Présidentielles : Macron et les seules cartes qui lui restent

Voici les quatre jokers dont à coup sûr Macron va se servir pour la présidentielle afin de tenir éloigné tout risque d’inventaire.

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Macron_Elysee by World Bank Photo (CC BY-NC-ND 2.0)

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Présidentielles : Macron et les seules cartes qui lui restent

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 23 février 2022
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Alors que certains médias pensent que la crise ukrainienne « contrarie les plans » d’Emmanuel Macron (Europe 1 le 18 février 2022), celle-ci constitue au contraire un joker de plus dans la manche du futur candidat à la présidentielle.

La configuration actuelle lui est même particulièrement favorable, avec une conjonction de quatre jokers complémentaires sur lesquels, n’en doutons pas, il capitalisera au maximum, ceci dans le but de détourner l’attention des problèmes domestiques et surtout d’éviter que le bilan de son quinquennat ne s’invite dans la campagne. Ce qui lui serait fatal.

Voici les quatre jokers dont à coup sûr Macron va se servir afin de tenir éloigné tout risque d’inventaire.

La crise ukrainienne

La crise ukrainienne s’inscrit dans une longue succession de conflits dans la région. À cela s’ajoute une espèce de surenchère verbale américaine d’autant plus opportune que l’Europe est en première ligne si jamais des sanctions devaient être prises en cas d’attaque1. Tous les ingrédients sont donc là pour truster les actualités télévisées et la Une des journaux.

Que Macron tente de s’inviter dans ce bras de fer diplomatique entre l’Europe, les États-Unis et la Russie est un excellent calcul. Outre le fait que cela lui permet de différer un peu plus l’annonce de sa candidature (voir plus bas), l’Ukraine lui fournit l’occasion d’obtenir des articles symboliquement élogieux comme celui du journal Le Monde, avec son titre d’une naïve admiration : « Emmanuel Macron teste une méthode de désescalade face à Vladimir Poutine » (Le Monde 8 février 22).

Quiconque qui prendrait à la lettre ce quasi communiqué de presse élyséen croirait que notre jeune et peu expérimenté président serait sur le point de réussir grâce à une méthode géniale à laquelle aucun chef d’Etat n’avait pensé avant lui. Rien que cet article prouve combien la réponse médiatique à l’agitation présidentielle en Ukraine est d’une formidable rentabilité.

 

La présidence du Conseil de l’UE

Cerise sur le gâteau, la présidence du Conseil de l’UE permet de redonner à Macron une stature internationale qui ne peut qu’améliorer son image à quelques semaines de l’élection.

À la différence de Chirac et de Hollande qui se défaussaient régulièrement sur l’Europe pour justifier l’échec de leur propre politique, Macron a commencé à utiliser la tribune qui lui est offerte comme moyen de soumettre des mesures qu’il n’a pas eu le courage de décider pour son propre pays.

Réforme de l’espace Schengen, soutien intergouvernemental d’urgence en cas de crise aux frontières, gestion de l’immigration, autant de sujets que le président se gardait bien d’évoquer et qu’il va pouvoir jeter à la face de l’Europe devant les micros et les caméras du monde entier.

Cette stratégie est assez subtile car elle peut donner des allures de réformateur courageux à un président qui n’a rien réformé du tout. En effet, bien que la suppression de l’ISF soit une excellente mesure, tout comme le début du commencement d’une baisse de la fiscalité des entreprises, tant que ces dites mesures ne sont financées que par de la dette (et donc par de futurs impôts), on ne peut légitimement pas les considérer comme des réformes.

Outre l’échec de celle des retraites, la réforme de l’État, la seule qui permettrait de pérenniser une baisse généralisée des impôts et de mettre un coup d’arrêt à la désindustrialisation du pays, n’a toujours pas commencé.

