Les Français aiment les riches qui jouent au foot. Pas ceux qui créent de l’emploi

Le gouvernement vient de prendre un décret qui allège la charge fiscale pour les sportifs les plus riches, alors même qu’une remise en cause des « aides aux entreprises » est annoncée pour réduire la dépense publique.

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Les Français aiment les riches qui jouent au foot. Pas ceux qui créent de l’emploi

Publié le 8 août 2018
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Par Éric Verhaeghe.

Le décret du 1er août 2018 relatif à l’exploitation commerciale de l’image, du nom et de la voix des sportifs et entraîneurs professionnels est une aubaine pour les centaines de sportifs de haut niveau les mieux rémunérés. Publié dans la torpeur estivale, il applique une disposition de l’oubliée loi Braillard de 2017 restée lettre morte jusqu’ici faute d’un décret pour lui donner vie.

Dans la pratique, ce système consiste à défiscaliser les droits perçus par les sportifs dans le cadre des campagnes publicitaires dont ils sont les emblèmes. Ainsi, alors que leurs salaires continuent d’être fiscalisés, le produit de ces campagnes peut leur être versé, sous réserve d’un accord collectif dans leur fédération, « hors rémunération », c’est-à-dire hors impôts.

Cette mesure d’optimisation fiscale ferait hurler les défenseurs de l’impôt si elle s’appliquait à des chefs d’entreprise. Curieusement, parce qu’elle s’applique à des sportifs, elle ne soulève pas de commentaire particulier.

 

Les riches sportifs en pleine concurrence internationale

On reprend ici le vieil adage pascalien : « vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà ». Tous les arguments qui servent à disqualifier l’optimisation fiscale pour les plus riches sont ici retournés méthodiquement pour expliquer que, s’agissant des sportifs, tout ce qu’on considérait comme faux hier, est vrai aujourd’hui.

Ainsi, il est évident que le régime fiscal des rémunérations les plus élevées en France pousse à l’exil. Lorsqu’il s’agit d’investisseurs ou de chefs d’entreprise, les étatistes n’ont pas de mots assez durs pour dénoncer l’incivisme de ces traîtres qui quittent leur pays pour des raisons bassement matérielles.

En revanche, lorsqu’il s’agit de sportifs, il semble naturel de consentir à d’importants allègements fiscaux pour éviter qu’ils ne quittent la France. Et là, pas d’invocation de la solidarité dont ils devraient faire preuve vis-à-vis des plus pauvres. Personne ne s’offusque que des jeunes gens qui gagnent parfois des dizaines de millions d’euros chaque année exigent d’importants rabais fiscaux pour continuer à exercer leur talent en France.

 

Vérité pour les riches sportifs, erreur pour les riches entrepreneurs

Il faut ici tâcher de comprendre pourquoi les Français sont absolument intolérants à l’amélioration de la situation fiscale des entrepreneurs, et parfaitement tolérants au même sujet chez les sportifs. Car il y a un paradoxe dans le traitement de chaque situation.

Souvenons-nous des polémiques annuelles sur la rémunération de Carlos Ghosn. Les 6 ou 7 millions que gagne l’intéressé font systématiquement hurler l’opinion publique. Pourtant, quand Carlos Ghosn prend les rênes de l’entreprise en 2009, le chiffre d’affaires est tombé à 33 milliards d’euros et Renault vend à peine 2,3 millions de voitures. En 2017, le chiffre d’affaires passe la barre des 45 milliards d’euros, et Renault annonce le chiffre record de 3,7 millions de voitures vendues.

Sur la seule année 2017, Renault a augmenté ses ventes de 8,5 %. Voilà qui est très bon pour l’économie française. Mais ces belles performances ne semblent pas devoir profiter au patron de l’entreprise… qui emploie tout de même plus de 120 000 personnes et participe à toutes les politiques de l’emploi.

Inversement, un Neymar est rémunéré 36 millions d’euros par an, c’est-à-dire six fois plus que Carlos Ghosn, et le gouvernement nous annonce un allègement fiscal pour lui. Pourtant, il ne crée pas d’emploi et son activité ne structure pas l’économie française…

Allez comprendre !

 

Le mythe de l’entrepreneur profiteur face au travail collectif

Derrière cette disparité de traitement se cache évidemment la différence de représentation typique de l’opinion française sur l’origine de la richesse de chacun, et sur sa nature.

