Le soutien aux restrictions covid : l’ombre du crédit social

Ceux qui soutiennent le plus les restrictions liées au covid tendent à aussi approuver le système de crédit social chinois. Voici leur profil.

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Le soutien aux restrictions covid : l’ombre du crédit social

Publié le 11 novembre 2021
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Par Luigi Curini.
Un article de l’IREF Europe

Cette année et demie de pandémie a ravivé le débat sur les limites de la liberté individuelle, surtout lorsque la santé est en jeu. Alors que dans plusieurs pays, les gouvernements semblent raisonnablement prudents à cet égard, l’Italie a adopté des politiques (le fameux « laissez-passer vert ») qui n’ont pas d’égal parmi les démocraties occidentales.

Les citoyens italiens ne peuvent pas prendre le train, assister à un cours universitaire ou se rendre au travail sans fournir la preuve, éventuellement via une application spécifique sur leur smartphone, qu’ils sont vaccinés (ou ont été testés négatifs dans les dernières 72 heures). Malgré la perplexité affichée par certains commentateurs, le soutien général à ce laissez-passer est plutôt élevé.

Environ deux Italiens sur trois pensent que loin de les priver de leur liberté, il la renforce au contraire. Un taux qui peut paraître surprenant, mais qui s’explique par le fait que beaucoup d’Italiens considèrent ces mesures comme temporaires. Cependant, cerrtaines données mettent en évidence un scénario différent et moins optimiste.

Le profil de ceux qui soutiennent les restrictions de manière permanente

Un sondage réalisé en collaboration avec l’Observatoire socio-politique Hokuto à la fin du mois de juillet (donc avant l’adoption du laissez-passer vert) montre qu’une minorité seulement de la population italienne était favorable à l’idée de prolonger de façon permanente certaines mesures restrictives adoptées pour lutter contre la Covid-19, indépendamment du risque lié à la pandémie.

Il s’agit toutefois d’une minorité significative :

  • 31 % voulaient mettre en quarantaine les personnes entrant dans le pays en provenance de l’extérieur de l’Europe ;
  • 28 % soutenaient des mesures qui permettraient uniquement aux personnes vaccinées de voyager à l’étranger, même dans un monde post-covid ;
  • 26 % approuvaient l’obligation de porter un masque à l’intérieur des bâtiments (comme c’est actuellement le cas) ;
  • 22 % accueillaient favorablement l’exigence d’un futur laissez-passer vert pour les événements publics ;
  • 18 % étaient favorables au suivi des personnes allant au restaurant.

Pour donner un point de repère, ces pourcentages sont inférieurs à ceux rapportés par une enquête similaire publiée dans The Economist pour la Grande-Bretagne. Ils sont toutefois loin d’être négligeables.

covid crédit social Répartition des personnes qui seraient favorables à des restrictions permanentes, indépendamment des risques liés au Covid

Quels sont les facteurs le plus fortement corrélés à la volonté de certains Italiens de rendre permanentes les limites à la liberté individuelle héritées des mois de covid ? Pour répondre à cette question, nous avons produit une statistique que nous appelons l’indice de protection. Il varie entre 0 (ceux qui sont contre le maintien des restrictions signalées dans la figure 1) et 8 (ceux qui sont pour).

La moyenne générale est de 1,7, c’est-à-dire qu’en moyenne les Italiens sont favorables au maintien de près de 2 mesures restrictives sur 8. Les données révèlent la présence d’un noyau dur « protectionniste » en matière de mesures restrictives, qui souhaiterait les conserver toutes ou presque, minoritaire, c’est vrai, mais qui concerne quand même environ un Italien sur cinq.

En outre, quatre facteurs sociodémographiques semblent jouer un rôle important dans ce contexte : en général, l’indice de protection prend une valeur plus élevée chez les hommes hautement instruits qui vivent dans les grandes villes et sont âgés de 45 à 54 ans.

Cela ne correspond guère au récit actuel sur l’électeur populiste typique, bouc émissaire fréquent des maladies des démocraties libérales.

