Pécresse et la santé : beaucoup de points à revoir

Le programme de Pécresse pour la santé a de nombreuses failles qui ne prennent pas en compte la réalité de terrain.

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Pécresse capture d'écran youtube

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Pécresse et la santé : beaucoup de points à revoir

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 janvier 2022
- A +

La France est passée sous la barre des 100 000 médecins généralistes. Cinq millions de Français n’ont pas de médecin traitant référent. Et sans médecin référent déclaré à la sécurité sociale, une consultation est remboursée seulement à 30 %.

Chaque année 4000 généralistes sont formés mais beaucoup ne s’installeront pas en tant que médecin généraliste et encore moins dans les déserts médicaux car avec un internat de trois années et bientôt quatre, ils préfèrent s’orienter vers une autre spécialité.

J’ai analysé dans Blouses Blanches colère noire les origines de cette dérive. Les réformes des études médicales ont été bâclées et le système de soins est suradministré. Tout est à reconstruire.

Les solutions proposées par les candidats peuvent se résumer par : « Ce n’est pas par ceux qui ont échoué que l’avenir s’écrira. »

La gauche est exclue de la compétition et tant mieux car elle avait mis la barre du numerus clausus trop bas (Mitterrand en 1982, Bruno Durieux en 1992).

Le numerus clausus global toutes spécialités confondues était à 3500 alors qu’il faudrait 12 000 internes formés chaque année. Seulement 9000 le sont actuellement.

Avec Mélenchon ce serait pire car il propose le remboursement de tous les soins à 100 % et des médecins fonctionnaires. C’est pratiquement ce qui se faisait en URSS. Les soins deviendraient médiocres avec des listes d’attente interminables.

Le Rassemblement national a un programme économique et social de gauche de la même veine que celui de Mélenchon, Il s’agirait d’une médecine à deux vitesses avec là aussi des délais sans fin pour une consultation.

Il faut donc se pencher sur le programme des quatre candidats crédibles, ce qui sera l’objet de plusieurs articles.

Commençons par celui de Valérie Pécresse, la candidate de centre droit.

La médecine libérale

Ses propositions sur la médecine libérale sont à ce stade obscures ou irréalistes.

Les déserts médicaux 

« Je voudrais que ces généralistes en quatrième année d’internat fassent une année de plus et qu’ils aillent la faire dans une zone où l’on manque de médecins dans des centres de santé. »

Lors du troisième débat télévisé, celle qui avait quitté LR en 2019 s’est déclarée séduite par une mesure de son concurrent Philippe Juvin pour combattre la désertification médicale — qu’elle qualifie de drame pour les millions de Français sans médecin traitant. Elle reprend son idée de 3500 généralistes docteurs juniors qui iraient exercer dans les maisons de proximité à la sortie de leur internat…

Cette proposition est ubuesque. Prolonger d’un an les études retarderait d’autant l’installation et aggraverait la pénurie. Onze années d’études de médecine générale c’est beaucoup trop. Quand nous étions numéro un pour ma génération la durée était de 7 ans et nous avions de très bons médecins généralistes.

Il faut en conséquence une vraie réforme des études médicales. Elle devrait reposer sur un retour à l’élitisme avec des études tournées vers le soin et l’enseignement clinique par compagnonnage au lit du malade et moins de cours théoriques à l’université.

Les maisons de santé

Pour résorber les déserts médicaux, elle prévoit de créer « davantage de maisons de santé » dans les territoires fragiles, une stratégie qu’elle a portée en Île-de-France. À la tête de cette région francilienne, la candidate de 54 ans revendique la création de 89 maisons de santé et l’installation d’au moins un professionnel de santé dans « 140 communes » grâce aux différentes aides régionales.

Ces maisons sont-elles la solution ? Quelle serait la tarification ? sachant que la moyenne européenne se situe entre 40 et 50 euros.

L’hôpital

Valérie Pécresse aurait pu capitaliser sur son expérience à la tête de la première région de France. Mais pour l’AP-HP en crise, comme Anne Hidalgo, elle semble n’avoir eu aucune influence.

Elle envisage le recrutement de 25 000 soignants à l’hôpital, souhaite voir diminuer la charge administrative et propose des logements aidés pour certains soignants.

Où et comment les trouver ? En revenant aux 39 heures hebdomadaires ?

L’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy se dit prête à supprimer jusqu’à 200 000 postes de fonctionnaires. Débureaucratisation, décentralisation et fin des 35 heures. Ce sont de bonnes idées.

La gouvernance hospitalière

Elle promet de donner « beaucoup plus de liberté et de responsabilité aux médecins chefs de service sur les investissements et les recrutements » et appelle également à « alléger drastiquement » toutes les contraintes bureaucratiques à l’hôpital :

« À l’intérieur des hôpitaux, où il faut réduire le poids des services administratifs (plus de 34 % des personnels hospitaliers) et rendre l’autonomie aux médecins pour qu’ils puissent embaucher du personnel, acheter des équipements nécessaires rapidement, ce qu’a permis de faire, pendant un temps, la crise de la covid dont l’urgence a réduit, comme par magie, les procédures. »

Le système de soins

Valérie Pécresse souhaite « définir une véritable stratégie nationale de santé publique dans une loi de programmation sanitaire à cinq ansvotée par le Parlement. », et développer la télémédecine.

Elle ne dit pas quelles structures régionales et quelles agences de santé seraient supprimées.