Dans le cas de l’entrepreneur, un vieux réflexe français, nourri de préjugés prétendument marxistes, décrète une suspicion générale. La France, héritière des communautés agricoles qui l’ont fondée et façonnée, se méfie toujours de ces fortunes industrielles qui se bâtissent à l’usine. Le fait qu’une ou quelques individualités s’enrichissent grâce au travail des autres et pas seulement du leur, est un fait en quelque sorte de contre-culture pour les vieux paysans dont nous héritons.

Qu’on le veuille ou non, la France n’a jamais aimé la grande industrie pour cette raison. La richesse, en France, doit être répartie entre tous, parce que la construction même du pays s’est fondée sur ce principe. La seule exception tolérée était réservée à la noblesse et au clergé, avec les naufrages que l’on sait à partir de 1789. Dans cet ensemble, l’entrepreneur est rapidement perçu comme un accapareur des biens du peuple.

D’où l’appétence française pour la redistribution.

 

Le mythe du sportif gladiateur et l’individualisme français

Inversement, le sportif de haut niveau est une sorte de preuve vivante selon laquelle la prouesse individuelle existe.

Autant Carlos Ghosn est suspect de s’enrichir sur le dos de ses pauvres ouvriers, d’usurper sa réussite en s’appropriant celle des autres, autant le sportif de haut niveau est crédité de sa performance individuelle, qui le rend légitime à s’enrichir. Quand les Français regardent leur équipe de football jouer un match, ils considèrent que ceux qui font la victoire, ce sont les joueurs et pas le sélectionneur, ni le président du club ou de la fédération. Et ils applaudissent au fait que « l’artiste », vécu comme travailleur de terrain face à ses élites, celui qui marque un beau but, soit récompensé pour sa performance.

On reconnaîtra ici les catégories de pensée un peu brutes de décoffrage de la France contemporaine.

D’un côté, il y a la grande entreprise mondialisée où la performance ne peut être que collective et où le patron est forcément, peu ou prou, un usurpateur. Ce n’est pas lui qui serre les boulons sur la chaîne, donc son travail est par nature moins important que celui des « petits » qui oeuvrent au jour le jour.

D’un autre côté, il y a le travailleur, dont le sportif de haut niveau est une figure sublimée, qui livre son combat au jour le jour pour gagner sa pitance. Et celui-là peut être payé sans limite : il a bien mérité son argent. En lui, le Français salue la performance individuelle.

De là à dire qu’en France, seul l’enrichissement par le travail individuel est légitime ou vécu comme moral, et que toute oeuvre collective doit condamner ses acteurs à une forme de modestie ou de sobriété, il n’y a pas loin.

 

Homo festivus, homme riche

On ne peut évidemment conclure cette petite flânerie sur les avantages fiscaux des sportifs de haut niveau sans replacer la question dans le triomphe contemporain de ce que Philippe Muray appelait l’homo festivus. Dans une société privée de sens et infantilisée par la fin de l’histoire, le sportif de haut niveau tient une place à part. Il réalise une sorte d’idéal absolu, celui de la performance sportive dans la communion festive du stade érigée en mode de vie. Son exaltation sans limite n’est donc pas surprenante. Le sportif de haut niveau incarne le bien parfait que l’empire de la morale idéalise.

Il est intéressant ici de se demander pourquoi le chef d’entreprise incarne l’inverse. Pourtant, ce dernier est un créateur d’emplois qui dispense, par sa prise de risque individuelle, du bien collectif. Mais les Français se plaisent à le taxer du contraire.

C’est peut-être un signe supplémentaire de notre aversion pour l’histoire. Le sportif se contente de jouer sur un stade et, en dehors du fric qu’il ramasse, il ne capitalise rien. Le chef d’entreprise, lui, construit l’histoire, même tout petitement le plus souvent, mais il construit. Il transforme irrémédiablement la réalité. Il change le monde en creusant son sillon.

C’est aussi cela qui le rend urticant. Les Français aiment que l’action individuelle ne serve qu’à la beauté du geste. Qu’elle soit un moment d’émotion. Ils n’ont plus envie de revenir dans l’histoire qui produit des sens et qui demande de la constance dans l’effort.

