L’interdiction de la vente d’organes tue des gens

La légalisation des marchés d’organes permettrait de sauver des vies, alors pourquoi tant de personnes s’y opposent-elles ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 1
Photo by National Cancer Institute on Unsplash - j55TmqkzQ4k

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

L’interdiction de la vente d’organes tue des gens

Publié le 11 février 2022
- A +

Par Walter Block.

 

Une percée a récemment été enregistrée dans le domaine de la xénotransplantation. De quoi s’agit-il, demandez-vous ? Il s’agit du transfert d’organes d’animaux à des humains. Cette opération est très difficile à réaliser car les membres de notre espèce rejettent généralement les parties du corps de nos frères des champs et des ruisseaux, qui ne peuvent donc pas nous être très utiles.

Bien que la xénotransplantation ne soit pas encore totalement au point, une première étape de ce processus long et ardu vient d’être franchie. Jim Parsons, âgé de 57 ans, était en état de mort cérébrale à la suite d’un accident de moto. Sa famille a consenti à ce qu’un rein de porc soit placé dans son corps. Il ne l’a pas rejeté, une première pour une xénotransplantation. On pense, on espère, que cela conduira à terme au perfectionnement de cette technique.

Pourquoi quelqu’un voudrait-il passer par là, en premier lieu ? Cela semble assez grotesque, après tout. Mais la raison est claire : des dizaines de milliers de personnes sont inscrites sur des listes d’attente pour recevoir des greffons d’autres humains, mais l’offre est terriblement insuffisante. Beaucoup de ces patients meurent durant cette attente. Si les animaux peuvent pallier cette pénurie, des multitudes de vies seront sauvées.

L’interdiction de vente d’organes

Mais cela ne mène qu’à d’autres questions. Nous apprenons dans Economics 101 qu’en cas de pénurie, la demande dépasse l’offre. Jusqu’ici, c’est correct. C’est certainement vrai dans ce cas. Cependant, nous apprenons également dans ces cours qu’à chaque fois que cela se produit, les prix ont tendance à augmenter et, finalement, nous arrivons à un point d’équilibre ou du moins à un point proche, où l’offre tend à égaler la demande. Alors, voilà qu’il n’y a plus de pénurie.

Mais le déficit entre les nombreux greffons demandés et les très rares fournis, de manière relative, existe depuis de nombreuses années. La raison en est que la loi nationale sur la transplantation d’organes de 1984 interdit la vente ou l’achat d’organes et de tissus humains. On peut bien sûr en faire don, gratuitement, à d’autres personnes, mais on ne peut tirer aucune rémunération de ce transfert.

Quelle est la justification de cette politique, à cause de laquelle de nombreuses personnes décèdent ? Selon la Health Resources and Services Administration, il s’agit d’assurer que « […] les riches ne bénéficient pas d’un avantage injuste pour l’obtention de dons d’organes et de tissus. »

Les deux arguments de l’interdiction

C’est un curieux raisonnement.

Pourquoi est-il injuste que les riches obtiennent la part du lion des biens et services d’une économie ? Après tout, n’est-ce pas le but principal de gagner de l’argent ? Et dans une société libre, la seule façon d’y parvenir est de fournir les biens et services appréciés par les autres. Si cette politique était extrapolée à l’ensemble de l’économie, les riches ne posséderaient pas plus de diamants que les autres, ni de Rolls-Royce, ni de palais, ni de yachts, etc. Une bonne partie de l’incitation à aider les autres par l’activité commerciale disparaîtrait d’un seul coup. Nous aurions tous tendance à nous appauvrir.

Il existe un argument totalement différent mais pas plus cohérent pour interdire la vente d’organes. La crainte est que si un marché était autorisé pour les organes du corps humain, et que des prix élevés étaient payés pour ceux-ci, des voleurs déroberaient ces articles désormais précieux sur le plan commercial. Des « pirates d’organes » se déchaîneraient, s’attaquant à des personnes innocentes.

Mais l’analyse élémentaire de l’offre et de la demande vient une fois de plus à la rescousse. En termes simples, la prime pour les organes du marché noir est actuellement très élevée car l’offre est très restreinte, ce qui entraîne des prix plus élevés. Ainsi, si l’offre était autorisée à augmenter, le piratage d’organes sur le marché noir deviendrait moins lucratif, et non davantage.

L’interdiction actuelle présente encore un autre défaut majeur. Elle énonce en effet qu’une seule et même activité, à savoir le transfert d’un organe d’une personne à une autre, est tout à fait légale tant qu’aucune somme d’argent ne change de mains. Mais, lorsque cet acte funeste et maléfique – le commerce ! – se produit, alors les forces de l’ordre doivent intervenir et arrêter les mécréants.

La simple interaction commerciale, en soi, est considérée comme illégale ? Sommes-nous de retour en Union soviétique dans ce supposé « pays de la liberté » ?