Elle souhaite que les régions reprennent la main sur les agences régionales de santé « pour organiser une étroite coopération entre hôpitaux publics, privés et médecins libéraux ».

La prévention est l’un des parents pauvres des politiques de santé en France : moins de 2 % des dépenses de santé y sont alloués contre 3,1 % en moyenne en Union européenne, soit 67 euros par Français contre 89 euros dans les autres pays, selon une étude commune de l’OCDE et de la Commission européenne en 2017.

Ses autres propositions

Retrouver l’autonomie stratégique de la France en matière de santé. Rien n’obligeait la France à la suppression du concours de l’internat en 2002.

Relocaliser la production des médicaments stratégiques.

Développer la santé et l’innovation.

Conclusion

Tout le système doit être reconstruit : moins d’administration, moins de structures, davantage de soignants. Un tiers d’administratifs en moins ce sont 100 000 soignants supplémentaires.

La mère de toutes les batailles est la libération des études médicales trop théoriques de la tutelle de l’Éducation nationale. La médecine s’apprend au chevet du malade, avec un enseignement clinique, thérapeutique et diagnostique permettant d’avoir la meilleure médecine du monde par le biais de concours hospitalo-universitaires tous supprimés par souci d’égalitarisme.

Mon prochain éditorial développera le programme des autres candidats bien placés dans les sondages.

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  • Avatar
    Laurent Lenormand
    24 janvier 2022 at 6 h 48 min

    Une petite pensée pour les milliers de soignants suspendus ? On pense les réintégrer ou ils sont définitivement passés dans un trou noir ?
    Un peu d’interrogations sur les méthodes staliniennes déployées par les instances médicales et administratives pendant cette « crise sanitaire », pour faire taire et éjecter du système tous ceux qui tenaient un discours jugé non conforme ?

  • savez vous qu il y a plus de medecin par habitant en france aujourd hui qu en 1970 ?
    Les deserts medicaux ne sont pas tant du au manque de medecin qu a une chose que personne n ose dire : le medecin de 1970 etait un homme qui travaillait de 7 h a 20h et dont l epouse restait a la maison et s occupait des enfants. Le medecin de 2022 est une femme qui travaille de 9h a 17 h mais pas le mercredi apres midi ni le WE.
    Forcement ca va coincer a quelque part

    Si on ajoute le vieillissement de la population et le fait que les gens consultent pour un rien (pas forcement toujours un mal car ca permet de disgnostiquer des problemes plus tot mais ca a tendance a engorger le systeme)

    L hopital est un autre probleme. La bureaucratisation est une maladie generale. pas que la. J ai travaillé dans l industrie et a un moment je passait mon temps a remplir des formulaire excel que quasiment personne ne lisait j en suis sur

  • Les promesses électorales….. Disparaissent le jour de l’élection.
    Trop d’administratif.. Comment ça, ces gens ne font rien… Ce n’est pas plutôt un manque d’infirmières et de medecins, manque de candidats sous payés ?
    M’enfin, elle va avoir du mal à se hisser au second tour, ouf.

    -2
  • Le problème des déserts médicaux est la conséquence du non aménagement du territoire.
    De nombreux territoires ont perdu leurs industries et se vident de leurs forces vives, il n’est donc pas anormal que les jeunes médecins refusent de s’installer dans des zones où leurs propres enfants n’ont aucun avenir.
    Pendant cette crise, on n’a parlé que des problèmes hospitaliers, peut-être parce que leurs personnels ont largement saturé l’espace médiatique.
    Pourtant, si l’hôpital est en crise, c’est d’abord à cause de la crise de la médecine de ville et encore plus de campagne, qui provoque un afflux massif des patients dans les services d’urgence.
    Une piste pourrait être envisagée sérieusement, une revalorisation du rôle des infirmiers libéraux.
    Si je suis malade, je préfère être examiné par une infirmière que ne pas être examiné du tout. C’est malheureusement la situation vécue par de nombreux Français dans les zones rurales.

  • « Un tiers d’administratifs en moins ce sont 100 000 soignants supplémentaires. »

    Pas si simple! Si l’affirmation est sans doute exacte d’un point de vue budgétaire, mais on ne transforme pas du jour au lendemain un gratte-papier en médecin. Vu qu’il n’y en a pas, des médecins, on aura beau mettre demain matin sur la table tous les milliards d’euros qu’on voudra, il faudra des années avant de voir la moindre évolution positive.

  • et si la désertification médicale autrement dit que des médecins ne veulent pas aller dans ces zones était juste rationnelle;. la question est la desertification de certaines zones…

    pourquoi diable un médecin devrait s’intaller dans un endroit que les gens quittent??? et où l’economie s’éteint..
    sauf à penser qu’etre médecin est un sacerdoce.. et alors tous les médecins iraient soigner les gens pauvres gratuitement surtout si ils sont au milieu de nulle part….

    une remarque si un maire fait tout pour attirer un médecin, avec l’argent des autres, il augmente les prix.. de l’immobilier..des loyers..
    la liberté parfois fait mal, elle est inégale ».. mais l’aternative fait mal aussi…ailleurs..

  • Pour enrayer la perte de population vous faites quoi?
    essayez de favoriser l’implatation d’activité économique ou construisez une maternité..

    ne riez pas..

    • vous avez même des maires qui NETRAVNT l’économique parce que environnement cadre de vie..

      avoir l’environnement et le cadre de vie qu’on veut se paye… les maires veulent faire payer les autres..

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