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  • Mouais… Je suis pas sûr d’avoir tout capté aux derniers paragraphes. Une chose est sûre en revanche : opposer les sportifs de haut niveau aux chefs d’entreprise, que ce soit pour culpabiliser les chefs d’entreprise ou pour culpabiliser les sportifs, c’est dans les deux cas faire le jeu des antilibéraux.

    Si des sportifs ne se font plus autant matraquer fiscalement : tant mieux pour eux . Faisons en sorte qu’il en soit de même pour les chefs d’entreprise.

    • S’ils ne se faisaient plus matraquer, je serais d’accord. Mais en fait, ce qui se passe est plutôt qu’ils se font exceptionnellement protéger, ce qui est loin d’être un pas dans la bonne direction.

      • @MichelO : De quoi les sportifs de haut niveau sont-ils, sur ce sujet précis, « exceptionnellement protégés » ? Réponse : du racket fiscal. C’est-à-dire d’une injustice. Ce qui aurait été un problème c’est d’être protégé contre la justice. Imaginons par exemple que Zizou fout un coup de tête à un passant dans la rue, et que cette agression gratuite n’est sanctionnée d’aucune façon, là ça serait très problèmatique. En revanche ce n’est pas un problème d’être protégé contre l’injustice (racket fiscal. ) Du moins, comme vous l’avez vous-même précisé, c’est uniquement le carractère « exceptionnel » de cette protection le problème. D’où mon propos : plutôt que de nous en prendre à la protection en elle-même, faisons en sorte qu’elle ne soit plus « exceptionnelle », que tout le monde puisse en bénéficier, qu’elle ne soit plus seulement reservée à quelques sportifs de haut niveau.

        • En allégeant les footballeurs (ne galvaudons pas le terme de « sportifs »), l’état ne reconnaît pas que les impôts sont excessifs et que les footballeurs seraient les premiers à bénéficier d’une réduction qui à terme devrait être étendue à d’autres, quand les circonstances le permettraient. Au contraire, il admet les footballeurs au sein du groupe des amis privilégiés, non-soumis aux règles communes. Le racket fiscal n’est pas une injustice, mais une illégitimité.

          • Considérez le problème de la façon suivante : certains français (en l’occurence: des chefs d’entreprise) paient beaucoup d’impôts comparativement à d’autres français (en l’occurence: des footballeurs.) La meilleure solution pour rectifier cette inégalité de traitement est-elle d’augmenter les impôts des footballeurs ou de baisser les impôts des chefs d’entreprise ?

  • J’ai comme l impression que la soirée des Bleus à l Elysée a été l occasion d’une bonne séance de lobbying…..

    • A l’époque, un certain Alain Juppé avait promis à ceux qui rameneraient une médaille olympique une jolie prime nette d’impôt tout en demandant aux sans dents de de serrer la ceinture (création de la CRDS) et d’abonder à la caisse.

  • C’est un vieux paradoxe mais il est assez simple à expliquer: les sportifs font rêver, pas les chefs d’entreprise (à part certains gourous…) Le jour où les industriels sauront vendre du rêve le problème sera résolu… il y a du travail!

    • je rajoute: « les sportifs font rêver et servent d’écran de fumée pour l’Etat » c’st plus difficile pour chef d’entreprise de faire de la propagande pour un état qui fait du racket le sport national.

    • Le jour où on laissera les entrepreneurs créateurs de richesses en jouir raisonnablement, leur sort fera rêver…

  • C’est bien vrai. Qu’un minable qui tape dans un ballon gagne des millions ne les gêne pas. Par contre qu’un chef d’entreprise enrichisse la France et crée des emplois les scandalise. Cela en dit long sur le niveau intellectuel des français!
    Ce pays est foutu!

    • quand on voit ces débiles serrer la pince de jupiter quand il sort de son fort, on mesure à quel point les français sont des ânes..

    • Si vous n’avez pas autant réussi dans votre domaine (reconnaissance internationale; p. ex. : Prix Nobel si vous êtes scientifique) que ces gens que vous qualifiez de « minables » dans le leurs, qu’êtes vous ?

  • Le sport en général et le football en particulier sont dans notre pays une vitrine dont se sert le pouvoir pour sa propagande. A noter que tous les pays en font de même, les dictatures étant au premier rang.

