Nous allons vers l’étatisation de la santé

Chirurgie salle d'opérations (Crédits CG94 photos, licence Creative Commons)

OPINION : vu les décisions allant toutes dans le même sens avec toujours plus d’administration et moins de soignants c’est l’étatisation qui est en marche.

Par Bernard Kron.

Je me suis depuis longtemps posé la question en constatant la détérioration de notre médecine humaniste au profit de la traçabilité des référentiels et du tout normatif :

« Y a-t-il réellement un pilote dans l’avion ? »

J’ai établi un diagnostic que je détaille dans mon livre Blouses Blanches colère noire, qui développe tous ces sujets. Compte tenu des décisions qui vont toutes dans le même sens avec toujours plus d’administration et moins de soignants c’est l’étatisation qui est en marche.

L’étatisation de la santé

Je pense que la direction est toute tracée : mettre toute la santé sous le contrôle de l’État, soit à terme une étatisation de la médecine vers le tout salariat. Il y aura toujours une médecine libre mais elle serait alors réservée aux plus fortunés. Avec la pandémie, les listes d’attentes se sont allongées et plus d’un million d’interventions sont en attente. Avec les déserts médicaux certains malades ne trouvent plus actuellement de médecins référents.

Ni l’obligation d’installation en zones insuffisamment desservies pour être conventionné ni les exonérations en zones franches ne peuvent régler la pénurie de soignants.

L’ hôpital est habitué à travailler à flux tendu et à développer l’ambulatoire. Pourtant, il ne peut plus faire face à la demande avec cette pénurie. De nombreux blocs opératoires et de lits de réanimation sont fermés faute de personnels.

Le budget social est pourtant considérable : plus de 750 milliards d’euros par an dont 270 milliards pour les soins. La dette sociale et hospitalière est considérable malgré ce poids financier. Le redressement sera donc difficile sans une véritable révolution. En effet la reprise de dette de la sécurité sociale par la Caisse d’amortissement de la dette sociale à hauteur de 130 milliards d’euros (CADES) n’a pas remis les compteurs à zéro.

L’IA et le robot chirurgical annoncent peut-être des temps nouveaux. Pourtant, le robot n’est en fait que le prolongement de la main du chirurgien. Il permet d’augmenter la précision dans des situations complexes. Une intervention robotisée est plus longue et coûte en moyenne 1300 euros supplémentaires. Il pourrait un jour remplacer le chirurgien à condition que l’IA permette de programmer le déroulé de l’intervention…

Le robot est un plus pour un certain nombre d’interventions complexes car il permet d’opérer de son fauteuil. Pourtant rien ne peut encore remplacer la dextérité manuelle.

L’IA restera longtemps une aide au diagnostic du médecin. Ni l’un ni l’autre ne pourront remplacer l’esprit humain et la qualité de sa formation tout au long de ses activités.

Il ne faudrait pas que le législateur remplace le médecin par des officiers de santé aidés par le télé-diagnostic.

Le rôle de l’État et des tutelles dans la crise

Au nom du principe de précaution les masques et les tests auraient dû être distribués à tous les soignants et les aéroports auraient dû être fermés. Tester les arrivées et  isoler les passagers auraient permis de mieux contrôler l’épidémie, mais rien n’a été fait… À qui la faute ? L’incurie administrative et la multiplication des intervenants de la haute fonction publique ont paralysé tout le système de commandement.

Les hauts fonctionnaires sont issus de l’ENA, de l’École polytechnique, de l’École nationale de la magistrature, de l’École des hautes études en santé publique ou de l’Institut national des hautes études territoriales. Ces hauts fonctionnaires restent en place malgré les alternances politiques. Ils sont inamovibles ou promus à de plus hautes sphères s’ils dérangent ; c’est l’État profond.

Ils sont souvent plus compétents que les membres des cabinets ministériels car ils sont Les inamovibles de la République. Même s’ils le voulaient les ministres auraient du mal à contrecarrer leur vision. En ces temps de pandémie, c’est une des raisons de la faillite de l’État incapable de prendre les bonnes décisions. Pour leurs carrières beaucoup de médecins hospitaliers sont obligés de courber l’échine et d’accepter cette politique.

Ce mal a contaminé toute la chaîne des sociétés savantes et des doyens témoignent la fausse réforme des études de médecine avec le maintien du numerus clausus à la fin du deuxième cycle dans les spécialités mises au choix de l’Internat.

Les ministères s’appuient sur les agences sanitaires. Leur inefficacité a été totale avec le Covid-19 car il y a trop de rigidités et de contraintes.

Les agences et les instituts de l’État pour la santé

Les 1200 agences de l’État emploient près de 458 000 personnes et coûtent chaque année plus de 80 milliards d’euros. On ne sait pas combien coûtent celles de la santé ni combien de salariés elles occupent.

Ces agences sont un empilement bureaucratique d’acronymes barbares qui se multiplient comme les virus. Elles vont à l’inverse du but qui devrait être recherché, la sécurité. Elles n’ont pas de stratégie, analysent et publient des rapports sans que des décisions soient prises. Où est l’État stratège qui pilote à vue sans tactique et sans vision avec cette gouvernance ?

« La trop grande sécurité des peuples est toujours l’avant-coureur de leur servitude. » Marat

Les épidémies, l’affaire de l’amiante, du sang contaminé, de la dépakine, du médiator et de l’hormone de croissance ont remis en cause le centralisme étatique et les défaillances des dispositifs de santé publique. Ces scandales avaient donné lieu à de retentissantes décisions de justice condamnant les gestionnaires de la transfusion sanguine et l’État.

« Responsables mais pas coupables». Qu’en sera-t-il pour la covid avec toutes les erreurs commises et les procédures en cours au pénal ?

Quel candidat aura le courage et assez de clairvoyance pour s’attaquer au mal administratif qui détruit la santé et ampute le pouvoir d’achat des Français ?

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