Variables socio-démographique et leur relation avec l'indice de PROTECTION covid crédit social

L’ombre du crédit social chinois

Ces données attirent l’attention sur un système en vigueur dans un tout autre régime, celui de crédit social (SCS) récemment introduit en Chine, qui évalue les individus, les entreprises, les organisations sociales et les agences gouvernementales en fonction de leur « fiabilité ».

Le SCS n’est pas (encore) unifié puisqu’il comprend un éventail d’initiatives gérées par des gouvernements locaux et des sociétés commerciales. Il intègre plutôt diverses sources de données qui justifient des privilèges (par exemple, des réductions d’impôts et un accès plus facile aux services gouvernementaux) et des sanctions (par exemple, un accès limité aux trains à grande vitesse et aux services financiers).

Les autorités utilisent la technique de la carotte et du bâton pour orienter le comportement des citoyens, ce que les Chinois semblent apprécier : selon l’une des rares analyses à ce sujet, près de la moitié des personnes interrogées dans le cadre d’une enquête nationale (49 %) ont indiqué qu’elles approuvaient fortement le SCS.

L’enquête montre notamment que les citoyens chinois ne perçoivent pas le SCS comme un instrument de surveillance de la part de l’État, mais comme un outil permettant d’améliorer la qualité de vie, de combler les lacunes institutionnelles et réglementaires et d’imposer un comportement plus honnête et respectueux de la loi dans la société. Le résultat est une plus grande confiance sociale.

La seule raison solide qui semble éroder le soutien du public au SCS est l’opacité, mais globalement, cela ne choque pas les citoyens chinois de recevoir un score officiel du gouvernement. Ils ne s’inquiètent que s’ils pensent que ces scores sont biaisés.

Il est intéressant de noter que les personnes interrogées qui approuvent le SCS sont généralement plutôt âgées, ont des revenus plutôt élevés, sont de sexe masculin, ont un bon niveau d’éducation et vivent dans des zones urbaines. Ce profil est exactement le même que celui qui caractérise les partisans d’une plus grande protection covid en Italie.

Et l’on peut le rapprocher avec une certaine inquiétude de celui des grands défenseurs historiques de la liberté dans les sociétés occidentales. Une race en voie de disparition ? Ou nous prévient-il du danger que recèle la poursuite des mesures de protection covid qui n’étaient là qu’à titre très temporaire.

Sur le Web

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  • Etude très intéressante. Il faudrait voir aussi la profession et le poste des confinolatres.

    Mais ça sous entend que ceux qui sont pour des mesures restrictives sont plutôt des personnes à l’abri du besoin, qui ont assez d’argent pour manger au restaurant et voyager. Quelque part ça confirme le fait que du moment que les gens peuvent continuer leur petite vie tranquille ils sont prêts à tout accepter. Ça me conforte aussi que dans les postes manageriaux ou la soit disante élite, en Chine, en Italie ou en France, on obéit sans réfléchir.

  • Article intéressant qui permet de voir que le Covid a servi à la fois de révélateur de l’évolution des mentalités occidentales, et de prétexte au pouvoir politique pour tirer parti de cette évolution des mentalités, en mettant en place cet embryon de contrôle social.

    Il est significatif – j’allais écrire : comique, mais en fait non, ce n’est pas drôle – de voir que les mesures actuelles sont globalement acceptées du fait de leur caractère prétendument temporaire ; sachant pourtant que depuis près de deux ans, les gens auraient dû s’apercevoir que nous sommes dans un « temporaire qui dure », autrement dit qu’on se moque de nous. Beaucoup de gens n’ont pas de mémoire, et une sacrée dose de naïveté !

    On pourrait aussi voir le bon côté des choses, à savoir que la majorité reste peu favorable à ces mesures. Le réalisme (ou le cynisme ?) me conduit quand même à rappeler que l’Histoire est faite par les minorités agissantes – non par les troupeaux bêlants qui suivent sans réagir …

  • C’est intéressant… Effrayant mais intéressant.
    Cependant il manque un élément crucial : le pourquoi. Pour quelle raison les gens seraient-ils contents de maintenir des restrictions aux libertés même une fois que l’excuse bidon qui a servi a lest introduire disparaît ?