    Dans cette vitrine, les médias (subventionnés) aiment nous montrer les « gentils riches », qui roulent en Lamborghini Aventador avec une Richard Mille au poignet…ceux là même qui font rêver les gens dévorés par la convoitise.
    Sauf que dans ce cas la convoitise se transforme en une projection dans le monde merveilleux de l’argent facile, celui qui tombe du ciel ou de la poche des autres ! 400 000€ par exemple…

    Face à ce monde de « rêve », il y a les « méchants riches » dans leur Porsche Macan avec une Breguet au poignet.
    Bien sûr, cela n’est qu’une image, car tous n’ont pas cette « chance », mais tous prennent des risques, et travaillent plus de 65 heures la semaine, engraissent l’état, donnent du travail à des personnes, …sauf que là nous ne sommes plus dans le monde merveilleux de l’argent facile, mais dans le labeur.

    J’ai bien dit « donner du travail à des personnes »…Oui mais le travail ne fait pas rêver, ainsi le « méchant riche » est perçu comme un esclavagiste, un profiteur, un salaud de riche, une personne à abattre…bienvenue en France !

    Merci à l’auteur pour cet article, il y a des personnes comme çà que l’on aime retrouver.

  • Je crois surtout que le sportif porte en lui l espoir de la fortune accessible à tous. Les gens de gauche la tolèrent car ils identifient cette réussite à celle du peuple. Un peu comme la victoire au loto (même si le sport demande bien de autres efforts) . La réussite d un chef d entreprise leur semble à l inverse obscène car pour les gens de gauche , bercés par les théories bourdieusiennes, cette réussite est simplement le resultat d avantages de castes .

    • Accessible à tous, accessible à tous, c’est vite dit. Bien que les footballeurs aient besoin d’une certaine intelligence et d’un travail physique non négligeable, l’idée populaire est surtout que ce sont des dons innés qui font la différence, dons qui pourraient effectivement échoir à n’importe qui.

  • Pour être plus clair, les Français aiment les loisirs mais pas le travail !
    Quant au foot, ce qui est le plus honteux est d’obliger tout le monde à financer ces fainéants qui sont fatigués apprès un match, OUI tout le monde à travers la redevance TV obligatoire et la pub sur de nombreux produits alimentaires de première nécessité. Il serait temps de faire cesser tout cela un peu comme l’excès de pub que l’on connait aujourd’hui, faut-il rappeler que la pub n’est pas gratuite et que l’on paye tout cela dans nos achats et souvent pour engraisser des gens qui ont déjà des revenus très très loin au-delà de la grande majorité des entrepreneurs.

  • le Foot c’est un amuse gueule ,les Médias nous emmerde :c’est une manière de détourner l’attention sur des sujets plus important ….les jeux romain du 21 ème siècles..

  • Bonjour à tous,
    Ce qui est le plus sidérant dans cette histoire, c’est que le footballeur ou autre sportif de haut niveau très bien rémunéré ne sont en fait que les acteurs d’un spectacle, financé par ses clients. Dans le cas du football, lesdits clients sont particulièrement « modestes », mais n’hésitent pas à payer directement les rémunérations fastueuses de quelques rares vedettes – qui vivent donc très concrètement « sur le dos des travailleurs ».
    Le même « client modeste » trouve d’autre part tout à fait anormale la rémunération du PDG de l’entreprise qui lui fournit son boulot et sa rémunération … et des autres entreprises qui lui permettent d’accéder à des biens de consommation de qualité sans cesse améliorée à des coûts de plus en plus bas.
    Cette vérité est contre-intuitive ? Raison de plus pour en parler et l’évoquer clairement …
    Amitiés,
    Pierre

    • Si le spectacle n’était financé que par ses fans, il n’y aurait pas de problème. Mais entre les subventions aux clubs, les achats de diffusion par la redevance télé, et autres particularités qui sortent les clubs des règles communes des entreprises de spectacle, il est difficile de considérer que seuls les clients paieraient.

  • On peut mettre en parallèle à ces sportifs, les émissions de télé-réalité florissantes sur nos écrans où l’on laisse croire et espérer devenir riche et célèbre (sans un effort inimaginable non plus)… Le travail, l’effort, la persévérance sont galvaudés par tous ces parasites de sportifs et d’artistes qui profitent du système pour se gaver. Pendant ce temps là patron de PME, l’artisan, le commerçant se retrouve englué, empêtré, submergé par des règlementations, lois et dispositifs n’ayant que pour seul but de nourrir une administration pantagruélique !

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