Pourquoi nous allons connaître une crise monétaire épique (1)

La monnaie n’a plus d’ancrage dans le réel, elle repose sur de la dette. Ce qui annonce une crise monétaire.

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Pourquoi nous allons connaître une crise monétaire épique (1)

Publié le 10 mars 2022
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Au mépris d’une histoire monétaire multimillénaire, les autorités (gouvernements et banques centrales) se sont lancées dans une grande expérience planétaire : la monnaie n’a plus d’ancrage dans le réel, elle repose sur de la dette :

  • Aujourd’hui l’argent de votre compte en banque est une dette que votre banque reconnaît avoir à votre égard. Elle vous le rendra… si elle le peut, et si les autorités y consentent (comme les Canadiens, les Libanais ou les Russes peuvent en témoigner).
  • Votre livret A est adossé à de la dette publique française. La République française vous rendra probablement cet argent mais nous parlons de 22 950 euros au maximum qui est le plafond du livret A. Et son pouvoir d’achat en carburants n’est déjà plus le même.
  • Votre assurance-vie est une dette que votre assureur reconnaît avoir à votre égard. Il honorera ses engagements futurs… s’il le peut sans faire faillite.
  • Vos cotisations de retraite complémentaires sont une dette qu’un organisme privé reconnaît avoir à votre égard pour vous les reverser lors de votre retraite, s’il le peut. Et le pouvoir d’achat de ce qu’il vous rendra sera lui aussi érodé.

 

Certes, vous manipulez – mais de moins en moins fréquemment – des billets. Ils n’ont évidemment aucune valeur intrinsèque. Voyez-les comme un bon d’achat certifié par un banquier central, valable dans une monnaie donnée. Les espèces représentent une très faible proportion de la monnaie en circulation dans les pays développés. Quand la monnaie s’effondre comme le rouble actuellement, ces bons d’achat ne permettent plus d’acquérir grand-chose.

La dette s’est multipliée à un niveau désormais hors de contrôle. Jamais en temps de paix l’endettement public n’avait atteint de tels sommets.

 

Le Titanic de la dette

La dette mondiale a connu sa plus forte progression en 50 ans

 

 

Sur ce graphe, la dette est exprimée en pourcentage des biens et services produits (le PIB)

  • Dette mondiale
  • Dette publique
  • Dette des ménages
  • Dette des entreprises non financières

Source : FMI, chiffres publiés le 15 décembre 2021. Le montant total 2020 est de 226 000 milliards de dollars. Il est estimé en septembre 2021 à 300 000 milliards par l’International Institute of Finance.

Le graphique du FMI mesure la dette en pourcentage du PIB. Rappelons que le PIB est la somme des biens et services produit en un an dans un pays.

En 1970, lorsque le dollar était encore rattaché à l’or, la dette représentait l’équivalent des biens et services produits. La dette du secteur privé (entreprises non financières et ménages) en représentait 75 % et celle du secteur public 25 %. Une production de biens et services de 100 était adossée à 100 de dettes dont les trois-quarts étaient émises par le secteur privé.

Aujourd’hui, tous pays confondus, la dette représente 256 % des biens et services produits en un an. Si on considère que la dette doit être adossée à quelque chose de tangible (les biens et services produits, l’économie réelle), 156 % de 300 000 milliards de dollars de dettes ne sont adossés à rien, à du vent, à des promesses de payer.

La dette du secteur privé a doublé et la dette du secteur public a quadruplé, toujours par rapport à ce qui est produit.

Certains esprits subtils vous diront « ha mais, on ne compare pas un stock (la dette) à un flux (la production), blablabla… ». Ce sont des niais (hypothèse bienveillante) ou des manipulateurs (hypothèse complotiste ou populiste). En pratique, on compare toujours une dette à une capacité de remboursement, à des revenus, à la faculté de produire quelque chose. Avant de vous accorder un prêt, votre banquier s’inquiète de vos revenus.

Voici comment se distribue la dette publique par pays (source Visualcapitalist).

Dette publique par pays, rapportée à la taille de leur économie

La dette publique est importante car elle est devenue l’assise du système financier, l’actif le plus sûr. Les bons du Trésor américain jouent le rôle autrefois dévolu à l’or. Les marchés financiers, la réglementation, votre banquier, votre assureur considèrent qu’une obligation d’État émise par les États-Unis, l’Allemagne, la France… ne comporte aucun risque. Elle sera toujours honorée.

 

Comme vous pouvez le constater sur cette présentation, la France se situe dans le troisième cercle à gauche. Cela paraît une position confortable par rapport au Japon ou à l’Italie. Mais les apparences sont trompeuses comme nous le verrons.

Notons aussi que la Grèce, prétendument sauvée de la faillite en 2011-2012, est aujourd’hui dans une situation pire qu’à cette époque.

Nous avons ausculté le Titanic de la dette ; avant d’examiner la dérive de l’iceberg inflation, il convient de voir comment s’articulent dette et mondialisation.

 

Comment la dette publique a financé la mondialisation

Dans le système financier international, le remplacement de l’or par de la dette publique américaine a inauguré la folle croyance qu’une dette avait valeur de paiement.

Le 15 août 1971, les États-Unis mettent fin à la convertibilité du dollar en or. Le dollar – et non plus l’or – devient la monnaie de réserve internationale et la monnaie des échanges internationaux. Les banquiers centraux n’empilent pas toutefois des liasses de billets mais obligations de l’État fédéral américain, donc des reconnaissances de dette.

Parallèlement, les politiques keynésiennes de relance par la consommation ou de redistribution se multiplient dans les pays développés. Elles sont financées (si tant est que ce terme soit propre) par des déficits publics et donc des émissions de dettes publiques. Enfin, la Chine a fait son entrée dans l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) en 2002.