 

Traduction Justine Colinet pour Contrepoints

Sur le web

Voir les commentaires (5)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (5)
  • Il y a une justification simple non évoquée par l’auteur. L’état considère que nos corps ne nous appartiennent pas. On n’a pas le droit de vendre ce qui ne nous appartient pas, d’où l’interdiction de la vente d’organe.
    D’où les règles sur les sépultures, sur le don d’organes par défaut, sur l’obligation vaccinale (pour les enfants seulement, pour l’instant…), l’euthanasie sans consentement (chez les belges seulement pour l’instant). On pourrait même créer un document qui justifierait qu’on s’occupe bien de ce corps, car en effet, c’est l’état qui répare, et ça lui coute cher.

    • Ok mon corps n’appartient pas à l’Etat.
      Mais m’appartient-il pour autant ? Si c’était le cas, je pourrais le céder en partie ou en totalité et ainsi il pourrait appartenir à quelqu’un d’autre et je pourrais être esclave sans que le droit de propriété ne soit bafoué. Celui à qui j’ai cédé la propriété de mon corps pourrait même le revendre à un tiers.
      Non ce n’est pas aussi simple, je crois de moins en moins à la propriété de soi. ( mais je crois en la souveraineté de la personne, ou plutôt en la propriété de moi-même, moi-même que je ne limite pas à mon corps )

  • De toute façon, les ventes d’organe existent malgré les interdictions. Cela se fait au marché noir comme le dit lui-même l’auteur et dans des pays plus tolérants dans ce domaine. In fine, seuls y ont accès les personnes aux moyens financiers très supérieurs à ce qui serait nécessaire en cas de marché libre.
    Cette interdiction, comme bcp d’autres, n’empêche pas les échanges mais ne fait que les surenchérir.

  • Je trouve, contrairement l’auteur de l’article, que les opposants à la vente d’organes sont cohérents avec leur corpus idéologique lorsqu’ils considèrent comme injuste que les riches aient la part du lion si la vente d’organe est autorisée. Ils trouvent également injuste, je rassure les lecteurs, que les riches aient plus de diamants et de yachts que les pauvres.
    Je trouve l’argument « c’est vraiment trop injuste » cohérent avec le reste de leurs idées, je ne dis pas que je suis d’accord, j’en vois venir certains. Un échange libre est évidemment profitable aux deux parties sinon il ne se ferait pas ( j’ai écrit libre ), et il est forcément juste si personne ne se sent lésé dans son droit de propriété ce qui est le cas si l’échange est libre. Désolé de dire des évidences.
    Je suis donc un aficionados de l’échange libre entre adultes consentant et je ne suis pas opposé au don quand il s’agit de sauver la vie d’un autre homme ( et qu’on en a envie ).
    Ici mon libéralisme intervient seulement pour ne pas vouloir interdire mais ma morale me hurle qu’il y a un problème, est-on vraiment libre de son choix lorsqu’on en arrive à vendre un rein pour de l’argent ? Mais on peut l’être. Je ne sais pas sonder les âmes.
    Je pourrais donner un organe, j’espère. Le vendre bof, mais je ne voudrais pas priver de cette possibilité ceux qui n’ont pas la même morale ou la même nécessité de le faire que moi. Ce que je considère comme mauvais ne doit pas forcément être interdit et ce que je considère comme bien devenir la normes pour tous.
    Habituellement je tranche avec le droit de propriété mais je ne suis pas certain que mon corps est ma propriété.
    On va donc dire que je désapprouve fortement la vente d’organe mais que je suis contre l’interdiction de la vente d’organes ( j’ai le même raisonnement avec l’ avortement et tout ce que je désapprouve moralement )
    C’est cohérent non ? ?

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Par Connor O'Keeffe.

Après la crise financière de 2008, des appels ont retenti dans les publications de l'establishment et les bureaux exécutifs de Wall Street pour dire que nous assistions à la mort de la mondialisation. Ces appels se sont amplifiés et multipliés après le Brexit, l'élection de Donald Trump, la pandémie et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Pourtant, les données semblent contester ce récit. Le commerce mondial a atteint un niveau record de 28 500 milliards de dollars l'année dernière et les projections prévoient un... Poursuivre la lecture

Un article de l'IREF

 

Les Européens ont mis des mois pour décrypter les dangers de l’Inflation Reduction Act (IRA), adopté en août dernier aux États-Unis.

Ce programme prévoit 369 milliards de dollars de subventions sur dix ans dont une large part sera affectée à la production de voitures électriques et à leurs composants (notamment les batteries), à l’éolien, au solaire, à l’hydrogène vert… mais ces subventions seront réservées aux produits et productions américaines, ce qui pourrait pousser de nombreuses entrepris... Poursuivre la lecture

Le quotidien Le Monde nous le dit.

Pascal Canfin, eurodéputé Renew et président de la commission environnement du Parlement européen se réjouit :

 L’UE est la première zone commerciale au monde à mettre un prix carbone sur ses importations. On en parle depuis plus de vingt ans. C’est un accord historique pour le climat. »

Et Thomas Pellerin-Carlin, directeur du programme UE de l’Institut de l’économie pour le climat, abonde :

« C’est le mieux qui pouvait se passer, de s’assurer que les produits importés en Europe ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles