La culture victime de l’idiotie sanitaire

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Les lieux culturels victimes de la conjuration des crétins ? 

Par Gérard-Michel Thermeau.

Depuis le 21 juillet, le pass sanitaire est obligatoire pour accéder aux lieux de loisirs et culturels. Ces lieux sont en grande partie, totalement ou partiellement, financés par le contribuable, c’est-à-dire tout le monde, mais ne sont désormais plus libres d’accès.

Vous n’avez pas toujours besoin de pass pour travailler ou faire vos courses, enfin pour le moment, mais pour regarder un film, admirer une exposition, communier face à un spectacle vivant, si.

Selon sa bonne habitude, le gouvernement ayant mis une barrière s’interroge ensuite gravement sur les conséquences funestes qui en résultent. Une enquête est dès lors diligentée dont les fâcheuses conclusions ont été répandues dans la presse.

Horreur ! Voilà que 4 Français sur 10 habitués des lieux culturels n’y sont plus retournés. Oh, certes, un sur 10 est prêt à y aller encore plus que d’habitude. Un peu de zèle ne saurait nuire. Mais visiblement, cela ne suffit pas.

C’est curieux

C’est curieux tout de même. Quand on empêche le libre accès à un musée, à une salle de concert, à un cinéma, ces endroits sont moins fréquentés. Les Français sont vraiment des gens bizarres. On leur permet d’accéder aux lieux culturels à condition de montrer patte blanche et ils n’en profitent pas.

C’est curieux en effet. On répand la peur depuis plus d’un an et demi, ensuite on s’étonne qu’un public en grande partie constitué de personnes d’un certain âge puisse s’inquiéter à l’idée d’être contaminé.

Et il y a encore plus curieux. On impose un pass sans aucune justification médicale, à moins de considérer un musée comme plus dangereux qu’un lycée, une salle de théâtre davantage à risque qu’un supermarché, et on s’étonne que certains puissent renâcler. Quoi de plus logique et rationnel pourtant que la réglementation kafkaïenne qui nous régit ?

Comment donc ? Des sondages triomphants nous assuraient que les moutons bêlaient de contentement d’être fichés, encadrés, surveillés, maternés et masqués. Il était convenu que seuls quelques Gaulois réfractaires refuseraient par principe (et surtout par obscurantisme) de ne pas exhiber leur laisser-passer à tous ceux qui le demandent.

Les lieux culturels victimes de la conjuration des crétins ? 

Mais enfin, là je ne comprends plus. Comme chacun sait, les anti-pass sont tous des abrutis bas de plafond votant à l’extrême droite. Impossible de les imaginer fréquentant une salle obscure, un musée ou une salle de concert. Cette subite désaffection des hauts lieux culturels ne peut être due à la conjuration des crétins. Le public de la culture, c’est bien connu, se recrute exclusivement parmi les subtils et fins esprits seuls capables d’apprécier l’Art tout en applaudissant aux mesures gouvernementales !

Et que l’on ne vienne pas évoquer le spectre d’une tyrannie sanitaire instaurée par le pass. Les mêmes esprits fins et déliés qui soutiennent les atteintes aux libertés haussent les épaules. Qu’importe en effet, disent-ils, ce léger inconvénient ? De toute façon, tracé tel est notre destin, ne le sommes-nous pas déjà avec nos cartes de crédit et nos téléphones ? Les « maîtres du monde » ne nous espionnent-ils pas en permanence ? Alors, qu’est en comparaison ce pass de rien du tout, porteur de si peu d’informations confidentielles et si bien protégé ?

Quand les plaisirs ont cessé d’être des plaisirs

Ce mystère insondable les plonge néanmoins dans une perplexité dont les ressorts complexes relèvent d’une incompréhension relative face aux merveilles que la finesse habituelle de nos gouvernants ne sauraient négliger sans pour autant y céder, comme dirait Achille Talon.

Alors cruelle désaffection, comment t’expliquer ?

Je ne parlerais pas au nom des autres, ne voulant pas passer pour un imposteur. Après tout, les motivations des déserteurs des lieux culturels sont diverses. Mais, pour ma part, j’ai renoncé à beaucoup de plaisirs qui ont cessé d’être des plaisirs.

Et ce n’est pas seulement le fameux pass. Car le pass, pour se rendre encore plus odieux, s’accompagne du masque.

La combinaison pass + masque m’est insupportable. En effet, la vaccination n’empêchant pas la contagion (oh ! surprise), les personnes vaccinées pourraient se contaminer les unes les autres. Donc, non seulement il faut prouver qu’on est un bon Français, vacciné et tout, mais encore il faut se masquer pour mieux savourer sa rectitude civique.

Ce n’était qu’un mauvais moment à passer

Rappelez-vous. Nous avons eu droit à des discours successifs. Le confinement c’est dur mais il sera provisoire avant le retour à la vie normale. J’y ai cru.

Puis, les masques c’est pénible mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer avant la vaccination. Je me suis astreint à la patience.

Ensuite, le pass devait être provisoire, juste pour nous inciter à nous vacciner. J’aurais bien voulu y croire.

Et enfin, bon, finalement la vaccination est une franche réussite mais une protection insuffisante, on garde les masques et le pass. Là, franchement, j’ai vraiment eu le sentiment d’être pris pour beaucoup plus bon que je ne suis. Enfin, quand je dis bon…

D’autres l’avaient compris depuis longtemps, la roue de la servitude tournera sans fin.

Quand on tue l’envie… les lieux culturels en pâtissent

Au travail, me voilà masqué face à des élèves masqués, chaque jour de la semaine. Quand je fais mes courses, je croise masqué d’autres masques. Quand je vais effectuer des recherches aux archives, en historien pressé par la fatalité, j’arbore le masque de la résignation.

Et l’on voudrait que je jubile de reprendre le masque pour voir un film, aller à une exposition ou écouter un concert ? Non seulement porter le masque mais en plus prouver, à chaque fois, que je suis un citoyen responsable, majeur, vacciné, conscientisé, éclairé, intelligent, tracé et tout ce qui s’ensuit.

J’étais abonné depuis plus de vingt ans à l’Opéra de Saint-Étienne dont la programmation inclut des concerts et des ballets. Et pour la première fois, je ne l’ai pas renouvelé. La saison précédente avait vu, il est vrai, annulation de spectacles sur annulation.

M’abonner pour quoi faire ?

Devoir, à chaque spectacle, brandir une autorisation ?

Devoir suivre un opéra ou assister à un concert symphonique, le masque collé au visage ?

Apprendre l’annulation éventuelle d’un concert dès le moindre frémissement du « taux d’incidence » ce nouveau chouchou à faire peur faute de mortalité suffisante ?

Non merci, non merci, non merci.

Cela vous rappelle quelque chose ? Cyrano aurait eu du mal à porter un masque. Question d’anatomie nasale, je présume.

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