L’empilage de dettes émises par les pays développés finance des allocations et subventions. Ceux qui perçoivent cet argent se tournent vers ce qui est moins cher : des produits fabriqués à bas coût dans les pays émergents. Pourquoi acheter 18 € un sous-vêtement en coton fabriqué dans le nord de la France lorsque vous pouvez l’acheter pour 2 € made in China ? Même chose pour presque tout ce qui remplit vos rayons de supermarché et pour l’automobile. La mondialisation a donc importé de la déflation (baisse des prix) dans les pays développés.

En 2008, la crise financière a été causée par un excédent de dette subprime, des crédits accordés à la légère par des organismes publics américains de logement social. Au lieu de revenir à la raison et de laisser faire faillite un système corrompu, pour résoudre une crise de surendettement, on a empilé de la dette sur la dette.

Mais une page de l’histoire monétaire se tourne désormais sous nos yeux. L’inflation – jusque-là cantonnée aux actifs financiers et l’immobilier – essaime dans les prix des matières premières (pétrole, gaz, métaux, céréales) et dans les prix de la vie de tous les jours.

L’iceberg inflation dérive maintenant dangereusement, poussé par le courant de la démondialisation sous l’effet de la crise sanitaire puis de la guerre en Ukraine.

Si la mondialisation a importé de la déflation, la démondialisation et la désorganisation des échanges internationaux vont importer de l’inflation.

Ceci posé, la partie immergée de l’iceberg de l’inflation est complexe et on ignore encore quel flan du Titanic de la dette il touchera d’abord.

Contentons-nous de constater qu’aujourd’hui, l’or, la relique barbare selon Keynes, est à des niveaux records, que son cours soit exprimé en dollar (2005 $ l’once) ou en euro (1840 € l’once) ou dans toutes les autres devises de pays pourtant considérés comme stables comme la Suisse (1850 CHF).

 

Cours de l’once d’or exprimé en dollar

Source : or.fr

Cours de l’once d’or exprimé en euro

 

 

Source : or.fr

Pour le moment, l’or se comporte mieux que le bitcoin, monnaie alternative toute récente.

Rappelons la vertu souveraine de l’or : il est le seul actif monétaire qui ne soit la dette de personne. C’est même pour cela qu’il fut l’étalon monétaire durant des milliers d’années comme je le rappelle dans mon livre, du sumérien au bitcoin : dettes et crises monétaires.

Dans une deuxième partie, nous examinerons le mécanisme de l’essaimage de l’inflation vers la crise monétaire puis politique et comment vous prémunir du naufrage prévisible.

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  • Ceux qui prétendent qu’un Etat ne peut pas faire faillite ont la mémoire courte. En 1917 la République soviétique de Russie a tout simplement répudié sa dette; on ne voit pas bien ce qui pourrait empêcher Vladimir de faire de même. Entretemps il y a eu l’Argentine, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie… et bien d’autres, dont la France.
    https://www.contrepoints.org/2012/03/28/74968-les-faillites-detats-une-constante-dans-lhistoire

    • Et c est ce que va faire Vlad puisqu’une partie de la dette russe est émise en devise étrangère et que les européens le bloque. Vladimir a déjà annoncé que les dettes ne seront plus remboursées qu’en rouble. Il y a tout un suspense actuellement pour savoir si la Russie va être en défaut de paiement.

  • Je remarque que depuis 1970, la dette par rapport au PIB s’est multipliée par 2.56. Cela signifie que la quantité monétaire pour acheter une unité de consommation s’est multipliée par ce montant.
    Pour l’or, qui est un bien aussi, qui aussi a dû bénéficier des progrès en matière d’extraction (sans doute plus faiblement je l’admets), ce ratio est plutôt de 60. J’en déduis que la confiance en la monnaie s’érode beaucoup plus vite que la monnaie elle même…

  • Madame, il y a déjà plus de 10 ans, vous nous annonciez un krach obligataire et demandiez de tout miser sur l’or.
    On va finir par perdre patience.

    -1
  • On ne peut pas mettre toutes les dettes dans le même panier. Il y a 3 sortes de dettes : les dettes hypothécaires (je mets ma maison en gage et si je ne paie pas ma dette elle est saisie et mise en vente), les dettes correspondant à un projet de production qui permettra ensuite de les rembourser et enfin les dettes les plus nuisibles qui sont de simples avances sur une production n’ayant pas de raisons d’augmenter puisque non associées à un véritable investissement. Les dettes publiques sont de cette dernière catégorie car lorsque l’état emprunte ce n’est que très peu pour créer des moyens de production supplémentaires mais plutôt pour boucher des trous et laisser la patate chaude aux suivants. L’état profite simplement de sa position de force qui est de pouvoir ensuite lever des impôts pour rembourser (ou plutôt pour freiner la croissance du stock de dette). Quand on arrive au niveau de pression fiscale actuel, cette stratégie devient suicidaire.
    La question du rapport entre le stock et le flux de dettes est complexe. Quand ce ratio devient très haut, cela peut être le signe que l’innovation s’étiole et que l’investissement ne peut plus se porter que sur des projets peu profitables par rapport aux capitaux qu’ils nécessitent. Un fort ratio dette/PIB n’est donc pas seulement le signe d’un état pratiquant la fuite en avant mais c’est aussi le signe d’une société décadente qui n’a plus beaucoup de projets valables à sa portée.

  • D’après vos commentaires, celui qui va remplacer E Macron en 2022 va s’arracher les cheveux pour combler ou tenter d’améliorer les finance publiques, reste donc Zemmour, il en a très peu (de cheveu)

  • Les commentaires sont fermés.

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