Là se trouve le principal échec du gouvernement Macron, un échec cuisant qui vient de se voir confirmer par deux chiffres terribles : le record absolu du déficit commercial français en 2021, soit 84,7 milliards d’euros en 2021, le pire déficit commercial de l’histoire, et le passage de la part de l’industrie sous le seuil des 10 % du PIB !2

Le relâchement des mesures sanitaires

Que la pandémie s’essouffle ou pas, il reste toujours au président ce levier facile consistant à relâcher la chape autoritariste. À l’approche des élections, rien de tel pour faire oublier le confinement le plus violent des pays libres, confinement qui a généré la plus forte récession d’Europe, confinement contrôlé dans les rues via un questionnaire digne de l’Occupation.

Rien de tel pour effacer des mémoires les mensonges sur les masques, les retards à toutes les étapes de la lutte contre la pandémie (masques, tests, vaccins) et un taux de mortalité encore 2,8 fois supérieur à la moyenne mondiale3

On peut parier que les mesures drastiques et autres pass sanitaires vont faire l’objet d’adoucissements spectaculaires deux ou trois semaines avant le premier tour.

La non déclaration de sa candidature

Les sondeurs l’ont maintes fois démontré : tout homme politique qui ne s’est pas déclaré candidat dans une campagne bénéficie d’un bonus dans les sondages. Pourquoi ? Parce qu’il se maintient au-dessus de la mêlée.

Pas encore en concurrence avec les autres, mais toujours au centre des spéculations sur la date probable de sa déclaration, voire son intention même de se déclarer, le futur candidat qu’il est a tout intérêt à conserver ce mystère et cette distanciation avec ses futurs concurrents.

Car Macron et ses spin doctors le savent, la déclaration de sa candidature sera suivie d’un recul dans les sondages. C’est un obstacle dans une campagne qu’il sera d’autant plus difficile de compenser qu’à partir du moment où il sera descendu dans l’arène, Macron devra se comporter en candidat et répondre aux critiques de ses rivaux qui jusqu’à présent ne pouvaient pas véritablement l’attaquer.

Or les chiffres du bilan du quinquennat de Macron sont accablants. Si tout d’un coup les citoyens se passionnaient pour les conséquences concrètes de sa gouvernance, le cours de la campagne en serait totalement renversé.

Le talon d’Achille de la démocratie

Dans un monde démocratique idéal, peuplé de citoyens instruits et informés, dirigés par un président honnête et totalement consacré à sa mission, le seul véritable joker d’un candidat sortant serait certainement la qualité de son mandat et l’amélioration du bonheur des citoyens qui en a résulté.

Mais en France, le peuple fait depuis des décennies l’objet d’un endormissement intellectuel parfaitement orchestré par l’État, les médias et l’Éducation nationale. Le faible niveau de connaissances en économie politique, la persistance du rêve marxiste, le rejet du libéralisme4 et la désinformation sur l’état réel du pays se cristallisent chaque jour dans le cerveau des citoyens les moins armés.

Le fait que Macron soit encore en tête dans les sondages à seulement deux mois de l’échéance ne s’explique pas seulement par les jokers dont il bénéficie à ce jour. L’ignorance d’une part significative des électeurs en est certainement la principale raison.

Cette ignorance montre combien, derrière l’existence d’un processus électoral d’apparence, la démocratie française est devenue fragile. Mensonges et dissimulations sont revenus sur le devant de la scène politico-médiatique et se jouent de l’opinion publique, poussant celle-ci vers les votes antisystème. Un rejet parfois sans la moindre nuance et donc particulièrement dangereux. Les médias ont bien évidemment leur part de responsabilité, pas seulement les politiques.

À deux mois de la présidentielle, toute initiative capable de rendre aux électeurs le niveau d’information qu’ils méritent concernant l’état réel du pays et le bilan du candidat Macron sont d’intérêt public.

Sur le web

  1. L’Italie, l’Allemagne et l’Autriche ont des intérêts très étroits avec Moscou.
  2. Cette part est tombée à 9,39 % en 2020 (source Worldbank), un autre record historique
  3. Chiffres Worldometer au 18 février 2022
  4. Au sens de courant philosophique tel qu’il est décrit notamment par Pierre Manent dans son Histoire intellectuelle du libéralisme
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  • tout à fait…..
    je trouve que le mali pourrait lui poser problème si abordé d’une façon critique..

    mais bon.

