Macron reçoit le Président polonais : mariage de raison pour sauver l’Europe

Family portrait of NATO Heads of State and Government Meeting of NATO Heads of State and Government in Brussels by NATO North Atlantic Treaty Organization (Creative Commons CC BY-NC-ND 2.0)

Il faut espérer que la rencontre entre le président Macron et son homologue polonais Duda sur fond de crise européenne serve à mettre en avant les intérêts communs des deux pays.

Par Alexandre Massaux.

Cet après-midi, le président polonais Andrzej Duda vient rencontrer à l’Élysée son homologue français Emmanuel Macron. Une réunion qui a lieu sur fond de crise politique et juridique européenne avec la question de la primauté du droit européen.

Les discussions porteront avant tout sur les relations commerciales bilatérales dans des domaines tels que l’énergie, ainsi que sur la politique de sécurité et « la coopération des deux pays au sein de l’Union européenne et la protection des frontières de l’UE ». Néanmoins, la question de l’avenir de l’UE et de son modèle sera sûrement abordée.

Paris comme Varsovie ont tout intérêt à ce que cette réunion permette de renforcer les liens entre les deux pays. Nous partageons des intérêts communs.

Macron et Duda : Europe intégrée contre Europe des nations

Les deux présidents incarnent à l’heure actuelle deux visions opposées de l’UE.

Emmanuel Macron est l’un des dirigeants les plus (voire le plus) enthousiastes sur la construction européenne. Partisan d’une « renaissance européenne » et d’institutions européennes renforcées, il souhaite développer des projets et réformes au niveau européen. Le but affiché étant une souveraineté européenne, dans une vision française d’Europe puissance.

Inversement Andrzej Duda et le parti polonais Droit et Justice, incarnent une vision européenne reposant davantage sur les États membres. La récente décision de la Cour constitutionnelle polonaise actant la primauté du droit national sur le droit européen confirme cette vision.

Pour le gouvernement polonais, l’UE est davantage une aide et un soutien pour le pays et son développement qu’une nation en devenir. De plus, à la souveraineté européenne, les Polonais préfèrent le parapluie militaire américain. L’opération de séduction polonaise du « Fort Trump » le prouve.

Précisons aussi que les deux partis présidentiels sont des partis majeurs dans les affaires européennes. Du fait de leurs nombres de sièges au parlement européen LREM et Droit et Justice ont une position dominante dans les groupes européens.

LREM avec le groupe centriste Renew Europe (dont un conseiller de Macron, Stéphane Séjourné, vient de prendre la présidence), Droit et Justice avec l’ECR (European and Conservative Reformists). Ces deux partis ont bénéficié du Brexit pour gagner en influence dans les affaires européennes.

Des points communs et des secteurs de coopération

Malgré ces différences, les deux dirigeants sont tous deux attachés à l’UE (les Polonais ne veulent pas la quitter) et voient des domaines où l’UE peut être utile.

En matière d’énergie, la Pologne comme la France souhaitent que le nucléaire soit utilisé dans la transition énergétique. Les deux pays avaient signé une tribune commune pour l’UE en mars 2021 pour soutenir cette filière.

De plus, EDF a annoncé ces dernières semaines son intention de construire des réacteurs nucléaires en Pologne, cette dernière dépendant encore trop des énergies fossiles. Nul doute que ce sujet va être un des points abordés aujourd’hui. Un accord qui pourrait être gagnant-gagnant : la France exportant son nucléaire et la Pologne développant une énergie plus propre.

En matière de défense, des points communs sont aussi présents. Malgré la préférence pour la protection américaine, le gouvernement polonais a un peu infléchi sa position. La création d’un Fonds européen de défense chargé d’aider à financer les projets militaro-industriels a été largement soutenue par les eurodéputés polonais. L’un des rapporteurs de ceux-ci ayant été Zdzisław Krasnodębski, membre du parti au pouvoir en Pologne.

Enfin, la Pologne est actuellement empêtrée par une crise migratoire provenant de la Biélorussie. L’UE et ses membres viennent de condamner cette dernière pour atteinte aux droits de l’Homme dont l’instrumentalisation des migrants pour faire pression sur les Européens. Là encore, Macron et Duda risquent d’avoir des positions communes.

La nécessité de coopérer entre Macron et le président polonais pour la stabilité européenne

Au-delà de ces points précis, il faut espérer que la réunion entre Macron et Duda permette un rapprochement de fond entre les deux pays. Derrière les discours enflammés des dirigeants et des médias, Paris et Varsovie ont intérêt à entretenir de bonnes relations.

La France et la Pologne sont des puissances majeures respectivement en Europe de l’Ouest et en Europe centrale. Le développement d’un axe franco-polonais permettrait d’influencer les positions de l’Allemagne, qui domine de facto l’Europe.

Si les Français veulent que leurs projets européens (surtout en matière de défense) fonctionnent, il leur faudra le soutien de la Pologne faute de quoi l’Europe restera désunie. Inversement, la position plus ambiguë qu’on ne le pense de la France sur la construction européenne peut être un atout pour Varsovie. La France ne soutient l’UE que si elle sert ses objectifs de puissance.

 

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