoi les gens sont-ils choqués du salaire d’un patron qui assure du travail à des milliers de personnes dans plusieurs pays et acceptent ou trouvent même normal qu’un sportif ou acteur / présentateur télé ait des rémunérations hors normes ?
    Quand Macron aura fait de même avec la france càd qu’il l’aura redressée, il pourra parler et critiquer, en attendant il vaut mieux qu’il fasse profil bas.
    Par ailleurs il est pour le moment le seul patron automobile à être lucide et surtout à dénoncer l’absurdité du tout électrique dans le monde de l’industrie automobile.
    Mais il est vrai qu’en france la réussite et gagner de l’argent est toujours jalousé et montré du doigt, il ne faut pas s’étonner alors que les grands patrons (dans tous les sens du termes) quittent notre pays pour aller s’installer hors Europe puisque l’UE avec U Von der Leyen à sa tête est castratrice.
    Si Macron veut se mêler de la rémunération des patrons, qu’il jette aussi un regard vers celles des patrons de laboratoires qui elles aussi se sont envolées
    https://www.la-croix.com/Economie/Entreprises/La-remuneration-patron-Sanofi-deplait-actionnaires-2016-05-05-1200758069
    https://www.lemonde.fr/economie/article/2015/02/23/le-secteur-pharmaceutique-abonne-aux-salaires-xxl_4581917_3234.html

  • Il est vrai que la rémunération d’un Président de la République n’a rien à voir avec celle d’un bon PDG ou d’un bon footballeur. De là à penser qu’il existe peut-être une certaine jalousie, il n’y a qu’un pas.

  • Les « hauts salaires » n’ont rien de choquant si les résultats suivent.
    Par contre, je trouve qu’ils devraient être soumis à une obligation de résultats, selon le principe « no cure no pay » On ne devrait plus voir ça: Guido Kerkhoff perçoit une indemnité de départ de 6,4 millions d’euros après quatorze mois à la tête du conglomérat allemand en crise qui supprime 6 000 emplois.

    • « je trouve qu’ils devraient être soumis à une obligation de résultats, »
      Quand vous voulez faire venir qqu’un de compétent dans une entreprise en difficulté pour la redresser, vous n’êtes pas vraiment en situation de force pour imposer tout ce que vous voulez sinon vous n’aurez pas les meilleurs si même les bons. Or vous en avez besoin donc la coercition n’est pas de mise. D’autre part, bien souvent, une part de la rémunération se faire en action/obligation…etc. Le nouveau dirigeant a donc un intérêt à ce que cela marche bien.
      Quant à Kerkhoff, tout dépend du contrat signé pour qu’il vienne à la direction du groupe! Il n’a pas réussi avec bcp de valse hésitations dans ses décisions. Quand on creuse un peu, ces hésitations viennent souvent de désaccords entre actionnaires majoritaires. Le projet de fusion de la branche acier du groupe avec Tata Steel n’a pu se faire à cause des réticences de l’EU qui s’est mêlée une fois de plus de ce qui ne la regarde pas.
      D’autre part, vous connaissez bcp de gens compétents qui viendrait restructurer un groupe avec forcement des décisions impopulaires à la clés pour être payé peau-de-balle?

    • Ça ne serait pas forcément mal mais ça ne regarde pas « les citoyens » ou « les médias » et encore moins les politiciens. Si les actionnaires veulent une obligation de résultat, ils peuvent l’inclure dans le contrat… ou l’appliquer des facto.

      Je rappelle que ces « patrons » sont en fait des « mandataires sociaux » qui sont « révocables ad nutum » c’est à dire que les actionnaires peuvent les virer du jour au lendemain, sans indemnités de licenciement ou autres (sauf si elles ont été, bien sûr, négociées et intégrées au contrat). Et qui ne sont pas couverts par les « assurances sociales » de notre beau pays (bref, ils ne touchent pas le chômage etc.) donc vraiment les politiciens n’ont pas voix au chapitre !