  • pour le premier point de l article, ca a fait long feu. Poutine vient de faire un bras d honneur a Macron. Et de toute facon aucune election ne se gagne sur la politique etrangere (meme en ademttant que soudain Poutine se met a caliner macron dans le sens du poil)

    Si Macron va etre reelu, c est surtout par l absence d alternative. Parmi les 3 candidates qui peuvent arriver au second tour on a:
    – Le Pen: a deja demontré son incompetance la derniere fois. et cette fois elle n a meme plus de programme (plus de sortie de l euro)
    – Zemmour : a part sur l immigration, il est completement a l ouest. et il n a aucun parti derriere lui. donc pas de majorite a l assemblee nationale s il gagne
    – Pecresse : surnommee Valerie Traitresse par Fillon. Une chirac en jupon qui ne fera rien si elle arrive au pouvoir

    Et en plus, il est pas impossible que Le Pen et Zemmour ne puisse etre candidat par manque des 500 parrainages

    • « À part sur l’immigration, Zemmour est complètement à l’ouest »

      Ah bon ? Maintien et développement du nucléaire, c’est à l’ouest ?
      Baisses des impôts et coups de sabre dans les réglementations folles, c’est à l’ouest ?
      Abandon du passe sanitaire, c’est à l’ouest ?
      Refus de l’alignement systématique sur les États-Unis, refus de l’idéologie woke, tout ça est à l’ouest.

      Certains libéraux deviennent de plus en plus abscons. (Et je mets « abs » parce que je suis assez poli pour vous imaginer avec des barres de chocolat.)

      • A chaque élection apparaissent, sur ce site, les groupies de tel ou tel candidat. Ils viennent tapiner quelques mois puis repartent la queue entre les jambes.

        En 2017, c’était les Fillonistes (un type qui confond la poche de sa veste – payée par un ami – avec celle du contribuable). En 2012, c’était les Marinistes (une brave fille qui aurait, dans les années 70, sans doute eu un bureau à son nom au PCF). En 2022, voilà que les Zemmouristes débarquent.

        La réalité est que ni Fillon, ni Marine, ni Zemmour ne sont libéraux pour deux sous. Tous sont des étatistes patentés. Des adorateurs de l’État. Des demi-habiles incapables de penser autrement qu’à travers le prisme du collectivisme et de la centralisation.

        Mais, honnêtement, je suis toujours ébahi de voir – trahison après trahison, renoncement après renoncement – des simples d’esprit continuer à croire en l’Homme providentiel qui viendra les sauver.

        • Tout afait, mais détropez vous, cet homme providentiel existe, il y en a même plein. Mais ils ne se présentent pas car personne ne voterait pour eux.
          En démocratie le peuple choisit. Et comme le peuple a été conditionné pour élire des démagos, l’offre est 100% démago…
          Lorsque on en sera avec un PIB de pays du tiers monde, peut être que certains commenceront à comprendre, peut être…

    • Je ne répondrai pas sur le fond. D’autres l’ont fait.
      Simplement vous dire ceci : il est impossible que les candidats, aux scores à 2 chiffres, n’aient pas leurs parrainages.
      Vous imaginez une présidentielle sans eux ? Le président élu, quel qu’il soit, n’aurait aucune légitimité. Chacune de ses décisions, ultérieures, serait entachée. Déjà qu’on l’attaque là-dessus si l’abstention est importante.
      Et le pouvoir serait alors obligé de modifier, dans la minute, la constitution (ou la loi ?) pour revoir le système des parrainages. Ce qui ne ferait qu’ajouter de l’eau au moulin de la critique de la légitimité de l’élection passée.

  • Des atouts plus des dés pipés… Ça va être du gâteau !
    Aucune surprise à attendre de cette élection, va pour 5 ans supplémentaires… A moins qu’il laisse sa place à sa jumelle, pecresse..

