Nucléaire : le double discours de Barbara Pompili

Screenshot_2021-03-02 Barbara Pompili répond à vos questions sur le projet de loi #Climat et Résilience - YouTube — Gouvernement on Youtube ,

Sur le nucléaire, Pompili n’a pas d’autre choix que de faire du « en même temps » : on continue de dire qu’on limite le nucléaire, mais on investit dans les « SMR » (small modular reactor).

Par Michel Negynas.

Miracle ! Ils veulent tous du nucléaire…

Marine Le Pen veut même démonter les éoliennes, Xavier Bertrand réaffirme son intention de développer le nucléaire, et voit d’un mauvais œil le parc éolien de Dunkerque… Éric Zemmour, lui, a déjà sonné le tocsin sur les énergies intermittentes…

Beaucoup n’ont plus peur de dire que le roi est nu. L’exécutif n’a d’autre choix que de faire du « en même temps » : on continue de dire qu’on limite le nucléaire, mais on investit dans les « SMR » (small modular reactor). C’est la mode, donc on suit. Cela donne des interviews assez savoureuses, comme celle de Mme la ministre Barbara Pompili.

Le double discours de Pompili sur le nucléaire

Invitée sur BFM Business, Barbara Pompili rappelle que l’objectif de la France est toujours de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique (contre 70 % aujourd’hui).

RTE estime qu’on va avoir 20 % de besoins en électricité en plus d’ici 15 ans, rappelle la ministre. Nous n’avons pas le temps d’ici là de construire une nouvelle centrale nucléaire. Il va falloir développer le renouvelable.

EDF estime que la consommation d’électricité va doubler d’ici 2050. Il faudrait accorder les violons, surtout que l’ADEME, reprenant le scénario Negawatt de Greenpeace, affirme que 100 % de renouvelable est possible. Le hic, c’est que l’hypothèse de départ est une réduction de consommation d’énergie en valeur absolue de 40 % !

On aurait tendance à croire EDF. Or, nous sommes déjà très justes en centrales électriques pilotables pour les nuits d’hiver sans vent avec 60 GW de nucléaire. La logique voudrait qu’en 2050, on ait 120 GW de nucléaire, soit 75 EPR.

Nous n’avons pas le temps d’ici là de construire une nouvelle centrale nucléaire.

Les amis de Mme Pompili sont évidemment en grande partie responsables de la situation. Depuis des décennies, l’État a laissé se désintégrer la filière de construction, puisque l’opinion publique, chauffée à blanc par les écologistes, au mieux s’en désintéressait, au pire la condamnait. Et c’est effectivement un peu tard pour s’en apercevoir. Néanmoins, si nous étions Chinois, ça ne poserait guère de problèmes. En gros, Mme Pompili et ses amis ont tout fait pour qu’on soit en retard, et, mince, on est en retard !

Il va falloir développer le renouvelable.

Mme Pompili n’a donc encore pas compris la différence entre KW et kWh. Voilà une ministre en charge du plus gros ministère de tous les temps (écologie, énergie, construction) et qui a son mot à dire sur beaucoup d’autres sujets primordiaux (social, industriel) et qui peut raconter encore de telles bêtises après plusieurs années d’exercice ! On ne peut pas remplacer des moyens de production pilotables par des moyens aléatoires car le réseau électrique doit équilibrer à la seconde près l’offre et la demande.

Le problème de la position de Pompili sur le nucléaire

Les SMR aujourd’hui on est sur de la recherche et développement pour avoir un prototype qui sera prêt aux alentours de 2030, estime Barbara Pompili. Une fois qu’on aura mis au point ce prototype, on peut lancer après l’industrialisation. Mais ça nous amène après 2035. Les SMR doivent faire partie de l’éventail des solutions.

Les SMR peuvent rendre des services, mais à 100 MW l’unité, il en faudrait 1200 pour subvenir à la demande en 2050 ET il sera bien plus rapide de reprendre la technologie EPR, en la simplifiant, que d’inventer une nouvelle filière.

Le pays qui va massivement investir pour mettre au point les mini-réacteurs dits SMR (pour small modular reactors) ne devrait pas en disposer avant plusieurs années.

Les SMR aujourd’hui on est sur de la recherche et développement pour avoir un prototype qui sera prêt aux alentours de 2030, estime Barbara Pompili. Une fois qu’on aura mis au point ce prototype, on peut lancer après l’industrialisation. Mais ça nous amène après 2035.

Les SMR doivent faire partie de l’éventail des solutions. Si la part du nucléaire va donc mécaniquement décroître dans les prochaines années, la ministre estime qu’à plus long terme il serait une option parmi d’autres.

On va donc investir massivement dans le gaz.

Madame Pompili assure :

RTE travaille sur des scénarios après 2035 avec plus ou moins de nucléaire, plus ou moins de renouvelables et l’intérêt de ces scénarios c’est que ce seront des scénarios financés, on saura combien ça coûte on saura les avantages et les inconvénients de chacune des options et là on pourra décider quelle est la meilleure option.

Si la part du nucléaire va donc mécaniquement décroître dans les prochaines années, la ministre estime qu’à plus long terme il serait une option parmi d’autres.

Sauf qu’on ne nous dit pas comment faire demain lors des nuits sans vent, et quelles seraient les autres options à long terme…

Un discours ahurissant sur le nucléaire

Combien de temps va tenir un tel discours surréaliste, et surtout défaitiste ? Nous avons construit notre réseau nucléaire actuel (de l’extraction au recyclage du combustible) en moins de vingt ans, en ne partant de rien. Nous avons construit ces réacteurs à la chaîne, comme des automobiles. Ils peuvent être prolongés de 20 ans. Il n’y a donc aucune raison de penser que nous ne réussirions pas le challenge de renouveler à temps notre parc actuel.

Mais pas avec des ministres qui ne comprennent rien à ce qu’ils sont censés diriger.

 

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