    Je soupçonne deux éléments (mais il faudrait tester pour évaluer ces hypothèses) :
    – Le mépris de classe par lequel les gens se pensant l’élite veulent « écraser » ceux qu’ils pensent inférieur et sont ravis de mettre en place des systèmes qu’ils conçoivent initialement comme « contraignant pour les autres, pas trop pour eux même » pour contrôler les « masses dangereuses » (« populistes », « d’extrême droite », « bas du front » « mal éduquées »)
    – Deuxièmement la faiblesse de la réflexion des « éduqués » justement, qui ne savent plus (ou n’ont jamais su) penser par eux même : dès le plus jeune âge on à pensé pour eux (à l’école) puis plus grands (les médias, le « management » de la structure où ils opèrent) et ils ont dans le même temps une crainte féroce de « sortir du moule » car il n’y a plus aucune structure sociale donnant de la valeur à l’individu en dehors du politique et de « l’entreprise » : la famille nucléaire a été largement réduite à néant et ringardisée, la religion idem, la sociabilité immédiate (voisins) également. Seuls face à la marée de l’information, ils ne peuvent pas, ne veulent pas, penser individuellement de crainte d’être « officiellement » totalement seuls (ils le sont déjà, en fait).

    • un troisième raison pour rire :
      Quand un monde débile exige un pass pour le rejoindre, voilà une bonne excuse pour ne plus fréquenter ce monde…

  • Je vis dans un pays à la réputation liberale et européen mais qui a mis en place un horrible système de crédit social totalement abusif. Le liberalisme ne garantit en rien de l’usage totalement abusif d’un crédit social orchestré par l’état. Il s’agit de la Suisse et de son système dit des poursuites. Cela permet à n’importe qui de prétendre que vous n’avez pas réglé une facture sans aucune forme de vérification. Vous pouvez vous retrouver inscrit dans un registre dits des poursuites. Et c’est le début de l’ infamie sociale car on vous demande régulièrement un extrait de ce registre concernant vos poursuites en cours. Avoir un extrait totalement vierge est un témoin de moralité qui vous est exigé lors d’une demande de location ou d’un emploi, ou d’une demande de prêt, etc etc.
    Les principaux émetteurs de poursuites sont l’administration des impôts et les assurances sociales. Ces administrations et assurances ont collé une poursuite a 30% de la population. Elle peuvent donc vous empêcher de trouver un emploi ou de prendre un appartement ou un crédit. Et vous savez la meilleure ? Si vous vous opposez à une poursuite, c’est aussi notifié !! Et si vous payez une poursuite, cela vaut devant un tribunal pour reconnaissance de votre dette.. Avec 30% de la population qui est sous poursuite, ai je besoin de prouver que ce système est employé abusivement ? Et principalement par les administrations qui ont des services spécialisés dans la gestion de cette bouze. On n’a pas besoin du covid ou de pass sanitaire pour mettre en place un système de crédit social. Il suffit de copier les bouffons de l’administration helvétique.

  • C’est passionnant. Je suis sûr que ce sont les mêmes qui suivent aveuglément le politiquement correct et sont des suiveurs de Macron. Why ? Ils sont au pouvoir dans une société chancelante, ils ont tout à perdre et sont devenus conservateurs au sens propre du terme (pas au sens politique). Ils bénéficient des flux financiers et se moquent de la désindustrialisation, ils habitent dans les métropoles et utilisent peu la voiture. Donc, ils veulent être tranquilles et que tout perdure. En gros, ce sont les bobos un peu vieillissants, qu’importe la liberté pour eux, ils sont libres comme le roi est libre dans son royaume.

  • Quand Z parle de « contrôle » sur plusieurs sujets, c’est du bon gros fascisme des familles selon les politiciens ou les médias.
    Quand c’est Macron ou un pays européen, c’est pour la liberté ! 😀

  • Les commentaires sont fermés.

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