  • Si le patron est performant, un haut salaire n’a rien de choquant. Si M. Macron souhaite le régime soviétique pour la France, qu’il continue avec ses planifications et ses limitations de salaire pour les patrons compétents. Ce n’est pas franchement mon idéal !

    • ce n’ets même pas une question de performance…

      sa rémunération est un compromis LIBREMENT accepté ou chacun voit un avantage…..

      tiens macron moi c’est les taxes sur l’enrgeie que je trouve « choquante ».

  • Un politique en campagne dit toujours n’importe quoi… Donc….. Pas d’affolement cela sera vite oublié.

    • Un électeur entend en effet n’importe quoi pendant la campagne. Lui, en revanche, il n’oublie pas ce qui le conforte dans ses a priori, même si ça vient d’un candidat peu crédible. Combien de « Les patrons gagnent vraiment des sommes indécentes, même Macron le reconnaît » aurons-nous dans les prochaines années ?

  • Vouloir « réindustrialiser » la France et, « en même temps », limiter les salaires des patrons…
    Voilà qui annonce un franc succès. 🙂

  • Moi je me rappelle d’un mec qui a gagné 3 millions d’euros, il les a vite dépensés et il est devenu président de la République. Alors bon, je veux bien comprendre que dans certains cas la rémunération corresponde aux compétences exceptionnelles de la personne, mais dans ce cas précis je n’ai aucun doute que ce ne soit pas le cas.
    Toutes ces discussions sur les salaires de quelques uns (l’extrême gauche semble toujours se soucier particulièrement des 0.001% les plus riches) me fait bien sourire. Leur salaires cumulés fait pâle figure face au budget de sombres ministères ou comités dont la valeur nette est bien souvent négative…

    • Y a plus grave comme, les notaires, les artistes les footeux et les gangsters…. Pour eux, c’est no limit. Et plein d’autre professions dites libérales (libérées faudrait dire) Alors les patrons…. Combien, 40 comme les 40 voleurs… Mais il y’en a des milliers d’autres invisibles.

    • @titi
      Bonsoir,
      Les 3 millions, il me semblait qu’il ne savait même pas où il les avait lors de sa déclaration de patrimoine.
      Quant à Melenchon, il est celi avec le plus gros patrimoine. La gamelle est vraiment bonne.

  • Susciter et exacerber le ressentiment, telle est la méthode des politiciens pour se constituer une clientèle

  • Négligeables propos de campagne.
    S’agissant d’aguicher un électorat de myopes envieux, la compétition médiocratique ne peut que basculer dans un concours de péripatéticiennes.

  • On lit souvent sur certains forums ( dans ma presse régionale très à gôche) qu’un patron ne serait rien s’il n’avait pas des travailleurs/travailleuses ( sous entendu « esclaves ») pour faire le Job. Ceci étant, un footeux cent fois mieux payé qu’un patron ne serait rien sans tous les beaux stades payés par les contribuables dans nos belles villes de France et d’ailleurs, sans tous les moyens de com technologiques pour se vendre à travers la pub ( payée par tous les consommateurs même ceux qui détestent le foot). Et en plus il ne produit rien… du vent…. même si ces activités parallèles et autres produits dérivés donnent du boulot à des gens. L’outil de travail du footeux est payé par le contribuable, celui que le patron met au service de ses salariés ne sort (normalement) que de sa poche – si pas de capitalisme de connivence- et produit des biens ou services recherchés par les consommateurs.
    Je ne vois pas en quoi les émoluments de Monsieur TAVARES seraient plus scandaleux que ceux des footeux ou des artistes bobos qui crachent régulièrement dans la soupe!

  • Un article bref et clair et qui démonte parfaitement la démagogie perpétuelle des dirigeants politiques et autres prétendants… et soi-disant consorts.

  • Je ne connais pas ce monsieur Tavares toutefois je le demande si labrzcelation de son salaire n’est pas un coup de p.te de la part des médias, voire du candiat-sortant, car le grand patron n’est pas dans les.pztits papiers du prince.

  • Les commentaires sont fermés.

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