  • Il a de nombreuses cartes en main, pas uniquement celles décrites ici:
    – président sortant non déclaré avec budget de campagne illimité,
    – exposition médiatique maximale sans vrai décompte du temps de parole,
    – main-mise sur les médias,
    – gendarmes qui lui obéissent aveuglément,
    – état d’urgence sanitaire le mettant à l’abri de manifestations ennuyeuses,
    – campagne ukrainienne et présidence de l’UE pour lui donner de la hauteur et une carrure internationale,
    – et la levée des mesures sanitaires qui va mettre les moutons en joie.
    Autant dire qu’il est déjà bien parti.
    Mais le plus ennuyeux, c’est surtout quand on regarde en face : qui pourrait lui disputer la place ?
    Taubira, Zemmour et Marine sont encore englués dans les parrainages, et parmi ceux qui ont leurs parrainages, Hidalgo & Pécresse ont autant de charisme que Blanquer a de cheveux, Mélenchon est extraordinairement discret, et sinon on a un communiste, un écolo, une secrétaire de Lutte Ouvrière, et un berger des Pyrénées.
    Je n’ai absolument AUCUNE envie de subir un nouveau quinquennat sous les ordres d’un despote méprisant son peuple et pratiquant une politique économique suicidaire, mais ça commence à bien faire d’aller au bureau de vote juste pour « voter contre », et il n’y a absolument aucun candidat qui me donne envie de déposer un bulletin…

    • MACRON a déjà gagné les présidentielles. Tout se jouera maintenant aux législatives qu’il aura très grand mal à gagner.

    • En démocratie, quand on est libéral, on passe de toute manière plus de temps à voter contre qu’à voter pour. Ron Paul était appelé le « Docteur No » aux USA, et en Suisse, les vrais libéraux sont la plupart du temps des « Neinsager ». Forcément, quand les gens veulent que l’Etat prenne absolument tout en charge, on est obligé de leur dire « non » tout le temps.

      Actuellement, la meilleure stratégie pour revenir à des despotes moins méprisants, c’est de ne jamais réélire les sortants et de diviser le pouvoir entre partis antagonistes, cela permettra aux contre-pouvoirs de redevenir significatif. VP à la présidence et EZ ou MLP au gouvernement, aucun ne pourra faire le malin.

  • En face de ces cartes, il y a le petit Cron qui fait chanter l’ensemble de la population française et rétablit des mesures d’exclusion sociale qui n’avaient pas servi depuis 1941 envers ceux qui ne sont pas d’accord avec lui.

    Ces cartes ne pèsent pas lourd.

  • C’est quand même agaçant de voir « Votre commentaire est en attente de modération » affiché sur quasiment tous mes messages.
    Aucun motif précisé, aucun moyen de savoir ce qui gêne, surtout qu’à la fin c’est publié sans modification : donc pourquoi ce blocage de plusieurs heures ?

  • Macron a un très gros avantage : personne n’a rien contre les petits télégraphistes. Les électeurs, à supposer qu’ils saisissent l’allusion, ne comprennent pas en quoi un président qui se consacrerait 24/24 à améliorer leur situation serait préférable à un qui se hausse du col en bout de table.

  • Expliquer que Macron arrive en tête du premier tour dans les sondages par l’incompétence des électeurs, c’est du populisme à l’envers.
    Et c’est faux :
    – tous les candidats bénéficient de la même intelligence électorale
    – s’il y a handicap, c’est le sortant qui en est le plus marqué
    – et je ne sais même pas pourquoi je débats là-dessus, dans une démocratie, le peuple a toujours raison. L’analyse de son intelligence n’a rien à y faire.
    Appliquons plutôt le rasoir de Hanlon. Si Macron est en tête, malgré son handicap de sortant, c’est que les autres sont bien plus nuls que lui. Aussi simple que ça.
    Pas la peine d’être excessivement futé pour comprendre que dans les graves crises actuelles, des Hidalgo, des Taubira, des Pecresse, des NDA, des Jadot, des Lassalle, pour sympathiques qu’ils soient, n’ont tout simplement pas le niveau. Quant aux autres, malgré leur score à 2 chiffres, malgré la justesse de certaines de leurs analyses, ils sont perçus comme trop clivants, donc plus inquiétants que Macron.
    La présidentielle, c’est un concours, pas un examen.

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